je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

dimanche 23 juin 2019

Taylor Brown : Les dieux de Howl Mountain

     Taylor Brown est un écrivain américain et originaire de Caroline du Nord tout comme son héros des "Dieux de Howl Mountain", Rory. 
     L'auteur nous raconte une page de l'histoire des Etats-Unis dans les années 50, à  travers les portraits de personnages profonds et rudes vivant dans une nature belle et sauvage, mais aussi comment le progrès et l'évolution de la société les a meurtris.
     Nous sommes dans un village paumé dans les montagnes de Caroline du Nord et Rory Docherty, est rentré au pays après la guerre de Corée où il a perdu une jambe.
     Il revient vivre auprès de sa grand-mère maternelle, Ma, ancienne prostituée au grand cœur reconvertie dans les herbes médicinales.
     La mère de Rory est internée en psychiatrie depuis 30 ans, depuis cette nuit sanglante où son petit ami a été tué. Elle n'a plus jamais reparlé.
    Rory lui rend régulièrement visite et essaie de comprendre et connaître son passé, de combler l'absence et les blancs de sa vie.
    Dans ce coin d'Amérique, on distille et revend du bourbon, plus ou moins bon. Pour vivre ou plutôt pour survivre. La vallée était florissante avant la construction du barrage, depuis les habitants rejoignent les hauteurs et s'isolent.
    Courses poursuite en voiture sur les routes de montagnes où livreurs de bourbon comme Rory et flics plus ou moins corrompus essaient de s'attraper et  soirées arrosées d'alcool, de sexe et de solitude, entraînent le lecteur dans un portrait rude d'une Amérique déjà désenchantée.
     La religion si chère à ce pays est représentée ici par une communauté sectaire qui prie avec des serpents, mais au milieu de ce chaos, l'amour donnera à Rory la possibilité de prendre sa vie en main.
     Ce que j'ai aimé dans ce roman, ce sont les personnages, tous très torturés et mal dans leur peau comme Rory  toujours dans l'enfer de la guerre, Ma cette femme aimante et lucide qui souffre pour sa fille et craint pour son petits fils et tous les autres personnages sombres ou malveillants mais pourtant si tristement humains.
     Un vrai roman d'ambiance qui oscille entre polar et thriller avec une écriture percutante et toujours cette saisissante nature, ces espaces grandioses où le pire peut toujours arriver.
Taylor Brown - Les dieux de Howl Mountain - Editions Albin Michel - Parution Mai 2019  - 384 Pages - 21.90 €

mercredi 19 juin 2019

Philippe Besson : Dîner à Montréal

     Après "Arrête avec tes mensonges" et "Un certain Paul Darrigrand", Philippe Besson poursuit son introspection du sentiment amoureux et retrouve Paul dans "Dîner à Montréal", son dernier opus.
    Philippe Besson aime raconter l'intime une fois de plus et il fait toujours avec délicatesse.
     Ces trois dernières parutions nous ont permis de nous rapprocher de l'auteur et de l'homme. Au plus près de l'émotion, de l'amour et de l'abandon, ses expériences nourrissent son oeuvre.                             Le narrateur et auteur, Philippe retrouve par hasard Paul à Montréal où il est invité à une séance de dédicace dans une librairie.
     Paul habite et travaille à Montréal. Il vit toujours avec sa femme.
 Philippe vient accompagné de son dernier ami.
     Que peuvent se dire des anciens amants qui ont vécu une relation intense autour d'un dîner de retrouvailles avec les conjoints respectifs ?
     Dîner fantasmé ou réel, Philippe Besson nous convie à sa table et entre non-dits et confessions, le moment est propice aux rancœurs et à la nostalgie.
     Philippe Besson parle de lui, de ses amours et de ses rencontres. Il nous dit combien l'écriture a été nécessaire à sa vie et à l'homme qu'il est devenu.
     Ce qui m'a intéressant ici ce sont les propos de l'auteur sur l'origine de sa création littéraire, l'histoire de ses livres.  
     Un roman qui se lit agréablement et qui permettra peut-être à l'auteur de passer à autre chose.
  Philippe Besson - Dîner à Montréal - Editions Julliard - Parution Mai 2019 - 190 Pages - 19 €  

