je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

lundi 25 novembre 2019

Jean-Paul Dubois : Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

     En Novembre, Jean-Paul Dubois a reçu le prestigieux Prix Goncourt pour son dernier livre "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon".
     Un auteur sympathique dont l'écriture du quotidien et de ses difficultés nous parle avec des personnages confrontés à une vie qui n'est pas toujours tranquille. C'est fouillé, intelligent et terriblement humain. Belle récompense bien méritée !
     Nous retrouvons son dernier héros au prénom identique depuis des décennies, Paul.
     Du fond de sa cellule de la prison de Montréal au Canada, Paul nous raconte sa vie d'homme et ce qui l'amène ici.
     Les deux années de condamnation vont lui permettre de remonter le cours de son existence, lui enfant d'un pasteur danois et d'une mère toulousaine, exploitante de cinéma d'avant-garde.
     Il vit depuis 20 ans au Canada quand le drame se produit. Il est concierge dans une résidence à Montréal. Homme à tout faire, il jardine, s'occupe de la piscine, nettoie et de temps en temps s'occupe des habitants de l'immeuble et de leur âme en peine. 
     A travers des personnages cocasses, comme le compagnon de cellule Horton, Hells Angel accusé de meurtre dont le monde tourne autour des Harley ou Winona , pilote d'avion de plaisance qui nous fait découvrir des paysages de toute beauté, ainsi que les dialogues avec les personnes aimées disparues, Jean-Paul Dubois nous fait découvrir assez tard l'explication de l'incarcération de Paul.
     Paul est un puriste, le monde ne lui convient pas dans sa violence et son inhumanité,  il n'est pas fait pour lui. Le ton devient nostalgique et le livre prend des allures de conte philosophique avec une réflexion profonde sur l'univers humain.
     Malgré les tragédies, l'humour reste  présent tout au long de ce texte ciselé et intense en émotion.
Jean-Paul Dubois - Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon - Editions L'Olivier -256 Pages - 19 €

samedi 23 novembre 2019

Pete Fromm : La vie en chantier

     Taz et Marnie vivent dans le Montana, à Missoula où ils retapent ensemble une maison. Taz est menuisier et vit au rythme de ses chantiers.       Ils n'ont pas trop d'argent mais leur vie est pleine de rire et d'amour dans une nature grandiose embellie par l'arrivée d'un heureux événement. 
     Mais voilà c'est pas eux qui décident et Marnie meurt d'une embolie pulmonaire juste après avoir donné naissance à leur petite-fille Midge.
     Et là commence pour Taz l'après et une vie qui ne sera plus jamais comme avant. Le vide, la douleur et un bébé minuscule mais vivant.
     C'est l'anéantissement total pour Taz, le deuil et les jours sans Marnie et pourtant il ne peut pas s'abandonner à ce chagrin infini, Midge est là et  a besoin de lui.
    Alors il y a Rudy, l'ami de la famille qui le soutient au delà de tout et puis la mère de Marny, grand-mère perdue et touchante et la jeune baby-sitter qui l'accompagnent sur le chemin d'une autre existence.
     Pete Fromm a un réel talent pour ne pas tomber dans le larmoyant et le pathos. L'écriture est délicate et porteuse de messages de tendresse et d'espoir.
     L'auteur nous délivre un texte sur l'intime où les personnages nous touchent par leur chagrin et nous sommes soulagés quand un peu de soleil vient les réchauffer.
     C'est un beau et grand moment de lecture.
Pete Fromm - La vie en chantier - Editions Gallmeister - Traduit de l'Américain par Juliane Nivelt - Parution Sept. 2019 - 384 Pages - 23.60 €

