Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




lundi 18 juillet 2016

Metin Arditi : L'enfant qui mesurait le monde

     Metin Arditi nous emmène dans son dernier ouvrage sur l'île grecque de Kalamaki dans un paysage à la beauté éternelle et dont l'authenticité va être confrontée à un projet de marina grand luxe. 
     L'auteur nous invite dans des criques sauvages baignées par une eau bleue et noyées sous un soleil ardent. Le charme opère.
     C'est à Kalamaki qu'Eliot vit depuis le décès de sa fille il y a douze ans. Originaire de l'île, il a quitté New York et son bureau d'architecte. Dans le calme de sa petite maison, il entretient le souvenir de sa fille en terminant des recherches qu'elle avait débutés sur le Nombre d'Or.
     Il a pour voisins, Maraki, patronne de pêche et son fils Yannis. C'est un petit garçon renfermé, autiste surdoué des chiffres, qui ne pense qu'à rétablir l'ordre du monde en effectuant de savants calculs.
     Sa mère souffre de ne pouvoir l'approcher, le caresser et usée par la vie et son travail ne supporte plus les crises d'angoisse et le refus de tout contact de son enfant.
       La population vit de plus en plus mal la crise économique et financière, aussi quand un grand groupe financier propose la construction d'un complexe hôtelier de luxe, la population espère en l'avenir.
     Mais face à la menace de la dégradation du paysage de l'île, une autre proposition voit le jour, celle de la construction d'une école se fondant dans son décor.
      Avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, Metin Arditi nous décrit les crises d'angoisse d'un petit garçon qui arrive à s'apaiser grâce aux nombres et à l'infinie patience d'un homme vieillissant.
     L'immuabilité insulaire y est bien dépeinte et nous partageons la vie de cette société qui sait si bien protéger les siens quand il le faut.
Metin Arditi - L'enfant qui mesurait le monde - Editions Grasset - 304 Pages - 19 €

dimanche 17 juillet 2016

Jim Thompson : Pottsville, 1280 habitants

     Initialement paru dans les années 60 sous le titre "1275 Âmes", le livre de Jim Thompson subissait les affres d'une traduction tronquée et édulcorée.
     50 ans plus tard, Rivages met à l'honneur "Pottsville, 1280 habitants" en lui donnant une retraduction intégrale et travaillée au plus juste, pour notre plus grand plaisir.
     Pottsville est donc une petite ville d'apparence tranquille,  de 1280 habitants et Nick Horney y est le shérif.
     Incompétent et paresseux, il ne prend jamais de décision et se laisse humilier et bousculer en public. Son mot d'ordre est ne rien faire. Il ne sait pas de toute façon. Alors quand vient le moment de sa réélection, il sent bien qu'il risque de la perdre.
      Il décide de prendre les choses en main, et la ville va être le théâtre de meurtres et de disparition, sans parler de sombres rumeurs qui circulent.
     Alors méfions nous de l'eau qui dort, il va se passer beaucoup de choses dans cette petite ville de 1280 habitants et Horney s'avérer beaucoup moins crétin qu'il ne paraît.
     La galerie de personnages qui gravite autour de Horney est d'une bêtise abyssale, et les femmes d'une terrible vulgarité. Notre shérif s'avère manipulateur et cruel, et l'auteur nous dresse ici le portrait d'une humanité sombre et sans espoir.
     A la fois cruel mais bourré d'humour, c'est un vrai régal de lecture. Les dialogues percutent par leur ton décalé et acide.
     Avec un style incomparable et maîtrisé, Jim Thompson décrit un monde qui se perd d'une façon imparable.
      L'histoire se passe dans les années 20 mais les situations et les personnages restent tragiquement intemporels.
      Du début à la fin, un vrai plaisir de lecture.
 Jimp Thompson - Pottsville, 1280 habitants - Rivage/Noir - 270 Pages - 8 €
     
     
   

