Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




samedi 19 avril 2014

Audur Ava Olafsdottir : L' Exception

Dans la frénésie des feux d'artifice du nouvel an et du bruit des bouchons de champagne, un mari annonce à sa femme qu'il la quitte pour son ami et collègue de bureau.
Couple uni et comblé depuis plus de dix ans , ils sont parents de deux adorables garçons, faux jumeaux de 3 ans et rien ne laissait supposer cette brutale séparation.
Maria n'a pas vu venir ce "coming out" marital. Anéantie, elle espère tout de même que son mari, Floki, mathématicien spécialiste dans la théorie du chaos va retrouver ses esprits et surtout le chemin du foyer conjugal.
Dans ces moment douloureux, elle fait plus ample connaissance avec sa voisine, Perla, une jeune femme de petite taille qui est conseillère conjugale à ses heures perdues, et nègre pour un écrivain de romans policiers.
Apparaît aussi, un autre jeune voisin, spécialiste de la faune et plus particulièrement des oiseaux.
Pour couronner le tout, elle fait la connaissance de son père biologique et reçoit la réponse d'une demande d'adoption  pour une petite fille, demande faite avec son mari quelque temps plus tôt.
Tout cela peut paraître beaucoup, justement, mais c'est sans compter sur les talents de l'auteur, qui nous offre encore une fois un roman d'une réelle douceur dont la lecture fait le plus grand bien.
L'écriture est rythmée, vive et pleine d'humour. Le ton ne sombre pas dans le désespoir pathos, ni l'optimisme à tout va.
Tout est dans l'atmosphère, dans ces personnages complexes et un peu à l'ouest mais vrais et sincères que le lecteur a plaisir à suivre. Les descriptions de ces paysages islandais où les nuits n'en finissent pas, où la mer est noire et le climat rude, nous invitent à un voyage exceptionnel.
Le récit est rempli de références littéraires, de conseils d'écriture, d'interrogations sur la façon de percevoir la fiction et la réalité. 
Ici pas de leçon de morale mais de l'honnêteté, de la sincérité pour masquer les coups et continuer comme on peut.
Reste comme toujours avec Audur Ava Olafsdottir la possibilité que tout peut encore arriver.
C'est un livre lumineux et ça fait du bien.





jeudi 17 avril 2014

Gilbert Sinoué : La nuit de Maritzburg

Gilbert Sinoué écrit ici un roman d'une grande richesse historique en racontant  le parcours de Gandhi  en Afrique du Sud principalement et ensuite en  Inde. Il donne la parole à Hermann Kallenbach, juif allemand, brillant architecte et le compagnon fidèle de l'homme qui va devenir pour le monde entier le Mahatma.
Pendant plus de 10 ans, Hermann va accompagner Gandhi dans sa lutte pour que la minorité indienne en Afrique du Sud obtienne l'égalité des droits, partager sa vie et son intimité (ils vivront ensemble), et surtout croire dans le destin de cet homme.
Il nous montre aussi un côté sombre et inconnu de Gandhi. Celui d'un être égoïste, dur envers ses proches y compris sa femme et ses fils, ambiguë dans son comportement sexuel.
Gandhi  rencontre Hermann à Durban en 1904. Avocat ambitieux, il gagne beaucoup d'argent. C'est un despote familial qui règne en patriarche sur sa famille et son entourage.
Cette rencontre changera la vie d'Hermann et la relation d'amour entre les deux hommes les façonnera à jamais.
Pendant cette fameuse nuit de Maritzburg en 1893 où il est victime de la ségrégation, Gandhi prend alors conscience du combat à mener en Afrique du Sud pour défendre la minorité indienne offensée dans ses droits.
Trois mouvements d'écriture alternent dans le récit plaçant l'histoire de l'homme Gandhi  dans le contexte historique où il devient le Mahatma.
Celui de 1945, date à laquelle Kallenbach décide d'écrire son journal et raconte ses années passées auprès de Gandhi, la correspondance entre les deux hommes (Ton corps me manque écrit Gandhi à Hermann) et le temps du souvenir raconté par la voix même de Gandhi.
C'est un livre troublant parce qu'il fait le portrait d'un homme méconnu où la part d'ombre est parfois gênante.
Il n'en reste pas moins, que ce petit homme chétif , croyant à la bonté humaine jusqu'à en être naïf, a mené un combat pour la dignité des opprimés et  gagné contre l'Empire Britannique.

