je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

lundi 19 octobre 2020

 



Dans son dernier roman Julia Kerninon, Liv Maria nous livre un portrait saisissant de finesse et de profondeur de femme, de sa naissance à la quarantaine.

Nous aimons Liv Maria, cette jeune femme née sur une île bretonne, choyée par sa famille, découvrant la lecture par son père et vivant dans une nature sauvage et joyeuse.

Un événement dramatique survenant au sortir de son adolescence contraint ses parents à l'éloigner de l'île.

En exil à Berlin, chez une tante qu'elle n'a jamais vue, c'est un véritable choc pour cette toute jeune fille. Elle rencontre alors un professeur dont elle va tomber follement amoureuse mais qui retournera à la fin des vacances vers femme et enfants.

La mort brutale de ses parents entraîne son retour sur l'île. Elle prendra sa destinée en mains et vivra plein de vies au-delà des océans.

Sa rencontre avec son mari lui fera choisir une vie plus calme mais le passé revient et les secrets enfouis n'attendent que la vérité.

C'est cette quête de la vérité de l'intime, de l’identité et de l'analyse d'une vie et des sentiments que nous donne ici avec beaucoup de sensibilité Julia Kerninon. Avec un thème brûlant d'actualité sur le devoir des adultes vis à vis des plus jeunes, elle interroge.

Telle une héroïne de tragédie grecque Liv Maria va se confronter aux choix et à l'absolu.


C'est l'occasion de lire ou relire le précédent roman de cet auteur « Ma dévotion » où dans un long monologue émouvant, une femme s'adresse à l'homme pour qui elle a vécu un amour sans retour.


Belle lecture à tous.



lundi 15 juin 2020

Camilla Lackberg - Femmes sans merci

     Contrairement à son habitude, Camilla Lackberg, nous sert ici un roman, une novella, texte court dense et brutal sur l'histoire de trois femmes victimes de maris ignobles.
      Elles sont arrivées à un moment de leur existence où elles prennent leur destinée en main.
     Jusqu'à présent la solitude, l'humiliation, la violence, l'indifférence et l'infidélité avaient annihilé leur décision d'agir, aujourd'hui en s'entraidant grâce aux réseaux sociaux, elles vont réussir. Ensemble c'est mieux.
     Un texte engagé, qui prend partie et fait écho au mouvement Me Too qui a changé à jamais les relations hommes-femmes dans le monde entier.
     Les histoires sont bien menées, avec du suspense jusqu'à la fin.         Les situations vécues par ces femmes malheureusement vraies et l'auteur nous emmène où elle veut. Soutenir les femmes et c'est bien.
    Ici  pas de nuances véritables, les femmes sont victimes et les hommes des salauds. Le message est clair : le monde change (enfin) la révolution des femmes a commencé !
Un moment de lecture agréable 
A lire pour découvrir une écriture différente de l'auteur à travers cette longue nouvelle de 150 pages au contenu intense.
Camilla Lackberg - Femmes sans merci - Editions Actes Sud - Traduit du suédois par Rémi Cassaigne - Paru Juin 2020 -  144 Pages -  14.90 €

dimanche 14 juin 2020

Alex Taylor : Le verger de marbre

     Dans le Kentucky rural, Beam Sheetmire 17 ans, remplace parfois son père au ferry qui fait la traversée d'une rive à l'autre de la Gasping River.
     Un soir un client monte à bord et refuse de payer et s'en prend à la caisse de Beam. Le comportement arrogant et violent de cet homme entraîne une bagarre inévitable. Un coup est porté et Beam devient un meurtrier
     Mais ce qu'il ne sait pas encore c'est que le drame va bouleverser sa vie bien au-delà du crime commis. Il doit fuir immédiatement.
     En tuant le fils du caïd local, Beam va avoir à ses trousses ses hommes de main et aussi la police. Dans une errance sans repos, il va soulever des secrets et souvenirs familiaux et rencontrer des personnages insolites.
     Le verger de marbre c'est le cimetière du coin. Là se rassemblent des êtres que la solitude et la misère ne laissent jamais en paix.
     Un roman sombre dans une campagne étouffante et extravagante où la misère, l'alcool et la violence mais aussi les croyances remplissent le quotidien.
     Alex Taylor aborde dans un style direct et sans fioritures, le côté sombre de l'Amérique dans une prodigieuse descente aux enfers.
     A l'occasion du Festival  International du Film Policier en 2017 à Beaune, il a obtenu le Grand Prix du Roman noir étranger.
     Un auteur à découvrir.
Alex Taylor - Le verger de marbre - Traduit de l'américain par Anatole Pons-Remaux - Editions Gallmeister - Paru en 2016 - 288 Pages - 20 €

