je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

jeudi 12 mai 2011

Siri Hustvedt : Elegie pour un américain

Grâce à ce livre j'ai découvert Siri Hustvedt, épouse de Paul Auster, elle est un écrivain tout à fait remarquable. Avec beaucoup de finesse et un talent précis, elle analyse les secrets de ses personnages, creuse les sillons de la vie et de la mémoire.
Pourtant au départ, le ton et le rythme surprennent par l'obscurité qu'ils dégagent et la lecture de ces histoires familiales se fait avec quelques difficultés. Il faut dire que les secrets de famille sont très anciens et les personnages très nombreux.
Puis petit à petit on se laisse prendre par leurs confessions, leurs échecs, leurs espoirs, cet enracinement familial.
A la mort de leur père, Lars Davidsen, professeur d'histoire, Erik et Inga se plongent dans le passé de leur famille d'origine norvégienne. Il découvre par le biais d'une lettre d'une inconnue un secret caché par leur père. Finalement ce secret n'a pas une grande importance.
L'auteur nous plonge dans la vie trépidante de New-York et l'évocation du 11 septembre à travers le traumatisme vécu et raconté par Sonia, la fille d'Inga. New-York ville multi-culturelle sert de décor à des héros attachants.
Ces personnages sont à un moment douloureux de leur vie, divorcé ou veuf, ils questionnent le passé pour trouver des réponses à leur présent.
Roman moderne, grave qui interroge sur la mémoire, l'identité, sur ce que chacun laisse. Chaque histoire trouve sa place dans ce puzzle littéraire et sert ce récit magnifique.

jeudi 28 avril 2011

Iain Levison : Arrêtez-moi là

Sujet brûlant que celui de l'auteur au regard de l'actualité. Ce livre paru en mars 2011 est tiré d'une histoire vraie. En 2002, une fillette disparaît de son domicile. La police arrête un suspect, un chauffeur de taxi qui a raccompagné la mère, et ne le lâche plus. Accusé de kidnapping et de meurtre, abandonné de tous, cet homme ordinaire capitule face à la famille riche, à la police acharnée et à la presse qui réclame un coupable. La machine est en route...
Comment la vie bascule quand on se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment.
Une histoire vraie qui décortique sans complaisance le système judiciaire américain où face à une administration qui n'écoute pas et broie sans état d'âme, la présomption d'innocence n'existe pas.
Tout est dit. Sur un ton qui donne des frissons, avec une bonne dose d'humour noir et de cynisme, qui rend le suspense haletant.
L'auteur dénonce les avocats pourris, l'impact des séries américaines, l'incompétence de la police et de ses dérapages et surtout les médias qui traquent, exagèrent et racontent n'importe quoi.
Un système démonté, une société américaine dont les excès donnent le vertige.
Comme d'habitude cette triste histoire sera récupérée comme il se doit par l'argent, le puritanisme tout à fait américain qui nous fait croire que dans tout malheur il en sort quelque chose de bon.
Ce livre est très intéressant par la démonstration évidente qu'en Amérique (peut-être ailleurs), il ne fait pas bon d'être quelqu'un d'ordinaire, sans argent, sans relation.
L' écriture rend le récit de ce chauffeur de taxi passionnant par son déroulement au jour le jour. Le lecteur sombre comme lui dans le cauchemar absolu et atteint les limites de la folie et admet l'acceptation comme unique salut.





