je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

samedi 29 octobre 2011

Jean-Paul Dubois : Le cas Sneijder

Jean Paul Dubois est un observateur du monde et sait dépeindre des vies combien pathétiques, en y glissant émotion et humour avec beaucoup de cocasserie.
C'est l'histoire d'un héros solitaire et incompris qui s'appelle Paul (comme toujours chez Dubois).
Il est seul rescapé d'une chute vertigineuse d'un ascenseur à Montréal. Il a vécu l''horreur de voir mourir sa fille adorée, Marie, 34 ans, née d'un premier mariage. En sortant du coma il prend conscience de sa misérable lâcheté vis à vis de sa nouvelle femme qui n'a jamais acceptée Marie à la maison. Traumatisé à jamais, il revit sans cesse l'accident.
C'est la chute d'un homme qui ne peut oublier et repasse sans cesse ses souvenirs. Aucune coupe n'est possible dans l'abîme de la mémoire. Face à l'égoïsme et l'ambition démesurée de sa femme et devant la méchante stupidité des jumeaux qu'ils ont eus ensemble, Paul s'isole et s'enferme dans son bureau.
Il deviendra promeneur de chiens, compagnons affectueux qui comme lui regardent la vie sans la quitter des yeux et surtout devient un spécialiste des ascenseurs en accumulant une colossale documentation.
C'est la vie d'un homme qui n'arrive plus à vivre dans une maison sans âme à force de haine et de rancoeur mais juste recommencer une vie simple, authentique et digne. Mais le courage ne suffit pas et Paul devra se taire encore, guetter, accepter pour s'échapper mieux.
Un ton grave et piquant sert ce beau roman avec une écriture fluide et douloureuse. C'est surtout la solitude de l'homme dans une société complètement robotisée et déshumanisée qui fait "de la vie, un sport individuel".


mercredi 12 octobre 2011

Michela Murgia : Accabadora

Un titre mystérieux nous plonge dans une histoire envoûtante en Sardaigne dans les années 50. Originaire de cette île, cette jeune auteure nous dépeint avec beaucoup de charme et même d'ironie, les coutumes ancestrales qui existent dans ce petit village complètement isolé. Habité par de pauvres gens, rudes à la tâche, ce village est un personnage à lui tout seul.
L'histoire raconte la vie de Tzia, une vieille couturière qui n'a jamais eu d'enfant. Selon la tradition, une mère pauvre lui cède sa petite fille Maria non désirée. Elle l'adopte et va lui donner une éducation et beaucoup de tendresse. Coutume acceptée par tout le village, elle devient la fill'anima ( la fille d'âme) de Tzia. Basée sur un grand respect, une relation intense se noue entre elles .
Maria découvre alors que Tzia sort certains soirs, elle se rend au chevet des mourants et les accompagne. Elle est l' Accabadora, la dernière mère. Quand elle apprendra exactement son rôle, elle ne l'acceptera pas et quittera l'île. A son retour, elle aussi se confrontée à la souffrance elle comprendra enfin sa mère adoptive et lui pardonnera.
C'est un livre qui bruisse de rumeurs, de silence, de croyances et de secrets dans une Sardaigne écrasée de soleil. Les femmes sont habillées en noir, les pleureuses accompagnent les veillées mortuaires et les portes restent ouvertes pour recevoir les âmes.
Au delà de l'histoire, ce livre pose des questions sur le devoir, l'attitude devant la souffrance et la mort. L'écriture simple et posée apporte au récit une légèreté apaisante dans ces thèmes si lourds.


