Non, je n’oublierai jamais la baie de Rio

La couleur du ciel le long du Corcovado

La Rua Madureira, la rue que tu habitais

Je n’oublierai pas pourtant je n’y suis jamais allé



lundi 2 juillet 2018

Iceberg Slim : Mama Black Widow

     Iceberg Slim, décédé en 1992,  a été un des plus célèbres proxénètes des quartiers noirs de Chicago. Il a commencé en littérature à l'âge de 40 ans. Ses livres sont marqués par son expérience du milieu de la prostitution et rendent compte de la violence et du racisme qui existent. Quand il évoque la rue, il sait de quoi il parle.
     Mama Black Widow est un roman vérité et un témoignage sans concession sur le ghetto noir des années 70.
     Dans sa préface, l'auteur nous met en garde de la plongée que nous allons faire dans les bas fonds d'une existence tragique, celle d'Otis Wilson.
     Otis raconte l'histoire de sa famille dans le Mississippi,  travailleurs dans les champs de coton, exploités 
     Mais les rêves d'argent et de liberté de sa mère les emmènent loin du Sud et ils s'installent à Chicago.
      C'est la lente descente aux enfers d'Otis dans ce ghetto. A la recherche de son identité tant sociale qu'intime. Otis est salement amoché, dans sa vie et dans son corps.
Sexe, drogue et violence, rien n'est beau.
     C'est aussi un cri désespéré d'amour pour une mère mauvaise et vénale, capable de tout pour de l'argent.
     Ecrit dans un style très oral et très cru, certaines descriptions nous chamboulent par leur réalisme cruel. L'auteur  nous bouscule avec le langage des rues, ses codes et sa violence.
     Un livre sans espoir, qui est un poignant constat d'une réalité américaine malade de la ségrégation raciale qui existe toujours.
     Une lecture qui ébranle mais c'est indispensable.
Iceberg Slim - Mama Black Widow - Traduit de l'Américain par Gérard Henri- Paru le 3 11 2000 - 304 Pages - 20.10 €

samedi 9 juin 2018

Joël Dicker : La disparition de Stephanie Mailer

     Le dernier roman de Joël Dicker, très attendu, a pourtant reçu des critiques pas toujours unanimes.
     D'après l'auteur, il n'a pas voulu écrire un roman policier, son inspiration a été celle de grands écrivains comme Philip Roth, et il a mentionné que ce dernier livre ressemblait plutôt à un roman russe.
     Mais alors ?
     D'abord c'est un pavé de 600 pages avec une enquête policière, une disparition et une  intrigue sans cesse repoussée, un rebondissement en chassant un autre et une construction de chapitres égrenés par un calendrier qui rend le lecteur perplexe (et lassé aussi).
     Ce qui ressemble quand même à un roman policier. 
     En 1994 Orphéa, petite ville tranquille des Hamptons (elle n'existe pas) voit sa communauté chamboulée par quatre meurtres : le maire, sa femme, son fils ont été assassinés dans leur maison ainsi qu'une joggeuse, sans doute témoin de la tragédie. Le coupable a été arrêté par deux jeunes policiers, Rosenberg et Scott,  après une enquête difficile.
     20 ans plus tard, la journaliste locale Stéphanie Mailer remet en lumière cette triste affaire et  informe Rosenberg des erreurs commises dans l'enquête par la police à l'époque. Elle détient des informations. Un rendez-vous est pris mais Stéphanie disparaît. 
     Joël Dicker met en scène une pléthore de personnages dont les vies vont se croiser à un moment donné à Orphéa. Chacun porte en lui des secrets et est hanté par les démons du passé.
     La mécanique du policier fonctionne bien, même si c'est un peu long parfois et qu'on se perd souvent après chaque nouveau rebondissement.
     Je regrette un peu le côté caricatural des personnages. Que ce soit le couple adultère, le critique littéraire hystérique ou l'adolescente dépressive, ils restent dans leur superficialité, c'est dommage.
     Les dialogues nombreux, sont parfois d'une glaçante et creuse banalité, il manque une certaine profondeur.
     Bref, une lecture facile mais décevante.
Joël Dicker - La disparition de Stéphanie Mailer - Editions de Fallois - Parution Mars 2018 - 23 €     