jeudi 13 juin 2019

Camille de Peretti : Le sang des Mirabelles



     Camille de Peretti dans "Le sang des Mirabelles" nous emmène sur les traces de deux sœurs rebelles qui refusent de se soumettre à leur condition de femmes en plein cœur du Moyen-Âge.
     Alors que le Roi Neuf part en croisade avec les seigneurs de son royaume pour se racheter du  massacre d'innocents dans une église qu'il a fait brûler, les alliances se font et se défont dans le pays.
     Ainsi le seigneur Lion avant de suivre son roi va marier sa fille Eleonore surnommée la Salamandre à Guillaume dit l'Ours et placer la plus jeune Adélaïde auprès d'elle pendant son absence.
     Adélaïde sera au service de la sœur de Guillaume, destinée à passer ses journées à broder et Éléonore à être une épouse soumise et donner un héritier mâle à son époux.
    Les deux jeunes filles sont foncièrement insoumises, Adélaïde refuse de broder et préfère étudier les plantes et l'art de soigner auprès d'un vieil apothicaire juif surnommé le Vieux Hibou.
     Quant à Eleonore, après une nuit de noces fort triste, elle tombe sous le charme d'un beau ménestrel et après avoir vécu l'amour courtois elle succombe à une grande passion amoureuse.
     A la façon d'un conte et dans une langue médiévale cocasse , l'auteur nous raconte cette soif qu'ont les hommes pour le pouvoir, la gloire, les honneurs et la guerre. Il est aussi question de camaraderie derrière les beuveries et les filles.
     C'est un livre qui raconte le statut de la femme à une époque où la connaissance est suspecte et conduit à la chasse à la sorcellerie. La femme par qui tout le mal arrive, se doit de rester ignorante et se taire.
     L'impact de la religion est puissant et les prêtres l'utilise pour soumettre et agir comme de véritables bourreaux.
     La domination du seigneur et maître dans et hors les murs de son domaine fait frémir. Les domestiques et paysans subissent dans la terreur châtiments et jugements.
     Ce livre a quelque chose d'universel dans ses thèmes comme la place et le rôle de la femme, toujours évoluant et régressant mais aussi l'exploitation des hommes et toujours ce désir de batailles de conquêtes et de gloire que l'homme a toujours cherché.
     Un très bon moment de lecture, pour un livre qui renouvelle un peu le genre du roman historique,   intelligent avec une écriture vive qui en fait un véritable coup de cœur !
Camille de Peretti - Le sang des Mirabelles - Editions Calmann Levy - Parution Mars 2019 - 380 Pages -19.50 €

vendredi 7 juin 2019

Christine Mangan : Tangerine


       Tanger 1956, alors que sur le Maroc  souffle le vent de l'indépendance, deux jeunes femmes vont se retrouver alors qu'elles ne s'étaient pas vues depuis plus de 10 ans.
     Très amies pendant leurs études aux Etats-Unis, elles ont vécu un drame violent qui les a éloignées l'une de l'autre.
     Alice, une des deux narratrices, est une jeune mariée, très fragile et peut être un peu candide. Elle a suivi son mari à Tanger mais n'arrive pas du tout à s'y acclimater. Elle fuit le bruit de la ville, la chaleur et les gens qui déambulent dans les rues étroites. Enfermée dans son appartement, elle sort de moins en moins.
     Lucy est américaine, elle est la deuxième narratrice. Elle arrive à Tanger pour revoir son amie. Lucy est exubérante mais c'est aussi une personnalité très ambiguë. La ville l'attire, la foule la capte elle revit dans cette ambiance chaude et totalement exotique.
     Quelque peu surprise par cette arrivée, Alice avec l'accord de son mari accueille Lucy chez elle.
     Alors s'installe un jeu de faux semblant où ce qu'on croit être ne l'est pas toujours.
     Reviennent les souvenirs des années passées ensemble et le drame survenu. Les jours  passent et des personnalités obsessionnelles vivent  dans une parenthèse de chaleur et de méprise.
     Passé et présent se mêlent dans une ambiance vénéneuse de tourment psychologique.
     Quelques longueurs sans doute où l'auteur, pour son premier roman,  pose des indices qui indiquent au lecteur le cœur de l'histoire mais on tient jusqu'au bout.
     J'ai tenu jusqu'au bout parce que la description de Tanger m'a fascinée. C'est l'Orient disparu, c'est la profusion des couleurs, la chaleur intense, le mystère à chaque coin de rue et le mélange des cultures et de la population.
     J'ai aimé déambuler dans ces rues écrasées de chaleur, boire un thé à la menthe et regarder la mer si bleue si intense.
Christine Mangan - Tangerine - Editions Harper Colins France - Traduit de l'Américain par Laurence Manceau - Parution Mars 2019 - 320 Pages - 20 €