lundi 10 octobre 2011

Boualem Sansal : Rue Darwin

L'auteur nous entraîne en Algérie, la Rue Darwin de son enfance dans les années 50-60, dans le quartier Belcourt où vécut A. Camus. Dans une biographie fictionnelle, il dresse le portrait d'une prodigieuse famille et traverse 50 ans d'histoire la plus douloureuse de l'Algérie.
L'histoire commence par le décès de la mère à Paris. Venu d'Algérie, Yaz regroupe autour de la mourante ses frères et soeurs dispersés dans le monde entier. Ils ont quitté le pays après leurs études pour ne plus y revenir fuyant misère, haine et sang. Seul Yazid est resté par devoir envers sa mère, pour les souvenirs aussi et pour l'Algérie.
Yazid est né en 1949, petit fils adoptif de Djéda, une femme puissante mi-mondaine mi-maquerelle qui est à la tête d'un empire financier prodigieux. Sa fortune a été assuré au départ par un bordel lucratif installé au village.
Séparé de sa mère, une prostituée, Yaz devient à la mort de son père l'héritier. Mais l'Histoire est en marche et même si Djéda sait comment gérer et manipuler, elle mourra dans des conditions violentes et mystérieuses. Les évènements, l'indépendance, la révolution balaieront toute une époque et entraîneront la vie de ces hommes et femmes dans un terrible chaos.
Yaz grandira dans un univers fait de mensonges, de non-dit mais aussi d'amour.
Le décès de sa mère lui permettra de connaître la vérité dans une quête identitaire nostalgique et empreinte d'amour pour les femmes qui ont marqué sa vie, pour un pays à jamais aimé et détesté.
L'auteur sert un texte bouleversant par le ton de vérité dans les situations politiques et sociales. Mais, les scènes de la mort de la mère à l'hôpital peuvent sembler trop pathétiques.

samedi 1 octobre 2011

Hélène Gestern : Eux sur la photo

L'auteur voit son premier roman publié pour la rentrée littéraire 2011 et c'est l'occasion pour le lecteur de découvrir ainsi une nouvelle romancière et pénétrer dans son univers.
L'héroïne a quarante ans, s'appelle (aussi) Hélène et souhaite connaître la vérité sur sa mère disparue alors qu'elle était enfant.
Une photo de cette jolie femme souriante et entourée de deux hommes lors d'un tournoi de tennis devient la bouteille à la mer qu'Hélène va lancer. Passant alors une annonce dans un journal, Stéphane lui répondra qu'un des deux hommes est son père.
Tous les deux possèdent en commun un passé escamoté, fait de silence, de non-dits les empêchant d'avancer et réaliser leur vie pleinement.
Ils se lancent dans une correspondance épistolaire qui deviendra au fil de l'histoire et des circonstances très actuelle puisqu'elle sera aussi par mail, sms et téléphone, à la recherche de la vérité.
Le secret de famille est au coeur de ce roman où la nostalgie devient poignante quand Hélène décrit les photos où elle découvre sa mère. D'une façon délicate et un peu surannée, elle raconte alors un passé qui n'est plus, donne des sentiments et essaie de trouver des explications à une absence de toujours. Mais doit-on connaître toutes les vérités ? Avons nous le droit de fouiller dans le passé des absents ?
L'écriture, directe et claire, permet d'approcher les personnages au plus près de leur faiblesse, de leur humanité.
L'histoire reste simple et prévisible et on peut regretter des rebondissements amoureux, des situations trop dramatiques pas vraiment indispensables même si le questionnement est intéressant.



