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" Mon coeur est comme un grand sac vide, le sac, il est costaud, y pourrait contenir un souk pas possible et pourtant, y a rien dedans" voilà ce que dit une jeune fille à sa soeur dans une des 12 nouvelles qui composent ce recueil.
Anna Gavalda nous décrit des personnages attachants, forts et fragiles à la fois tous à la recherche de l'amour. Le fil conducteur de ce roman est l'amour et toutes ses formes : l'absence d'amour, la quête d'amour, le rêve, l'ancien amour, la perte.
Ce sont des personnages que nous croisons souvent dans leur quotidien, qui nous déconcertent parfois comme la vie. Ils jouissent d'une grande liberté qui les fragilisent face à la recherche et au manque d'amour
L'auteur place ses histoires dans la vie de tous les jours avec un langage simple, direct parfois cru mais toujours vrai.
"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" c'est finalement ce que les personnages pensent et recherchent tout au long de ce livre plein de nostalgie et d'humour.
Sa grand-mère venant de mourir, la narratrice retourne à Beyrouth pour assister à ses obsèques. Elle se réfugie dans le boudoir de la maison pour fuir ainsi les nombreux visiteurs venus présenter les condoléances à la famille. Recluse dans cette pièce, elle retrouve parmi les papiers, lettres, dessins, objets, l'image de sa grand-mère tant admirée et aimée. Elle-même en plein divorce et remplie de doutes, les souvenirs du bonheur l'aident à affronter un avenir incertain. D'origine arménienne la vieille dame s'était installée avec sa famille au Liban et est devenue veuve à 31 ans. Par amour pour son mari, elle fait la promesse de lui rester toujours fidèle et consacrera sa vie aux autres. L'amour des autres et de son pays. Elle refuse de quitter sa maison à Beyrouth malgré la guerre civile, les trahisons et la folie des hommes. L'amour pour seul salut.
C'est en rencontrant un des visiteurs et pendant une longue conversation sous la tonnelle, qu'elle apprend tout un pan caché de l'histoire de son extraordinaire grand-mère. Elle entend parler pour la première fois de Youssef, que la vieille dame a rencontré lors d'une croisière ne bateau en 1947. C'est un deuxième roman qui débute alors et nous découvrons une femme éprise de liberté et de passion, plus complexe et mystérieuse et qui sera digne jusqu'au bout des serments donnés. A travers l'histoire d'un pays malmené par les conflits, l'auteur nous offre un très beau portrait de femme emportée par la tourmente de l'Histoire.L'écriture est très pure comme une longue lettre destinée à une chère disparue trop tôt. Une véritable confession d'amour d'une petite fille à sa grand-mère .
Avec beaucoup de grâce et de poésie , elle nous raconte les moments de violence et de passion qui traversent toute vie et qui restent si difficiles à contenir.
Chloé est désespérée. Adrien son mari vient de la quitter elle se retrouve seule avec ses deux filles et elle sombre dans un profond désespoir. Son beau-père, Pierre, sensible à son chagrin l'emmène elle et ses deux filles dans une maison de famille. Au bout de la nuit, Pierre l'écoute et pour la première la carapace de cet homme dur se fendille et il raconte son histoire d'amour. Alors qu'il était marié, il a rencontré une femme pour laquelle il a éprouvé une véritable passion comme jamais avant. Enfin il existait grâce à elle. Il aurait pu recommencer sa vie avec elle et pourtant il n'a jamais osé et l'histoire s'est arrêtée. Des années plus tard , il y pense encore et pendant toute une nuit il raconte combien c'est dur de partir et combien il faut de courage aussi. Lui n'a pas eu ce courage, il a eu , comme beaucoup d'hommes, la seule lâcheté de rester. Une nuit à balancer entre regrets, passion et chagrin.
Anna Gavalda nous offre comme toujours des personnages à fleur de peau, une confession dans une cuisine, une nuit au bout des larmes et des souvenirs d'amour qui reviennent. Des mots comme des souffles...
