Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




dimanche 16 novembre 2014

Gillian Flynn : Les Apparences

      On ne se méfie jamais assez des apparences et Gillian Flynn dans un récit habile à la construction maîtrisée, nous sert une diabolique leçon de perversion et de manipulation.

     C'est l'histoire d'un couple de journalistes New-Yorkais, Nick et Amy. Ils sont jeunes, beaux, arrogants et ont la vie devant eux. 
     Amy est issue d'une famille aisée et ressemble à la petite fille modèle créée par ses parents écrivains, Nick lui vient du Missouri un coin paumé rempli de bouseux.
    La crise économique passant par là, ils se retrouvent sans travail et contraints de quitter New-York.
    Ils s'installent dans le Missouri où Nick ouvre un bar avec sa sœur jumelle et Amy, en bonne épouse, s'adapte aux habitants et au coin.
   Jusqu'à leur 5ème anniversaire de mariage, il représente le couple parfais. Mais ce jour là, Amy disparaît mystérieusement.
  Une enquête est menée et très vite indices et témoignages accusent Nick de meurtre.
   Le récit psychologiquement  fouillé alterne deux voix, celle de Nick et celle d'Amy.
   La lecture du journal intime d'Amy est une plongée effrayante dans la tête d'un personnage psychotique effrayant.
   Chaque récit donne des explications et un point de vue de l'affaire et des protagonistes.
   Le lecteur est bousculé et plonge littéralement dans un abîme de mensonges, de faux-semblant, de coups de théâtre et de remous diaboliques.
   L'auteur possède un vrai talent pour tisser un suspense où l'opacité psychologique fait frémir jusqu'à la dernière ligne bien plus qu'une pure enquête de meurtre.
   Alors que l'on croit enfin que les éléments de cette disparition sont éclaircis, ils s'affrontent encore une fois dans une fin ultime et terrifiante.
   Malgré quelques longueurs , on reste accroché à ces deux personnages qui jouent de l'apparence et des sentiments.
Gillian Flynn : Les Apparences - Edition Livre de Poche - 8,60 Euros - 

        

vendredi 14 novembre 2014

Fabienne Jacob : mon âge

   

  La narratrice ne dit pas son âge, volontairement ou pas. Les âges successifs qui sont décrits sont ceux de la mémoire, du souvenir, de la quête.
    Les événements petits ou grands d'une vie, ceux qui restent ou qui reviennent avec une odeur, une couleur.
    Elle peut avoir quatre ans et se trouver dans la salle de bains, petite fille curieuse qui regarde son père se raser et plus tard nue, dans une piscine pour un bain de minuit inoubliable.
    L'auteur nous emporte dans le pétillement de l'enfance avec Else, petite fille sauvageonne de 10 ans et puis après dans un amour adultère et aux moments volés dans un hôtel ou la solitude sur un bord de route aux Etats-Unis.
    Des souvenirs de petits ou grands moments, de ceux qui reviennent vous réchauffer quand il fait froid et noir.
    Abolir la notion de temps pour ne garder que des instantanés de vie et d'enfance.
    Par un subtil jeu de miroir, Fabienne Jacob essaie de maîtriser le corps, de repousser le délitement, l'oubli.
     Ne cherchez pas l'intrigue, il n'y en a pas. Ici la musique de la vie donne le ton à ce roman d'une grande élégance.
     C'est bon de parcourir un texte aussi bien travaillé, où chaque mot a été choisi pour façonner un récit rempli d'oralité.
     Si quelques souvenirs ne font pas toute une vie, l'existence est une grande valeur tant que l'on peut encore dire : je me souviens.
    Un auteur à découvrir, une ambiance à savourer, même si parfois on se sent perdu dans le récit.   
Fabienne Jacob : Mon âge - Editions Gallimard - 176 pages - 16.90 Euros

