je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

samedi 16 mars 2019

Delphine de Vigan : Les gratitudes

     Delphine de Vigan poursuit sa réflexion sur les sentiments humains.
     Un an après "Les loyautés" (analysé dans le blog) où elle parlait de l'alcoolisme des jeunes adolescents , elle explore ici la reconnaissance, celle de tous les jours que l'on ne montre pas forcément ou alors trop tard.
      Un texte court met en scène trois personnages qui vont trouver un réconfort dans une affection commune.
       Michka, une vieille dame arrive à un moment douloureux de sa vie où les mots se perdent pour ne plus revenir. Elle ne peut plus rester chez elle et doit aller dans une maison de retraite.
      Désormais, elle reste dans sa chambre. Marie une voisine qu'elle a connue enfant la soutient et lui rend visite.
      Jérôme, l'orthophoniste s'occupe d'elle et essaie que sa mémoire et ses mots continuent de l'habiter encore un peu.
      Mais trop vite, son monde devient petit et Michka ne possède plus l'énergie pour continuer. Les mots lui manquent et les conversations deviennent décousues. La peur survient face à l'inéluctable fin.
       Pourtant sa mémoire résiste et avant de partir, elle voudrait retrouver les personnes qui l'ont sauvée pendant la guerre, elle, la petite juive.
        Avec une profonde délicatesse, Delphine de Vigan lie les destins de ses personnages sans entrer dans les détails d'une vie et le lecteur ressent leur attachement profond.
        Chaque personnage reprend la narration pour se répondre dans un roman d'une grande sensibilité et les non-dits nous touchent alors davantage.
        Il est question d'un sujet difficile et douloureux celui de la maladie et de la fin de vie. Les mots qui ne reviennent plus ou mal, le corps affaibli, la peur qui s'installe devant le vide qui arrive et cette vie que l'on ne peut retenir.
       Ce n'est pas gai, mais c'est beau. De Vigan transmet la beauté des sentiments dans des personnages attachants et la lecture en est plus lumineuse encore.
Delphine de Vigan - Les gratitudes - Editions JC Lattès - Parution Mars 2019 - 192 Pages - 17 €

vendredi 15 mars 2019

Antoine Choplin : Partiellement nuageux

     Dans le sud du Chili, en plein pays Mapuche, Ernesto est astronome dans un modeste observatoire à Quidico au Chili, en territoire Mapuche.
     L'installation est vieillissante,  et à ce titre il se rend à Santiago pour commander une nouvelle pièce.
     Loin du monde, il observe le ciel à infini et entretient des relations tranquilles avec les derniers indiens du coin. 
      Ernesto a la tête dans les étoiles.
     Mais ses déplacements à  Santiago le conduisent à chaque fois au musée de la Mémoire, qui expose les photos des martyrs des années sanglantes de Pinochet.
     Il y retrouve le visage de Pauline, sa lumineuse fiancée disparue pendant cette période. 
     Lors de sa dernière visite il croise le chemin d'Ema, elle aussi a  dans sa vie un disparu.
     La rencontre amoureuse va se dérouler de façon sensible sur fond de souvenirs douloureux. Les promenades dans les paysages magnifiques des montagnes chiliennes nous envoûtent.
     "Partiellement nuageux" le dernier opus d'Antoine Choplin nous entraîne dans l'Histoire de la dictature du Chili et sur les traces des portés disparus ainsi que le difficile travail de résilience.
     Comme à son habitude, l'auteur économise les mots et le souffle. Il nous porte dans un texte court d'une grande nostalgie avec deux personnages simples mais profonds aux parcours pourtant différents.
      Il laisse au lecteur la maîtrise des mots pour le porter à la réflexion. Avec un mot il ouvre la porte de la souffrance et de la violence, avec un autre il nous donne la possibilité d'une rédemption.
      Les histoires de chacun sont différentes et Antoine Choplin nous touche particulièrement par la façon qu'il a de voiler les détails avec pudeur.
Antoine Choplin - Partiellement nuageux - Editions de La Fosses aux Ours - Parution Janvier 2019 - 140 Pages - 16 €
     
     