mercredi 27 avril 2011

Eduardo Sacheri : Dans ses yeux

Premier roman de cet auteur argentin dont l'adaptation cinématographique a été récompensée par l'Oscar du meilleur film étranger.
Buenos Aires 1968, l'Argentine aborde une des pages les plus noires de son Histoire. A cet époque Benjamin Chaparro, jeune juriste se voit confier l'enquête d'un meurtre.
Liliana institutrice, jeune mariée et enceinte est sauvagement violée et assassinée dans son appartement. Chargé d'annoncer la mort au mari, Moralès, Chaparro est bouleversé par ce drame . Il le rencontrera plusieurs fois et à travers des photos il écoutera l'histoire de cet homme et de sa passion amoureuse pour Liliana, la femme de sa vie.
Un meurtre d'une violence inouïe qui restera impuni et marquera à jamais la vie les protagonistes de cette tragédie. Benjamin à la vie sentimentale un peu cahotique, est amoureux en secret d'une collègue. Cet amour est magnifié par les mots de l'auteur, les regards échangés, les instants magiques autour d'un café, tout ce qui est beau quand on ne dit rien. L'auteur suggère, nous laisse découvrir.
Pour oublier, Benjamin s'investit totalement dans cette enquête. Emu et touché par le chagrin du mari et son histoire d'amour avec Liliana, il fera tout pour découvrir la vérité.
Mais l'Argentine est en plein conflit, dénonciations et tortures s'intensifient et Benjamin sera confronté aux accusations à l'exil et à la solitude.
25 ans plus tard, au moment de sa retraite, Chaparro souhaite écrire cette histoire.
Ce livre n'est pas seulement un polar, il donne une critique pertinente du pouvoir judiciaire et de la dictature militaire en Argentine à cette époque. L'auteur appréhende avec beaucoup de subtilité l'obsession qu'elle soit dans la vengeance ou dans la passion amoureuse.
C'est un très beau livre qui laisse un sentiment de profonde tristesse.


samedi 9 avril 2011

Philippe Besson : En l'absence des hommes

C'est le premier roman écrit par Philippe Besson. Il nous a permis de découvrir un auteur tout en sensibilité et émotion au style incomparable.
C'est l'histoire d'un très jeune garçon Vincent. Il a 16 ans en 1916 et découvre l'amour dans les bras d'Arthur, jeune soldat de 20 ans, fils de sa gouvernante. En parallèle il noue une amitié très intimiste avec l'écrivain Marcel Proust, 45 ans et une réputation sulfureuse.
C'est aussi l'histoire des deux hommes de sa vie qui chacun à sa manière le fera grandir.
Philippe Besson rend ici un très bel hommage à Proust , à son écriture si romantique. Les pages racontant la première rencontre, le premier baiser entre Vincent et Arthur sont lumineuses et ne jouent pas l'excès ou la mièvrerie.
A l'insouciance de Vincent l'auteur oppose la gravité d'Arthur, aux frivolités de la vie mondaine il montre l' horreur de la guerre dans les tranchées.
Pendant 7 nuits, le temps d'une permission, Vincent et Arthur vivront des moments d'une intensité éblouissante.
Ensuite vient le départ et l'incertitude du retour et le texte devient épistolaire. Arthur envoie des lettres du front d'un terrible réalisme tout en constatant la force de son amour pour Vincent.
Proust devient alors le confident et les lettres adressées à Vincent sont remplies de sagesse et d'élégance.
Le style de Besson est très vif et répétitif au début, comme l'impatience de ce jeune homme face à la vie qui l'attend. Puis il devient fluide, sensuel à mesure que l'amour grandit.
La tragédie arrive et la fin est surprenante, mais il reste de cette lecture une lumineuse leçon d'amour.






