Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




dimanche 12 avril 2015

Caroline Tiné : Le fil de Yo


     Depuis deux ans, Yo travaille comme infirmière psychiatrique dans une clinique pour dépressifs. Elle s'occupe de malades avec leurs phobies, leurs phases de délires, leurs tocs mais aussi leurs moments de calme où ils se trouvent confrontés à une grande détresse.
     La prise en charge de ses "fous", comme elle les appelle simplement, l'aide à combler ses vides et à tenir à distance un passé trop lourd à porter.
     Atypique dans ses méthodes, Yo fait pourtant preuve d'une grande empathie et d'une écoute remarquable vis à vis de ces personnes souffrant de fêlures profondes. Sensible, elle est très efficace pour soulager leurs angoisses. Les fameux mots qui savent soigner les maux.
     Mais la psychologie de Yo ne s'arrête pas à la porte du pavillon bleu dont elle a la charge. Le soir, elle se rend dans son café préféré et là, à sa façon elle apporte douceur et calme.
     Deux univers se côtoient et se rencontrent.
     La clinique psychiatrique qui représente un monde où les patients souffrent mais guérissent aussi, parfois et le monde de Yo, fragile et forte à la fois, qui  apporte légèreté et calme dans leur souffrance.
     L'arrivée d'une nouvelle malade, Agathe, vient perturber l'équilibre de Yo et secouer son "fil"intérieur qui la maintient droite.
      Ecrit avec beaucoup de sensibilité et de vérité, Caroline Tiné a su avec un thème lourd, comme la maladie et les désordres psychiatriques, nous raconter des moments de vie de grande beauté.
      Les personnages sont attachants, douloureux dans leurs angoisses et lumineux quand la lucidité revient et il en ressort une étonnante impression de calme à la lecture de ce livre.
      Yo, jeune femme dont on connaît au fil des pages sa vie déjà trop remplie, fait partie de ces personnes que l'on rencontre et que l'on croit forts, alors qu'ils ne sont que larmes et fêlures.
       Dans ce roman doucement mélancolique, le lecteur laisse ses préjugés sur la folie, fascinante et effrayante,  pour l'aborder d'une manière humaine.
       Un livre construit de façon claire avec des chapitres courts, à l'écriture très délicate.
       Une découverte intéressante.
Caroline Tiné - Le fil de Yo -  Editions JC Lattès - 250 pages - 18 Euros

Russel Banks : Un membre permanent de la famille

     Remarquable auteur américain, Russel Banks nous offre ici un recueil de nouvelles tout à fait brillant et émouvant.
      Difficile l'exercice de la nouvelle, elle doit nous intriguer dès les premiers mots, nous emporter tout au long de la courte histoire et nous chavirer au final.
    Transmettre l'essentiel en très peu de pages, Russel Banks l'a fait avec talent.
     En observateur de l'humain, l'auteur met en scène des personnages de la middle class, américains blancs et noirs. Ils ont tous en commun une vie banale qui leur échappe, une solitude chargée de peur, d'impuissance et d'échec.
     Ils avancent dans la vie au bord de toutes les ruptures et en marge d'une société qui ne les voit plus.
     Ce sont des tranches de vies qui ont basculé à un moment précis.            Divorce, séparation, manque d'argent, racisme, les personnages se révèlent tout au long de ces récits à travers douleur et espoir.
     Noyés dans des quotidiens souvent insignifiants, ils sont en quête d'humanité et lutte chacun à sa manière pour ne pas sombrer.
     Si ces instantanés de vie sont parfois sombres et cruels, Russel Banks arrive à ne pas donner dans le larmoyant en mettant assez de justesse pour  que le lecteur se sente en immersion totale.
     L'écriture est magnifique, au plus près de ces hommes et femmes qui souffrent ou ont beaucoup trop souffert.
     J'ai aimé "Ancien Marine", l'histoire d'un père au prise avec la vie et ses fils, "Fête de Noël" montre la solitude et la blessure d'un homme quitté, "Transplantation" m'a émue dans les dernières lignes.
     Je vous laisse découvrir ces nouvelles et trouver dans ces vies blessées qui est le membre permanent de la famille.
     Très beau, à lire.
Russel Banks - Un membre permanent de la famille - Editions Actes Sud - 238 pages - 22 Euros


