Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mardi 19 mai 2015

Sasha Arango : La vérité et autres mensonges

    

    Dans son dernier livre l'écrivain et journaliste allemand, Sasha Arango, met en scène un héros sorti de nulle part.
    Henry Hayden est un auteur reconnu de best-sellers, il mène une vie très luxueuse entre sa femme, Martha, très effacée et sa brillante et lumineuse maîtresse et éditrice, Betty.
    Mais Hayden vit dans son univers et a bâti sa vie sur une imposture. C'est sa femme qui écrit les livres qui lui ont donné la renommée et la sécurité financière.
    Aussi quand sa maîtresse lui apprend qu'elle est enceinte et lui demande de prendre ses responsabilités. Il accepte et est prêt à tout dire à sa femme. Mais il comprend très vite tout ce qu'il va perdre. 
    Imposteur et manipulateur, Henry Hayden. Il imagine et met en place la disparition de Betty.
    Rien ne se passe comme il le souhaite et c'est sa femme qui disparaît, emportant avec elle la fin du dernier roman des fabuleuses aventures de son héros Franck Ellis.
    De Franck Hayden on ne sait rien, sauf qu'il a été malheureux pendant son enfance.
    Le récit alterne le présent où il échafaude des plans pour se sortir de situations de plus en plus embarrassantes et le passé qui revient en flash pour tenter d'éclairer une personnalité très ambiguë.
    L'histoire aurait pu être diabolique si l'auteur avait apporté de l'épaisseur au personnage de Henry. Tout au long du livre, le lecteur attend l'explication de ses actes par son passé mis à jour.
On reste malheureusement sur notre faim et le texte perd une intensité vraiment dramatique.   
     On se saura rien de lui jusqu'au bout même si les échappatoires prises par ce héros semblent complètement loufoques comme la chasse à la martre dans les combles de sa maison, il n'en reste pas moins une frustration de lecture. Le texte manque d'épaisseur dans les actions.
     Les personnages secondaires ne sont pas fouillées et ne servent qu'à mettre en lumière Henry.
     Il n'en reste pas moins une bonne intrigue à la lecture facile.
     La plume très sérieuse de l'auteur nous fait pénètrer dans les coulisses des maisons d'édition mais et c'est dommage ne dévoile en rien l'âme de ce manipulateur.
Sasha Arango - La vérité et autres mensonges -  Editions Albin Michel - 336 pages - 20 Euros

lundi 18 mai 2015

Jean-Christophe Rufin : Check-Point

     Un check-point signifie point de contrôle dans un pays en guerre, une sorte de frontière fiévreuse où les zones ethniques évoluent et se surveillent.
     Un mot devenu tristement universel dans les actualités parce que le monde regorge de guerres et de sang.
     Un mot qui frappe fort et qui nous emmène sur les traces de cinq bénévoles confinés dans deux camions pour apporter des vivres et des médicaments aux Bosniaques.
     Nous sommes en 1995, et le conflit fait rage. La tension grandit dans ce convoi humanitaire, une sorte de "huis-clos roulant"  vers la barbarie.
     Maud, la seule femme du groupe, a embrassé la cause humanitaire pour mieux fuir sa famille et aussi son mal-être. C'est certainement la plus idéaliste du groupe.
     Sont présents également,le chef d'équipe accro aux joints, deux anciens militaires de l'Onu, et un ancien agent des services secrets. 
     Chacun tout au long de ce voyage révélera sa personnalité ainsi que les objectifs et raisons de son engagement humanitaire.
      A la découverts d'explosifs dans le chargement, le récit bascule dans un suspense très bien mené qui nous interroge sur la neutralité même de ces actions.
     Avec son passé de French Doctor, Rufin a les moyens de nous plonger dans un récit tout à fait vrai et fort.
     Les personnages sont complexes et l'auteur explore bien les méandres de leurs failles et de leurs peurs.
     Entre le roman d'aventures et le témoignage engagé, l'auteur signe là un ouvrage qui montre le côté sombre de l'humanitaire.
     Jean-Christophe Rufin maîtrise parfaitement les mots et son style nous ravit toujours.
     La question reste posée : Les opérations humanitaires servent-elles à apporter uniquement des vivres et des médicaments ou les moyens pour que les peuples opprimés puissent se défendre ?
     Une question d'actualités qui nous hante une fois le livre refermé.
Jean-Christophe Rufin - Check-Point - Editions Gallimard - 386 pages - 21 Euros
     