lundi 28 mars 2011

Pete Dexter ; Spooner

Pete Dexter met en scène la vie d'un anti-héros, Spooner dont la naissance a eu le malheur de faire mourir son jumeau représentant ainsi pour sa mère l'imposteur. Spooner n'aura de cesse de chercher sa place dans la société ou des explications sur la vie et comment avancer.
Comme Garp dans le cultissime roman de John Irving en moins catastrophique, Spooner ne comprend pas les règles imposées par l'éducation, la société de l'époque (le roman débute en 1950). Il tentera d'y échapper en allant au devant de toutes les anecdotes d'une vie simple mais qui prendront avec lui des dimensions très chaotiques. Rebelle, incontrôlable, en désaccord profond avec son temps, il a une vision personnelle du monde qu'il ne peut pas appliquer.
Largement autobiographique, ce roman est touchant par la relation de Spooner avec son beau-père. Ancien officier de la marine, cet homme calme et toujours présent tentera de le comprendre, de l'aider et surtout de l'aimer. Toute sa vie il essaiera de le sortir de situations qui auraient pu l'entraîner dans le tourment.
Dans une très belle et riche écriture, Dexter nous offre à travers une histoire aussi drôle que poignante un regard sur l'Amérique qui a cru en ses valeurs et en son rêve et que les années 60 allaient anéantir.

dimanche 27 mars 2011

Antonio Lobo Antunes : Mon nom est légion

Pendant toue une nuit un gang de jeunes adolescents âgés de 12 à 19 ans se livrent à des actes de violence.
Chargé par sa hiérarchie de mettre un terme à toute cette violence, un policier fatigué et usé par la vie, établit un rapport et met en place les moyens pour en terminer avec eux.
A travers les notes qu'ils rédigent, il va livrer tout au long de la nuit, ses réflexions sur sa vie, son couple, ses échecs, la vieillesse, la mort.
S'immisce aussi dans ses interrogations, l'histoire de ces jeunes issus de banlieues défavorisées.
C'est leurs paroles que le lecteur va entendre tout au long de ce douloureux récit.
Témoignages d'une vie de solitude, absente d'amour où la violence s'est installée depuis le début :cris de douleur et de haine, cris de détresse d'un monde à l'agonie.
Exclus par les blancs unis dans un racisme d'une force inouïe, nègres, métis, laissés pour compte, tous ceux que la vie n'a pas compris, vont à travers ce rapport révéler le néant de leur existence.
Dans une écriture poétique, l'auteur donne un souffle et un rythme à chaque intervenant.
La noirceur côtoie la lumière dans un texte surprenant par sa construction.
Par son style énigmatique, l'auteur souhaite changer l'art d'écrire et voudrait que le lecteur oublie ses expériences antérieures de lecture. Exercice très difficile mais important pour s'approprier le message d'Antunès.



lundi 7 mars 2011

Eric Faye : Nagasaki

Lauréat du Prix du Roman de l' Académie Françoise, ce petit livre est d'une puissance surprenante.
Tiré d'un fait réel survenu en 2008 au Japon, il met en scène un japonais de 57 ans troublé par la sensation d'une présence chez lui. D'abord certains objets changent de place, ensuite la nourriture disparaît. Son monde réglé par le travail, les horaires, les collègues et surtout par la solitude et le manque évident d'inattendu explose. Quand il constate qu'une chômeuse habite sa maison à son insu depuis 1 an, le doute et l'inquiétude s'insinuent dans sa vie.
L'intruse sera arrêtée, jugée après avoir été filmée par une webcam installé par Shimura-san.
C'est un livre qui intrigue par la fiction frôlant le réalisme mais surtout par la réflexion qu'il apporte sur la solitude dans un monde impersonnel où l'individu n'a pas d'histoire.
Le récit de l'homme traquant l'indésirable comme un chasseur alterne avec ses doutes et sa honte devant la dénonciation, la remise en question de la notion de maison, le poids du passé.
Le rapport de police nous fait découvrir le parcours de cette femme, comment les accidents de la vie transforment en laissé pour compte. Le lecteur en sait plus sur cette femme et la recherches de ses origines.
Les mots de la fin appartiennent à cette femme et c'est là toute la magie de ce texte. En dire plus ne serait pas charmant.
L'écriture d'Eric Faye est nette, précise et rapporte bien l'ambiance japonaise. Le travail, le bruit, l'intérieur et son espace sont décrits avec beaucoup d'authenticité comme le rappel du poids de la mémoire dans ce pays.