Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




vendredi 29 janvier 2016

Mo Hayder : Fétiches

     D'abord c'est une couverture qui nous happe par une certaine monstruosité. Ensuite,  le début du roman nous donne le ton.
     Une intrigue glaçante dans un huis-clos hautement psychiatrique. Un hôpital de haute sécurité, où les malades responsables d'actes épouvantables, sont vraiment très perturbés et pas près de sortir.
     Une terreur collective s'est installée dans le bâtiment, avec un fantôme qui vient visiter les lieux et provoque une frayeur chez les patients en s'asseyant sur leur poitrine, en leur suggérant de se mutiler et même de se tuer.
     C'est Maude la naine, une infirmière  morte depuis longtemps, particulièrement cruelle avec les malades.
     Responsable de l'équipe d'infirmiers, AJ a du mal à contenir la panique qui s'empare aussi du personnel.
     De plus un ancien patient vient de quitter l'établissement, Isaac Handel. Il y a quelques années, il a commis un parricide d'une           grande barbarie. Peut être est il responsable de la peur actuelle.
     Caffery, l'inspecteur de police, que l'on retrouve dans plusieurs ouvrages de l'auteur, va enquêter sur cette insolite affaire. Manipulation ou vrai fantôme ?
     Mo Hayder installe une galerie de personnages assez incroyables, tous concernés par l'affaire et qui finissent par se croiser.
     L'auteur nous parle de mort, de folie et d'amour même si on n'y croit pas beaucoup.
     Thriller psychologique  bien construit, dont les codes sont bien respectés. Mo Hayder nous installe dans une ambiance totalement anxiogène, amplifiée par les scènes dans l'hôpital psychiatrique, la forêt profonde.
     La brièveté des chapitres est efficace et rend la lecture facile. Le fait que le titre des chapitres explique ce qui s'y passe et qu'on le retrouve dedans est intéressant.
     L'auteur sait nous laisser dans le flou en nous distillant au compte goutte les informations. 
     Si la  construction est très bien menée et presque évidente, il manque peut-être une certaine profondeur psychologique chez les personnages.
Mo Hayder - Fétiches - Editions Pocket - Traduit de l'anglais par Jacques Martinache - 512 Pages - 7.90 Euros
      



mercredi 27 janvier 2016

Annie Saumont : Le tapis du salon



Annie Saumont est notre nouvelliste française. Elle n'écrit que des nouvelles et elle le fait avec un grand talent. Ses textes sont étudiés en classe et elle prouve que cet exercice difficile, que représente l'écriture de la nouvelle, mérite d'être mieux apprécié chez les lecteurs.
     Son oeuvre est marquée par des personnages souvent seuls, sur le fil et qui ne s'aperçoivent pas que leur univers va basculer sans que rien d'extraordinaire n'arrive.
     Des histoires très courtes, remplies de silence et de désespoir profond. Les personnages évoluent dans un monde désenchanté où la noirceur règne.
     18 nouvelles dont le fil rouge est la chute, terrible et efficace.          Conçue comme un coup de scalpel, elle donne l'ampleur à la lecture et la compréhension ultime au malaise qui nous habite.
     Le tapis de salon se décline en trois histoires et il devient un élément dont l'utilisation troublante et effrayante déstabilise longtemps.
     La mort d'un poisson rouge par son début nous promet un conte champêtre sauf que la fin, toujours, nous glace.
Les derniers mots, parfois juste le mot, nous donnent la dimension de l'abysse dans lequel plonge la vie la plus simple.
     Annie Saumont sait capter comme personne cet instant insaisissable où le néant, la folie et l'infâme se conjuguent pour laisser le lecteur au bord de tous les gouffres à l'instar de ses personnages.
     Son écriture ressemble aux tranches de vie racontée, elle coupe, elle taille. Réduisant la ponctuation à l'infime, elle utilise l'implicite pour nous tenir en haleine.
     Audacieuse dans son style, elle nous invite dans un univers étrange où rien n'est anodin dans ce qui survient laissant le lecteur troublé.
     Le plaisir aussi de lire des nouvelles, c'est que l'on pioche en passant d'une nouvelle à l'autre en conservant l'âme du texte.
Annie Saumont : Le tapis du salon - Editions Julliard - 196 Pages - 16.50 Euros