dimanche 3 mai 2015

Cécile Huguenin : La saison des mangues

     Dans ce très court roman, Cécile Huguenin nous brosse avec délicatesse les portraits de trois femmes.
     Sur trois générations, elles se sont transmis, de mère en fille, cet envie d'ailleurs, le goût pour les voyages et les mangues, les racines et l'exil sur fond d'amour et de renaissance.
     L'histoire commence peu avant l'indépendance de l'Inde en 1947. Pour rembourser les dettes de son père,  Radhika  se voit mariée de force à un major anglais et obligée de vivre en Angleterre.
     Son mari, un homme mal aimant et sans grande envergure, est séduit uniquement par sa beauté.
     A la mort de ce dernier, Kadhika retourne en Inde avec la fille qu'elle a eue de lui, Anita.
Celle ci  rencontre dans le train du retour, un jeune français, François, amoureux de l'Inde, très original et très perturbé, qu'elle épousera plus tard.
     Le couple rentre vivre en France, et Anita doit faire face à la maladie psychiatrique de son mari et l'absence de sa fille, Mira, partie vivre en Afrique.
     Partagée entre différentes cultures, Mira, cherche son identité et son départ pour l'Afrique sera la quête ultime.
     Trois femmes et trois vies à travers trois continents.
     Anita est le fil rouge de ces vies très compliquées. Elle nous raconte avec une infinie tendresse l'existence de ces femmes au destin peu ordinaire marqué par l'exil.
     Le lecteur est emporté dans un voyage à travers le monde et assiste à des rites aussi perturbants que délirants ou alors remplis de sagesse et de lumière.
     Beaucoup de thèmes jalonnent ce livre. Il est question des femmes dans l'Inde coloniale mais aussi en Angleterre et en Afrique, les différentes cultures, les missions humanitaires, les rites magiques mais aussi la folie et la recherche identitaire.
     Les portraits de Radhika et Anita sont trop rapides et  manquent d'explications et de détails.
     La construction est intéressante parce qu'elle maintient la curiosité du lecteur.
     Le récit prend de la profondeur quand Anita parle de sa fille et que le  jeune homme qui l'a connue en Afrique raconte la vie de Mira.
     C'est bouleversant et intense.
     Quand on referme le livre, il nous reste comme une odeur de mangue et une sensation de la poudre dorée du curcuma. Savoureux.          
Cécile Huguenin - La Saison des mangues - Editions Héloïse d'Ormesson - 176 pages - 17 Euros



