Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




lundi 21 juillet 2014

Didier Van Cauwelaert : Le principe de Pauline

    Didier Van Cauwelaert nous invite avec son style inimitable, à suivre les aventures rocambolesques et émouvantes d'un trio très amoureux, Quincy, Pauline et Maxime.
    Mêlant humour et tendresse, l'auteur enchaîne  situations cocasses et réflexions pertinentes pour écrire un véritable chant à l'amour et à l'amitié.
    Pauline a un principe :" dans la vie, l'amour ça sert à construire l'amitié".
    A partir de cette règle, elle donnera à sa vie l'harmonie subtile qui mêlera et démêlera habilement ces deux sentiments.
    En se promenant sur les quais de la Seine, Quincy, pas franchement écrivain mais franchement dépressif, découvre chez un bouquiniste son seul livre publié avec une dédicace destinée à Pauline et Maxime.
    Nous voilà plongés 20 ans en arrière, un soir d'hiver.
    Quincy, heureux et un peu décontenancé, est le lauréat du Prix de la Maison d'Arrêt de Saint Pierre des Alpes où une fête est organisée pour lui remettre son prix.
    Il est reçu par la libraire, Madame Voisin et son aide bibliothécaire, Pauline, et découvre perplexe les lecteurs de son livre autobiographie au titre improbable "L'énergie du ver de terre". A cette occasion il fait aussi la connaissance de Maxime, président du jury et surtout détenu à la prison.
    Amoureux de Pauline, Maxime a été condamné pour magouilles politiques et veut absolument que Pauline fasse des études, et l'oublie en partant loin de lui.
    La remise du prix sera un prétexte pour approcher cet écrivain, dont le style sensible l'a touché, et lui demander de s'occuper de Pauline.
    Nous suivons à partir de là ce trio amoureux qui n'aura de cesse de se croiser, de se perdre de vue et de se retrouver 20 plus tard avec des sentiments d'amitié et d'amour intacts.
    Peut-être pas le grand roman attendu de Cauwelaert, en tout cas un roman qui questionne, interpelle sur ce sentiment d'amour-amitié capable de faire dire les plus belles choses, et d'agir de façon totalement inconsidérée.
    Les personnages sont intéressants et originaux, et  le chassé croisé amoureux nous déconcerte et nous charme beaucoup.
    La description des affres de la création littéraire est savoureuse et la valeur des prix littéraires dans le monde impitoyable de l'édition parisienne est assez bien nuancée.
    C'est réussi, bien mené, avec beaucoup de sensibilité et de profondeur.

jeudi 17 juillet 2014

Julien Suaudeau : Dawa

                                             
 D'abord il y a le livre-objet que l'on tient dans les mains, et celui-là a l'aspect d'un pavé que l'on jette. Lourd, noir, au toucher râpeux et aux lettres, DAWA, écrites en blanc sale, il nous donne une impression écrasante.
Si l'histoire débute dans les Aurès au moment où l'Algérie vit ses dernières heures françaises, le roman se passe de nos jours et mêle habilement vengeance personnelle, délinquance et radicalisation des jeunes des banlieues mais aussi politiciens trop ambitieux dans une France qui se fait acheter par le Qatar.
Un état des lieux dramatique de notre société qui a perdu ses valeurs et qui ne peut plus faire croire à un avenir meilleur.
L'auteur possède une écriture très vive souvent violente où les chapitres se succèdent pour montrer le point de vue et les divergences  des différents personnages.
Des ors de la République à la banlieue des 3000 au nord de Paris, de la petite bourgeoise attirée par les voyous en passant par les dealers touchés par la grâce et les flics paumés, Suaudeau nous dresse des portraits parfois un peu trop prévisibles et caricaturaux. Une humanité qui se désagrège violemment entre religion extrémiste, drogue, argent sale et magouilles au plus haut sommet de la République.
DAWA, quatre lettres pour symboliser le cri de haine d'un groupe de terroristes désireux de faire de Paris le lieu de  leur guerre sainte.
Le lecteur est happé par les souvenirs d'un petit garçon qui a vu ses parents mourir assassinés froidement, par Al Mansour, figure emblématique des fellagas et d'une guerre qui verra la France quitter l'Algérie.
On suivra les parcours remplis de désillusions et  la vengeance qui remplit les vies. Devenant les instruments des appels à la haine, l'islam devient alors la réponse à leur vide sociétal.
En utilisant le thème de la vengeance et de la guerre d'Algérie avec ses rancunes jamais apaisées, l'auteur fait une plongée dans la société actuelle, politique et sociale, où les enjeux financiers et les ambitions politiques dépassent les protagonistes eux-mêmes.
Beaucoup de sujets de réflexions dans ce livre extrêmement dense sans aucune échappatoire.
L'auteur ne juge pas, il éprouve au contraire une certaine sympathie pour ces héros perdus dans une société qui n'assume pas son passé colonial. Il dénonce une société qui se cherche des excuses pour expliquer l'utopie dans laquelle a sombré la France qui se voulait "Black, Blanc, Beur".
Certes le désir d'information est vraie et cette plongée dans une France en souffrance et qui a mal nous interpelle même après avoir terminé la lecture.
Mais le récit reste dense et les personnages nombreux représentent autant d'histoires et de réflexions que nous suivons parfois difficilement.
La dernière partie devient plus rapide et intense, l'action s’accélère et se concentre sur les personnages du début.
Beaucoup de clichés catastrophiques des banlieues, beaucoup d'opinions débattues avec une enquête menée façon thriller, le tout servi dans un style sombre et percutant.
A lire absolument.