lundi 6 avril 2015

Chimamanda Ngozi Adichie : Americanah

     Chimamanda Ngozi Adichie nous régale avec les aventures d'une jeune femme nigérianne, Ifemelu. Tout au long de ce roman dense et époustouflant, ce prénom résonne comme une note envoûtante. Le temps se pose quand on le prononce.
     Ifemelu c'est toute l'Afrique contenue dans ces sonorités tout à fait féminines.
     Du Nigéria qu'elle quitte à la fin de sa scolarité aux USA où elle se rend pour continuer ses études, nous la suivons essayer de réaliser son rêve de réussite.
    Entre passé et  présent,  regret et nostalgie, la magie fonctionne et nous sommes sous le charme de cette jeune femme remplie d'espoir et et de fantaisie.
     Ifemelu laisse au Nigéria son amour d'enfance, Obinze, retardé par des tracasseries administratives.
    Arrivée en Amérique, elle prend conscience pour la première fois qu'elle est noire. Africaine dans un pays réservé aux blancs, elle découvre le racisme, les différences culturelles, les noirs d'Amérique et toutes les nuances de la désillusion.
     Malgré le soutien de la famille installée là-bas, elle est confrontée à toutes sortes d'humiliation et de difficultés avant de trouver un travail.
     Elle livre vraiment ses pensées et devient célèbre en créant un blog où elle notera ses observations sur les noirs américains. Dans de courts billets brillants et efficaces, elle se lâche et interroge sur les préjugés, l'appartenance à un groupe, la reconnaissance dans une société impitoyable.
    Quand elle décide de rentrer au pays, 15 ans plus tard, c'est naturellement vers Obinze que vont ses pensées. Pour ceux restés au pays, elle est une Americanah, une femme entre deux cultures.
     Il se sont tellement aimés que les expériences vécues séparément les soudent encore plus fort.
     C'est un livre extraordinaire.
     D'abord il est rempli de couleurs, d'idées de coiffure (si si des tresses, des nattes, des boucles, du lissage....) et surtout c'est une étude  engagée et intelligente sur ce que l'on est vraiment et sur cette difficulté de s'accepter et d'accepter l'autre.
      Mais c'est aussi une très belle histoire d'amour, on ne peut vraiment pas lâcher le livre, parce que l'auteur nous fait connaître la fin......qu'à la fin.
      Vraiment un livre à lire. Superbe, farfelu et profond.
Chimamanda Ngozi Adichie - Americanah - Editions Gallimard - 528 pages -  24.50 Euros

vendredi 3 avril 2015

Francesca Melandri : Plus haut que la mer

     Francesca Melandri nous raconte avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, l'histoire de trois destins réunis dans une parenthèse nocturne où chacun va trouver dans cette nuit particulière le calme et le réconfort à une vie bousculée.
     Nous sommes en 1979 et l''talie,meurtrie, panse ses blessures post-révolutionnaires.
     Dans un pénitencier de haute sécurité situé sur une île face à la Sicile, les visites se font en empruntant le bateau-navette du centre.
Paolo est venu rendre visite à son fils, membre des fameuses Brigades Rouges qui ont ensanglanté le pays. 
     Au nom d'un idéal de liberté et de justice sociale, il revendique encore les enlèvements et les meurtres sauvages qui ont été commis.
     Luisa, agricultrice, prend aussi le bateau pour voir son mari détenu aussi à la prison.
      Violent et alcoolique, il a tué un homme un jour de beuverie. Tuant ensuite un gardien, il se retrouve en haute sécurité sur l'île.
     Pierfrancesco, lui est gardien et vit sur l'île. Depuis quelque temps, la lassiture s'empare de lui devant cette violence contenue. De gardien appliquant la loi, il se sent devenir bourreau.
     Un soir que le mistral souffle particulièrement fort, la voiture, les ramenant au bateau du retour, a un accident.
     Hébergés et accueillis par Perfrancesco et sa femme, Paolo et Luisa vont passer une nuit à parler de leur solitude, de l'incompréhension dans laquelle toute cette violence les a plongés.
     Comment peut on encore aimer et comprendre son enfant quand il a commis les pires crimes ?
     Et comment une femme seule peut s'en sortir et accepter de rendre visite à un homme qui l'a terrorisée à l'extérieur ?
     Dans ce huis-clos, la nuit va briller d'une grande intensité pour ces personnages remplis de grande solitude.
     Ce n'est pas un livre sur les attentats, les revendications mais sur l'être humain quand la vie bouscule et frappe fort.
      Très doucement, quelque chose arrive qui va les soulager d'un fardeau trop longtemps porté.
      Le père,  en dépit de tout aime son fils, et il en prendra conscience douloureusement et Luisa abordera des rives plus calmes.
      Un geste esquissé, un murmure et la vie continue.
Francesca Melandri - Plus haut que la mer - Editions Gallimard -  208 pages - 17.90 Euros
   

