Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




vendredi 17 octobre 2014

Gaëlle Josse : Le dernier gardien d'Ellis Island

    Depuis la lecture de son livre superbe "Les heures souterraines" suivi d'une rencontre littéraire magique à Paris, je suis avec passion le parcours de Gaëlle Josse.
    Sensible à la musique, à l'expression orale, à la délicatesse des mots, elle sait créer autour de ses œuvres une atmosphère unique qui devient une expérience littéraire savoureuse.
    Dans son dernier roman, elle nous emporte sur une île perdue et froide, Ellis Island, symbole de tous les désespoirs et de tous les exils, mais aussi la porte d'or vers le pays de la liberté et de tous les possibles : l'Amérique.
    Centre de contrôle de l'immigration, situé tout près de la statue de la Liberté, Ellis Island avant de devenir une prison et un centre d'entraînement militaire.
 "Je suis aujourd'hui le capitaine d'un vaisseau fantôme, livré à ses propres ombres."
    John Mitchell a été pendant longtemps le gardien de ce temple, vivant hors du temps, du monde et de ses fureurs.
    C'est l'automne 1954 et le centre va fermer dans quelques jours.     Il ne reste plus que son vieux directeur, Mitchell, et c'est à travers son journal  que le lecteur découvre sa vie mais aussi celles qui sont passées dans ce lieu.
         Revisitant le mythe américain, l'auteur rend hommage à ces vies multiples aux origines dont les souvenirs habitent encore ce lieu.
       Démunis de leurs biens et abandonnant leurs passés, ils subissent la sélection médicale et font face à une curiosité qui rappelle un racisme évident.
        On ne parle plus de folklore même si le photographe du centre  saisit ces familles sur le vif de leur désespoir infini.
       L'auteur raconte avec sensibilité et sa prose musicale et intime. Elle fait le portrait de Mitchell avec ses joies, ses drames personnels mais aussi sa rencontre faite de passion inavouée et secrète avec une immigrée italienne. Se servant de son pouvoir administratif et décisionnel, il abusera d'elle malgré tout.
        Le remord l'accompagnera jusqu'au bout et cette dramatique histoire se mêlera à celles des autres immigrés.
        Resté seul sur son île, il tiendra le journal des derniers jours, rempli de nostalgie, de regrets et de solitude.
        Il n'en reste pas moins, une histoire bouleversante parce qu'elle montre l''envers du rêve américain mais aussi l'espoir et la réussite qu'il a représenté pour des milliers de personnes.
Gaëlle Josse - Le dernier gardien d'Ellis Island - Editions Notabilia - 14 Euros

mercredi 8 octobre 2014

Valérie Trierweiler : Merci pour ce moment



Tout simplement :



N  O  N

Ceci n'est pas un livre, ceci ne représente pas la littérature française, ceci est un règlement de compte écrit dans un style de rédaction de CM1 (et encore sans la belle imagination !) pour faire pleurer dans les chaumières et prendre les lecteurs pour de parfaits imbéciles.

lundi 6 octobre 2014

Louise Doughty : Une femme sous influence

Si vous vous arrêtez à la couverture et au titre, effectivement vous risquez d'imaginer une histoire qui navigue entre espionnage et mélo.
Il n'en est rien, c'est une belle découverte littéraire au suspense psychologique prenant et habilement orchestré.
L'auteur décrit avec beaucoup de réalisme les difficultés émotionnelles rencontrées par une femme de cinquante ans aux prises avec la passion et l'infidélité et où à un moment donné tout a explosé.
Le livre s'ouvre dans une salle d'audience d'un tribunal. Une femme, Yvonne, se trouve dans le box des accusés face à un jury populaire.
Dans le prologue elle s'adresse à un homme, son amant accusé avec elle, en lui disant "tu" tout au long du récit.
Dans une sorte de journal intime, elle retrace les événements qui l'ont conduite ici et surtout le moment où toute sa vie a basculé.
Généticienne reconnue, elle vit à Londres avec son mari, elle a deux grands enfants qui ont quitté la maison,  une vie bien remplie et surtout bien convenable.
Jusqu'au jour où un regard suffit pour l'entraîner dans une spirale amoureuse et surtout sexuelle avec un parfait inconnu sur le lieu de son travail.
Avec sa logique cartésienne, elle pense gérer la situation. Mais l'addiction à ces pratiques délicieusement dangereuses et surtout l'attachement émotionnel à cet homme la font douter.
Et un événement d'une odieuse brutalité va l'atteindre au plus profond d'elle même et entraîner le dérapage complet.
Avec des retours en arrière astucieux et surtout bien menés, Yvonne explique ces mois de folle tension.
Elle se donne des explications mais elle en fournit aussi à sa famille. La réflexion est intéressante au sujet des enfants à la maison et dans leur vie, du poids des parents mais aussi des indélicatesses de leurs absences.
Mais surtout c'est la façon dont l'auteur construit l'histoire en ne lâchant que petit à petit les bribes d'explications.
Le style est fluide et l'écriture conduite avec beaucoup d'ingéniosité.
Le lecteur ne sait qu'à la fin l'identité de l'amant, sa vie, même si on l'imagine, on devine et la révélation finale à la toute dernière page est absolument brillante.
Louise Doughty - Portrait d'une femme sous influence - Belfond - 21 Euros