jeudi 7 juillet 2016

Yasmina Khadra : Dieu n'habite pas la Havane

                                                     
     Yasmina Khadra nous fait vivre une vibrante passion amoureuse sur des airs de Rumba dans la ville "aux mille colonnes", La Havane si belle et si décadente qui nous séduit plus que jamais.
     L'auteur nous invite à une célébration de la beauté, de la musique et de la vie. Les personnages possèdent une belle générosité et savent donner, malgré les multiples épreuves et les souffrances de la vie.
     Cuba et ses nuits, Cuba sa misère et sa ferveur dans des lendemains qui chantent, est en toile de fond mais aussi le personnage central de ce lumineux roman.
     Écrit à la première personne, Juan prête sa voix pour nous raconter l'histoire de sa vie. C'est la musique qui le fait vivre et c'est pour elle qu'il vit depuis toujours.
     A 59 ans, fier de sa gloire locale, il voit sa vie complètement anéantie quand le patron du bar dans lequel il se produit lui annonce la privatisation du Buena Vistas
     Le voilà sans travail, ni reconnaissance, confronté à un monde dont il s'est tenu à l'écart.
     Peu à peu, le quotidien reprend une place longtemps oubliée et il redécouvre un entourage familial et amical.
     Il s'aperçoit des difficultés qu'ils ont dû surmonter, de leur avenir incertain et il éprouve pour eux des sentiments oubliés.
     Quand il rencontre Mayensi, une très jeune femme à la beauté envoûtante et au passé trouble, Juan est prêt à tout pour la protéger et l'aimer.
      Mais lors d'une soirée en l'honneur de Fidel Castro, la personnalité perturbée de la jeune femme l'oblige à se pencher sur l'histoire de son passé.
      En forme d'enquête et de quête, le dernier roman de Yasmina Khadra, nous emmène sur les traces d'un homme qui va se redécouvrir en s'ouvrant et comprenant les autres. 
     Ici, les héros possèdent de belles âmes malgré les peurs et la misère, ils restent profondément  fragiles.
     A chaque roman, Khadra questionne l'homme au plus profond de lui-même. Quel que soit le pays il nous montre toutes les facettes humaines.
     Il sait rendre son récit aisé et nous charme par son écriture subtile et intelligente.
Yasmina Khadra - Dieu n'habite pas la Havane - Editions Julliard - 312 Pages - 19.50 €
    

dimanche 3 juillet 2016

Kasumiko Murakami : Et puis après

     Kasumilo Murakami, nous livre un récit très court qui débute le matin du tsunami qui a ravagé les côtes du Japon le 11 mars 2011.
     En moins de 100 pages elles nous plonge dans l'horreur de la destruction et de la mort, pendant les jours qui ont suivi le drame et nous met face à l'impossible mais nécessaire reconstruction des survivants.  
     C'est par le tremblement de terre ressenti par un pêcheur, Yasuo, que commence ce bouleversant témoignage.
      Sentant le calme anormal qui règne alors, il décide alors de mettre en sûreté son bateau. Il entraîne avec lui les autres pêcheurs de la côte.
     Avec beaucoup de courage, ils ancrent leurs embarcations au large et assistent avec effroi à la formation d'une vague gigantesque, haute et noire, qui cache un moment la plage pour laisser place à une nouvelle vague et ensuite aux incendies qui se succèdent dans leur ville.
     Après trois jours éprouvants en mer, ils regagnent enfin la côte pour constater le chaos d'un univers dévasté. Leurs maisons détruites, ils partent à la recherche de leur famille.
     Yasuo retrouve ainsi sa femme, Tokie, qui sont hébergés avec d'autres survivants, dans un gymnase où très vite la promiscuité accable, où les souvenirs hantent les nuits et les jours.
          Commence alors dans un passé englouti, le douloureux travail de reconstruction . Comment vivre en ayant tout perdu, comment occuper des journées vides de tout.
      Entre culpabilité et désœuvrement, l'espoir s'estompe pour la plupart et chacun à sa manière essaiera de continuer.
     Journaliste à Tokyo, l'auteure s'est rendue sur les lieux du sinistre et a secouru les survivants, ce sont ses mots qui racontent ici l'horreur et le quotidien perdu de ceux qui ne sont pas morts.
     Son texte est poignant mais juste, touchant avec toute la retenue possible. Elle laisse apparaître à la fin une nouvelle lumière.
     Les descriptions de cet instant où tout bascule, sont très bien rendues dès le début par les phrases décrivant la montée de la vague, ce moment de calme avant la tempête.
Kasumiko Murakami - Et puis après - Editions Actes Sud - traduit du japonais par Isabelle Sakaï - 112 Pages - 13.80 €



vendredi 1 juillet 2016

Rebecca Dinerstein : Comment être seul ?

     Rebecca Dinerstein est une écrivaine américaine, et séduit le lecteur par une histoire d'amour sensible et originale  dans le grand nord. Avec un style impétueux, elle nous fait découvrir les îles Lofoten au dessus du cercle polaire et dresse des portraits de familles très décalés et attachants.
     Frances, une New Yorkaise de 21 ans,  quittée par son petit ami avec qui elle devait partir au Japon, décide de partir seule poursuivre une classe de peinture artistique.
     Laissant derrière elle New York et sa famille, elle rejoint Nils, un artiste peintre norvégien, et travaille  avec lui sur la préparation d'une maison. La création artistique les pousse à atteindre le jaune absolu.
     Dans un quotidien strict et très studieux, Frances dans son exil solitaire découvre une fascination pour les paysages et le soleil qui suit une course infinie, les étendues époustouflantes balayées par le vent et la neige, les couleurs du froid.
     Yasha, débarque lui aussi. A 17 ans, ce fils de boulanger juif new yorkais, a fait une dernière promesse à son père, celle de l'enterrer sur la terre du "bout du monde".
     Grâce à son écriture nerveuse, l'auteur nous délivre une histoire originale et interroge finement sur la mémoire, les promesses, la transmission mais aussi sur les traditions juives.
     Les personnages qui gravitent autour des deux jeunes héros ne sont pas en reste. Chacun a suivi sa route à sa façon, ni leçon ni morale, on passe juste un moment dans ce monde.
     A lire pour la subtilité des situations.
Rebecca Dinerstein - Comment être seul - Editions Actes Sud - Traduit de l'américain par Caroline Nicolas - 320 Pages - 16.69 €