vendredi 11 avril 2014

Anna Gavalda : La vie en mieux

Deux récits composent le dernier ouvrage d'Anna Gavalda et racontent deux existences bien distinctes. Aucun point commun entre ce jeune homme et cette jeune femme,  si ce n'est  que chacun est malheureux et leur vie morne et qu'à un moment donné une rencontre inattendue va chambouler leur quotidien.
Le point commun de ces histoires est ce besoin vital qu'ils ont  de tout changer dans leur vie y compris "en se trompant de vie plutôt que de n'en vivre aucune".
Anna Gavalda sait utiliser les mots pour tous, sait bien raconter le quotidien banal, merveilleux et  agaçant, les sentiments, les histoires d'amour et de coeur. Elle nous embarque dans des vies difficiles où les personnages sont parfois encombrants, souvent nécessaires ou trop absents. La vie toute simple, celle de la solitude mais aussi celle des rencontres et puis la vraie vie quand une rencontre arrive qui bouleverse tout et qu'il faut savoir reconnaître. Un peu trop mièvre ?
Mathilde a 24 ans et a vécu une jeunesse douloureuse entre la disparition de sa mère et la fuite de son père. Placée chez sa soeur, elle plonge dans la déprime et l'alcool et osera tout pour pouvoir continuer à vivre quitte à se faire étiqueter de bonne fêtarde toujours partante.
Sa rencontre avec un homme taiseux, se baladant avec des couteaux de cuisine et une phalange en moins,  la fera chavirer et remettre en question son vide existentiel.
Yann, lui a 26 ans et a loupé sa carrière de designer. Commercial, il vend des robots ménagers. La rencontre qui va tout changer pour lui, c'est une armoire qui bloque le passage dans l'escalier de son immeuble.
Elle lui permet de rencontrer ses voisins et de prendre l'apéro avec eux. Au bout d'une nuit inoubliable, il se rend compte au contact de ce couple, amoureux, surprenant et surtout vivant qu'il faut qu'il change de vie.
Chose sera faite, puisque le lendemain il quitte tout et part vers de nouveaux horizons.
On peut aimer ce genre d'histoire qui finit bien et qui rassure parce que finalement il suffit de regarder et de trouver.
Le style de Gavalda est toujours là mais plus dilué, moins abouti.
L'écriture se veut jeune et trash pour coller à l'air du temps mais les personnages sont moins fouillés et les histoires deviennent vite des bluettes bien trop prévisibles.



lundi 24 mars 2014

Maylis de Kerangal : Réparer les vivants


                                                         
   Dans son quatrième roman, Maylis de Kerangal nous bouleverse dès les premières pages en nous racontant un drame d'une grande intensité et transmet au fil du récit poignant et bouleversant une émotion toujours plus profonde.
    Simon est fou de surf et de sensations fortes. Alors qu'il rentre d'une session avec ses amis, il est  victime d'un accident de la route tôt le matin. Transporté à l'hôpital, il est déclaré en état de mort cérébrale.
    C'est le moment où interviennent des équipes spécialisées, infirmiers, médecins afin d'appliquer de façon précise, méthodique et humaniste, les protocoles de transplantation d'organes.
     C'est aussi les paroles choisies, dites, murmurées aux parents par l'infirmer pour demander finalement leur accord. La scène la plus douloureuse du livre, d'une vérité insoutenable.
    En 24 heures se confrontent la mort et la vie, le don et le renoncement dans une atmosphère de huis clos âpre et rugueux où tous les personnages sont  des héros.
    Alors que la douleur est la plus vive, les abîmes les plus profonds, alors que la chair se maintient dans un état qui n'est plus la vie, tous vont donner et  tous vont se dépasser pour réparer les vivants.
     Ce sera pour Claire, à bout de souffle vital, qu'à la fin  de  24 heures de désespoir et de lumière ,  battra le coeur de Simon, à nouveau.
      Maylis de Kérangal possède une écriture envoûtante, précise, étonnante.
      Elle nous émeut sans pathos, avec des phrases à n'en plus finir et nous met face à une douleur inouïe.
     Elle nous bouleverse par son prodigieux travail d'investigation vrai, parce que c'est ça la vie, les mots qu'il faut dire sans condamner, sans donner de leçon de morale.
     Un plaidoyer pour le don, le dépassement, pour que l'intime prenne part dans le collectif et que malgré tout la vie continue.
     Un véritable coup de coeur, pour un livre difficile à fermer, tant l'histoire et les personnages nous emportent.
     
       

vendredi 21 mars 2014

Philippe Besson : La maison atlantique

Un homme raconte l'histoire de la fin de son adolescence. Le temps d'un été, le père et le fils de 18 ans, se retrouvent dans la maison de famille au bord de l'océan et mettent ainsi un terme à l'innocence.
"Il avait 16  ans quand sa mère est morte, 18 quand son père est parti...J'ai oublié de vous dire : aucune de ces deux morts n'est accidentelle".
Voilà tout est dit. Philippe Besson nous entraîne dans un engrenage et le lecteur  ira au bout des mots et des souffrances.
Inéluctablement, une machine efficace se met en place et nous tient en haleine.
Des phrases courtes, sans concession, des mots bien balancés, c'est vif, sec, froid.
Le père est un avocat brillant, égoïste,  aimant l'argent et un grand séducteur collectionnant sans compter les femmes dans sa vie.
Son fils est tout l'opposé. Il voue une haine profonde à son père, l'accusant d'être responsable de la disparation de sa mère. Entre eux, le dialogue n'a jamais passé.
Quand un couple de trentenaire, sans enfant, vient louer la maison voisine, le père redevient le séducteur et fera tout pour séduire la très belle jeune femme. Le mari devient encombrant, le père jaloux, la jeune femme trop sensuelle et le fils trop observateur. Il n'y a plus d'innocent, il n'y a plus de victimes, tout le monde joue un jeu pervers et sordide.
Un huis clos où l'engrenage est fatal et la chute finale inexorable.
Les personnages sont froids et tiennent le lecteur à distance.
Un bon roman mais trop court. On aurait aimé en savoir plus sur ces personnages égoïstes et haineux, plonger dans leurs abîmes.
Philippe Besson connaît parfaitement la mécanique des sentiments, ces ambiances balnéaires où son écriture excelle dommage qu'il effleure trop ses histoires.