vendredi 3 octobre 2014

Eric Reinhardt : L'amour et les forêts

C'est avec son dernier livre "L'amour et les forêts" que j'ai fait la connaissance de l'écriture et du style étonnant d'Eric Reinhardt. Subtil, audacieux, intimiste et un peu manipulateur mais sans fioriture, mais quoi de plus normal c'est un écrivain. 
Dans son livre "L'amour et les forêts", il rend un hommage vibrant et sans concession aux femmes qui souffrent dans le silence et l'abnégation.
C'est à partir de son expérience personnelle, celle d'un auteur recevant  les lettres de confidences de lectrices, qu'il entame une fiction plus vraie que nature.
Dès la première ligne, Eric Reinhardt, se met dans la peau du narrateur, un écrivain, pour raconter sa rencontre avec une de ses lectrices, Bénédicte Ombredanne.
C'est  une belle jeune femme, agrégée de lettres, mariée avec deux enfants, bien dans son temps, intelligente et pétillante. Elle n'a qu'une envie vivre pleinement sa vie et surtout ses rêves.
Elle lui avait adressé une longue lettre émouvante et il a voulu la connaître et ainsi commence le roman.
Peu à peu Bénédicte se confie et l'auteur s'efface pour tracer le portrait de la femme qui se cache derrière cette apparence de bonheur.
Elle s'est mariée à un ami d'enfance, un pervers narcissique, infâme et odieux avec elle, elle souffre du manque de tendresse et d'amour.
Dévouée corps et âme à sa famille, à ses enfants égoïstes et inintéressants, elle s'oublie , sans cesse rabaissée et malmenée par son mari.
Un jour, poussée à bout, elle se rebelle et va faire un tour sur Meetic. Après moult conversations d'un réalisme forcené et tristement drôle, elle prend contact avec un bel antiquaire et passera  la plus belle après-midi de sa vie, dans son lit et dans ses bras.
Mais il est facile de rêver d'une autre vie, d'avoir envie d'en changer, il est difficile aussi de partir.
Bénédicte ne prendra jamais les chemins qui se présentent,et malgré l'aveu de son infidélité et la l'enfer conjugal, elle fait tout pour retourner auprès de son mari et de ses enfants.
Jusqu'au bout elle subira la violence et la jalousie maladive de son mari et le mépris de ses enfants dans l'espoir que tout s'arrangera.
La dernière partie où l'auteur cherchera à comprendre le silence de Bénédicte, est menée comme une enquête. C'est efficace et la découverte d'une sœur jumelle qui donnera les explications qui lui manquaient est surprenante.
Par contre et je ne peux pas tout raconter, mais cette fin est insoutenable, tant par les descriptions choc que par l'horreur humaine qui y est décrite. C'est vraiment un malheur immense ajouté à tous les autres  que ce livre contient et qui sonde l'abîme infini de  l'intime.
Il en reste un sentiment de malaise, une fois le livre refermé.
Eric Reinhardt - L'amour et les forêts - Editions Gallimard - 21 Euros


mercredi 1 octobre 2014

Claudie Hunzinger : La langue des oiseaux

Claudie Hunzinger nous offre dans ce livre son univers où l'importance de la nature, de l'écriture et des rencontres donne à cette histoire une ambiance légèrement floutée et voilée.
Cette atmosphère prend de l'ampleur par le goût immodéré de l'auteur pour les mots et la poésie qui s'en dégage.
En se mettant subtilement en scène, Hunzinger nous raconte Zsa-Zsa, une romancière qui vient d'être reconnue pour sa première oeuvre récemment éditée.
Pourtant, elle n'a de cesse de fuir la ville, la notoriété et son compagnon Thomas, pour se réfugier dans un coin perdu en forêt dans une cabane incertaine à l'histoire mystérieuse.
Pour quelques mois, elle va renouer avec la nature qu'elle aime tant, comme l'auteur, et découvrir des personnages étrangement seuls et surprenants.
Les souvenirs familiaux s'invitent dans sa retraite et c'est par le biais de l'ornithologie et de la traduction chinoise qu'elle replonge dans son passé de jeune fille souvent délaissée.
C'est une rencontre virtuelle, sur la page d'E-bay, par l'intermédiaire d'une annonce de vente de vêtements de la marque Comme des Garçons, qui bouleversera sa tranquillité.
Jusqu'au jour où cette rencontre devient physique et prend les traits d'une jeune femme japonaise en fuite de tout et surtout d'elle-même.
Toutes deux vont se perdre dans cette forêt et la fin comme un symbole d'ouverture, nous laisse dans un sentiment d'abandon étrangement délicieux.
C'est vraiment un roman étrange et plein de mystère.
Les petites annonces sont un régal de poésie et de questionnements, la délicatesse prend le relais pour décrire la forêt et les arbres, la couleur et aussi son absence.
L'imaginaire de l'Asie à travers la peinture de Zhao Zhiqian (à découvrir) donne une beauté très forte à un style littéraire somptueux.
C'est un roman audacieux, intelligent dans le fond et dans la forme et qui est pour moi une belle découverte.
Claudie Hunzinger - La langue des oiseaux - Editions Grasset - 18 euros 