mercredi 29 avril 2015

Jean Luc Seigle : Je vous écris dans le noir

   En s'emparant d'un fait divers des années 50, le meurtre très médiatisé de Félix Bailly par Pauline Dubuisson, Jean-Luc Seigle signe un portrait émouvant et profond d'une femme au destin brisé.
   Le fait divers a d'ailleurs inspiré à Clouzot un film, La Vérité, où Bardot dans le rôle de Pauline, explose de féminité et de sensualité troublante. Sorti en 1962, il montrait d'elle l'image d'une femme légère et manipulatrice.
   L'auteur, ici écrit à la première personne et prend l'identité de cette femme, pour raconter à travers des cahiers jamais retrouvés, ce qu'elle aurait pu écrire.
   Un travail de recherche, où l'empathie que l'on ressent pour son personnage n'empêche nullement le désir de comprendre et d'approfondir une vie détruite par la faute des hommes.
   Étudiante en médecine, âgée de 23 ans elle tue son amant. A son procès en 1953, la peine de mort est demandée.Condamnée à perpétuité, sortira 9 ans plus tard pour bonne conduite.
   Beaucoup d'injustice et d'acharnement s'abattent sur Pauline. Aucune femme n'est condamnée à mort pour un crime passionnel. C'est surtout son passé que l'on juge,ses moeurs légères, sa liberté, et aussi toutes les femmes tondues à la libération comme elle.
   Victime des hommes, de son père d'abord qui la jette dans les bras dans médecin allemand pour pouvoir nourrir sa famille.Cette relation passionnelle avec son père est la première blessure.
   Arrêtée, battue, violée, tondue à la libération, elle est une fois encore livrée à la haine et la violence des hommes.
   C'est cette vérité que Pauline tentera toute sa vie de dire, et contre laquelle se briseront toutes ses illusions.
   Jean-Luc Seigle émeut par son écriture et sa recherche de vérité. Son style reste toujours fluide et très fort.
   Il y a beaucoup d'émotions dans ce texte, une grande compassion qui nous submerge.
   Bien sûr, Jean-Luc Seigle invente ce qu'elle aurait pu écrire ou dire. Il comble les silences.
   Mais il le fait en nous mettant face à une femme pour laquelle personne n'a eu d'attention, ni de pardon.
   Au fur et à mesure, le récit livre des moments de grande cruauté, quand on découvre le visage du père pas si aimant que ça, l'enfer carcéral, le délitement familial, les amours en fuite.
   Pauline fera tout pour être reconnue, aimée. Elle sera mais mal, très mal.
   La sortie du film de Clouzot la contraint à s'exiler au Maroc. Dernière ligne droite, dernier amour et encore la vérité qu'elle voudra dire et qui va la chavirer à jamais.
   Une vie noire, un destin injuste, une indifférence totale de la part d'une société qui voulait régler ses comptes.
   Jean-Luc Seigle avec maîtrise nous montre toute l'ambiguïté de cette femme qui finalement a toujours été seule.
Jean-Luc Seigle - Je vous écris dans le noir - Editions Flammarion - 240 pages - 18 Euros

dimanche 12 avril 2015

Caroline Tiné : Le fil de Yo


     Depuis deux ans, Yo travaille comme infirmière psychiatrique dans une clinique pour dépressifs. Elle s'occupe de malades avec leurs phobies, leurs phases de délires, leurs tocs mais aussi leurs moments de calme où ils se trouvent confrontés à une grande détresse.
     La prise en charge de ses "fous", comme elle les appelle simplement, l'aide à combler ses vides et à tenir à distance un passé trop lourd à porter.
     Atypique dans ses méthodes, Yo fait pourtant preuve d'une grande empathie et d'une écoute remarquable vis à vis de ces personnes souffrant de fêlures profondes. Sensible, elle est très efficace pour soulager leurs angoisses. Les fameux mots qui savent soigner les maux.
     Mais la psychologie de Yo ne s'arrête pas à la porte du pavillon bleu dont elle a la charge. Le soir, elle se rend dans son café préféré et là, à sa façon elle apporte douceur et calme.
     Deux univers se côtoient et se rencontrent.
     La clinique psychiatrique qui représente un monde où les patients souffrent mais guérissent aussi, parfois et le monde de Yo, fragile et forte à la fois, qui  apporte légèreté et calme dans leur souffrance.
     L'arrivée d'une nouvelle malade, Agathe, vient perturber l'équilibre de Yo et secouer son "fil"intérieur qui la maintient droite.
      Ecrit avec beaucoup de sensibilité et de vérité, Caroline Tiné a su avec un thème lourd, comme la maladie et les désordres psychiatriques, nous raconter des moments de vie de grande beauté.
      Les personnages sont attachants, douloureux dans leurs angoisses et lumineux quand la lucidité revient et il en ressort une étonnante impression de calme à la lecture de ce livre.
      Yo, jeune femme dont on connaît au fil des pages sa vie déjà trop remplie, fait partie de ces personnes que l'on rencontre et que l'on croit forts, alors qu'ils ne sont que larmes et fêlures.
       Dans ce roman doucement mélancolique, le lecteur laisse ses préjugés sur la folie, fascinante et effrayante,  pour l'aborder d'une manière humaine.
       Un livre construit de façon claire avec des chapitres courts, à l'écriture très délicate.
       Une découverte intéressante.
Caroline Tiné - Le fil de Yo -  Editions JC Lattès - 250 pages - 18 Euros