mercredi 25 mars 2015

Jean-Philippe Blondel : Un hiver à Paris

    
      Le dernier livre de Jean Philippe Blondel nous plonge dans l'ambiance très particulière d'une grande école de Prépa à Paris.
     Un jeune provincial isolé et démuni va découvrir un monde impitoyable où  rivalités, ambitions et classes sociales blessent cruellement.
     Victor est écrivain et à son retour de vacances une lettre l'attend. L'écriture ne lui est pas inconnue. C'est celle de Patrick Lestaing qui vient de terminer son dernier livre. L'histoire lui a rappelé le drame qui a frappé son fils, Mathieu.
     Perturbé et angoissé par la lecture de la lettre, Victor se souvient  de ce premier hiver à Paris, 30 ans plus tôt dans les années 80.
     Elève brillant, il a réussi son bac et est admis au prestigieux lycée D, en hypokhâgne à Paris.
     Sa première année se déroule dans la plus grande solitude et l'anonymat le plus complet. Ses camarades de classe, brillants sont issus de familles privilégiées et possèdent les clefs d'une société aisée et mondaine.
      En deuxième année, il fait la connaissance de Mathieu qui arrive de Blois et intègre la première année au lycée.
      Il est seul comme l'a été Victor, réservé comme lui. Un début d'amitié se noue.
      C'est alors que le drame se produit. Mathieu, humilié et meurtri par les remarques d'un professeur, incompris par ses camarades de classe, se suicide.
       Jean-Philippe Blondel nous entraîne dans l'impitoyable compétition des classes Prépa où l'amitié n'est pas de règle surtout quand on ne fait pas partie du sérail.
       Les personnalités de ces jeunes restent complexes et parfois ambiguës et les professeurs humilient sans cesse par des remarques infâmes.
       La solitude est grande et l'apprentissage difficile. L'auteur nous décrit avec justesse le cheminement intellectuel de son héros pour trouver l'échappatoire nécessaire pour continuer.
       La première partie est dure, les phrases sont percutantes, la souffrance est épidermique et les conflits intérieurs intenses.
      J'ai moins aimé la deuxième partie, où la relation presque d'amitié entre le père de Mathieu et Victor m'a semblé très peu probable.
       C'est un très bon témoignage sur une époque et sur ces jeunes formatés pour faire partie de l'élite.
Jean-Philippe Blondel - Un hiver à Paris - Edition Buchet-Chastel - 272  pages - 15 Euros      

