je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

mardi 6 mars 2018

Jean-Christian Grondahl : Quelle n'est pas ma joie

     Dans son dernier roman l'auteur danois Jean-Christian Grondhal nous plonge dans une histoire de famille et nous parle encore une fois de l'amour et des relations compliqués dans un couple.
     La voix de la narratrice, Ellinor, s'adresse à sa meilleure amie Anna décédée 30 ans plus tôt. Dans une sorte de confession, une ultime lettre, elle trouve les mots pour lui parler de ce secret de famille qu'elle a porté toute sa vie.
     Le roman s'ouvre par la mort du mari  d'Ellinor, qui a été aussi le mari d'Anna avant l'accident en montagne.
     Deux jeunes couples, Georg et Anna et leurs jumeaux et Ellinor et Henning,  passent leurs vacances à la montagne. La mort emporte Anna et Henning alors qu'ils skiaient tous les deux. Une ombre pèse sur leur relation...ils étaient amants.
     Pour Ellinor, veuve, la vie continue avec ses interrogations, sa solitude et elle s'occupe des enfants d'Anna. Finalement elle se marie avec Georg et le couple poursuit son chemin tout secret gardé.
     A la mort de Georg, Ellinor veut quitter la maison et retourner dans son quartier de jeunesse. Elle aussi a tu de nombreux épisodes de sa vie et surtout la honte de ses origines.
     "Quelle n'est pas ma joie" raconte la confusion des sentiments, décrit les désirs  humains si compliqués et les secrets enfouis.
     Comme toujours l'auteur le fait avec une belle écriture et il aide ses personnages à trouver les mots à combler les silences. 
     C'est un livre qui interroge sur l'absence des êtres que nous avons aimé, sur les arrangements que l'on fait avec la solitude.
     Une voix qui nous prends et ne nous lâche pas, parce que les mots viennent enfin et on les écoute.
     Un très beau coup de cœur !
Jens Christian Grondahl - Editions Gallimard, "Du monde entier" - Traduit du danois par Alain Gnaedig - Parution le 8 Févier 2018 - 150 Pages - 15 €


lundi 26 février 2018

Robert Olen Butler : L'appel du fleuve

     En Floride, dans la région de Talahasse, Robert Quilan et son épouse Darla dînent dans un restaurant. C'est alors qu'entre un SDF, il compte sa monnaie et Robert interpellé par son allure, lui offre son repas. Ils échangent quelques mots. Il s'appelle Bob et semble avoir fait la guerre.
     Les souvenirs de Robert le hantent à jamais. Alors jeune étudiant, lui aussi a fait la guerre du Vietnam et s'il a refusé de combattre en prenant un poste administratif, il a été confronté aux horreurs de la guerre, une nuit de 1968 lors de l'offensive du Têt. Il a tiré sur une ombre noire pour se protéger mais cet acte l'a meurtri pour toujours et il n'en a jamais parlé. 
     Revient alors entre rêve et réalité cette ultime nuit qui a marqué la fin d'un monde et d'un grand amour avec une jeune vietnamienne, Lien.
     Alors qu'il apprend que son père est au plus mal, Robert se voit contraint d'affronter celui pour lequel il est parti à la guerre, surnommé Senior.
      Son père est aussi un vétéran de la 2ème guerre mondiale, un homme dur qui n'a jamais voulu revoir son autre fils Jimmy, qui a fui au Canada pour ne pas combattre au Vietnam.
     47 ans se sont passés et ces trois hommes vont se revoir. Une façon pour eux de remonter et revivre ce passé qui les a séparé. Chacun avec ses convictions, ses rancœurs et ce temps perdu qui ne pourra plus jamais être rattrapé.
     Grande voix de la littérature américaine, Robert Olen Butler, sait qu'on ne revient jamais intact d'une guerre. Il revisite une fois de plus et admirablement ce pays connu, le Vietnam, puisqu'il y a été comme interprète pendant les conflits.
      Une grande part certainement autobiographique fait de ce roman un véritable coup de cœur pour ces personnages cabossés par des drames qui les dépassent. 
      L'auteur a une sensibilité et une exactitude pour analyser les sentiments et la psychologie de cette famille marquée par l'éclatement, l’éloignement et les non-dits.
     Dans une Amérique qui se veut flamboyante dans ses droits mais qui reste hantée par le poids de ses guerres.
Robert Olen Butler : L'appel du fleuve - Editions Actes Sud - Traduction de l’Américain par  Jean-Luc Piningre - Parution 7 Février 2018 - 264 Pages - 22 € 

