je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

mardi 29 septembre 2009

Marie Hermanson : La plage

"Il y a des gens qui possèdent la clef de notre âme. Qui peuvent ouvrir des pièces que nous avons toujours eues en nous, mais auxquelles nous n'avons jamais accédé."
Un vrai petit bijou ce livre ! C'est d'abord une ambiance, celle des plus belles
vacances quand l'adolescence est là et que tout sera possible. Nous avons tous au fond de nous des souvenirs de plage, mer, coquillages et soirées insouciantes. Nous écoutons deux témoignages, deux récits d'un évènement qui s'est passé justement pendant la période coquillages et crustacés. Deux femmes, Kristina et Ulrika vont prendre la parole. Au départ on se demande qui est Kristina et quel rapport elle a avec Ulrika dans cette histoire. Nous nous laissons porter, tromper, imaginer et tout s'emboîte à la fin. J'adore aussi la lecture où quand elle permet de nous perdre . Et puis il y a Ulrika et ses souvenirs de vacances, d'enfance. Elle les rend si proches, si vrais mais parfois le flou, le rêve persiste. On a l'impression que c'est nous qui nous souvenons. L'écriture très fine balance entre souvenirs opaques et sensations réelles. L'histoire est celle de deux copines, Anne-Marie et Ulrika. Leurs familles possèdent des bungalows sur une île en Suède. Chaque été elles se retrouvent, renouent et Ulrika est attirée par la famille d'Anne-Marie. Elle aime ses parents artistes, fantasques et ses frères et soeurs. Tout le contraire de ses parents austères où rien ne dépasse surtout pas les sentiments. Ulrika est petite, grosse sans charme et Anne-Marie explose de féminité. Tout est là pour envoûter, attirer Ulrika elle, justement que personne remarque. C'est décrit avec une incroyable justesse. Un été le drame se produit, la jeune soeur adoptée d'Anne-Marie disparaît. Pendant quelques semaines son absence va bouleverser la vie de la famille dans ses bases les plus profondes. Quand elle réapparaît indemne, rien n'est plus pareil. Voilà la suite est à découvrir, l'histoire des trolls qui enlèvent les gens, Ulrika qui est devenue ethnologue spécialiste des mythes sur les enlèvements et les souvenirs... C'est à la fois poétique et fascinant, troublant et délicat. A découvrir .

jeudi 24 septembre 2009

Nadeem Aslam : La vaine attente

1985. Usha petite ville afghane nichée à la frontière du Pakistan. Avant, elle évoquait l'Orient, ses jardins, ses contes et sa magie. Dans une maison ornée de fresques persanes et où les livres sont cloués aux murs afin d'être préservés de l'ignorance des Talibans, vit Marcus, seul avec ses souvenirs d'un bonheur mort à jamais. Il se souvient de Qatrina sa femme son amour pour lequel 40 ans plus tôt il s'est installé en Afghanistan, de sa fille unique Nazeem disparue tragiquement dans un guerre de fin de monde et de raison. A la recherche de son petit fils, il va croiser la route d'écorchés vifs de cette tragédie humaine. Dans sa maison, Lara jeune russe à la recherche de son frère, David, américain, agent de la CIA dernier compagnon de Nazeem et Casa adolescent orphelin conditionné dans un camp terroriste et qui n'attend qu'une chose, donner sa vie à Allah. Dans ce décor qui fut jadis la perle de l'Orient et qui a sombré depuis l'invasion russe dans un chaos total, Nadeem Aslam nous raconte l'histoire de ce pays et de ses hommes. Roman à tiroirs où les protagonistes se croisent et se lient. Face à la beauté il nous montre la barbarie à visage humain, face aux bourreaux aux multiples croyances il oppose les victimes toujours plus nombreuses, le récit est implacable de gravité et de vérité. Al Quaeda est présent tout au long de ce roman plongé dans la fureur de ses protagonistes. Attentats sanglants, tortures, endoctrinement aveugle répondent aux appels à la prière qui ne sont que des appels à la guerre des musulmans. Les Mollahs deviennent des représentants sanguinaires face à des envahisseurs tout aussi démoniaques. L'écriture est admirable avec ses retours en arrière réguliers tout au long du récit. Les personnages sont attachants dans leur quotidien dévasté. Le plus troublant ce sont les explications de ce néant qu'ils nous transmettent. Des mots simples, des dialogues où l'horreur a pris sa place dans la vie de tous les jours. Les jeux des politiciens, l'ambition des états, la folie des religieux anéantissent des hommes et des femmes dans leur liberté de vie. En refermant ce livre, on est mal à l'aise. Ces hommes, ces femmes victimes et bourreaux sont des êtres d'une humanité qui devient une actualité inéluctable. Mais une chose est sûre, enfin elle l'est pour moi ; ce livre m'a fait comprendre que jamais, jamais justement je ne pourrai comprendre ce qui arrive dans ce pays. Ni les russes envahisseurs, ni la CIA hypocrite finançant des groupes terroristes, ni les Mollahs qui au nom de Dieu tuent et massacrent. Un livre d'une grande émotion.