vendredi 8 mars 2019

Adeline Dieudonné : La vraie vie

     Adeline Dieudonné est une jeune auteure belge. Dans son premier roman "La vraie vie" absolument surprenant et bouleversant,elle nous raconte l'histoire d'une petite fille dont on ne saura pas le prénom. Avec elle nous pénétrons dans son univers de banlieue, dans sa famille apparemment très ordinaire.
     La jeune narratrice a 10 ans au début de l'histoire et nous la suivons pendant 5 ans. Dès les premières lignes elle nous présente sa maison, son père, sa mère et surtout son petit frère, Gilles qu'elle adore.
     C'est banal, et pourtant il y a une chambre spéciale dans cette maison, la chambre des cadavres.... On est accroché.
     Puis le  quotidien ordinaire se teinte de gris, le gris des maisons du lotissement "Le Démo" où elle habite près d'un bois.         Son père est un homme sévère et peu affectueux, il aime regarder la télé le soir en buvant son whisky, et la chasse toutes les chasses et puis il se défoule souvent sur sa femme aussi.
      La mère subit, la narratrice la compare à une amibe. Elle n'aime que ses chèvres. Elle encaisse, ne dit rien mais prépare les repas.
     Et puis il y a Gilles, le petit frère, avec lequel la petite fille s'échappe pour inventer une vraie vie ailleurs et puis ils vont manger des glaces. C'est l'enfance on peut encore rêver de possible.
     Un jour, un drame arrive justement avec le vendeur de glaces et le petit frère est profondément perturbé. 
      Ce drame nous ouvre les failles d'un univers douloureux, où la quête semble impossible.
La petite fille, attirée par la chimie, cherchera par tous les moyens à rendre le sourire à Gilles.
      Il y a beaucoup de poésie dans ce drame social d'une noirceur accablante. La fillette possède une belle intelligence et pendant cinq été elle évolue dans une réalité sauvage et hostile qui vacille.
      Un très beau roman qui bouleverse où l'on frôle le drame à chaque page. Il y a un peu de Brel dans cette histoire, "Chez ces gens là...on ne rêve pas, non"
      A lire, pour veiller sur cette petite fille.
Adeline Dieudonné - La vraie vie - Editions de l'Iconoclaste - Paru Août 2018 - 270 Pages - 17 €

lundi 18 février 2019

Jean-Claude Grumberg : La plus belle des marchandises

     100 pages d'émotion pure 100 pages pour raconter ce qui ne peut exister et qui pourtant un jour a été fait par l'homme 100 pages pour ne pas oublier.
     "La plus belle des marchandises" est un conte. C'est marqué sur la couverture, mais alors c'est un conte des temps modernes celui qui a fait exploser l'humanité.
     Dans les bois vivent un pauvre bûcheron et sa pauvre bûcheronne, parce qu'il en faut un bois dans les contes. Dans la plus profonde des forêts là ou existent la peur, le froid et la faim et où vivent des hommes soumis travaillant pour des vainqueurs vert de gris.
     Un train traverse la forêt profonde, à des heures régulières tous les jours il passe. La pauvre bûcheronne rêve d'enfant et d'amour à donner, et elle a faim aussi.
    Il paraît que c'est un train de marchandises, alors c'est un conte on peut rêver et un jour un petit paquet est jeté par une main anonyme, un petit paquet enveloppé d'un fichu de prières d'or et d'argent.
     C'est un bébé, une petite fille, c'est l'amour qui revient l'amour que l'on donne et celui que l'on reçoit. Mais le mal s'abat tout autour.
     Bien sûr, on sait tous que ce train qui passe si régulièrement comme jamais les trains n'ont été aussi ponctuels, est un des nombreux trains qui sillonnent l'Europe pour transporter les Juifs et autres indésirables mourir dans les camps de la mort.
     Jean-Claude Grumberg s'est malheureusement nourri de son histoire personnelle pour  perpétrer le devoir de mémoire. Les mots dits se lisent avec respect et émotion.
      Dans ce très beau texte, il nous raconte une histoire de famille et de main tendue d wagon  par amour qui va sauver son enfant et de celle qui va  recevoir,  l'aimer et le porter à la vie.
      L'épilogue  que l'auteur nous délivre est puissante et bouleversante.
      Oui les contes ça existent, et celui là plus que jamais alors faisons le lire et étudier dans les écoles. Raconter cette main qui s'échappe du wagon de marchandises pour honorer la mémoire de tous ceux qui ont souffert et sont morts sous le joug nazi.
       A lire absolument,
Jean-Claude Grumberg - La plus précieuse des marchandises - Editions Seuil - Parution Janvier 2019 - 128 Pages - 12 €

dimanche 17 février 2019

Bénédicte Belpois : Suiza

     Le premier roman de Bénédicte Belpois s'inscrit dans la rentrée littéraire de Janvier et offre une lecture d'une grande sensibilité. C'est un véritable coup de cœur.
     C'est un roman confession qui débute comme l'explication d'un fait divers par Tomas, le héros un solitaire taiseux, veuf depuis une vingtaine d'année, d'une femme pour laquelle il n'éprouvait pas d'amour.
     Tomas est très riche, il possède des terres et du bétail en Galicie. A 40 ans il aime soigner ses eucalyptus pour la pâte à papier.
     Depuis des années avec Ramon, il a l'habitude de finir la journée au bar du village.
     Mais Tomas vient d'apprendre qu'il est atteint d'un cancer. Obsédé par sa mort imminente, il commence les traitements sans en parler autour de lui.
     Au café il y a Suiza, la nouvelle serveuse. Elle est belle comme un soleil et d'une sensualité absolue.
      Elle arrive de Suisse, on sait qu'elle a quitté le foyer en stop pour voir la mer. Elle est présentée comme simple d'esprit, un peu trop naïve mais terriblement attirante.
     Quand il croise son regard , Tomas éprouve une pulsion et une attirance purement sexuelle.                 L'auteur s'empare d'une histoire qui débute dans des relations de sexe très violentes. Mais avec beaucoup de maîtrise elle analyse les sentiments amoureux qui évoluent.
     Dans une nature chaude et lumineuse, la relation de Tomas et Suiza se transforme en histoire amoureuse profonde.
     Les autres personnages illuminent le paysage malgré leur passé douloureux et l'auteur propose une fin remarquable à cette histoire hors du commun.
      La confession de Tomas est coupée par des chapitres en italique où Suiza prend la parole avec toute sa fraîcheur. Le texte sonne juste.
       Très beau roman, une écriture sensible.
Bénédicte Belpois - Suiza - Editions Gallimard - Parution Février 2019 - 256 Pages - 20 €