samedi 13 juin 2020

David Vann : Le bleu au-delà

     Le dernier ouvrage de David Vann regroupe des nouvelles plus ou moins anciennes dont certaines sont inédites.
     Sans indication de temps, elles suivent toutes  un fil rouge et se lisent comme un roman d'une grande puissance.
     Les thèmes depuis longtemps évoqués dans les romans de Vann se retrouvent ici renforcés par une écriture brutale et sans concession qui dépouille le lecteur en le mettant face à des situations d'une profondeur glaçante.
     Ce sont les souvenirs d'enfance, puis celle de l'adolescent et du jeune homme, Roy (double littéraire de David) qui sont réunis ici.
     Des disputes incessantes de ses parents aux parties de pêche et de chasse avec son père ou son oncle, Roy vit une adolescence ballottée entre des parents compliqués. 
     Le divorce n'arrange rien et Roy assiste au défilé des petits amis de sa mère dans sa vie. Il recherche comme une quête à connaître son père qui s'est suicidé quand Roy avait 13 ans.
     Le suicide de ce père fantasque, piteux dentiste et père peu brillant, qui a tout raté et qui est passé à côté de son fils, entraîne le garçon dans une réflexion constante sur cet homme.
     David Vann se raconte et c'est bouleversant. Ce sont ses souvenirs qu'il convoque et dans une prose sombre mais empreinte d'une grande émotion, il nous parle de son attachement à l'Alaska et ses paysages.
     C'est un livre aux questionnements profonds sur les relations familiales difficiles, sur la santé mentale, sur le divorce, les armes transmises de père en fils et l'amour, celui que l'on a du mal à donner et le suicide qui reste une question sans réponse.
     Un véritable coup de cœur pour un livre sur l'intime.
David Vann - Le bleu au-delà - Traduit de l'américain par Laura Derajinski - Editions Gallmeister - Paru Janvier 2020 - 176 Pages -7.90 €

mardi 5 mai 2020

Kenneth Cook : La bête

     Dans le bush australien un cochon sauvage détruit la campagne et sème la panique chez les habitants. Traquée par plusieurs paysans, capturée, la bête réussit à s'enfuir en blessant grièvement un homme.
     Sa corpulence est énorme, gigantesque, sa tête monstrueuse munie de défenses effrayantes  donnent à cet animal des allures de monstre doté d'une intelligence diabolique.
     Treval un scientifique et son fils Mickael accompagnés par une jeune pilote très douée vont mener un combat pour chasser et tuer cet animal, véritable phénomène, qui épie guette et traque ses poursuivants.
     Un livre haletant dont l'absence de paragraphe entraîne le lecteur dans une aventure sans pause.
     C'est bien mené jusqu'à la dernière ligne.
     Je ne suis pas une grande passionnée des livres avec des animaux mais Kenneth Cook décrit ici une nature sauvage souvent hostile avec une poursuite fiévreuse qui m'a emballée.
     Les animaux féraux, c'est à dire les animaux domestiques abandonnés ou retournés à l'état sauvage, causent de grands dégâts dans l'éco-système australien.
     Dans ce roman, l'auteur nous décrit un animal presque humain menant un combat contre l'homme civilisé.
     Les personnages sont intéressants. Les rapports entre le père et le fils mais aussi la jeune pilote et son fils sont authentiques.
     Un livre d'aventures qui tient en haleine, une façon de découvrir ce grand auteur australien disparu en 1987 dont les livres remplis d'humour et de bush ont été découverts et traduits en France bien tardivement.
Kenneth Cook - La bête - Editions Autrement - Traduit de l'anglais Pierre Brévignon - Parution 2014  - 270 Pages - 19 €