jeudi 10 juillet 2014

Christel Delcamp : Les Déroutées

Après son premier roman, "L'homme qui mesurait sept chaussettes et demi", Chritel Delcamp captive une nouvelle fois le lecteur avec un récit percutant et haletant "Les déroutées".
Jeune auteure au talent lumineux et à la plume audacieuse, elle nous emporte ici dans un road-movie féminin où l'humour grinçant frôle le désespoir le plus déchirant prouvant une fois de plus que les mots sont des échappées belles.
3 femmes, 3 générations, 3 voix, composent une aventure hors des sentiers battus où l'école devient buissonnière et où la fuite en avant prend des allures de quête initiatique.
La grand-mère, Hélène, la fille Doris et la petite fille Coco se retrouvent à bord du camping-car familial, fuyant ainsi un drame ultime qui a fait que leur vie  ne sera plus jamais comme avant.
Le cataclysme familial resserre les liens , les personnages se dévoilent et deviennent attachants.
Ils portent en eux tout le paradoxe des extrêmes, la violence et l'amour, le vide et le vibrant.
La première partie est rapide, les drames vécus sont lourds et s'accumulent.
En suggérant la maltraitance et même le viol, l'auteure nous plonge dans l'horreur des cris qui restent muets derrière une porte fermée.
Et puis, il y a cet hommage extraordinaire rendu à la littérature, aux mots avec les vers de Reverdy, d'Appolinaire ou de Rimbaud cités par certains personnages.
La belle Hélène, qui se rêvait mondaine et qui a su trouver dans la lecture et surtout l'écriture la manière de devenir autre et de donner un amour absolu à sa fille et sa petite fille.
La façon de ne pas situer la région même si les descriptions et détails sont nombreux, place le récit dans un contexte universel.
La route, comme chacun peut la prendre à un moment, la route comme seule réponse, celle que beaucoup d'hommes et de femmes ont eu besoin de vivre pour continuer d'exister.
J'ai eu un réel plaisir à rencontrer l'auteure, Christel, lors d'une dédicace à la librairie Pierre Loti de Rochefort sur Mer et à partager un savoureux moment littéraire.






