Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




lundi 8 septembre 2014

David Foenkinos : Charlotte

     Les romans et personnages de David Foenkinos expriment souvent la légèreté décalée et pleine d'humour.
     Avec son dernier roman, Charlotte, il signe une autobiographie profonde et livre le portrait fascinant d'une jeune femme qui l'obsède.
     Nous découvrons la vie brève et intense de Charlotte Salomon, artiste-peintre juive assassinée par les nazis à 26 ans alors qu'elle était enceinte, dans un camp de concentration à l'automne 1943.
     A la découverte de son oeuvre picturale unique, Leben oder Theater, Foenkinos est entré dans une quête éperdue pour faire revivre à travers ses mots et sa poésie, l'existence de Charlotte.
     Des phrases courtes finissant par un point qui balaie les atermoiements, des paragraphes qui s'enchaînent dans une fin illuminée par l'oeuvre de l'artiste et l'hommage rendu par l'auteur font de ce livre un hymne à la vie et à la mémoire.
     Les vers rythment avec justesse ce long poème narratif aux allures de tragédie.
     Le lecteur découvre la famille meurtrie par les suicides successifs, comme celui de la mère de Charlotte quand elle avait 10 ans.
     Après une adolescence passée à Berlin, la jeune fille brillante étudiante aux Beaux-Arts, se voit exclue par les nazis des écoles et de la vie sociale.
     Après avoir été follement amoureuse, elle est contrainte de se réfugier dans le sud de la France où elle créera dans son exil une oeuvre autobiographique résolument nouvelle.
     Elles confient ses toiles à son médecin traitant et son père ayant survécu à la guerre les mettra en lumière lors d'une exposition à Berlin.
     Foenkinos nous entraîne dans la vie brisée d'une jeune femme ayant aimé passionnément. Sa vie remplie d'événements et de personnages attachants aux destinées souvent tragiques a nourri son oeuvre.
     C'est très émouvant l'obsession de l'auteur pour ce destin de femme allant jusqu'à mettre les pas dans ceux de Charlotte  pour aller à sa rencontre.
      A travers la vie et l'oeuvre de cette  artiste lumineuse, David Foenkinos pose un autre regard sur la Shoah, celui d'une émotion personnelle.

mercredi 3 septembre 2014

Grégoire Delacourt : On ne voyait que le bonheur

Une rentrée littéraire brillante et réussie pour Grégoire Delacourt avec son roman au titre nostalgique, qui balaie sur trois générations l'explosion d'une famille.
Son style et son ton nous avaient gentiment charmés, comme dans "La liste de mes envies". Sous la légèreté se cachait une certaine tristesse .
Ici il nous emporte dans la profondeur de l'émotion en nous parlant de la famille qui abîme l'existence et du bonheur que l'on ne peut saisir.
Construit en  trois parties, l'auteur évoque dans des chapitres courts et efficaces,  la résilience, le pardon et la lâcheté. Son écriture prend de l'ampleur et nous chavire. Les émotions arrivent, bouleversent et renversent. On ne s'en remet pas.
Antoine le narrateur et pas vraiment le héros, parle à son fils de 8 ans, Léon. Il lui raconte ce que fut sa vie avec des parents non aimants, les drames mais aussi son amour pour Nathalie, la mère de ses enfants. Il parle surtout de la lâcheté qui a rempli sa vie jusqu'à la folie ultime et meurtrière.
Le vide remplit l'existence d'Antoine par les manques: celui de l'amour maternel,  l'indifférence du père,  la mort  de sa sœur et l'abandon de sa femme.
L'exil au Mexique est la deuxième partie et percute. Le choc des phrases pénètre les abîmes d'Antoine et lui permette le dur travail de reconstruction dans le pardon, l'acceptation.
La parole est ensuite donnée à Joséphine, victime de son père Antoine, pour le dernier chapitre qui prend les allures d'un cri primal.
A travers son journal intime, la jeune fille parle de l’innommable, du Chien, son père mot qu'elle n'a plus jamais  prononcé depuis la Nuit fatale.
L'égoïsme et l'indifférence de sa mère permettront à Joséphine de retrouver le chemin de cet homme qui lui a fait si mal et de se reconstruire également.
Tout y est dans ce roman, Grégoire Delacourt ne lésine pas sur la vie, les larmes, les drames et surtout l'espoir alors oui ça marche et on sort cette lecture bouleversé pour un moment.
L'écriture est intéressante, on y voit la confirmation d'un style puissant, riche et émouvant.
A ne pas manquer.