jeudi 29 septembre 2011

Paul Auster : Sunset Park

C'est dans une Amérique plongée dans la plus grave crise financière en 2008 qu'évoluent les personnages du dernier roman de Paul Auster vers la recherche du bonheur et de l'amour.
Rien ne sera plus comme avant et sept ans après la disparition des Twin Towers, l'Amérique s'essouffle et voit son rêve américain devenir une utopie pour cette jeunesse en manque de repères.
A travers l'histoire de Miles Heller c'est le traumatisme vécu par ses jeunes, victimes d'une société cruelle à force de manquements.
Miles, 28 ans, est employé par une société travaillant pour le comptes des banques. Il est chargé de vider les maisons abandonnées par les anciens propriétaires lors du scandale des "subbprimes". Les objets laissés sur place dans leur départ précipité sont autant de traces de vie détruites. Miles les photographie.
Une histoire amoureuse avec une trop jeune fille le ramène à New-York, ville qu'il a fuie quelques années plutôt en raison d'un drame. Le raconter ne serait pas bien.
C'est alors l'occasion pour lui de retrouver Ring Nathan son vieil ami de toujours et peut-être renouer aussi avec ses parents laissés sans nouvelles depuis 7 ans.
Avec deux jeunes femmes Nathan squatte une maison abandonnée à Brooklyn, Miles les rejoint et la maison deviendra le lieu de tous les possibles.
Paul Auster saisit une galerie de portraits d'hommes et de femmes, tous acteurs et victimes de certitudes bafouées et d'avenir compromis. Avec ou sans famille ils demeurent des écorchés vifs, en quête d'amour, se réchauffant de nouvelles illusions, de promesses à venir.
Dan un style méticuleux d'une incroyable perfection, l'auteur dresse le bilan d'une Amérique crépusculaire où l'homme se doit de rester debout pour survivre.

Philip Roth : Le rabaissement

Dans son trentième roman paru en France, Philip Roth nous entraîne sur les pas d'un comédien vieillissant, à bout de souffle. Autrefois célèbre et adulé, Simon Axler, 65 ans, "a perdu sa magie". Impossible pour lui de remonter sur une scène, il ne peut pas, ne peut plus. Ce n'est pas le trac, c'est tout simplement qu'il ne porte plus ses personnages. Quitté par sa femme, hospitalisé à la suite d'une sévère déprime, il se retire dans sa maison loin de New York. Refusant les propositions de rôles que son agent artistique lui transmet, il se voit fini pour le théâtre peut être même fini tout court.
Mais arrive alors une jeune femme de 40 ans qui va lui montrer que la vie peut encore lui réserver d'autres surprises, comme le sexe. Lesbienne, elle essaie de combler ses déceptions amoureuses dans une relation hétéro avec David. Leur liaison et surtout la fin va l'entraîner dans son dernier rôle.
Et voilà Philip Roth qui une fois encore faire tourner le manège de ses thèmes de prédilection. La vieillesse, la séparation, avec l'être aimé ou avec son corps, la mort et surtout le sexe à dose non homéopathique. Mais comme toujours chez Roth si le sexe devient cynique, malsain, provocateur et drôlement grossier l'écriture reste élégante et précise.
Même si ce n'est pas le meilleur, ce court roman est un condensé de style romanesque subtil.

mardi 27 septembre 2011

Delphine De Vigan : Rien ne s'oppose à la nuit

Dans ce roman Delphine De Vigan rend un très bel hommage à sa mère, Lucile. C'est aussi l'histoire d'une déchirure que l'on suivra jusqu'au bout. C'est par son suicide que débute le récit lui donnant ainsi une grande force.
Mais c'est avant tout l'histoire d'une famille, remplie d'enfants, de cris, de rires et où règnent des secrets. Lucile au milieu d'une grande fratrie reste une petite fille mystérieuse, fragile et belle.
Atypique et fantasque,l'univers familial sera marqué par la mort d'un des enfants, les grands parents de l'auteur vivront alors leur première fêlure. D'autres malheurs suivront.
La vie de Lucile s'est construite dans une famille qui savait garder le silence et masquer les non-dits par une véritable fantaisie apparente. Une mère comblée par les multiples maternités et un père destructeur et autoritaire feront d'elle un personnage en fuite. Elle sera rattrapée par ses troubles bi- polaires qui la conduiront régulièrement en hôpital psychiatrique.
Sans pathos ni mièvrerie, l'auteur fouille dans la mémoire familiale. Elle se met en scène dans le récit questionnant sa légitimité à écrire en faisant le bilan de cet héritage qui est le sien.
Un récit très émouvant qui fait revivre à jamais l'image d'une mère adorée et inaccessible qui a décidé de "mourir vivante".