dimanche 6 juillet 2014

Brady Udall : Le destin miraculeux d'Edgar Mint

"Tu as quelque chose de spécial en toi, Edgar, un destin à accomplir."
C'est cette histoire extraordinaire et ce destin miraculeux d''Edgar qu' Udall nous raconte ici.
Edgar Mint est un enfant métissé, non désiré, né d'une mère indienne alcoolique et d'un père, véritable caricature pathétique du  cow boy blanc.
Élevé par sa grand-mère maternelle sur une réserve indienne, il est victime d'un terrible accident où il a la tête écrasée par la voiture du facteur.
Âgé de 7 ans, il est sauvé in extremis par un médecin, Barry, qui jouera un rôle plus ou moins glauque dans sa vie.
L'auteur à la manière d'Irving, nous raconte l'histoire chaotique de ce petit garçon livré aux adultes souvent sans scrupules.
De l'hôpital où il s'en sortira après beaucoup de souffrance, en passant par le pensionnat de Willie Sherman, réservé aux indiens et enfants en grande difficulté, où il est confronté à la violence et aux brimades, Edgar choisira sa vie et tendra toujours à atteindre un but : rencontrer l'homme qui a causé son accident.
Adopté par une famille mormone très particulière, en mal de bonnes actions et d'âmes à sauver, Edgar trouve dans la foi la possibilité de continuer son chemin de vie.
Mais la discorde au sein du couple le poussera une fois de plus à partir et l'auteur laisse le lecteur à l'entreé d'une maison à Stony Run, où Edgar va enfin arriver au bout de sa quête et obtenir enfin les précisions de son existence avant ses 7 ans.
Le facteur est retrouvé et le cercle de la vie se referme pour on l'espère plus de sérénité pour ce petit garçon que l'on a aimé tout au long du livre.
Udall nous décrit tout la misère du monde, l'exclusion de la minorité indienne et de sa culture, la violence de ces êtres en rupture, ces meurtris de la vie, ces exclus de ce fameux rêve américain.
Les personnages tous paumés à leur façon possèdent en eux une lumière, malgré leur désespérance et leur vie médiocre.
Le texte bascule entre rires et larmes, triste et doux à la fois, mais horrible souvent.
La lecture peut être freinée par la construction littéraire qui présente le récit à la première personne donnant la parole à Edgar et ensuite qui fait appel à la troisième personne d'Edgar.
Mais il ne faut pas oublier, que ce petit garçon, hors du commun et au cerveau ayant souffert,  utilise une machine à écrire pour noter sa vie, ses émotions. C'est un peu la lecture de son journal qui nous est donné.
Un moment de lecture intense.

vendredi 4 juillet 2014

Amanda Coplin : L'homme du verger

C'est un  beau premier roman pour cette auteure américaine, Amanda Coplin, à l'écriture envoûtante.
Tout au long d'un récit très dense, elle nous interroge sur l'intime et sa compréhension, à travers des portraits d'hommes et de femmes saisissants et poignants.
La famille et son héritage ainsi que ses liens et leur force nous bousculent tout au long des pages.
Elle évoque un lieu, Wenatchee, la vallée des pommes, un endroit paumé dans l'ouest comme seule l'Amérique est capable d'en offrir.
Un lieu pourtant magique, un verger décrit comme un endroit fantastique où un homme solitaire amoureux de ses pommiers  vit au rythme des saisons et du travail à accomplir.
Arrivé en 1957 sur cette terre, il avait alors 9 ans. Sa mère lui a transmis la peine et le silence, la disparition inexpliquée de sa jeune soeur a fait le reste.
Quand arrivent de nulle part, deux jeunes gamines enceintes. Comme de petits animaux sauvages, elles occupent les lieux et les arbres et se cachent.
Talmadge, le jardinier, va les apprivoiser et avec elles un vent nouveau souffle dans sa vie, comme une autre possibilité.
Les deux soeurs seront rattrapées par le passé et les horreurs vécues.
Il restera Angelene, l'orpheline, qui marchera dans les pas de Talmadge et fera tout pour continuer son travail et la transmission.
Della, sera hantée à jamais par son vécu d'avant le verger, incapable de pardonner et d'oublier, elle vivra à en mourir.
Un récit contemplatif très réussi, dans les paysages, la lumière, l'arrivée des chevaux, les saisons, le travail.
La deuxième partie peut paraître un peu longue, par la description des aventures violentes de Della, mais on est conquis par le message de fatalité et de destin implacable qui bouleverse le texte.
Ce que j'ai aimé, c'est cette magie du Grand Ouest Américain, une période qui n'existe plus.
L'auteure a su saisir avec beaucoup de talent, ce moment où tout change : l'arrivée du train à Seattle, la production et la vente des fruits d'un façon plus commerciale, les mentalités en train de changer.
Un bon moment de lecture, une belle découverte.