jeudi 7 janvier 2016

Thomas B. Reverdy : Il était une ville

     Thomas B. Reverdy nous plonge dans le climat délétère de la ville de Détroit, fleuron de l'industrie automobile, touchée par la crise financière de 2008.
     Son personnage, Eugène, ingénieur français arrive à Détroit pour travailler sur un projet automobile révolutionnaire.
     Doté d'un caractère plutôt optimiste, Eugène se rend  vite compte que la ville sombre, victime des subprimes et de la faillite des banques.
     C'est le symbole de la puissance américaine qui est touché, le fameux rêve  devient cauchemar.
     Les licenciements et les fermetures d'usines contraignent les habitants à quitter la ville.
     Les travailleurs abandonnent les maisons qu'ils ne peuvent plus payer. Pillages, incendies, friches prennent possession de la ville.
     Dans ce climat d'apocalypse tout à fait réel, les personnes qui restent, semblent figées à l'instar de celles qui fréquentent un bar resté ouvert.
     C'est là qu'Eugène rencontre Candice, serveuse, au passé compliqué et avec qui il envisage un nouveau départ.
     Quand il ne reste plus rien, il y a tout à recommencer et Eugène choisit l'amour.
     Dans cette ville en perdition, les jeunes sont livrés à eux-mêmes et essaient de s'en sortir par tous les moyens, comme Charlie. Jeune garçon de 12 ans élevé par sa grand-mère, il tombe sous l'emprise de délinquants.
     Sa disparition fera l'objet d'une enquête de la police dépassée par la violence et la délinquance.
     Ce livre est très intéressant parce qu'il offre de multiples lectures. A la fois enquête policière, il est aussi un documentaire fiction sur l'économie d'une ville qui meurt.
     L'auteur a une vision juste et précise du monde de l'industrie et ses personnages sont attachants dans leur réalité apocalyptique. Comme eux le lecteur erre dans un Détroit au bord du gouffre.
     Ce qui est troublant c'est que nous avons l'impression de lire un ouvrage de science-fiction mais la réalité nous rattrape. 
     Avec une écriture sensible, l'auteur nous offre un roman aux chapitres courts mais efficaces et nous met face à l'agonie de notre monde et de son insolente modernité.
Thomas B. Reverdy - Il était une ville - Editions Flammarion - 272 Pages - 19 Euros

mercredi 6 janvier 2016

Christophe Boltanski : La cache

     Récompensé par le Prix Femina 2015, le premier roman de Christophe Boltanski retrace l'histoire de sa famille sur trois générations à travers le siècle.
     Au coeur de cette autobiographie, le drame de la judéïté est analysé à partir des parcours des différents protagonistes.                 Comment se construire, vivre en fuyant, se cachant, falsifiant sa nationalité et son nom. L'exil et la peur de l'abandon deviennent pour eux un quotidien qu'ils embellissent par le vivre ensemble, soudés tout le temps.
     Construit autour des pièces d'une grande demeure parisienne, Boltanski nous raconte avec des mots d'amour et d'humour sa famille, dont la figure emblématique était Myriam la grand-mère pétulante, handicapée et décalée. 
     Plus qu'une famille une tribu juive et c'est le charme et la force de ce roman très nostalgique.
     La cache est l'endroit dans l'appartement où le grand-père médecin, juif va se cacher pendant la guerre.
     C'est un livre rempli d'anecdotes cocasses et jubilatoires, mais Boltanski a sondé à travers un quotidien anti conformiste, le déracinement qui se transmet comme une névrose familiale. 
     Une famille extravagante qui vit repliée sur elle-même, les uns avec les autres avec une touche de folie qui les a empêchés de sombrer.
     Malgré la construction littéraire originale et la grande subtilité de l'auteur à raconter sa famille, la lecture n'est pas toujours facile.
     Si les personnages sont foisonnants, on se perd dans les multiples noms et surnoms empruntés ou donnés pour de multiples raisons il est vrai.
     Les anecdotes se suivent sans cesse, souvent curieuses ou drôles mais on ne se retrouve pas toujours dans ce labyrinthe familial.
     Un livre intéressant parce qu'il permet de connaître la famille Boltanski dont certains membres ont connu et connaissent une certaine notoriété.
Christophe Boltanski - La Cache - Editions Stock - 344 Pages - 20 Euros

samedi 2 janvier 2016

Merveilleuse Année 2016


Je vous présente mes voeux les plus sincères pour l'Année 2016.
Que celle-ci comble vos souhaits les plus intenses, vos plus délirants projets, 
Qu'elle vous apporte la douceur,
et le  bonheur encore et toujours,
2016 belle et littéraire,
Je vous souhaite de vivre de beaux voyages, d'inoubliables rencontres, d'incroyables discussions grâce à vos lectures et ailleurs aussi...
Merci de me suivre sur ce blog. N'hésitez pas à poster des commentaires.