mercredi 27 août 2014

Catherine Mavrekakis : La ballade d'Ali Baba

    Catherine Mavrekakis, auteure canadienne, a souvent habitué ses lecteurs à venir faire un tour dans l'au-delà, côtoyant et invitant dans ses œuvres des personnages qui ne sont plus.
    Dans son sixième et dernier roman, elle appelle le père disparu, image toute puissante et grandiose afin de lui rendre un dernier et bouleversant hommage.
    Alors qu'elle affronte une terrible tempête de neige à Montréal, la narratrice Erina, porte secours à un vieil homme manquant de se faire écraser sous les roues d'une déneigeuse.
    Son étonnement est saisissant quand elle reconnaît dans ce vieillard fragile, son père mort six mois plus tôt.
    Le lecteur plonge alors dans l'univers envoûtant de Mavrekakis.
     Cette ballade sera le lien entre la  vie et la mort et l'occasion pour l'héroïne et son père de s'expliquer une dernière fois.
    Dans un désordre narratif de temps et de lieu, Erina devenu écrivaine et spécialiste de Shakespeare, déroule ses souvenirs d'enfant au côté de son père, Vassili, homme fantasque allant au bout de ses mensonges et dévorant la vie.
    Un père absent, un mari volage, un aventurier aux semelles d'or et de vents, un homme en lequel la petite Erina croyait mais qui avec le temps était devenu l'homme qui faisait souffrir sa famille.
    Des Keys, leur ultime et lumineux voyage ensemble, en passant par l'Europe, Alger où son père a vécu et la Grèce où il est né, c'est toute la vie ébouriffée, splendeur et déchéance, de cet homme qui défile.
    Le temps, les époques se mêlent montrant combien cet homme aimait la vie et le monde  avant tout.
    De l'Algérie des années 30 aux années 60 à Florence, Montréal ou Key West, le lecteur découvre avec empathie un homme qui a toujours pensé que le meilleur reste toujours à venir.
    Malgré des répétitions et des passages moins prenant que d'autres, l'écriture est énergique et le ton souvent drôle.
    Si les morts hantent ce livre, l'écriture virtuose de Mavrikakis nous entraîne dans une réflexion forte sur le sens de la vie, le devoir vis à vis des siens et de cette fameuse liberté que l'on chérit parfois trop.






lundi 25 août 2014

Serge Joncour : L'écrivain national

     Invité en  résidence littéraire dans le  Centre de la France, un écrivain se retrouve entraîné dans un fait divers local où la disparition mystérieuse d'un maraîcher fortuné bouleverse la vie du petit village.
    Dans une atmosphère que Chabrol apprécierait sûrement, Serge Joncour construit un  habile suspense où une impertinente autobiographie nourrit  une intrigue haletante.
    A la fois roman social et thriller , l'histoire captive et déstabilise par le ton et la façon dont  Joncour (se) met en scène l'ambivalence de cet écrivain maladroit dans le monde actuel face à une envie d'amour qu'il maîtrise mal.
   " Ce séjour promettait d'être calme...", la première phrase explique l'état d'esprit du narrateur mais le séjour tournera vite au cauchemar en raison des faux pas de ce héros candide que la bonne société provinciale épie et bouscule en raison de ses fréquentations avec les protagonistes de l'affaire.
      L'écrivain national, Serge, nommé une seule fois dans le livre, est un véritable timide et quand il croise la photo de la jeune compagne du présumé coupable, Dora, dans le journal il n'aura qu'une seule idée, la connaître.
      Il oubliera plus ou moins, plutôt plus, ses obligations envers les personnes qui l'ont invité à ce séjour : le maire, la bibliothécaire, la libraire et son époux et les notables qui se sont fait un point d'honneur à lire les ouvrages d'un écrivain "national" non primé.
      C'est drôle et émouvant,  fiction et réalité  se mêlent pour montrer la difficulté de la création littéraire, la place de l'écrivain dans la société : mais à quoi sert-il ? sûrement pas à s'occuper des affaires des autres.
       Serge Joncour dit qu'écrire c'est se dénoncer. 
       Écrit à la première personne, ce livre dévoile l'auteur, peut-être. En tout cas, il restitue bien ces ateliers d'écriture où un écrivain tente de transmettre son travail, ces rencontres autour de petits fours dans une ambiance qui se veut avant tout intellectuelle, la province avec ses charmes discrets et ses enjeux économiques et sociaux.
       Une belle intrigue dans une atmosphère saisissante et le style Joncour, pur et sincère.
       "Lire c'est voir le monde par mille regards, c'est toucher l'autre dans son essentiel secret, c'est la réponse providentielle à ce grand défaut que l'on a tous de n'être que soi".
       Un premier coup de cœur de cette prometteuse rentrée littéraire.
       

   

dimanche 17 août 2014

Aurélien Delsaux : Madame Diogène

Voici la rentrée littéraire et  un premier roman choc pour un jeune auteur, Aurélien Delsaux.
Avec beaucoup d'audace, il nous plonge dans les abîmes de la folie que côtoie une femme dont on se sait rien.
Le lecteur n'en connaîtra pas davantage à la fin du livre.
Au plus devinera-t-il, au hasard d'une phrase ou d'un regard posé sur une photo vieillie que la vie avait des rimes et des couleurs pour elle, avant.
Alors pourquoi et comment en est-elle arrivée à se terrer dans un appartement qui ressemble plus à un dépotoir qu'à un nid douillet ?
Au fil du temps, sans raison elle s'est retirée du monde, se négligeant avec la volonté d'oublier le monde.
Elle a apporté chez elle tout ce qu'elle trouvait dehors, immondices ou achats, entassant et creusant des terriers où elle déambule et se perd à longueur de journée.
Elle écoute l'agitation de la rue à travers une vitre qu'elle ouvre ou ferme au gré de ses lubies, invectivant sa haine et sa peur contre le monde qui l'entoure.
A jamais égarée dans sa solitude morbide, cette femme n'a plus de passé, ne représente plus rien.
A travers une maladie psychiatrique, le syndrome de Diogène, Aurélien Delsaux dépeint le désarroi et la solitude extrême d'une femme face à l'indifférence et  l'incompréhension des gens.
C'est un ultime saut dans le vide. 
Par son style net et précis, ce livre peut déranger par la façon dont les thèmes de la solitude, de la folie sont évoqués.
Mais à tous les coups c'est fort. 