dimanche 6 octobre 2019

Edna O'Brien : Girl



     "J'étais une fille autrefois, c'est fini. Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Mes entrailles, un bourbier."
      C'est phrase qui sert d'ouverture au récit bouleversant d'Edna O'Brien place le lecteur dans la tête d'une jeune lycéenne, rare rescapée de la secte islamiste Boko Haram au Nigéria où elle avait été enlevée.
     Les habitants de son village vivent  dans la peur des actes tuerie et d'enlèvements de ces fanatiques religieux et hallucinés.
      Avec d'autres lycéennes, elle va vivre l'enfer quand elle se retrouve dans le camp de la secte où toute humanité n'existe plus pour les femmes.
      Edana O'Brien s'empare ici avec douleur d'un fait divers malheureusement connu et infâme. Des hommes parlent et agissent au nom de la religion pour réaliser les pires crimes de barbarie.
      Nous mettons les pas dans ceux de Maryam et des autres qui comme elle subissent. L'auteur n'épargne pas, viols collectifs, tabassages, punitions pour rien ou rien. Femmes, elles sont impures et  au nom d'Hallah  les hommes du groupe abusent d'elles.
     Maryam devient l'épouse trophée d'un de ses bourreaux, combattant dans la secte, il n'est pas religieux comme les autres. La misère dans le pays l'a contraint à adhérer au groupe.
     De cette union forcée naît Babby, un poids immense pour Maryam mais aussi son échappatoire.
    Après sa fuite, alors qu'elle retrouve son pays et sa famille, Maryam devient une "femme du bush", une de Boko Haram. Avec son enfant elle représente une menace pour le village.
     Dans un pays qui traite les femmes comme rien, où elles subissent enlèvements et viols, où la famille leur laisse peu de place où les hommes restent tout puissants, Maryam et son enfant représentent la malédiction et la culpabilité.
     Femme voilée, violée, fantôme, impure, cloîtrée, Maryam est toutes ces femmes victimes au nom d'Hallah, au nom de l'homme.
    Le roman va loin dans l'horreur, nous pensons à toutes les dictatures, à tous les abus où le fait d'être femme représente déjà une douleur et un malheur.
    Edna O'Brien  fait un état des lieux d'un pays qui succombe et donne la parole à toutes les Maryam, à toutes celles qui ne seront plus jamais pour avoir vécu l'enfer et qui ne connaîtront jamais la liberté.
     Un livre d'une grande actualité, malheureusement.
Edna O'Brien - Girl - Editions Sabine Wespieser - Traduit de l'anglais (irlandais) par Aude de Saint-Loup - Parution Août 2019 - 256 Pages - 21 €

lundi 23 septembre 2019

Tommy Orange : Ici n'est plus ici

     "Ici n'est plus ici" est le premier roman de Tommy Orange, écrivain né à Oakland et appartenant à la tribu cheyenne.
     C'est un roman douloureux et magnifique qui retrace la tragédie amérindienne à travers la destinée de douze personnages qui vont prendre la parole tout au long d'un texte puissant et intelligent.
     Tout d'abord, il y a un prologue qui claque et met le lecteur en apnée, en présentant les faits marquant  l'histoire du peuple indien et prépare à la lecture.
     C'est un roman choral où les personnages, indiens d'Amérique nés dans les villes, meurtris par la vie sont à la recherche de leur identité. Ils vont se raconter, se croiser et certains se reconnaître au cours d'un grand Pow-Wow mettant à  l'honneur  leur culture.
    Tommy Orange fait un constat émouvant de l'identité indienne, et la question qui est posée dans ce livre déchirant est : comment peut-on être indien aujourd'hui, quelle en est la signification ?
    Douze personnages qui résonnent du mal être de leur condition, indiens urbains arpentant le bitume plutôt que les pistes, habitués aux gratte-ciel plus qu'aux montagnes sacrées.
     Hommes, femmes et enfants, douze personnages nés américains et dont les origines les empêchent d'en être authentiques. 
    Avec eux, le lecteur est entraîné vers le grand Pow-Wow d'Oakland, un rassemblement qui leur permet de se regrouper et de fêter leur culture. 
     Nous sommes loin des clichés et du folklore dans lesquels la société a enfermé les natifs de l'Amérique. Aucune terre, aucun endroit n'évoquent plus pour eux leur culture et leur passé.
     Les histoires des personnages sont bouillonnantes et le lecteur les accompagne au rythme de la musique, du bruit et des danses.
     Un événement tragique que l'on sent venir tout au long du récit clôt ce livre sur la différence et la transmission. Il devient une lecture universelle, celle des laissés pour compte dans les grandes villes, ravagés pas la violence, l'alcool, la misère et la solitude.
      C'est une très belle découverte d'auteur et d'univers, un récit plein de rage et de poésie. A lire.
Tommy Orange - Ici n'est plus ici - Editions Albin Michel - Traduit de l'Américain par Stéphane Roque - Paru Août 2019 - 352 Pages - 21.90 €

lundi 12 août 2019

Yasmina Khadra : L'outrage fait à Sarah Ikker

     Yasmina Khadra, dans son dernier roman "L'outrage fait à Sarah Ikker", reprend la veine du roman policer et place son intrigue au Maroc.
     C'est l'histoire de Dris Iker, enfant du rif issu d'un milieu modeste. Il choisit de faire des études afin de s'en sortir et gravir les échelons de la société.
     Lors d'une soirée, alors qu'il est un jeune policier débutant, il croise une superbe jeune fille, Sarah. Elle est la fille du grand patron de la police. Malgré leur différence de milieu, elle tombe folle amoureuse  de lui et leur rencontre se termine par un mariage.
      Alors qu'ils semblent filer le parfait amour, évoluant dans une société privilégiée, un drame se produit un soir chez eux.
       Sarah est violée à leur domicile et plus rien ne va entre eux. Dris sombre dans l'alcool et Sarah dans une grave dépression.
       L'enquête officielle apporte peu d'indices, Dris prend les choses en main et le couple vit une crise existentielle profonde.
       Une galerie de personnages interviennent tous plus corrompus que jamais et peu fréquentables.
     Yasmina Khadra nous entraîne au cœur du pouvoir et de la corruption. Il montre aussi la place de la femme et l'intervention de la religion dans une société où les non-dits sont nombreux.
     Un roman un peu déroutant où l'enquête n'est pas l'enjeu mais un moyen de dresser le portrait corrosif de la société marocaine.
      Une suite est prévue, peut-être apportera-t-elle une certaine profondeur aux personnages juste esquissés.
Yasmina Khadra - L'outrage fait à Sarah - Editions Julliard - Parution Mai 2019 - 288 Pages - 19€

