Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




jeudi 19 mai 2016

Bret Anthony Johnston : Souviens-toi de moi comme ça

Bret Anthony Johnston nous livre ici un premier roman choc, très émouvant. Avec "Souviens-toi de moi comme ça", il nous fait pénétrer dans une famille brisée par la disparition de l'un de ses fils, Justin, à l'âge de 11 ans.
Quatre ans plus tard, la police le retrouve et nous suivons les parents dans la joie immense des retrouvailles ainsi que la difficile étape de la reconstruction.
L'enfant a grandi, il est devenu un adolescent silencieux et observateur. L'absence est encore plus ressentie par chacun.
Le père Eric a tenté d'oublier le drame par une relation adultère, la mère complètement perdue et folle d'angoisse s'est lancée dans la sauvegarde des dauphins.
Le petit frère, Griff, tente de comprendre mais se fait discret pour laisser la place à l'aîné.
Tout devrait redevenir comme avant, le kidnappeur a été arrêté et pourtant le poids des années d'absence se fait cruellement sentir pour tous.
Comment faire pour entrer en résilience ?
C'est justement ce que nous fait ressentir ce livre très bien mené et fascinant dans son style.
L'auteur centre son récit sur le quotidien des parents, avant et après. Les failles, les faiblesses sont disséquées.
Nous savons très peu de choses sur Justin, et c'est ce qui fait la force du texte.
Personne n'ose poser les questions, n'ose prendre la parole pour parler de ce qui s'est passé.
Les non-dits, les silences pèsent comme le désespoir profond  et les souffrances de cette famille.
L'auteur nous emmène dans un été torride écrasé de chaleur et de soleil,  dans le sud du Texas à Southport près de Corpus Christi sur le golfe du Mexique.
Malgré quelques longueurs qui peuvent agacer, non dans l'histoire mais  plutôt dans l'excès de réflexions, ceci reste un bon livre et un auteur à découvrir.
Bret Anthony Johnston - Souviens-toi de moi comme ça - Editions Albin Michel - 437 Pages - 22 €


mercredi 18 mai 2016

T.C. Boyle : Les vrais durs

     En lisant la préface : "L'âme américaine est dure, solitaire, stoïque : c'est une tueuse. Elle n'a pas encore été délayée", le lecteur prend acte et entame en compagnie de l'auteur et de ses personnages, un chemin douloureux dans les Etats-Unis d'Amérique balayés par la violence.
     T.C. Boyle nous revient ici avec un roman noir doublé d'un roman social. Il y raconte son pays toujours fier de l'aventure de ses pionniers. Il montre aussi une Amérique restée victorieuse et ultra-violente où toutes les anciennes valeurs n'existent plus.
     C'est l'histoire d'un constat et de celle des  hommes qui le vivent.
Sten, principal de collège à la retraite, revient de voyage dans une contrée très exotique d'Amérique du Sud avec sa femme.
     Victimes d'agression avec leur groupe, Sten se bat avec un voyou et le tue.
     De retour chez lui, considéré comme un héros, il reprend sa vie d'américain sûr de ses droits, pas très sympathique. Un problème le hante , son fils Adam en perpétuelle rébellion adolescente, est un grand psychotique.
     Persuadé dans ses délires d'être John Colter, un célèbre trappeur du 18ème siècle, il s'enfonce dans sa paranoïa jusqu'au drame.
    Sur son chemin il croise la route de Sara, une femme vieillissante, seule et surtout rebelle pour rester vivante. Elle représente l'Amérique profonde hantée par la théorie du complot et refuse toute autorité.
     Ils vont vivre un temps dans les bois, en fuite de tout et surtout d'eux-mêmes.
    Ils vont être rattrapés par la violence donnée et reçue, sans vraiment comprendre que les combats menés sont vains.
     T.C. Boyle parle toujours de nature mais ici la violence renvoie une réalité très douloureuse.
     L'auteur emploie une écriture sèche et directe pour décrire une société abîmée par la colère et la fureur sous toutes les formes.
     Sans atermoiement, il décrit le vécu de ses personnages avec leurs peurs et leurs psychoses.
     Un style percutant, à lire.
T.C. Boyle - Les vrais durs - Editions Grasset - Traduit de l'anglais(Etats-Unis) par Bernard Tule - 
441 Pages - 22 €