vendredi 8 août 2014

Jan-Philipp Sendker : L'art d'écouter les battements de coeur

C'est un ouvrage écrit en allemand et traduit d'abord en anglais par K. Williarty  puis en français par L. Kiéfé, merci pour le beau travail de traduction.
Un livre à savourer, certainement, avec une histoire douce écrite dans un style prenant et sans aucune mièvrerie.
L'auteur nous raconte une histoire d'amour,de celle qui dure toujours, une magnifique amitié , il nous invite au pardon et à l'humilité et à la nostalgie.
Dans l'esprit d'un conte c'est la recherche du temps perdu, du passé qui ne reviendra pas, des réponses que la vie ne nous donne pas toujours.
La beauté et la qualité des mots sont source de moments de grande douceur.
Julia Win, jeune femme new-yorkaise, veut savoir pourquoi son père d'origine birmane a un beau jour disparu sans laisser de trace ni donner d'explication. Pour elle, il est toujours vivant.
Elle part à sa recherche, et le contact avec la Birmanie fait l'objet de descriptions savoureuses et belles.
Une part cachée de son père est restée là. Il n'a jamais évoqué à sa famille les 20 ans passés dans son pays.
Qui est-il ce mari, ce père dont le secret, à travers l'histoire de personnages éblouissants, se révèle petit à petit. Les touches sont délicates et la Birmanie déploie toute sa magie.
Enfant son père a progressivement perdu la vue. De ce moment douloureux où voir lui manque, les phrases ici sont toujours très émouvantes, il en tire une force pour regarder autrement, pour sentir et ressentir, et même reconnaître les battements du cœur.
Sa rencontre avec une jeune fille meurtrie dans son corps, le changera à jamais. Elle reste pour lui son amour éternel.
C'est aussi le Petit Prince débarqué  en Birmanie, lui qui ne voyait bien qu'avec le cœur.
Cette histoire est exprimée avec beaucoup de sentiments et suscite une émotion vive. 
Un livre qui fait du bien et c'est pas mal du tout.

jeudi 7 août 2014

J. Courtney Sullivan : Les Débutantes

J. Courtney Sullivan nous offre ici un roman d'apprentissage ou d'initiation autour du destin de quatre jeunes femmes, Celia, Bree, April et Sally. 
Etudiantes à la très renommée université de filles, Smith, véritable place forte du féminisme américain, elles vont vivre une amitié solide qui continuera après les études.
Le mariage de Sally sera l'occasion pour elles de se retrouver à nouveau. Si tout ne se passe pas vraiment bien, elles seront à nouveau liées pour affronter les absences et les drames.
Chacune des héroïnes prendra la parole pour raconter ces quatre années passées à l'université et expliquer les premiers pas dans la vie professionnelle et les difficultés rencontrées.
On y retrouve l'ambiance des campus universitaires américains, les bizutages, les soirées un peu arrosées et les histoires d'amour, la liberté qui explose et la belle jeunesse qui  fait croire que ça durera toujours.
Un air de nostalgie nous tient à la lecture de ces pages, malgré un style un peu trop jeune, un peu trop cru et des répétitions dans les monologues qui peuvent lasser.
Un hommage donc aux femmes et aux difficultés qu'elles rencontrent pour se faire reconnaître, estimer, valoriser. Même encore aujourd'hui être féministe est souvent considéré comme incompatible avec une vie familiale ou professionnelle et les clichés ont la vie dure.
Ces quatre jeunes femmes vont essayer à leur manière de s'affranchir des codes que la société impose.
J'ai trouvé  ces quatre jeunes filles un peu trop caricaturées et souvent superficielles.
April est la seule à mener une vie très tourmentée et dure. Ultra féministe, à l'excès, elle montre les failles et la noirceur d'une société en s'engageant dans des combats pour sauver la dignité des femmes.
Son histoire apportera le seul rebondissement à ce roman qui n'arrive pas à prendre l'ampleur qu'il mérite malgré les thèmes évoqués.
J'aurais aimé en savoir plus de Sally et de son envie de famille à tout prix.
Bree homosexuelle en rupture familiale et Célia célibataire ont du mal à trouver l'âme soeur et les épisodes de leur vie amoureuse manquent de profondeur.
Ce roman est intéressant par l'évocation de l'université Smith, une des sept universités pour filles en Amérique. Sylvia Plath a été une de ces étudiantes.