jeudi 7 juin 2018

Franz-Olivier Giesbert : L'arracheuse de dents

     Un professeur trouve par hasard sous le parquet de sa maison de famille à Nantucket, les écrits de son aïeule Lucile Bradsock.
    En 1876, à plus de 100 ans, elle prend la parole pour nous raconter sa vie.   
     De la France aux Etats-Unis, elle vivra avec une grande gourmandise sans cesse renouvelée une existence pleine de rebondissements.
     Arrivée de sa Normandie natale elle travaille à Paris auprès d'un dentiste qui lui apprend son métier.
     La révolution française lance ses prémisses  et Lucile va être emportée dans toutes les tourmentes et violences de ces années sombres.
     Dentiste, féministe et combattante, éprise de liberté et de justice, elle fait de sa vie un combat.  Elle a surtout le don de se mettre dans les pires situations, s'il le faut de recommencer  sa vie avec autant d'envie à chaque fois.
      Amoureuse de l'amour et des hommes, elle rencontrera les grands personnages et les petits héros qui ont fait l'histoire : roi, empereur, révolutionnaires et esclaves lui feront vivre des moments intenses.
     Franz-Olivier Giesbert nous montre ici son intérêt pour l'Histoire en faisant de son héroïne le témoin de l'histoire de France pendant la Révolution Française à celle des Etats-Unis avec notamment la guerre de Sécession.
     L'auteur en profite aussi pour  interpréter d'une manière libre et audacieuse la destinée de ces personnages historiques et leur ôter de leur superbe et revisiter l'Histoire.
     L'écriture est enlevée et bien rythmée ce qui procure au texte un bouillonnement du début à la fin avec une femme pleine de vie.
    Si ce n'est que parfois, c'est trop, ça ne s'arrête jamais et même si l'on sait que c'est une fiction, bien menée et très bien écrite, on se lasse un peu de tout ce "trop".
Franz-Olivier Giesbert - L'arracheuse de dents - Editions Gallimard - 448 Pages - Parution le Février 2016 - 21 €
     

Nicolas Delesalle : Mille soleils

     C'est un huis-clos superbement raconté que nous offre Nicolas Delesalle dans son dernier roman. L'histoire se passe dans le désert argentin avec quatre hommes et le temps, minuté et précis, d'une journée.
     Une journée où tout change, la vie comme les hommes quand la mort vient à passer et que l'avenir ne vous appartient plus.
     Très tôt le matin, Vadim, Alexandre, Simon et Wolfgang doivent prendre la route pour rejoindre Mendoza et prendre un avion pour la capitale, Buenos Aires.
     C'est Alexandre qui conduit, un peu trop vite d'ailleurs. Beaucoup de route avec de la piste aussi, et le paysage argentin qui défile, entre terre et désert.
     Nous faisons la connaissance de ces hommes et de leur parcours, de leur travail et de leur rencontre et de la façon dont ils ont passé leurs dernières journées.
     Et puis dans la voiture tout va trop vite, ils croisent une femme avec son vélo sur le bord de la route, et puis tout se renverse. La voiture se retourne, vite, trop vite, plusieurs fois. Des coups, des chocs et alors l'histoire commence.
     Que s'est-il passé ? Est on blessé ? Qui va mal ?
     Et la journée commence avec les heures qui sont comptées et ouvrent les chapitres avec les minutes qui s'égrènent.
     Simon sort du véhicule et va marcher et chercher de l'aide. Longtemps, très longtemps. Il rencontre la femme au vélo, Mathilde. 
     Et puis 22h10, la journée se termine avec des vies chamboulées, des chemins que l'on ne prendra pas, des choix qui n'ont plus cours. La vie continue mais le lecteur n'en saura rien, juste il pourra l'imaginer.
     Un très beau roman sur le chaos de la vie et les interrogations qu'elle suscite. Un roman empreint d'une grande vérité dans le texte sur ce qui change à tout jamais quand la mort vient si près. Le pathétique d'une ambition, les problèmes d'amour et le reste.
     L'auteur  réussi à nous faire pénétrer dans cette voiture et à vivre l'accident et le chamboulement de l'intime.
     Avec ses mots et son humour et sa poésie, parce que le drame est là et nous touche mais on ne sombre pas.
     Chacun son histoire, chaque vie si précieuse et si fragile.
     Cette lecture est un vrai dépaysement, elle nous emporte dans les paysages envoûtants d'Argentine et à la rencontre de ces vies terriblement humaines.
     A lire, bien sûr.
Nicolas Delesalle - Mille soleils - Editions Préludes - 256 Pages - Parution Janvier 2018 - 15.60 €

vendredi 1 juin 2018

Jean-Christophe Rufin : Le suspendu de Conakry

     Jean-Christophe Rufin nous transporte en Afrique, dans une escapade-enquête à Conakry où l'assassinat sanglant d'un ressortissant français a été perpétré.   
     Ce dernier a été retrouvé mort suspendu au mât de son voilier dans la marina du port.
     Roman léger et savoureux, le lecteur pénètre dans la vie des expatriés du bout du monde, des consulats et ambassades, de cette communauté française qui organise sa petite histoire et ressasse la grande dans une ambiance de fin de siècle.
     Pour mener cette enquête, un fonctionnaire apparaît. Il a un physique ridicule et des tenues très improbables pour ces contrées si chaudes, tout de suite une sympathie pour lui s'installe.
     Aurel Timescu, natif de Roumanie, consul de France à Conakry, sort de son placard en l'absence de son supérieur et va mener l'enquête. Il rêvait faire une carrière de policier, aussi quand un meurtre se présente il va montrer toute sa perspicacité.
     L'enquête en elle-même ne mène pas vraiment ce roman mais les caractéristiques des personnages représentatifs d'un certain monde sont savoureux et marqués par l'expérience de l'auteur.
     Nous avons plaisir à retrouver Rufin, académicien,  dans un nouveau genre littéraire celui  du roman policier.
     La situation de la Guinée post-coloniale est bien réelle, et se partage entre insécurité et trafic de drogue.Le constat de la colonisation perdure dans l'attitude des français vis à vis des locaux.
     L'auteur crée ici un personnage absolument parfait que nous aurons plaisir à retrouver, je pense, dans d'autres aventures puisqu'il est prévu une trilogie.
     Jean-Christophe Rufin - Le suspendu de Conakry - Editions Flammarion - Parution le 28 mars 2018 310 Pages - 19.50 €