mercredi 30 décembre 2015

Yasmina Khadra : La dernière nuit du Raïs

     Écrit à la première personne, le dernier livre de Yasmina Khadra donne la parole à Kadhafi dans son dernier repaire, l'ancienne école désaffectée de Syrte. Traqué par les rebelles, abandonné par son peuple il est accompagné par une poignée de fidèles et va vivre sa dernière nuit.
     Nous l'accompagnons dans ses souvenirs d'enfance, dans son parcours militaire, son pouvoir sanguinaire et son lynchage public.
     Un livre qui perturbe parce que le lecteur se trouve plongé dans les pensées les plus intimes et les plus sombres du Raïs.
     On sait l'homme mégalomane, violent et violeur, n'ayant aucune compassion pour le peuple lybien, pour ses proches. 
     Imbu de lui-même, tyran assoiffé de pouvoir, exécutant toutes ses vengeances, il reste lucide sur son rôle et se déclare l'élu de Dieu. D'ailleurs il entend sa voix et agit à sa demande. Kadhafi est investi d'une mission celui de guide suprême.
     L'écriture est comme toujours envoûtante, et Khadra ne condamne pas, il nous livre Kadhafi et surtout les pensées d'un homme qui ne se confiait pas.
     Sa dernière nuit sera l'occasion pour le Raïs de se souvenir de sa famille, le clan des Ghous, jeune berger du Fezzan, il est devenu ensuite lieutenant colonel et acquiert le rang de Raïs quand il renverse le roi, portant ainsi son pays à la liberté.
     Combattu par le monde entier, il rejette la faute à l'Occident, coupable de tuer son peuple.
     Intelligent peut être, certainement pas fou, d'ailleurs il savait faire exécuter les plus viles besognes à ses proches.
     Un livre qui ne peut laisser indifférent, parce que la voix de Kadhafi nous parle dans son ultime nuit, et que devant nous se tient le Bédouin insolent, l'orphelin domptant le désert, celui qui aurait pu être un vrai guide.
     Le livre reste un roman, l'auteur a utilisé l'âme noire du Raïs,  mais le lecteur est bousculé dans ses jugements. C'est bien parce que c'est aussi ce que l'on attend d'un livre.
Yasmina Khadra - La dernière nuit du Raïs - Editions Julliard - 220 Pages - 18 Euros


lundi 7 décembre 2015

Maxence Fermine : Zen

     Tous les jours et pendant des heures,  Maître Kuro pratique l'art subtil de la calligraphie,  cette écriture si délicate de la beauté.                                                                                                                            Quand il s'arrête, il médite et se nourrit du bout des lèvres.
     Il vit dans une modeste pagode au milieu d'une forêt d'érables en harmonie avec la nature qui l'entoure et le silence qui le réconforte.
     Peu de besoins, il donne des cours à des élèves venant apprendre comment maîtriser un tel art qui allie puissance et légèreté.
     Pour son unique jour de repos, il va au marché, s'attable au restaurant et assiste le soir à un spectacle de théâtre, des représentations de kamishibaï.
     Une harmonie douce et remplie qui va être bousculée par l'arrivée par la poste d'une calligraphie.
     L'oeuvre est d'une élégante insolence , aérienne et puissante même si la maîtrise n'est pas parfaite.
     Elle éveille en lui la curiosité de rencontrer l'artiste, et c'est ainsi que Yuna débarque dans sa petite vie.
     Yuna devient son élève et leur passion commune pour la calligraphie entraîne une complicité contrariée par une...
     Voyons, non je vous laisse le plaisir de vous plonger avec ce court roman dans une ambiance totalement zen.
     L'auteur, Maxence Fermine, possède une écriture épurée, délicate et nous enchante par des phrases aux allures de haïkus. C'est au coeur du  Japon ancestral que nous voyageons, loin du bruit inutile et des gestes désordonnés de notre quotidien gris.
     Maxence Fermine nous dit que "le vide est plein de possibles". C'est vrai, regardons, remplissons ces blancs qui nous habitent.
     Malgré la pureté et la beauté de la calligraphie, il nous explique aussi que "la plus belle des calligraphies est celle que l'on écrit à l'encre de ses doigts, tel un tatouage sensuel et éphémère sur la peau de l'être aimé".
     Un livre à lire et relire juste pour le plaisir. Il nous reste quelque chose de Maître Kuro quand la lecture se termine.
     Une envie de retrouver les mots, les phrases qui ont embelli ce moment.
Maxence Fermine - Zen - Editions Michel Lafon - 14.95 Euros 6 135 Pages