L'écriture est simple et pure, la conversation belle. Cet homme qui pour une fois a le courage de parler va prendre la défense de celui qui a osé tout quitter par amour. Oui on peut partir par courage, lui ne l'a pas fait.
Le livre est court et dense, la musique de Gavalda a une grâce inouïe.
Bien sûr, la confession d'amour de cet homme n'enlève rien à sa lâcheté. Mais quand nous écoutons justement sa douleur, cet homme dans la cuisine, nous sommes face à nos doutes , nos erreurs , nos renoncements, nos mensonges et encore une fois Gavalda sait nous parler de nous.
Laissons nous porter, même si tout n'est pas dit dans ce livre, le lecteur a la permission de le faire lui-même.
La narratrice Laura, 17 ans, a décidé de ne pas se présenter au bac et de passer une année à l'étranger en tant que jeune fille au pair. C'est en Allemagne auprès d'un couple avec deux enfants qu'elle essaiera d'oublier mais aussi de comprendre pourquoi ce départ ressemble plutôt à une fuite.
A la suite d'un drame familial, ses parents se déchirent, sa vie de famille explose dans une adolescence tourmentée. Maîtrisant finalement très mal la langue germanique, elle va vivre auprès de cette famille qu'elle trouve plus détendue, plus ouverte. En apparence seulement car cette famille vit aussi un drame , et c'est là qu'intervient toute la finesse de l'écriture pour raconter les doutes, les interrogations de cette jeune fille loin de ses racines au bord de tous les vides, les questionnements sur le passé, sur la transmission. Un plongeon au cœur de l'intime, l'adieu à l'adolescence qui n'en finit pas, le deuil vécu, la place que Laura essaie d'acquérir auprès de sa famille d'accueil mais aussi dans la sienne. Le lecteur éprouve cette perte d'identité que chaque personne doit ressentir quand il vit à l'étranger et qu'il ne parle pas la langue du pays. Pour Laura tout lui est imposé, les loisirs, les repas, les conversations. Elle va apprendre cette langue pour s'intégrer à cette famille, à ce pays.
Je trouve la fin admirable car c'est par la langue maternelle, qu'elle trouvera sa liberté et imposera ses choix. C'est très beau.
Une écriture très fine, très délicate tout au long de ce roman d'une grande sensibilité, nous montre combien l'adolescence est fragile et peut facilement basculer quand les adultes ne savent pas rester à leur place et montrer le chemin.
" Ce n'est pas une bataille, la vieillesse, c'est un massacre ". Ces paroles sont dites par l'homme que Philip Roth suit tout au long de sa vie et de ce magnifique ouvrage. A commencer par son enterrement.
Les thèmes de prédilection de l'auteur sont là : le sexe, la vie, la vieillesse, la maladie et la mort.
Surtout la mort et le constat effroyable : je n'ai pas fait ce que je voulais et tout va s'arrêter.
Si nous ne connaissons pas le nom et le prénom de cet homme, en revanche nous savons beaucoup des étapes et détails de sa vie avec les personnes rencontrées, aimées, sa famille ses ex femmes, ses maîtresses, ses enfants. C'est d'ailleurs assez troublant. C'est tout le talent de Roth.
A 71 ans, cet homme anonyme nous raconte sa vie, l'homme à femmes qu'il a toujours été, le sexe qu'il a aimé plus que l'amour, le travail qui l'a porté , ses mariages ratés. Il n'aime pas l'homme qu'il est devenu, sa liberté d'homme qui l'enferme dans une solitude épouvantable, la maladie l'a rattrapé, la vieillesse va triompher et la mort l'attend.
"... Il était temps de s'occuper du néant. L'avenir l'avait rattrapé."
Philip Roth nous offre un livre d'une cruelle lucidité sur la vieillesse et la maladie dans un style admirable. Il analyse avec précision les angoisses, la peur de l'homme, n'importe quel homme devant son inéluctable fin. Cette impression de gâchis de la vie, des regrets devenus inutiles et la peur de ce rien qui va venir.
Le livre n'est pas gai mais Roth nous emporte dans une fiction tellement réelle que nous sommes bouleversés par ce héros auquel il donne vie. C'est ce qu'on attend de la littérature et quand ça arrive la lecture devient un grand moment.