lundi 3 mars 2014

Hanif Kureishi : Le dernier mot

Mammon Azam, vieil écrivain admiré autant que détesté,  musulman d'origine indienne est installé en Angleterre depuis une vingtaine d'années. Reconnu sur la scène internationale pour ses écrits et son engagement politique, il est maintenant fatigué et n'a plus vraiment d'inspiration flamboyante. Homme à femmes, il s'ennuie désormais entre sa dernière épouse, folle de dépenses et de gloire dans sa campagne anglaise et son succès qui décline.
C'est là, que vient le trouver Harry Jonhson, jeune écrivain ambitieux et féroce,  employé par un éditeur londonien pour écrire sa biographie.
D'abord admiratif de Mamoon, Harry se rend compte des zones d'ombre et des mensonges de la vie de l'écrivain beaucoup plus ordinaire qu'il  ne le pensait.
Le face à face devient presque un huis clos dans un cottage anglais où les personnages secondaires gravitent dangereusement. 
"Même l'homme le plus solide tremble à l'idée que se déchire le voile qu'il a jeté sur son passé"
Qu'est ce qui fait un homme, l'écrivain est il son double ? comment fonctionne la création la littéraire, de quoi se nourrit-elle ? et qu'avons nous à savoir de plus, nous autres lecteurs ?
Toutes ces questions abondent dans cette joute littéraire et sociale entre les deux hommes.
A travers les livres, les femmes aimées souvent maltraitées et les souvenirs, le lecteur assiste au dernier combat d'un monstre sacré, à ses emportements  pour améliorer une phrase, pour supprimer un détail peu reluisant de sa vie, pour sauvegarder ainsi l'image qu'il laissera de lui et un jeune écrivain à l'ambition démesurée pour qui tout s'écrit maintenant.
L'écriture de Hanif Kureshi reste la même, drôle, enjouée, rapide et très visuelle. Le lecteur retrouve l'univers de ses livres, bariolé, compliqué à souhait et très anglais.
Même si l'auteur nous entraîne dans une trame romanesque caricaturale, le lecteur appréciera cette tragi-comédie sur la naissance d'une oeuvre littéraire.

mercredi 26 février 2014

Ian McEwan : Opération Sweet Tooth

Ian McEwan possède un talent incontestable pour distiller dans ses romans un souffle intimiste où l'ambiguïté règne parfaitement dans une humanité aux prises avec ses abîmes et ses doutes.
Dans cet époustouflant roman, il nous sert en plus, une page d'Histoire, celle de l'Angleterre des années 1970, en pleine dépression culturelle et sociale où la guerre froide exacerbe le monde politique.
Avec un humour féroce, il raconte les débuts de Serena,  étudiante très  brillante juste diplômée de Cambridge, recrutée par le fameux MI5, service très secret de sa Majesté. Belle, sensuelle et surtout lectrice avide et gourmande, Serena veut croquer la vie et les hommes. 
Elle se verra confiée une mission, appelée opération Sweet Tooth qui a pour but de soutenir et financer des écrivains aux idées non communistes.
Serena doit se rapprocher de Tom Haley, écrivain prometteur dont elle tombe amoureuse.
Ce livre foisonnant et captivant possède différents niveaux de lecture.
L'auteur par son style égale les grands romans d'espionnage tels ceux de Ian Fleming ou John le Carré et place son récit dans une Angleterre meurtrie par une crise économique et qui voit l'Irlande entrer dans un conflit sanglant. Londres pullule d'espions et le terrorisme éclate, mensonges et trahisons se succèdent alors que la création artistique n'a jamais été aussi flamboyante.
Le monde assiste à son prodigieux changement.
Si le livre s'inspire de faits réels, ceux du recrutement volontaire ou pas par le MI5 d'intellectuels afin de dénoncer les idées communistes, il devient un vibrant hommage à la littérature, à la lecture, à l'écriture et surtout à la création littéraire, au rôle de l'écrivain et à la force des livres.
C'est aussi une vibrante passion amoureuse que l'on découvre en épiant les personnages.
Le lecteur a dans ce livre, un rôle important et c'est toute la finesse et l'intelligence de Ian McEwan qui dans les dernières pages nous donne une leçon époustouflante de lecture.
La fin est grandiose et à l'instar de ces héros, l'auteur a réussi à nous manipuler façon MI5.
Bravo !