mercredi 9 septembre 2009

Stevens Shane : Au-delà du mal

"Au-delà du mal" nous raconte l'histoire et la traque de Thomas Bishop, serial killer dans une Amérique très tourmentée . Rien ne nous est épargné de sa vie, nous savons tout de lui. Elevé dans les coups par une mère psychologiquement perturbée, il la tue à l'âge de 10 ans et se mure dans une profonde folie pour se protéger, il est alors enfermé dans un hôpital psychiatrique dont il s'échappe à 25 ans en semant la terreur sur sa route.
La lecture de ces 757 pages écrites dans un style journalistique est difficile tant les détails, les personnages sont nombreux. C'est un véritable travail d'investigation.
Ecrit dans les années 1970, ce livre paraît maintenant en France et nous base le récit sur l'histoire de Caryl Chessman et de l'Amérique face à la peine de mort. Les hommes politiques avec leurs ambitions restent des requins même si leurs programmes diffèrent.
Les protagonistes de cette longue traque, journalistes, hommes politiques, policier sans se connaître auront des destins liés à jamais.
La description de la vie des "parents" de Thomas Bishop est rendue dans toute sa décadente réalité avec une évidente projection et répercussion dans sa vie à lui.
Les dernières lignes nous ébranlent complètement parce qu'on se dit qu'on aurait dû le savoir, le sentir, que dans tous ces détails qui nous ont été donnés il y avait des indices. L'épilogue nous permet de pardonner toutes les longueurs que contient ce livre.
Il y a une chose qui m'a gênée quand même, je n'ai pas cru vraiment au génie de Bishop, à son intelligence aiguisée lui permettant de fuir sans cesse, par contre le fait de découvrir sans doute un des premiers livres sur un serial killer avec une vraie actualité m'a beaucoup plu et a contribué à faire fonctionner le suspense.
Tout de même il faut s'accrocher.....

dimanche 23 août 2009

Douglas Kennedy : Quitter le monde

"Il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer.” Cette citation de Samuel Beckett, Jane, l'héroïne de ce roman, la distille tout au long de son existence. Sous couvert d'un excellent best seller où plutôt dans le best seller, style où il excelle, Douglas Kennedy nous décrit la société américaine. Rien n'est épargné de ses fausses valeurs : argent, religion, pouvoir de changer le monde, éducation, littérature. Tout y est et c'est d'autant plus surprenant qu'il reste méconnu aux Etats Unis et qu'il n'y vit plus.
Nous suivons la descente aux enfers de Jane, nous nous attachons à ce personnage fragile
et trop intelligente pour ce monde de brute.
Son entrée dans le monde se fait un soir au restaurant entre ses parents et leur énième dispute : non elle ne mariera pas et n'aura jamais d'enfants. Voilà à la suite de ça, son père quittera la maison et sa mère la tiendra responsable. Voilà est on maître de sa destinée ?
Toute sa vie Jane vivra avec cette culpabilité et ses actions découleront de ce sentiment que rien de bon ne peut venir d'elle.
Et pourtant elle aura une vie, se perdra dans des drames insurmontables et sans cesse la vie reviendra quel que soit le prix à payer.
Très belle leçon de philosophie, psychologie avec même une énigme policière à la fin qui aidera Jane à mettre la tête hors de l'eau.
C'est bien ficelé, bien mené, le suspense est bon même si parfois c'est agaçant dans la globalité de tous les thèmes chers à l'auteur. C'est vrai que la société américaine est décevante mais bon....
J'ai beaucoup aimé par contre les références littéraires de l'auteur (enfin de Jane) et les critiques musicales sont très pertinentes.
On passe un bon moment à la lecture de ce roman.