lundi 3 juin 2019

Isabelle Autissier : Oublier Klara

      Dans son dernier opus Isabelle Autissier, nous emmène sur les pas de  Iouri aux confins du grand Nord dans une quête de la vérité sur Klara,  sa grand-mère paternelle russe.
      A l'époque de Staline, soupçonnée de trahison, elle est emmenée un soir sous les yeux de son mari et son fils, on ne la reverra plus jamais.
     Iouri vit désormais aux Etats-Unis, il est ornithologue et enseigne dans une université.
      En froid avec son père, un homme violent, Iouri apprend que ce dernier va mourir et le réclame à ses côtés. Il lui demande avant qu'il ne soit trop tard de faire des recherches sur la disparitions de sa mère Klara.
       Iouri mène son enquête sur sa grand-mère inconnue. Elle travaillait dans un laboratoire avec son mari et vivait l'époque de  l'Union Soviétique prometteuse pour son peuple. 
       Cette quête de la vérité fera resurgir le passé familial de Iouri et dévoile un pan de l'histoire du bloc soviétique après guerre, notamment à Mourmansk, ville portuaire sinistrée.
      Son père, patron de pêche, l'initie aux sports et au socialisme. Un père qui le malmène comme lui-même l'a été dans son enfance.
        C'est grâce aux natifs des terres du grand nord, les Nenettes,  que Iouri retrouvera le souvenir authentique et éblouissant de Klara.
        La nature, la mer et l'écologie sont le centre de l'écriture de l'écrivain-voyageur, Isabelle Autissier et elle affirme ici encore une fois son engagement.
       Avec une plume délicate et intense, elle nous dépeint un paysage hostile mais sublime et nous montre tout un peuple meurtri par une époque douloureuse.
       Les relations familiales sont admirablement décrites confirmant le talent d'écrivain de la grande dame de la mer.
       A lire absolument,
Isabelle Autissieur - Oublier Klara - Editions Stock - Parution le 2 Mai 2019 - 320 Pages - 20 €

mardi 23 avril 2019

Michael Farris Smith : Le Pays des oubliés

     Avec son roman "Le pays des oubliés" , Michael Farris Smith met en scène le sud américain et particulièrement les terres âpres du Mississippi, où survivent de pauvres gens bien loin du rêve américain.
     Jack Boucher fait partie de ces désespérés de la vie sur lesquels s'abattent malheur et malchance.
     Bébé abandonné sur les marches de l'Armée du Salut, Jack est rempli de désillusions, il changera souvent de familles d'accueil et de foyers.
     A l'âge de 12 ans, il arrive chez Maryann qui l'aidera à regarder au loin mais qui ne pourra pas l'empêcher de partir pour combattre.
      Elle restera pourtant son point d'attache, sa mère adoptive.
     Jack met toute sa rage et sa profonde solitude dans des combats clandestins qui le démolissent  et le plongent dans une dépendance de  drogues pour calmer ses douleurs.
    Maryann a vieilli, atteinte d'Alzheimer elle se retrouve en maison de retraite. La saisie de sa maison où elle l'a accueilli va ramener Jack auprès d'elle pour y livrer l'ultime combat de la délivrance.
     J'ai beaucoup aimé l'ambiance de ce roman sombre où l'espoir effleure peu. L'auteur nous dépeint des destins faits de poussière et de violence dans l'Amérique profonde.
    Mais si les personnages sont attachants, l'auteur met en place une intrigue aux rebondissements un peu trop convenus. L'argent perdu, retrouvé , beaucoup de rencontres de hasard avec des personnages un peu caricaturaux. Comme Annette, cette jeune femme superbe tatouée qui cherche son père.
    A lire pour cette ambiance moite quelque part dans le Delta du Mississippi.
Michael Farris Smith - Le Pays des oubliés - Editions Sonatine - Traduit de l'Américain par Fabrice Pointau - Parution Janvier 2019 - 248 Pages - 20 €

lundi 22 avril 2019

Laird Hunt : Les Bonnes Gens

     "Les Bonnes Gens" est un livre de Laird Hunt, auteur américain et une découverte saisissante de lecture avec une profonde réflexion sur la violence de l'esclavage et sur cette Amérique si fascinante et déconcertante à la fois.
     Ginny est une vieille femme blanche qui au soir de sa vie, se souvient.   
     En 1850, de son plein gré, elle suit à 14 ans un cousin de sa mère dans la Kentucky pour devenir son épouse.
     Il lui promet une grande maison "Le Paradis". Sur place elle découvre un élevage de cochons, des esclaves dont deux toutes jeunes sœurs et un univers où son amour pour les livres sera annihilé.
     C'est l'enfer qu'elle vivra avec la violence de son mari et quand ce dernier abusera des deux jeunes esclaves, elle fera vivre l'enfer à toutes les deux.
      Quand le mari-bourreau est tué, les rôles s'inversent et les victimes deviennent tyrans.
     A travers plusieurs voix et des genres d'écriture variés, l'auteur nous raconte l'âme humaine à travers l'histoire des pionniers de l'Amérique en rendant la violence ordinaire. La vengeance s'exerce sans haine comme une évidence et submerge le lecteur. 
      C'est un texte dont l'émotion coupe le souffle et si les descriptions de la vie de Ginny et du calvaire des esclaves nous ébranlent les silences imposés par l'auteur sont encore plus forts.
      La lecture est intense, parfois difficile par sa construction, mais la narration reste toujours d'une grande maîtrise.
Laird Hunt - Les Bonnes Gens - Editions Actes Sud - Paru Février 2014 -  Traduit de l'américain par Anne-Laure Tissut - 256 Pages - 21.80 €