Russel Banks : Un membre permanent de la famille

     Remarquable auteur américain, Russel Banks nous offre ici un recueil de nouvelles tout à fait brillant et émouvant.
      Difficile l'exercice de la nouvelle, elle doit nous intriguer dès les premiers mots, nous emporter tout au long de la courte histoire et nous chavirer au final.
    Transmettre l'essentiel en très peu de pages, Russel Banks l'a fait avec talent.
     En observateur de l'humain, l'auteur met en scène des personnages de la middle class, américains blancs et noirs. Ils ont tous en commun une vie banale qui leur échappe, une solitude chargée de peur, d'impuissance et d'échec.
     Ils avancent dans la vie au bord de toutes les ruptures et en marge d'une société qui ne les voit plus.
     Ce sont des tranches de vies qui ont basculé à un moment précis.            Divorce, séparation, manque d'argent, racisme, les personnages se révèlent tout au long de ces récits à travers douleur et espoir.
     Noyés dans des quotidiens souvent insignifiants, ils sont en quête d'humanité et lutte chacun à sa manière pour ne pas sombrer.
     Si ces instantanés de vie sont parfois sombres et cruels, Russel Banks arrive à ne pas donner dans le larmoyant en mettant assez de justesse pour  que le lecteur se sente en immersion totale.
     L'écriture est magnifique, au plus près de ces hommes et femmes qui souffrent ou ont beaucoup trop souffert.
     J'ai aimé "Ancien Marine", l'histoire d'un père au prise avec la vie et ses fils, "Fête de Noël" montre la solitude et la blessure d'un homme quitté, "Transplantation" m'a émue dans les dernières lignes.
     Je vous laisse découvrir ces nouvelles et trouver dans ces vies blessées qui est le membre permanent de la famille.
     Très beau, à lire.
Russel Banks - Un membre permanent de la famille - Editions Actes Sud - 238 pages - 22 Euros


lundi 6 avril 2015

Chimamanda Ngozi Adichie : Americanah

     Chimamanda Ngozi Adichie nous régale avec les aventures d'une jeune femme nigérianne, Ifemelu. Tout au long de ce roman dense et époustouflant, ce prénom résonne comme une note envoûtante. Le temps se pose quand on le prononce.
     Ifemelu c'est toute l'Afrique contenue dans ces sonorités tout à fait féminines.
     Du Nigéria qu'elle quitte à la fin de sa scolarité aux USA où elle se rend pour continuer ses études, nous la suivons essayer de réaliser son rêve de réussite.
    Entre passé et  présent,  regret et nostalgie, la magie fonctionne et nous sommes sous le charme de cette jeune femme remplie d'espoir et et de fantaisie.
     Ifemelu laisse au Nigéria son amour d'enfance, Obinze, retardé par des tracasseries administratives.
    Arrivée en Amérique, elle prend conscience pour la première fois qu'elle est noire. Africaine dans un pays réservé aux blancs, elle découvre le racisme, les différences culturelles, les noirs d'Amérique et toutes les nuances de la désillusion.
     Malgré le soutien de la famille installée là-bas, elle est confrontée à toutes sortes d'humiliation et de difficultés avant de trouver un travail.
     Elle livre vraiment ses pensées et devient célèbre en créant un blog où elle notera ses observations sur les noirs américains. Dans de courts billets brillants et efficaces, elle se lâche et interroge sur les préjugés, l'appartenance à un groupe, la reconnaissance dans une société impitoyable.
    Quand elle décide de rentrer au pays, 15 ans plus tard, c'est naturellement vers Obinze que vont ses pensées. Pour ceux restés au pays, elle est une Americanah, une femme entre deux cultures.
     Il se sont tellement aimés que les expériences vécues séparément les soudent encore plus fort.
     C'est un livre extraordinaire.
     D'abord il est rempli de couleurs, d'idées de coiffure (si si des tresses, des nattes, des boucles, du lissage....) et surtout c'est une étude  engagée et intelligente sur ce que l'on est vraiment et sur cette difficulté de s'accepter et d'accepter l'autre.
      Mais c'est aussi une très belle histoire d'amour, on ne peut vraiment pas lâcher le livre, parce que l'auteur nous fait connaître la fin......qu'à la fin.
      Vraiment un livre à lire. Superbe, farfelu et profond.
Chimamanda Ngozi Adichie - Americanah - Editions Gallimard - 528 pages -  24.50 Euros