C'est une longue lettre posthume qu'une mère écrit à son fils et c'est un monologue, témoignage poignant que nous écoutons et que nous nous approprions tout au long de ce récit d'une grande noirceur.
Armande est morte et elle va parler enfin à son fils Martin. Il a soixante dix sept ans et il va mourir. C'est le récit d'un secret, de vies déchirées à jamais et vécues par Armande par qui la faute arrive et par Martin qui la subira sans comprendre toute sa vie.
Armande est mariée elle a deux petits enfants, elle retrouve à l'école du village un ancien amour de jeunesse. Devenu instituteur, il lui redonne ce qui lui manque : plaisir et légèreté. L'espace d'un instant elle oublie tout, elle succombe. Martin naîtra de cet unique moment charnel.
Mais Armande ne quitte pas sa famille et son mari accueille Martin. C'est la guerre et quand la vie devient trop dure, le mari placera Martin chez un couple de paysans sans enfants où il sera le valet de ferme. Voilà le 9 mai 1940, Martin quitte sa famille pour vivre une vie de douleurs.
Jamais Armande ne se remettra de cet abandon, jamais elle ne fera un geste pour revoir son fils, jamais elle ne lui expliquera pourquoi il a été placé. Jamais les mots ne passeront sa bouche. Martin ne reviendra jamais chez lui, il essaiera de trouver une place auprès de ces paysans sans cœur, il sera malheureux.
L'écriture est bouleversante dans son austérité, les mots arrivent trop tard. Mère et fils ont chacun de leur côté souffert du même drame. L'un savait pourquoi, l'autre pas. Martin aurait eu une autre vie avec son vrai père, Armande aussi peut être. Le gâchis est immense.
La faute de la mère est racontée avec des mots d'une grande sensibilité : "Il m'a caressé la joue comme jamais personne ne me l'avait caressée. J'ai fondu. J'ai tout oublié. J'ai tout donné."
L'interview de l'auteur dans un magazine littéraire et la sortie de l'adaptation de ce roman au cinéma m'ont incitée à lire et découvrir cet ouvrage. D'abord l'auteur m'avait touché, d'une grande sensibilité il a une grande retenue pour parler de lui, une grande délicatesse ressortait de cet entretien. Le livre ressemble à son auteur, ces mots ces phrases à peine prononcés toujours en retenue parfois avec maladresse nous émeuvent un peu. Un peu ? Oui parce que peut être l'histoire de l'ouvrier aux belles mains calleuses qui rend fou d'amour une femme belle, intelligente et d'un milieu social différent du sien commence à faire un peu cliché. Je veux mettre quand même un bémol, c'est bien écrit même si parfois le style est convenu. Les paragraphes courts sont propices à une lecture agréable et les pages blanches sont comme un souffle dans l'histoire. Il reste l'émotion d'une musique écoutée, d'une lumière sur un champ de blé, de la fin de l'été... Mais je n'arrive pas à comprendre l'amour de l'institutrice pour cet homme et inversement, le rôle de l'épouse et mère sacrée, non plus. J'aurais aimé que les questionnements,
les doutes des personnages soient plus fouillés. Antonio, que j'ai trouvé émouvant et peut être le plus intéressant, m'a paru à la longue fade parce qu'il ne va pas au bout de son éveil, il renonce. La scène que j'ai trouvé la plus caricaturale est la rencontre de l'ami de toujours, Georges avec l'institutrice dans la maison du couple absent. Il lui fait la visite de la maison vide mais pleine de la famille, l'album photos vu dans tous les détails pour qu'elle prenne conscience que c'est elle la "briseuse de couple".
La fin est inattendue et surprenante. Peut être que là Antonio avait la possibilité de dire et de faire face à cet amour qu'il ressent depuis le début de l'histoire.
J'ai malgré tout passé un très bon moment, la sensibilité de l'histoire est réellement présente et certaines descriptions nous touchent. Il y a toujours beaucoup de douleur dans un amour interdit par les convenances et c'est très beau quand c'est dit avec les mots de Holder.