jeudi 25 juillet 2019

Patrick De Witt : Les frères Sisters

     Nous sommes en 1851 dans l'Oregon où officient Eli et Charlie Sisters, deux redoutables frères tueurs professionnels travaillant pour un truand surnommé "le Commodore".
     Leur mission est d'éliminer un chercheur d'or, un scientifique, Hermann Warm qui se trouve en Californie.
     Le roman se situe en plein cœur de la  mythique conquête de l'Ouest, la ruée vers l'or. L'auteur, Pactrick De Witt, écrit ici un western très original et décalé, haut en couleurs avec les tribulations de ces deux frères hors du commun.
     Charlie est l'aîné, un vrai dur, un cow boy sans états d'âme, violent et buveur. Il chevauche vers sa mission et ne se pose pas de questions. Ses propos sont sans équivoque, durs et impitoyables dans une Amérique nouvelle qui étend son territoire.
     Eli est la voix du roman, un homme perturbé par la violence qu'ils sèment tous les deux sur leur chemin. Il souhaite tourner le dos à tout ça, mener une nouvelle vie, trouver l'amour, une femme.       Charlie le bouscule souvent mais Eli lui voue un inconditionnel amour fraternel.
     Les chapitres très courts nous portent au rythme de la chevauchée à travers l'Ouest américain, au gré des rencontres toutes plus truculentes ou loufoques les unes que les autres.
     Les dialogues sont ciselés et efficaces bourrés d'un humour frôlant aussi bien le noir que l'absurde.
     Cette épopée à travers des paysages grandioses et implacables dans une société en construction où la recherche de l'or a modifié toutes les données, contient tous les codes du western : les saloons, les filles, l'alcool, les colts.
     C'est un roman très agréable à lire, une plongée dans le mythe américain et l'envers du décor qui devient une sorte de quête initiatique où les personnages aussi illuminés qu'inquiétants vont faire face à leur destin.
     La fin est totalement surprenante et ce roman a été adapté au cinéma par Jacques Audiard.
Patrick De Witt - Les frères Sisters - Editions Actes Sud - Traduit de l'Américain par Emmanuelle Aronson - Paru le Septembre 2012 - 368 Pages -  22.80 €
    

lundi 22 juillet 2019

Lou Berney : November Road

     Lou Berney écrivain à la plume évocatrice nous entraîne ici dans un road trip à travers les Etat-Unis de la Nouvelle Orléans à Las Vegas.
     Dressant le portrait de trois personnages, saisissants et attachants malmenés par la vie dans une Amérique de l'année 1963 qui pleure son charismatique président, John Kennedy.
     Trois personnages vont se poursuivre et se retrouver sur la mythique route 66  de motel en motel et vont être confrontés à leur secret.
    Franck, truand au grand cœur travaillant pour la mafia , qui veut maintenant l'éliminer et envoie pour cela, Barone, le tueur à gages sans état d'âme, froid et implacable.
     Charlotte, une mère fuyant avec ses deux filles et leur chien son domicile conjugal et son minable mari alcoolique, pour une vie meilleure.
     L'auteur crée une ambiance de polar années 1960 assez délectable et arrive à nous captiver en mélangeant humour et intrigues sombres.
     L'assassinat de Kennedy est relié à cette histoire de gangster et nous plonge dans la société américaine des années 60 gangrenée par la mafia.
     Tout y est le côté noir, mais aussi l'espoir et l'amour avec une touche de mélancolie, et puis le fameux rêve américain représenté par Charlotte, femme émancipée qui lutte pour sa liberté.
     Cette histoire de gangster sur fond d'événement historique devient pour les personnages une quête intime.
     Les descriptions, très cinématographique, des paysages et des villes traversées emmènent le lecteur dans un  périple éperdu à travers le pays.
     Si l'histoire est intéressante, la relier à l'assassinat de Kennedy m'a tout de même laissée perplexe.
    Une lecture agréable, il se peut que le bandeau du livre de Don Winslow, soit un peu trop prometteur tout de même.
Lou Berney - November Road - Editions Harper Collins - Traduit de l'Américain par Maxime Shelledy - Parution le Février 2019 - 381 Pages - 20 €