lundi 16 mars 2015

Valérie Tong Cuong : Pardonnable, impardonnable

     Valérie Tong Cuong brosse dans son dernier roman le portrait brûlant d'une famille rongée par les les non-dits et les mensonges mais qui peu à peu va trouver les mots et combler les silences pour se reconstruire.
     Tout explose lors de l'accident de vélo dont est victime Milo, 12 ans, l'enfant très choyé de la famille. En effet, il devait réviser ses leçons avec sa tante Marguerite.
     Pendant ce temps, ses parents Céleste et Lino accompagnés de Jeanne la mère des deux jeunes femmes, avaient un  rendez-vous chez le notaire pour une donation de maison qui devait rester secrète.
     Autour de Milo, dans le coma, la famille se réunit et se désunit au fur et à mesure que remontent les vieilles rancoeurs, les secrets enfouis, les vides abyssaux que chacun a entretenus soigneusement.
     D'abord Jeanne, femme égoïste et déçue par la vie,  a toujours entretenu une relation totalement  fusionnelle avec sa fille aînée, Céleste. 
    Même quand cette dernière s'est mariée, elle a toujours été présente et imposante.
     Marguerite la deuxième fille de Jeanne, mal aimée et non désirée, n'a jamais trouvé sa place dans la famille. Le manque d'amour maternel l'a détruite. Son seul amour c'est Milo.
      Céleste la soeur aînée, aimant son statut de préférée mais remplaçant aussi la mère, aime sa soeur mais ne l'épargne pas.
      Lino, le mari, l'homme qui est tombé au milieu d'un drame et d'un secret familial. Lui aussi cache des choses. Entre violence et lassitude, il peine à trouver le chemin de la sérénité.
      Milo devient le pilier sur lequel chacun des membres de cette famille en décomposition va s'appuyer pour trouver la force de continuer.
     Autour de lui, les haines attisées révèlent les vérités enfouies.
     Chaque personnage prend la voix pour avouer, raconter. La confession au plus profond de l'intime sera le moyen d'affronter les démons qui hantent leur vie. 
     "Pardonnable, impardonnable" est un roman sur les conséquences des mensonges, sur les actes manqués et les choix que l'on fait parfois et qui enchaînent.
     Mais après beaucoup (un peu trop, peut-être) de secrets aussi dramatiques les uns que les autres, l'auteur nous livre dans une écriture sensible et délicate une fin heureuse et nous montre que l'amour guérit de tout.
Valérie Tong Cuong - Pardonnable, impardonnable - Editions JC Lattès - 300 pages - 19 Euros

vendredi 6 mars 2015

Dominique de Saint Pern : Baronne Blixen

     Le dernier ouvrage de Dominique de Saint Pern nous raconte dans une biographie romancée mais très fouillée la vie ou plutôt les vies mouvementées de Karen Blixen.
     Par la voix de Clara Svensden, qui sera  sa secrétaire, son accompnatrice, son infirmière, et sa exécutrice testamentaire littéraire, elle nous dresse un portrait lumineux et sombre d'une femme qui a rempli sa vie de fougue et de passion.
     Suite à un chagrin d'amour, elle épouse par dépit, Bror le frère de son premier amour.
     Ils s'installent au Kenya où ils acquièrent une ferme en 1914.
     Son mari lui offre dans sa corbeille de mariage le titre de Baronne, dont elle usera jusqu'à la fin, et la syphilis dont elle souffrira jusqu'à son dernier jour.
     Sa plus grande passion sera pour la terre et  l'âme africaine ainsi que pour Denys Finch Hatton, aventurier, homme de safari, érudit, éblouissant mais épris avant tout de liberté, celui qui l'attendait là-bas.
     Sa mort accidentelle ainsi que la faillite de son entreprise de café amènent Karen à quitter l'Afrique, ruinée et meurtrie.
     Elle n'y retournera jamais mais sera profondément transformée par son expérience africaine.
     De retour au Danemark en 1931, dans la résidence familiale, elle se met à l'écriture et devient la fabuleuse écrivain et conteuse sous le pseudonyme d'Isak Dinesen. Son roman la Ferme Africaine est tiré de sa vie et a inspiré le film Out of Africa.
     Mondialement connue, elle entame alors pendant plus de vingt ans une carrière internationale et sera reconnue et invitée par les instances littéraires les plus représentatives.
     Mais Karen possède des parts d'ombre et d'abîme, à la fois charmeuse irrésistible elle peut devenir manipulatrice et perverse.
     Sa dernière passion sera pour un jeune poète danois, Bjornvig, avec qui elle conclut un pacte. On découvre alors une Baronne machiavélique.
     Pourtant jusqu'au bout elle éblouira dans les dîners mondains et envoûtera comme personne par ses dons de conteuse fabuleuse.
     Rien de nouveau et d'inédit dans ce roman sur cette femme mais l'originalité de la construction du récit est intéressante.
     En partant du tournage du célèbre film Out Of Africa avec Meryl Streep et Robert Redford, nous nous retrouvons dans ces paysages que la baronne a tant aimé.
     L'intervention de témoignage de personnages qui l'ont côtoyée nous la rendent plus proche et le lecteur est lui aussi conquis par cette femme indomptable et courageuse.
     Elle a aimé, vécu, souffert mais elle a entrepris, pris des risques avec une désinvolture audacieuse qui n'a certainement plus cours aujourd'hui.
     "J'avais une ferme en Afrique, au pied des colline du Ngong....." par ces mots commence son livre et son histoire et l'envoûtement nous gagne.
Dominique de Saint Pern - Baronne Blixen - 432 pages - 21.50 Euros