vendredi 4 mai 2018

Celeste Ng : La saison des feux

     L'histoire se passe à Shaker Heights, la banlieue très huppée de Cleveland et débute par l'incendie de la maison des Richardson.            Une famille emblématique du quartier puisque les grand-parents en ont été les résidents fondateurs.
    Les familles appartiennent à  une sorte de communauté, répondant à beaucoup de codes et de règles. Elles sont les purs produits de cette Amérique si puritaine.
     Et madame Richardson est très fière de sa famille nombreuse et aime s'attribuer des sentiments généreux et bien pensants.
     Mais les apparences, on le sait, sont souvent trompeuses.
     Quand  Mia, artiste et bohème, et sa fille de 15 ans Pearl posent leurs valises dans le quartier, elles éveillent bientôt curiosité et nouveauté.
     Par leur façon de vivre et de penser, et en devenant proches des Richardson, chacune des vies des protagonistes va être bouleversée à jamais.
     Céleste Ng nous fait pénétrer avec beaucoup d'aisance au cœur de ces familles où tout est dans la norme avec une vie qui se doit d'être planifiée.
     L'intrigue est menée habilement, l'auteur signe là  une comédie de mœurs avec beaucoup de femmes très différentes et sincères dans leur combat.
      Secrets, calomnies et mensonges dans un roman qui n'est pas vraiment un thriller mais dont la lecture est agréable.
     C'est aussi un état des lieux d'une certaine Amérique  ainsi qu'une critique sociale d'un pays ballotté par son histoire mais comme pour l'écriture de son roman, l'auteur reste dans les normes.
    Celeste Ng - La Saison des feux - Editions Sonatine - Traduit de l'Américain par Pointreau - 384 Pages - 21 €

dimanche 8 avril 2018

Philippe Djian : A l'aube

Dans son dernier roman "A l'aube", Philippe Djian réussit à captiver le lecteur dans un exercice de style très particulier, celui de l'absence de ponctuation. 
Juste un point et à la ligne et nous sommes projetés en plein cœur de l'action, bousculés et quelque peu désorientés, mais l'histoire se construit et l'univers familier et crépusculaire de Djian est là. 
Sur la côte est des Etats-Unis près de Nantukeckt.
A la mort  par accident de la route de ses parents et après 15 ans d'absence, Joan revient vivre avec son jeune frère, Marlon autiste.
Ses parents, Gordon et Suzan  étaient des intellectuels et activistes très convaincus. Chacun collectionnait amants et maîtresses et avait une façon bien particulière de s'enrichir. Ils étaient plutôt des parents absents.
Joan a quitté la maison à 18 ans et travaille depuis comme escort-girl dans la boîte d'une amie de ses parents, Dora.
Elle renoue avec Howard ancien amant de sa mère qui veut récupérer certaines choses dans la maison familiale.
John, le shériff  et ami de la famille, surveille tout ce petit monde et use parfois de son autorité professionnelle pour arranger certaines affaires. Mais rien n'est simple pour lui dans sa vie avec sa femme et son nouveau bébé.
Et rien n'est simple pour aucun des personnages de ce roman construit comme un thriller particulier puisque le dénouement arrive en milieu de livre avec une suite six mois après et une fin inattendue mais combien surprenante.
Comme à son habitude l'auteur nous décrit une galerie de personnages tous plus déglingués les uns que les autres. Ils vivent des double vies et possèdent des passés troublés, ils se retrouvent souvent hors la loi à la limite de tout, et n'arrivent pas à s'en sortir.
Bizarres et glauques ils nous choquent et nous sommes prêts à les condamner pourtant on n'y arrive pas parce que malgré leur vie embrouillée, leur existence borderline, ils restent profondément humains. Attachants dans la recherche de l'amour et d'une certaine vérité.
Djian arrive toujours à mêler l'improbable et l'étrangeté à l'humanité d'un quotidien banal.
C'est bien construit, rapide, l'auteur est toujours dans la recherche d'une vision cinématographique et littéraire. Réussi.
Oui c'est un brin vulgaire et cru, drôle aussi et le mal être humain, à son apogée, nous interroge.
Philippe Djian - A l'aube - Editions Gallimard - Parution le 5 Avril 2018 - 189 Pages - 19 €