jeudi 22 février 2018

Delphine de Vigan : Les loyautés

     Delphine de Vigan avec beaucoup d'habileté et de délicatesse met en scène des personnages cabossés par la vie chacun à sa façon.            Elle explore avec minutie la cellule familiale et comment les drames de l'enfance abîment pour toujours. A travers ses héros elle nous met face à nos loyautés intimes.
     Deux adultes et deux enfants vont se croiser, s'aider parfois, s'affronter aussi dans un quotidien contemporain où il est question de famille et de divorce, de maltraitance et d'éducation.
     Des sujets lourds auxquels nous a habitués l'auteur.
    Théo a douze et ses parents sont divorcés, incapables de communiquer et de faire face à leur rôle de parents. L'enfant vit entre deux mondes, prends en charge ses parents à sa façon et sa vie devient glauque.
     Hélène, son institutrice, remarque des changements dans le comportement de l'enfant. Elle-même, traumatisée par son enfance, reste sensible et fragile.
     Mathis, le meilleur copain de Théo, partage avec lui ses excès. Lui-même connaît des difficultés avec sa mère, Cécile, qui ne souhaite pas les voir se fréquenter. 
Quatre personnages, quatre voix différentes nous plonge dans la détresse et le désespoir intime.
Dans ce roman, les parents traversent un quotidien difficile et n’arrivent pas  à préserver les enfants les contraignant à devenir trop vite adultes.
Adultes et enfants, désemparés et touchants,  se retrouvent dans des situations tragiques et que reste-t-il de nos loyautés intimes, quand autour de nous le monde manque d'humanité.
Un livre difficile et poignant.
Delphine de Vigan aborde des sujets très douloureux, elle le fait ici avec une grande sincérité.
Delphine de Vigan - Les loyautés - Editions JC Lattès - Parution le 3 01 2018 - 206 Pages - 17 €

lundi 29 janvier 2018

Jean-Philippe Blondel : La mise à nu

     Depuis son divorce avec Anne il y a plusieurs années, Louis Claret, professeur d'anglais vit seul et n'a pas refait sa vie.
     A 58 ans la retraite approche et après une vie passée à enseigner, à lire, arrive maintenant  le poids de la solitude et ce regard douloureux porté en arrière.
     A l'occasion d'un vernissage de peinture, il retrouve un ancien élève qui est devenu un artiste reconnu et célébré, Alexandre.
     L'artiste l'a invité et lui demande une requête toute particulière : accepterait-il d'être son modèle afin de réaliser son portrait ?
     En acceptant, Louis va être amener à renouer avec des souvenirs enfouis, à refaire le chemin à l'envers et ainsi se confronter à son  passé.
     Les heures de pause se transforment pour Louis en échappées belles qui lui permettent de renouer avec l'écriture et reprendre son journal intime.
     Pour Alexandre, aussi, le regard posé sur Louis, professeur jadis admiré, sera l'occasion de se confronter à une nostalgie troublante et douloureuse.
     Les séances représentent un moment d’introspection où l'un comme l'autre va  explorer son histoire.
     C'est un livre d'une grande élégance où l'auteur entraîne ses personnages dans une mise à nu faite de beaucoup de douceur et de tendresse.
     Jean-Philippe Blondel connaît l'âme humaine et le doute qui s'empare d'un homme à une étape critique  de la vie. 
     Il nous offre aussi un excellent moment de lecture quand il parle de l'importance de l'art dans l'existence, que ce soit l'écriture pour Louis ou la peinture pour Alexandre.
     C'est un livre sur l'intime tout en retenue, l'auteur possède une écriture feutrée et délicate qui sait si bien explorer les souvenirs et les chemins que l'on n'a pas pris.
     Une très belle lecture, la fin peut toutefois laisser le lecteur en attente, mais c'est une très belle réflexion sur la vie.
Jean-Philippe Blondel - La mise à nu - Editions Buchet-CHastel - Parution 4 Janvier 2018 - 252 Pages - 15 €






dimanche 21 janvier 2018

Olivier Adam : Chanson de la ville silencieuse

      Olivier Adam nous entraîne dans son dernier roman dans une quête mystique, celle d'une jeune fille, remplie de mélancolie et de solitude infinie.
     Tout au long du livre, on se saura jamais son prénom, d'elle on sait juste qu'elle est une fille de, inexistante.
     Son père était Antoine Schaeffer super star de la chanson. Alors qu'il était au sommet de sa gloire, il se retire  à la campagne, vit comme un ermite loin de la scène et de son public. Il disparaît du jour au lendemain, laissant une voiture abandonnée, l'enquête conclue au suicide. Il reste une légende.
     Quand elle voit une photo d'un chanteur de rue qui ressemble étrangement à son père,  la jeune fille décide d'aller à la recherche de son fantôme de père.
     A travers ses souvenirs enfouis et emmêlés, nous faisons la connaissance d'une enfance meurtrie par l'absence de parents et d'amour familial.
      Complètement absente, sa mère, une mannequin, l'abandonne à huit ans à son père. Elle découvre alors un monde d'adultes fait de fête, d'alcool et d'une insoutenable légèreté. 
     Elle découvre un semblant de famille chez le couple de gardiens de la maison de son père.
     Olivier Adam nous émeut avec ses thèmes habituels comme la solitude, l'absence et la disparition.
Ses personnages font face à une solitude et un mal être profond. Ils sont bouleversants dans leur fuite et l'errance.
     La ville de Lisbonne est magnifiée par la musique et le silence des mots. Une errance que le lecteur traverse pour mieux retrouver l'héroïne qui fait face à sa vie, seule et tente d'exister au mieux.
     La lecture est douce de cette musicalité et de ses références que nous joue l'auteur.
     Il saisit avec beaucoup de sensibilité l'intime d'un artiste et ce qu'il donne de lui au public et de la difficulté d'être compris.
     Un beau roman de sentiments sur des airs de fado. A lire.
Olivier Adam - Chanson de la ville silencieuse - Editions Flammarion - Parution 3 Janvier 2018- 224 Pages - 19 €
   