vendredi 6 mai 2016

Tahar Ben Jelloun : Le mariage de plaisir

Tahar Ben Jelloun évoque à travers une saga familiale dans les années 50, le Maroc qui vit la fin du protectorat français et qui est confronté au changement du monde.
Même si  certains thèmes comme la religion, le racisme, la différence ainsi que l'amour et la jalousie sont plus que jamais de grande actualité. 
Amir est un négociant prospère, il habite Fès avec sa femme et ses enfants. Un mariage qui reste très traditionnel placé sous le signe de la réussite familiale et professionnelle.
Lors de ses longs séjours pour le travail au Sénégal, Amir a l'habitude de contracter "un mariage de plaisir" à durée limitée, autorisé par l'islam pour éviter aux hommes de fréquenter les prostituées. 
C'est ainsi qu'Amir se marie régulièrement à Nabou, une splendide peule de Dakar. Cette superbe noire non musulmane et très libre, éveille en lui un amour véritable et réciproque.
Amir a choisi de ramener la jeune femme à Fès et d'en faire sa seconde épouse.
Il va se confronter à la colère et à la jalousie de sa première femme et à l'impitoyable opinion publique qui n'accepte pas qu'une noire soit placée sur le même rang que sa famille.
Bien que le Maroc ait aboli l'esclavage au début du 20ème siècle, pour le tout le monde, le Noir reste l'image de l'esclave.
La vie devient vite insupportable pour tous et surtout pour Nabou qui se voit traiter plus bas que les domestiques.
Mais Nabou donne naissance à des jumeaux, un blanc et un noir. La vie continue et la deuxième partie de ce très beau livre s'empare de la vie de ces deux garçons. L'un s'en sortira et réussira sa carrière professionnelle, l'autre prendra vite conscience que la couleur de la peau marquera à jamais sa destinée. 
Tahar Ben Jelloun nous donne une écriture lumineuse et poétique pour raconter Fès, le Maroc.
Son style et le ton de la première partie nous font voir un conte où couleur et douceur côtoient la jalousie et l'amour fou.
Mais très vite l'écriture témoigne du racisme accepté et toléré dans une société marocaine qui va vers l'indépendance.
Les années passent mais la douleur persiste devant l'identité  par la couleur de peau, le constat de la différence et ce besoin de rechercher ses origines pour survivre et transmettre.
Un roman d'une grand lucidité habité par la poésie de l'auteur.
Tahar Ben Jelloun - Le mariage de plaisir - Editions Gallimard - 272 Pages - 19.50 €



dimanche 1 mai 2016

Pierre Lemaître : Trois jours et une nuit

     Pour Antoine 12 ans, la vie prend un tournant vertigineux et angoissant lors d'une après-midi de Décembre en 1999, dans le bois de St Eustache.
     A Beauvais, petite ville tranquille entourée de forêts, il vit une existence tranquille et un peu solitaire avec sa mère divorcée. Ses petits copains lui préfèrent à ses constructions de cabanes dans les bois, la toute nouvelle playstation de Kevin.
      Mal compris, un peu isolé dans une province où tout le monde se connaît, c'est le chien des voisins qui l'accompagne désormais dans ses escapades sylvestres.
     Il découvre l'injustice et la violence quand le voisin abat la bête et la jette dans une poubelle.
     Malheureux, il se réfugie dans la forêt et par accident blesse mortellement le fils de voisin, Rémi, 6ans, qui lui vouait une admiration éperdue.
     Après le constat de sa mort, commence pour Antoine une vie habitée par le silence, le mensonge et la peur d'être pris et l'envie de se rendre.
     Comment aborder une vie qui commence quand on a commis l'irréparable.
     Comment vit on avec un tel secret ? 
     C'est en abordant ces questions de la culpabilité, de la justice et des conséquences de nos actions que l'auteur nous plonge dans le drame d'Antoine et de tout un village.
     Sur des périodes clés dans sa vie, nous suivons Antoine dans une reconstruction sur le fil.
     L'auteur dépeint avec beaucoup de finesse une situation tendue, un drame d'une humanité tragique par son côté involontaire.
     Les personnages sont étudiés au plus juste autant dans leur complexité que leur cynisme.
     C'est un très bon roman noir au style vif et tranchant.
     L'auteur nous distille jusqu'au bout un suspense aux détails qui reviennent éclairer subtilement le récit.
     A lire, pour découvrir une autre facette de Pierre Lemaître qui nous avait étonné avec "Au revoir là-haut" (Prix Goncourt 2013)
Pierre Lemaître - Editions Albin Michel - 288 Pages - 19.80 Euros