mardi 4 novembre 2014

Robert Goolrick : La chute des princes

     Dans le New-York des années 1980, les jeunes traders éclaboussent Wall Street de leur réussite professionnelle et financière. Ils sont les maîtres du monde, arrogants et conquérants. 
     Leur journée est chargée de stress intense pour décrocher  des marchés financiers de plus en plus importants, ils manipulent hommes et fric sans scrupules et construisent un empire, jouant avec le vide d'un abîme sans fin.
     Derrière une image de réussite époustouflante,  ils brûlent la vie dans une course effrénée vers tous les possibles : argent, alcool, drogue et sexe.
     Le sida et la crise financière frapperont de plein fouet  cette décennie débridée folle de fric et de luxe et où l'on pouvait s'amuser de tout et tout le temps, en tout cas quand on avait beaucoup d'argent.
     C'est la chute d'un de ces princes que Goolrick met en scène dans une écriture fluide et flamboyante comme ces golden boys qui font rêver.
     Le héros a réussi, il a tout possédé, tout consommé et consumé.
     Après 10 ans de travail acharné dans la Firme, Rooney a perdu son âme mais le monde où il évolue l'entraîne davantage plus loin de ses limites. Miné par l'angoisse, la dépression et le vide total, il ira jusqu'au bout de la nuit, dans un excès qui lui sera fatal.
     Sa boîte le licencie et sa femme, le jour même demande le divorce et il se retrouve à la rue, dieu déchu, viré de son appartement, un des plus beaux lofts de la ville 
     C'est dans sa nouvelle vie, faite d'un quotidien médiocre et ordinaire, que nous le retrouvons 20 ans après.
      Sans atermoiements et doté d'un regard d'une grande acuité,  il fait le bilan de ce qui s'est passé et nous raconte la spirale infernale d'où il ne pouvait pas sortir indemne.
     Alternent les souvenirs flamboyants des fêtes grandioses où tout était à volonté, alcool, drogue et femmes mais aussi overdose, suicide, dépression et où l'argent gagné était dépensé dans la plus totale  démesure.
     Goolrick fouille et montre le mal que la société engendre avec la chute d'un homme mais aussi et ça c'est tout le talent de  Goolrick, cette rédemption, cette recherche du soi  perdu.
     La référence à Proust est  élégante et quand le salut vient de la lecture, alors là c'est grandiose.
     A lire absolument pour trouver dans le noir le plus profond et le plus âpre, la beauté.
Robert Goollrick : La chute des princes -  Edition Anne Carrière - 231 pages - 21 Euros
     
      

lundi 27 octobre 2014

Nell Leyshon : La couleur du lait

     "Ceci est mon livre, et je l'écris de ma propre main" ainsi débute le livre de Nell Leyshon.
       Elle laisse donc la plume à une jeune fille de 15 ans à peine, Mary, aux cheveux "couleur de lait" dans l'Angleterre profonde du 19ème siècle.
       C'est le court récit sur à peu près un an, de 1830 à 1831, de son destin tragique.
        Mary vit avec ses parents et ses trois sœurs dans une ferme, elle a une certaine innocence qui n'empêche en rien sa vivacité d'esprit.
       Placée par son père, un homme violent, comme bonne chez le pasteur du village, elle est chargée de s'occuper de son épouse qui est très malade.
      C'est la découverte d'un autre monde à travers la vie dans une vraie demeure. L'épouse malade lui témoigne une grande gentillesse, elle prend la mesure de ses manques.
      Le pasteur en homme de bonté, lui apprendra entre autre,  à lire et à écrire. 
     Dans une confession écrite à la main, cette toute jeune fille de 15 ans, décide de raconter son histoire et avec la plus grande fidélité de dire ce qui s'est vraiment passé.
     Ressemblant aux romans anglais du 19ème siècle, l'histoire semble convenue et la petite bonne sera victime bien sûr de l'homme tout puissant et surtout sans scrupules.
    Elle sera écrasée et n'aura aucun moyen de s'en sortir.
    Ce qui fait la beauté et l'originalité de ce texte, c'est la façon dont l'auteur se sert du savoir tout neuf de l'écriture de Mary, pour tracer un portrait de femme émouvant, entre soumission et rébellion.
     Sans majuscules ni ponctuation mais avec quelques fautes de grammaire et beaucoup de répétitions, son récit possède le charme d'une poésie.
     Evidemment les femmes étaient soumises, évidemment les paysannes travaillaient dur à la ferme et l'homme restait intouchable même dans ses pires actions.
    Mais ce roman reste touchant par la simplicité  et la spontanéité des mots et du ton et  il dérange par la description d'une certaine société qui ne donnait pas souvent la parole aux femmes.
     A découvrir.
Nell Leyshon - La couleur du lait - Phébus - 17 Euros