lundi 29 septembre 2014

Haruki Murakami : L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage

Le dernier livre de Murakami est toujours une vraie attente, et je l'ai attendu.
Moins ambitieux que la trilogie 1Q84, violente et fantastique, ce roman pénètre dans le territoire de l'intimité nostalgique chère à l'auteur.
Entre rêve et réalité, mystère et clarté, l'histoire nous invite à écouter une certaine musique. Ici c'est Liszt et ses années de pèlerinage, notamment le mal du pays, qui hante ces pages.
De quoi parle Murakami ?
Toujours de héros incolores et transparents qui survolent la vie et qui pourtant font tout pour y écrire leur rime.
Tsukuru Tazaki fait partie d'un groupe de cinq amis, trois garçons et deux filles. Jusqu'à la fin du lycée, ils habitent Nagoya et sont très liés. Tous possèdent un prénom qui illustre une couleur, sauf Tsukuru qui lui est sans couleur.
Quand Tsukuru décide d'aller à l'université de Tokyo, il est le seul à quitter la ville.
Il revient voir ses amis régulièrement jusqu'au jour où sans aucune explication, ils rompent avec lui et ne veulent plus jamais le voir ni lui parler.
Vivant très mal cet abandon, Tsukuru restera longtemps prostré au bord de la mort.
Devenu architecte reconnu et un jeune homme charmant, il a toujours l'impression d'être une coquille vide, de ne pas exister pour les autres.
16 ans plus tard et avec l'aide de sa nouvelle petite amie, il fait face à son passé et retourne à Nagoya, il va même en Finlande pour obtenir l'explication du mystère de la rupture.
Abolissant le passé, il peut ainsi entreprendre le voyage pour construire le présent.
Murakami avec beaucoup de nostalgie, nous invite à une quête existentielle où le rêve n'est jamais bien loin.
Je ne pense pas que ce livre soit mon préféré. Aux romans de l'auteur, je préfère ses nouvelles où la fulgurance du récit rend le voyage onirique plus mystérieux encore.
Le lecteur peut se lasser de toute cette nostalgie qui n'en finit pas. Le personnage de Tsukuru à force de banalité semble vraiment inconsistant et pour le coup transparent.
Le manque de passion dans son quotidien face aux vrais problèmes ennuie ainsi que  les descriptions des vêtements( une vraie pub pour les marques) et la façon de faire le café. 
L'écriture est classique et l'histoire n'apporte pas la magie attendue.
Mais ça reste quand même Murakami.

mardi 23 septembre 2014

Ernst Haffner : Entre frères de sang

L'écrivain allemand Ernst Haffner dont on connaît peu de choses, a écrit "Frères de sang" en 1932.
Si le livre a eu un certain succès à sa parution, le régime nazi a vite interdit sa publication et brûlé les ouvrages, condamnant éditeurs et auteurs au silence.
Merci aux  maisons d'édition actuelles qui font sortir de l'oubli cet auteur.
Le roman prend l'allure d'un témoignage authentique et très éprouvant.
Sans fioriture, l'auteur raconte la vie dans les quartiers pauvres de Berlin dans les années 30. Le quotidien d'une jeunesse sans attache et sans reconnaissance exclue de la société.
Laissant dans l'ombre les questions politiques, il assène une violente critique à la bourgeoisie allemande égoïste et indifférente.
A travers la vie de gangs de gamins vivant dans les rue, notamment celui de Jonny, "Frères de sang" , l'auteur plonge le lecteur dans une réflexion sur les conséquences inévitables d'une telle misère sociale.
Les descriptions des établissements où sont enfermés ces enfants égarés, leurs conditions de vie dans la violence des rues , les abus dont ils sont victimes emportent le lecteur dans un récit très dur.
Haffner raconte des endroits improbables, des personnages hautement répugnants assouvissant leurs plus vils instincts mais aussi l'entraide, l'espoir.
La construction littéraire, avec des débuts de chapitres en forme de rébus est très intéressante et donne à ce livre un rythme très moderne.
Ce livre est tout à fait intéressant parce que le lecteur suit les aventures de ces jeunes de l'intérieur, dans les rues, leur seul territoire.
Une fois l'ouvrage fermé, la réflexion continue et prend un air d'actualité