mercredi 29 avril 2020

Hubert Selby Jr : Le Saule


     C'est l'histoire violente et sans concession de Bobby, jeune noir de 13 ans et de Maria sa petite copine issue de la communauté porto ricaine qui justement n'apprécie pas leur romance.
     Un matin ils sont violemment agressés, Bobby est roué de coups et Maria est aspergé d'acide au visage. Elle est transportée à l'hôpital et Bobby arrive à fuir et se réfugie dans un improbable appartement situé dans un sous-sol. Il fait la connaissance de Moishé.
     Dans les sous-sol du Bronx, grâce au vieil homme solitaire, Bobby découvre un havre de paix. Moishé va le soigner, le nourrir, veiller sur lui comme personne ne l'avait fait auparavant.
     Rescapé des camps de la mort, Moishé connaît très bien la haine qui habite le coeur de Bobby ainsi que son désir de vengeance.
      A travers son histoire, ils trouvent les mots pour lui montrer que le pardon est synonyme de vie et qu'il ne sert à rien de nourrir la violence.
     Hubert Selby Jr (1928-2004)auteur américain, maudit et remarquable dont l'écriture puissante et rythmée sait nous montrer le  monde comme lui-même le connaît, sombre et souvent cruel où l'être si humain est en proie à ses démons.
     Dans "Le saule", son style reste le même abrupt et novateur avec une certaine absence de ponctuation comme une empreinte laissée dans son oeuvre.
     Malgré une plongée brutale dans les bas fonds de New-York, son style qui lui est si particulier, permet aux lecteurs d'apercevoir la rédemption dans toute la noirceur humaine.
     Il se dégage une grande poésie de ce roman malgré le rythme ininterrompu entre récits et dialogues martelés comme de lancinantes litanies.
    C'est un véritable coup de poing littéraire à travers des thèmes malheureusement toujours d'actualité : la violence, le racisme, la misère et l'injustice mais aussi l'amour et le pardon.
Hubert Selby Jr - Le Saule - Editions de l'Olivier - Traduit de l'Américain par Francis Kerline - Parution 1999 - 303 Pages - 20 €

lundi 24 février 2020

Régis Jauffret : Papa

     Avec "Papa", Régis Jauffret se sert une fois de plus, comme il l'annonce ici de la "réalité pour justifier la fiction".
     En 2008, la diffusion d'un documentaire sur la police de Vichy montre très fugitivement son père. Ce dernier, terrorisé,  apparaît menotté entre deux gestapistes et sortant de l'immeuble marseillais où habite la famille, le film est daté de 1943.
     Jamais cet épisode de la vie de son père n'a été évoqué dans la famille, aucune trace de cette arrestation.
     Son père, Alfred, disparu en 1977 était un homme effacé, inconsistant selon les souvenirs de l'auteur.
     La vision de l'homme sur l'écran déclenche, le désir d'idéaliser son père et d'en faire un héros, et de faire certaines recherches. 
     Son père sourd, dépressif, bourré de médicaments, s'enfonçant dans le silence et la solitude, vivant reclus chez lui.
     Alfred si peu présent, si peu père.
     Les souvenirs de l'auteur aidés par les confessions de la mère montrent un homme à qui manquaient tous les possibles.
     Il aimait la musique mais devenait sourd, il aimait marcher, écrire des poèmes mais rien n'est resté de lui dans l'histoire familiale. Comme une honte.
     J'ai été très gênée par la lecture de cette histoire d'homme. Bien sûr Jauffret manie les mots et même très bien. Il est dans l'épure brutale et là on sent qu'il reste au bord mais se retient.
     Entre réalité et fiction, il mêle et emmêle et je n'arrive pas à comprendre ce qu'il veut.
     Chercher une image de père idéal, le "papa" rêvé, mon père ce héros mais cet homme était malade et l'auteur dit lui-même qu'il était un enfant choyé.
     Je suis perturbée par ce manque d'amour et cette recherche d'amour désespérément, ce vide que l'on veut à tout prix remplir.
     Les histoires de famille sont compliquées et touchent au plus profond de nous, c'est un livre qui m'a longtemps ébranlée par le jugement fait à un homme qui n'est plus là.
     Même si les dernières lignes sont fortes et très belles, elles restent ce que le père n'a jamais été.
     Une lecture déroutante mais à lire.
Régis Jauffret - Papa - Editions Seuil - Parution Janvier 2020 - 208 Pages - 19 €