James Salter : Et rien d'autre

    Dans son tout dernier roman, l'illustre et très rare écrivain américain, James Salter réunit à nouveau ses thèmes de prédilection : la guerre, le couple et l'amour ainsi que l'éphémère et l'inachevé.
    Même si ce n'est pas son plus grand roman, il représente bien l'excellence de son style et de son écriture ainsi que sa maîtrise parfaite de la prose. Simpliste et virtuose à la fois, sa plume enchante toujours.
      Saluons aussi, le traducteur qui a su en saisir toute la quintessence.
    "Et rien d'autre" nous emporte sur 40 ans dans une Amérique après la guerre du Pacifique où le jeune héros de l'époque, Philip Bowman, juste démobilisé commence sa vie professionnelle et sentimentale.
     De son expérience de soldat, Bowman en a tiré une leçon magistrale et souhaite donner à sa vie un sens et une morale.
     Après avoir voulu être journaliste, ce sont les livres qui répondront à son ambition professionnelle et intellectuelle.
     Recruté par la maison d'édition New Yorkaise Baum, il excelle dans ce travail de lecteur et de découvreur de talent et devient un éditeur reconnu et célébré dans de nombreuses soirées.
     Sa vie s'écoule entre son travail et la recherche de la femme de sa vie. Bowman espère l'amour, le vrai celui qui bouscule, emporte et ravage tout, corps et âme.
     Seulement après un mariage raté et des femmes qui se succèdent plus ou moins rapidement, avec plus ou moins de saveur, il renonce, accepte les échecs sentimentaux et continue sa vie où finalement rien de bien exceptionnel est arrivé.
     J'ai beaucoup aimé ce livre pour ses références littéraires, pour son style unique et pour ce personnage de Bowman qui ressemble peut être un peu à Salter et nous le rend attachant malgré son manque de passion évident pour les femmes rencontrées.
     C'est aussi une peinture de l'Amérique sur quarante ans, un regard sur le monde de l'édition américaine et ses rapports avec les maisons d'édition européennes.
      Mais c'est avant tout l'histoire que chacun se raconte pour trouver du piment à une existence souvent bien ordinaire. Les renoncements ou les prétextes que l'on se trouve pour donner un sens à l'ennui ou tout simplement au gris de la vie.
James Salter - Et rien d'autre - Edition de l'Olivier - 22 Euros 
     