mardi 9 janvier 2018

Eric Holder : La belle n'a pas sommeil

      C'est en plein cœur des landes, dans le Médoc que l'auteur connaît si bien,  que s'est retiré Antoine loin de tout. Il  tient une "bouquinerie" au milieu de nulle part. La vie l'a rendu ermite mais amoureux de la nature, il cultive sa tranquillité et aime voir le temps s'écouler doucement.
     La soixantaine bougonne, il regarde le monde avec tendresse et sait apprécier la compagnie de Marie la belle boulangère du coin.
Un climat paisible que vient perturber l'arrivée d'un étrange voleur de livres dans sa boutique. Un intrus qui s'intéresse aux livres de Berthet.
     Et voilà Jonas qui entre dans la vie d'Antoine, jeune et rebelle, il picore la vie et les gens. Puis arrive Lorraine, une très jeune et trop belle conteuse professionnelle, et c'est une des plus belles et douces rencontres que va vivre Antoine. Même s'il sait bien que la vie emporte les contes et les amours.
     Les personnages ont la grâce des gens rares dans une vie comme Marie ou le fameux garde champêtre. Comme un monde qui se perd.
     Une parenthèse de douceurs, des mots de tendresse et la certitude que la vie peut être lumineuse quand on s'en donne la peine.
     Eric Holder nous offre la magie d'une fable tout à fait poétique. Les mots sont importants pour lui et on sent leur magie. Holder dit que "l'affection ne se manifeste pas par le langage mais par des gestes, des attentions..."
    Alors le lecteur le suit dans une contrée qu'il affectionne particulièrement, et met ses pas dans les siens.
     Holder, l'auteur qui nous apprend à regarder au delà des apparences, à soupçonner l'invisible. C'est pas mal déjà.
Eric Holder - La belle n'a pas sommeil - Editions du Seuil - date de parution 4 Janvier 2018 - 224 Pages - 18 €

lundi 8 janvier 2018

Richard Russo : A malin, malin et demi

     "A malin, malin et demi" de Richard Russo a reçu le Grand prix de la littérature américaine, une récompense bien méritée pour cet écrivain américain aux livres largement félicités par la critique et souvent portés à l'écran.
     Dans cet ouvrage l'auteur nous emmène à nouveau dans la ville chère à son cœur, celle de Bath dans le nord de l'état de New-York qui tombe dans la décrépitude et  subit une crise sans fin.
     La galerie de personnages tous plus paumés les uns que les autres sont pris dans un quotidien triste et sans vraiment d'avenir. 
    Richard Russo dont l'écriture est parfaitement maîtrisée, va leur faire vivre, ainsi qu'à nous lecteurs, une série d'aventures drôles et pathétiques sur une durée de 48 heures.
     Le roman débute dans un cimetière, le jour de l'enterrement du juge Flatt, occasion de rencontrer monsieur le maire, le chef de la police Douglas Raymer et d'autres personnalités locales.
     Douglas a la tête remplie de pensées sombres depuis la mort accidentelle de sa femme, pourtant elle avait rencontré un homme et avait décidé de  le quitter. Depuis rien ne va plus dans sa vie et dans sa ville aussi. Il faut dire qu'il possède des techniques de travail originales.
      A travers cette scène, Richard Russo nous plonge au cœur d'une ville qui se meurt et nous dépeint des habitants devennus des laissés pour compte parce qu'ici il n'y a pas d'avenir.
     Le lecteur s'attache à ces héros désespérés, de Sully le vieil habitué et  pilier de bar de celle qu'il a aimé follement, rusé et malin, il est un peu malade maintenant, en passant par Charice la collègue de Douglas, perspicace et se voulant très proche de lui mais aussi un repris de justice cynique et irrécupérable dans sa violence et d'autres pionniers d'une Amérique malade. Tous ont en commun la ville qu'ils connaissent et dont ils n'ont jamais pu s'en aller.
     Un roman brillant, bien construit, qui donne la parole à chaque chapitre à un personnage reliant ainsi l'histoire de leur vie en 48 heures.
     Social, humoristique, satirique ce roman nous donne à réfléchir sur une certaine société, celle des bas-fonds et donne la parole à ceux qui ne l'ont jamais.
     Au cœur de l'âme noire américaine, ici il n'y a pas d'espoir peut-être, mais l'auteur nous donne à lire à travers ses dialogues ciselés une certaine humanité.
     Un bon coup de cœur !
Richard Russo - A malin, malin et demi - Edition Quai Voltaire - Traduit de l'américain par Jean Esch - 620 Pages - 24 €