vendredi 15 février 2019

Rosella Postorino : La goûteuse d'Hitler

      Rosella Postorino s'empare d'une histoire vraie pour raconter un épisode de la deuxième guerre mondiale en s'inspirant du témoignage de Margot Wolk, la dernière goûteuse d'Hitler.
     En 1943, Hitler est reclus dans sa tanière en Prusse Orientale (Allemagne maintenant) et poursuit la guerre sur le front russe. Enfermé dans sa paranoïa, il est persuadé qu'on cherche à l'empoisonner.
     Une brigade de 10 femmes allemandes est recrutée contre rémunération pour goûter tous les repas du Furher. Chaque jour, un bus vient les chercher à leur domicile et sont conduites dans une ancienne école transformée en caserne.
     Parmi elles et contre sa volonté, l'héroïne Rosa Sauer est une jeune femme allemande dont le mari combat sur le front russe.
     Le roman alterne les scènes de dégustations forcées et surveillées  par des soldats SS et les événements déterminants de la folie nazie avant la guerre jusqu'à l'attentat manqué d'Hitler en Août 44.
     Rosa Sauer est un personnage attachant, ballottée dans la barbarie de l'Histoire elle se bat pour survivre malgré la peur et la violence. 
     Les personnages qui l'entourent, que ce soit Elfriede une autre goûteuse ou Ziegler, le capitaine du camp nous montrent un peuple abusé et meurtri à la fois bourreau et victime.
    Un roman écrit avec une plume sincère qui ne juge pas mais dépeint l'humanité au cœur de la page la plus noire de l'Histoire allemande parmi les fanatiques du Furher.
     Le lecteur est au plus près du monstre, dans son refuge et dans sa folie. La lecture devient angoissante devant la réalité des faits.
    Un moment de lecture intense avec une héroïne qui a vu comme tant d'autres leur famille et leur vie sacrifiées en raison des guerres et de l’absurdité des hommes.
Rosella Postorino - La goûteuse d'Hitler - Traduit de l'italien par Dominique Vittoz - Parution Janvier 2019 - 400 Pages - 22 €

jeudi 14 février 2019

Philippe Besson : Un certain Paul Darrigrand

     Lors d'un déménagement, Philippe Besson retrouve dans un carton une ancienne photo de lui avec un ancien amoureux. Cette photo est prise pendant un séjour sur l’Île de Ré en hiver 1988.
      Alors qu'il est étudiant en droit à Bordeaux, il rencontre sur le campus Paul Darrigrand. Au premier regard, c'est le coup de foudre, tout est consommé. Mais Paul, de 3 ans son aîné, est marié.
     Ils vont vivre une passion amoureuse. Elle est forcément clandestine. Cette même année, Besson tombe gravement malade.
     Entre passion amoureuse et maladie, entre les études et les séjours à l'hôpital, cette année très particulière reste pourtant la plus année année de la vie de l'auteur.
     Celle où il a rencontré et aimé un certain Paul Darrigrand. 
     L'auteur s'empare du passé pour raconter  l'âme et les corps.
     Moins fort que la découverte de son premier amour dans "Arrête avec tes mensonges", Besson poursuit sa veine autobiographique très intime avec une réflexion profonde sur la création littéraire.
     Il nous plonge au cœur de la passion amoureuse adultère dans laquelle il vit entre désir et jalousie, il souffre de n'être pas unique pour l'être aimé.
     Philippe Besson se répète à souhait en interpellant le lecteur à qui il raconte ses souvenirs amoureux.
     Il écrit pour ne pas oublier, pour dire que ça a existé, il multiplie le "je" devenant le confident du lecteur. Il sait manier la fulgurance des sentiments, le doute qui vient et l'absence.
     De longs (trop) passages entre parenthèses ramènent le lecteur dans la fin des années 80 par le biais de faits divers et d’événements politiques de l'époque.
     Un livre sans grande profondeur malgré la délicatesse et la finesse de l'observation, il manque l'essentiel l'intérêt du récit. Trop mécanique sans grande émotion.
Philippe Besson - Un certain Paul Darrigrand - Editions Julliard - Parution Janvier 2019 - 212 Pages - 19 €