jeudi 23 octobre 2014

Mo Hayder : Tokyo

     Après une enfance particulièrement protégée Grey, une jeune anglaise se trouve confrontée à l'âge de 9 ans à un choc profond  à  la lecture d'un petit livre à la couverture orange.
     Celui-ci raconte un événement historique réel,pendant la guerre sino-japonaise :  le sac de Nankin en 1937. Un épisode d'une barbarie inimaginable où les japonais ont fait preuve d'une cruauté sans limite pour massacrer de façon méthodique les habitants de la ville.
     A la lecture du livre, Grey apprend qu'un film de ce massacre existe. 
     Retrouver ce film, devient pour elle une quête forcenée qui la conduira au bord de tous les abîmes, avec au départ un séjour en psychiatrie.
    Elle débarque sans un sou à Tokyo, sur les traces d'un vieux professeur chinois qui possède un film du carnage de Nankin.
     Après avoir conclu un accord avec le vieil homme pour pouvoir regarder le film, elle sera confrontés à des personnages tous plus énigmatiques et troublants les uns que les autres et surtout à un terrible secret.
    C'est la découverte du Japon actuel, mélange de traditions ancestrales respectueuses et de cruauté  avec une société où les Yakusas des temps modernes appliquent leur loi.
       L'auteur, qui a elle-même vécu au Japon, raconte ici plusieurs histoires qui se télescopent, parfois brutalement et dont la révélation finale fait plus que frémir.
       C'est bien mené, même si le début est pénalisé par une certaine lenteur.
       L'histoire du Japon actuel est très vite captivante, l'intrigue est pesante et distillée jusqu'à la fin.
       Grey est une jeune femme complexe aux cicatrices profondes, tant physiques que morales. Le monde qu'elle fréquente est troublant, elle touche les profondeurs du mal et côtoie la folie et les superstitions. 
        Les passages sur le  sac de Nankin sont très intéressants. Racontés comme un journal , celui du vieux professeur chinois, ils permettent de faire le lien entre passé et présent.
        C'est aussi une profonde interrogation sur le devoir de mémoire, quand on sait que cet épisode de la guerre a  longtemps été rayé des ouvrages scolaires au Japon.
Mo Hayder - Tokyo - Pocket Thriller - 7.30 euros

lundi 20 octobre 2014

John Banville : La lumière des étoiles mortes

    Lors d'une interview, l'auteur irlandais John Banville  déclarait "être déçu par ses livres remplis de beaucoup trop d'imperfections et maladresses".
    Il n'en est rien. Soyez rassurés. Une fois de plus, l'auteur à la prose brillante et envoûtante attire et captive avec un récit riche et flamboyant.
    La construction littéraire entremêle le présent et le passé de façon à interroger le lecteur, à le faire participer.
    La lecture peut être ressentie difficile. Pourtant on se sent concerné par le surgissement des souvenirs. Embellis, arrangés, imaginés, ils reviennent hanter le présent.
    C'est l'histoire d'Alexander Cleave, pour les amateurs, il apparaît déjà dans l'oeuvre de Banville.
    Acteur de théâtre  vieillissant, il se voit proposer un rôle pour le cinéma, cette fois Il doit jouer le rôle d'un illustre imposteur, Alex Vander.
    Dans son couple avec Lydia, la distance et l'incompréhension se sont installées depuis le suicide de leur fille, Cass, dix ans plus tôt.
    Chacun de son côté tente de survivre.
    Le titre superbe et métaphorique, parle de ces étoiles qui malgré la lumière qu'elles envoient évoquent un passé qui n'est plus.
    D'une manière violente les souvenirs reviennent et se heurtent.
    Alexandre se souvient d'une femme en particulier, celle qui a sans doute représenté la seule passion de sa vie, Mme Gray. Il avait 15 ans et elle était la mère de son meilleur copain.
    Une rencontre qui tel un raz de marée a balayé sa vie de lycéen et lui a fait découvrir non seulement l'amour absolu mais aussi la femme et son corps.
    Une brève passion, le temps d'un bel et unique été suivi de l'abandon et du scandale et Alexandre replonge dans toutes ces émotions. 
     Les souvenirs de sa fille et de sa maladie, de ses rémissions et de ses crises jusqu'à la fin brutale et infinie, le visitent à nouveau dans les traits de sa jeune partenaire du film.
     Mais qu'en est-il vraiment des souvenirs et de leur véracité ?
     Chacun compose avec son passé, enjolive, améliore. Cachant ce qui blesse, il en ressort toujours le meilleur de nous mêmes et des autres. Mais sans doute est ce la seule façon de pouvoir continuer ?
     Ce livre est une étonnante réflexion sur le passé et son rôle dans notre vie, mais aussi sur l'amour et les mensonges. Un hommage à ces êtres que l'on a tant aimés et qui ne sont plus mais qui pour toujours restent ancrés dans notre mémoire.
      Un livre d'une grande poésie sur l'intime, l'indicible, sur ces lumières qui jamais ne s'éteindront.
John Banville - La lumière des étoiles mortes - Edition Laffont - 21.50 euros