mercredi 19 août 2009

Yasushi Inoué : Le fusil de chasse

C'est un récit bref étonnant qui a reçu en 1950 le Prix Akutagawa, la plus prestigieuse récompense littéraire du Japon.
Au centre du récit un homme solitaire avec son fusil de chasse, omniprésent et son histoire racontée dans trois lettres qu'il a reçu après la mort de sa maîtresse.
C'est l'histoire de la liaison de cet homme marié, Josuké, avec une femme divorcée mère d'une fille et cousine de sa femme légitime.
Trois lettres pour retracer l'histoire d'un amour adultère, une passion secrète, une tragédie.
Celle de la fille qui a eu connaissance de la liaison de sa mère avant sa mort, de l'épouse qui l'a toujours su, de la maîtresse qui décide de mourir. Chacune avec ses mots raconte comment elle a vécu cet amour caché, inconnu de tous. Chacune à sa façon a payé cher cette histoire d'amour interdite.
Un texte magistral écrit avec sobriété, distance bref un japonais dans ce qu'il y a de plus beau.
Des pages à lire avec émotion, à relire en savourant cette littérature japonaise capable de nous offrir des chefs d'oeuvre d'une telle intensité. C'est d'autant plus parfait que le texte est d'une brièveté douloureuse.

lundi 10 août 2009

Françoise Henry : La lampe

L'histoire raconte celle d'une jeune femme, couturière, pendant l'occupation. Un récit bref d'une grande sobriété retrace quelques jours et quelques nuits d'hiver dans la non existence de cette femme. Une lampe qu'elle laisse allumée tous les soirs, malgré le couvre feu, dans la nuit de sa vie. Françoise Henry avec des mots d'une grande sensibilité nous raconte les détails d'une vie de solitude. Comment devient on si seule, comment peut on penser que personne ne nous aimera, comment peut on s'exclure ainsi de la vie et s'oublier ? Tout ceci arrive facilement, un jour on se rend compte qu'on est seule et que la vie tourne sans vous. Même son prénom elle l'a oublié comme elle a oublié le regard d'un homme sur elle. Elle est devenue Cousine Bobine pour les autres, pour elle. On lui apporte des morceaux de tissu et c'est le rêve qui entre chez elle.
L'écriture est toute en retenue et nous captive par ces détails d'une terrifiante exactitude. La description de cette solitude nous bouleverse.
La vie d'une petite couturière que l'amour, la vie ont oubliée et à laquelle personne ne songe vraiment.
Ce texte nous émeut d'autant plus que la fin est d'une violence extrême par rapport à cette vie de presque rien où tout pourtant était à venir.
Très beau.



mardi 4 août 2009

Paul Auster : Le voyage d'Anna Blume

Anna Blume, 19 ans, part à la recherche de son frère, journaliste dont elle est sans nouvelles. Elle arrive dans une cité de fin de monde où tout se désagrège, les maisons tombent en ruine, les morts encombrent les rues, les vivants deviennent des humains monstrueux. De cette cause apocalyptique on ne sait rien, ni raisons, ni coupables.
De ce voyage au bout de l'horreur et du désespoir, Anna écrit une lettre à un ami resté au delà des océans. Dans un récit halluciné et parfois incohérent elle raconte le quotidien qui bascule, la violence qui s'installe, la misère et l'horreur de ne pas pouvoir s'en échapper .
Dans la cité fermée où rien ne sort, Anna essaie de survivre avec courage en ramassant les ordures, les rencontres la conduiront dans les dédales d'un univers en perdition où les normes connues n'existent plus. Des hommes courent à en mourir, d'autres sautent des toits ou cherchent à manger dans les poubelles et dorment dans les rues.
Ce texte est absolument magnifique et dérangeant. Il dérange parce que la lettre d'Anna envoyée du bout du monde arrive quand même quelque part, quelqu'un la lit, Anna a raconté l'horreur d'une réalité.
Les hommes qui vivent dans cette cité misérable ne peuvent pas en sortir, ils doivent s'adapter ou mourir. A travers les lignes qu'Anna écrit on a l'impression de le connaître ce monde en perdition qui broit les plus faibles.
L'écriture devient obsédante à mesure que la description de la cité se met en place et que l'on constate de toutes les possiblités dont l'homme est capable pour sa survie.
Comme toujours Auster nous entraîne dans son monde habituel entre réel et imaginaire avec talent et on le suit.
Un très bon livre un peu déprimant mais sublime.