jeudi 3 juillet 2014

Eric Fottorino : Chevrotine

La quatrième de couverture, par une phrase énigmatique et choc, plonge le lecteur dans l'atmosphère sombre et violente  du dernier roman de Fottorino : " Toutes les femmes attendent le grand amour, ta mère cherchait son assassin."
Une accroche qui ne s'estompe à aucun moment du livre.
Dès les premières phrases, le lecteur sait qu'il y a eu un crime passionnel et que l'histoire s'est terminée tragiquement.
Aujourd'hui malade et en fin de vie, Chapireau , un marin au grand cœur reconverti en ostréiculteur, décide d'écrire à sa fille Automne, une ultime lettre.
Il veut lui raconter comment et surtout pourquoi, 20 ans auparavant, il a tué sa mère d'une balle de chevrotine, faisant croire à jamais à une éternelle fugue.
Mais peut-on vraiment trouver les mots pour expliquer le côté sombre et destructeur de Laura, la trop belle rousse lumineuse mais tellement manipulatrice.
Fottorino est un brillant observateur de la déliquescence de ce couple pour qui tout avait si bien  commencé. Il choisit les mots de la désespérance pour tracer le portrait d'un homme amoureux simplement, face à la folie d'une femme qui n'aime que le combat.
Veuf élevant seul ses deux jeunes garçons, Chapireau vit dans le souvenir de sa première épouse trop tôt disparue, jusqu'au jour où Laura débarque dans sa vie avec fracas.
C'est la passion, l'amour et surtout le grain de folie qui lui manquait. Laura va lui donner tout ça et même plus.
Une famille recomposée, qui pendant tout le roman tend à atteindre un bonheur qui n'arrivera jamais.
Chaque journée qui passe est assombrie, par l'imagination sans borne de Laura à tout gâcher.
Elle mettra une énergie inouïe à blesser, humilier, saccager l'existence de Chapireau.
Manipulatrice envoûtante,  elle arrivera à l'éloigner à jamais de ses fils, mais le récupérant toujours au dernier moment selon sa volonté et son charme.
Fottorino nous fait aimer cet homme au grand cœur, faible et naïf dans son amour éperdu pour une femme qui l'aime, lui.
Malgré la distance qu'il met vis à vis de ses fils, de l'éloignement physique qu'il leur impose pour garder Laura, l'auteur arrive à nous toucher par sa souffrance et le naufrage de sa vie.
L'arrivée de leur fille, Automne, ne fera que précipiter une fin inéluctable.
Ancrée, à la Rochelle et dans les environs, l'histoire raconte un combat à mort entre un couple qui ne pouvait pas s'en sortir.
Fottorino nous captive par ses mots et son talent à raconter l'intime.
Un très beau et sombre roman qui nous hante encore une fois le livre refermé.




lundi 16 juin 2014

J.M.G. Le Clézio : Tempête

Novella, un très joli terme italien apprécié particulièrement par les anglo-saxons , et un genre littéraire choisi par  Le Clezio pour raconter deux histoires très intenses.
Entre la nouvelle et le court roman, notre Prix Nobel de Littérature nous emmène au confins de l'âme, si les questionnements se succèdent , il sait nous transmettre une chose importante :" Nous ne sommes que de passage, alors soyons humbles."
La première novella donne le nom à l'ouvrage, Tempête, et se passe sur une île au nord de la Corée.
Là-bas des femmes perpétuent une tradition très dure, celle de plonger en apnée, pour pêcher coquillages et poulpes.
Un travail qui leur est réservé puisque les hommes ne plongent pas.
Kyo, un ancien photographe de guerre, se réfugie sur l'île, hanté par le passé.
Il a été témoin d'un viol pendant la guerre par des soldats et il n'a rien fait pour l'empêcher.
A quoi sert de témoigner, d'écrire quand on n'intervient pas dans un épisode de violence ?
Traînant sa culpabilité, Kyo va renaître à la vie et l'espoir grâce à la compagnie d'une petite fille, June, dont la mère est plongeuse.
Fille sans père, il sera pour elle, la tendresse et elle deviendra pour lui la réponse à ses doutes et la renaissance pour continuer la vie.
Dans la deuxième novella, une femme sans identité, Le Clézio donne la parole à une petite fille qui se découvre adoptée et qui vit un exil douleureux après le retour d'Afrique avec ses parents.
Un long monologue, sur l'identité, la place de la vérité dans la vie et où le témoignage de l'enfant illumine le récit.
Les deux  novellas en nous faisant traverser les tempêtes de l'âme nous délivrent des messages d'espoir et de renouveau.
Lire Le Clézio, éternel voyageur,  c'est lire le monde et ça fait du bien.