vendredi 29 avril 2016

Alessandro Baricco : La jeune épouse

     Alessandro Barrico a l'habitude de créer des ambiances et univers très particuliers et parfois même étranges et d'y inviter ses lecteurs.
     Il le fait avec beaucoup d'élégance et son écriture rassemble à la fois un style envoûtant et singulier.
     Dans son dernier opus, il nous fait pénétrer dans une grande maison d'aristocrates, dans le nord de l'Italie, à l'arrivée d'une toute jeune fille venue d'Argentine.
    Promise au fils de la famille, absent pour le moment, elle est accueillie comme la seconde fille de cette famille totalement excentrique.
     Elle doit s'habituer à leur quotidien très original. Le petit déjeuner se termine dans l'après midi et le champagne y pétille souvent; des invités surgissent et continuent des conversations commencées le matin. C'est un festin très raffiné et un peu hors du temps.
     Le soir réserve d'autres rites, d'autres secrets et la jeune fille qui ne voit toujours pas arriver son futur époux sera initiée à d'autres moeurs, d'autres promesses.
     L'absence et le retour donnent à Alessandro Baricco la possibilité d'autres ailleurs. Hors du temps, il nous plonge dans une initiation sexuelle, poétique, philosophique avec des aristocrates en fin de race.
     Il écrit avec originalité sur un sujet brûlant mais sans aucune vulgarité.
     L'auteur se permet de se perdre dans ce récit pour en sortir et parler de sa vie, se contempler en train d'écrire. Le lecteur se perd un peu. La vision du roman se fait différemment.
     Mais les passages sur la création littéraire vue par l'auteur sont fort intéressants.
     Pourtant, et je regrette quoi qu'aimant beaucoup Barrico, je n'ai pas accroché à la magie de cette histoire. Je n'ai pas eu une once d'intérêt pour ces personnages. Et je ne voyais pas pourquoi un tel roman.
Alessandro Baricco - La Jeune Épouse (La sposa giovane) traduit de l'italien par Vincent Raynaud - Editions du monde entier Gallimard - 224 Pages - 19,50 Euros



mercredi 27 avril 2016

David Foenkinos : Le mystère Henri Pick

     David Foeokinos nous surprend encore une fois par sa faculté de varier les genres dans son oeuvre.
     Son "Charlotte", poème écrit en prose, nous avait ému et emporté dans la fulgurance d'une vie, celle d'une jeune peintre juive assassinée à 24 ans à Auschwitz. 
     Le dernier roman de l'auteur, "Le mystère Henri Pick", nous fait pénétrer dans une intrigue littéraire intelligente, au ton drôle et vif.
     Une jeune éditrice parisienne, ambitieuse et carriériste, Delphine, rend visite à ses parents à Crozon. Elle se rend à la bibliothèque municipale et y découvre une pièce consacrée aux livres refusés par les maisons d'édition.
     Elle trouve la perle rare, l'oeuvre remarquable, le roman bouleversant sur la fin d'une histoire d'amour, attribué à Monsieur Pick, pizzaiolo local.
     Mais comment a t il pu écrire ça, lui qui n'écrivait que sa liste de courses ?
     Le mystère qui entoure sa vie et son oeuvre va créer un phénomène de promotion littéraire et apporter le succès.
      Les personnages qui gravitent autour de l'homme et du livre vont voir leurs destins complètement chamboulés.
     C'est un hommage aux livres, au cinéma, à la culture que nous offre ici David Foenkinos.
     Les références littéraires sont nombreuses, les clins d'oeil aussi. Il tacle gentiment certains de ses contemporains, et c'est avec plaisir que nous retrouvons dans ce livre les écrivains présents ou passés.
     Foenkinos connaît le monde de l'édition, le travail de création, les journalistes impitoyables et il le raconte avec beaucoup de délicatesse.
     Un très bon roman de détente intelligent, avec un suspense qui tient jusqu'au bout.
     Lisez et vous découvrirez le mystère Pick.
David Foenikinos - Le mystère Henri Pick - Editions Gallimard - 228 Pages - 19.50 Euros
    

vendredi 22 avril 2016

Patrick Lapeyre : La splendeur dans l'herbe

     Patrick Lapeyre possède une écriture pleine de charme et de délicatesse. Après " La vie est brève et le désir sans fin", il nous comble avec l'histoire d'une rencontre amoureuse hors du temps, dans les délices de conversations murmurées.
     C'est une rencontre surprenante, celle d'Homer et Sybil. Leurs conjoints respectifs, Emmanuelle et Giovanni, viennent de les quitter pour vivre leur passion amoureuse à Chypre.
     Seuls tous les deux, ils prennent l'habitude de se retrouver, ils s'accordent avec tendresse et tendent à un sentiment plus fort.
Mais les souvenirs et les nouvelles des nouveaux amants les condamnent au doute et à une certaine prudence.
     Peut-on vraiment retomber amoureux quand tout est parti en fumée ?
     C'est la question que pose Patrick Lapeyre à travers le portrait de ces personnages très décalés et très attachants, pour lesquels l'auteur ressent de la tendresse.
     En filigrane, se glisse l'histoire des parents d'Homer, Arno et Ana. Ana était une femme belle et rebelle, peu faite pour une vie de couple restreinte.
     Le lecteur comprend mieux l'immobilisme et les atermoiements d'Homer. Patrick Lapeyre aurait pu nous raconter la passion flamboyante d'Emmanuelle et Giovanni, il a préféré nous entraîner dans le jardin où les deux "quittés" se découvrent et apprennent à se connaître.
     Des mots lumineux, des silences apaisants, une attente de lendemains heureux, le lecteur savoure une certaine lenteur.
Patrick Lapeyre - La Splendeur dans l'herbe - Éditions P.O.L. - 384 Pages - 19.80 Euros