vendredi 17 juin 2016

Herman Koch : Cher Monsieur M

     Herman Koch nous revient avec un nouveau roman hargneux, à l'humour froid où les personnages restent complexes et souvent antipathiques. 
     Comme toujours les adultes sont affligeants et les adolescents magnifiquement cruels, mais comme toujours la vie passe quand même  sur ces dérapages et inconvenances.
     A la manière d'un règlement de compte Herman Koch pose des questions judicieuses  sur la création littéraire et le droit à la fiction d'utiliser des faits divers réels. 
     Monsieur M est écrivain, un vieux beau sur le retour dont le talent et surtout la notoriété s'émousse petit à petit. Dur de rester dans le coup, de plaire toujours mais heureusement Monsieur M est marié à une toute jeune femme. Alors l'illusion demeure.
     Et puis c'est le voisin, Herman le même prénom que l'auteur, qui écrit des lettres percutantes et troublantes à Monsieur M.
     Des lettres qu'il n'envoie pas mais qui expliquent le fond de l'histoire, le véritable drame.
     Alors adolescent Herman avait été accusé du meurtre de son professeur qui harcelait lui et sa petite amie de l'époque qui un temps, avait été la maîtresse du professeur.
     Monsieur M en avait fait un best seller en insistant sur une culpabilité et modifiant ainsi la vérité pour plaire au public et faire vendre.
     Un livre qui interroge sur la morale d'un écrivain quand la réalité est à l'origine de son roman.
Qu'en est-il du droit à la fiction quand les protagonistes ont souffert et souffrent encore du drame.
     Herman Koch dresse comme à son habitude le portrait d'adolescents impitoyables et de parents absents et pathétiques sans oublier les professeurs ratés.
     Le nombre de personnages, un peu trop à mon avis, rend la construction littéraire un peu lourde mais il n'en reste pas moins des passages sur la création littéraire et sur le portrait d'un auteur qui sont savoureux.
     La confrontation entre adultes (parents-professeurs) et adolescents est grinçante. 
     A lire même si le livre a quelques longueurs, il nous plonge dans un vrai suspense psychologique.
Herman Koch : Cher Monsieur M - Editions Belfond - Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin -
430 Pages - 21.50 €
     

jeudi 9 juin 2016

Caryl Férey : Condor

     Caryl Férey nous revient avec un roman vibrant et haletant pour nous raconter une histoire violente  où les personnages évoluent sur un fil, dans un pays qui me touche particulièrement, le Chili.
     Un peu tout à la fois, polar, politique, historique, ce livre nous emporte de plus en plus fort dans une course ultime au nom de la justice et  liberté.
     Revenant à travers ses héros, sur le 11 septembre 1973, jour qui a vu la chute et le suicide du président élu démocratiquement, Allende et l'avènement de la dictature de Pinochet et de ses militaires sanguinaires.
     Le Chili entre alors dans la période la plus noire de son Histoire. 
     Une chape de plomb s'est abattue sur la nation andine et les pleurs et la peur se sont installées pour longtemps.
     20 ans après et des milliers de massacres, de tortures, de disparitions, commis par les militaires, le Chili n'a pas pansé ses blessures malgré le retour des exilés et de nouvelles élections.
     Les coupables n'ont pas tous été punis et certains ont continué leur vie, sous une autre identité avec une autre histoire en toute impunité.
     Le Chili croit en un renouveau et celui d'aujourd'hui a du mal à oublier celui d'hier. Bourreaux et victimes vivent sur le même sol.
     De Santiago au désert d'Atacama, Stefano, le vieux militant fidèle à Allende avec Gabriella la belle indienne mapuche et Estèban, l'avocat des causes perdues mais fils de famille deviennent des enquêteurs au service de la justice dans un trafic de drogue.
     L'air est chaud, il brûle même et les paysages nous envoûtent. L'esprit chamanique n'est pas loin et les charognards non plus.
     Le rythme s'intensifie et devient haletant, l'histoire est très fouillée et presque documentaire parfois. 
     Même si je trouve juste que les personnages font trop dans la caricature sociale, il n'en reste pas moins l'ombre de Neruda sur les mots et le chant de Victor Jara.
Caryl Férey - Condor - Editions Gallimard Série Noire - 416 Pages - 19.50 Euros