Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




lundi 20 juin 2011

Bret Easton Ellis : American Psycho

Ecrit dans les années 1990, ce livre dépeint toute la violence, la sauvagerie et la folie de la nation américaine à travers le portrait d'un serial killer en apparence bien sous tout rapport.
Avec ce pamphlet contre le rêve américain, Bret Easton Ellis a connu un douloureux succès de scandale. Honni dans son pays et menacé de mort, il reste à jamais marqué par la création de son personnage très dérangeant à la fois séduisant et horrible.
Patrick Bateman est un jeune homme beau, très élégant, sportif . Il vit dans un quartier branché de New-York, c'est l'image typique du golden boy très chic des années 80. Tout le monde l'aime.
C'est son journal intime que le lecteur tient dans les mains et avec lequel il va suivre sa vie pendant un an.
L'auteur nous montre son talent littéraire, en nous donnant dans la première partie du livre le portrait d'un homme aussi beau que vide. Il ne pense qu'à la mode, à son physique, à ses dîners, aux filles, à l'argent. Mais on sent que ce n'est pas son vrai visage. Petit à petit Ellis nous plonge dans la conscience de Bateman, dans ses pensées les plus noires, dans la vie d'un psychopathe. Le dérapage et la tension sont à la hauteur de sa cruauté.
C'est très fort. On aimerait le détester, le trouver lassant mais le ressenti est au delà des normes.
Malgré les tortures, viols, meurtres auxquels nous assistons, le récit glisse vers un humour brillantissime (noir, évidemment) rendant les situations surprenantes et dérangeantes.
Roman culte d'une époque il reste contemporain pour les problèmes de fond exposés.





vendredi 17 juin 2011

Siri Hudsvet : Un été sans les hommes

C'est l'histoire de Mia une poétesse rousse et frisée, délaissée par son mari Boris un scientifique renommé qui vit une passion torride avec une jeune femme. Détruite, Mia quitte alors New-York pour se ressourcer auprès de sa mère dans le Minnesota. Avant, elle a fait une sérieuse déprime qui l'a conduite en hôpital psychiatrique.
Si le thème n'est pas très nouveau, l'auteur nous plonge avec une infinie subtilité dans les pensées les plus profondes et les plus secrètes de cette femme remplie de douleur. A sa manière et sans condamner elle va essayer de continuer, de se reconstruire. Avec beaucoup de courage, elle accepte le temps qui passe et qui abîme, comprend les errements et les erreurs.
Mais c'est surtout avec beaucoup de justesse et d'intelligence que l'auteur aborde tout le questionnement sur la femme, la féminité. Elle fait un constat qui touche à chaque fois et entraîne la réflexion.
Les femmes qu'elle rencontrera cet été, sont toutes assez touchantes à leur manière. Les "vieilles" amies de sa mère à la maison de retraite, sa jeune bimbo de voisine, les jeunes filles à qui elle donne des cours de poésie vont l'aider dans son parcours de reconstruction. A travers ces femmes elle abordera les différents âges de la vie avec beaucoup d'humour pour cette humanité au fond si fragile.
C'est l'occasion aussi de très belles citations poétiques, la narratrice Mia, intervenant dans le récit.
Il faut prendre son temps pour lire ce livre, les messages sont distillés avec beaucoup de subtilité et les réflexions sont nombreuses.


Bret Easton Ellis : Moins que zéro

Chef de file du Brat Pack, courant littéraire américain des années 1980, Bret Easton Ellis est devenu avec ce roman le symbole de toute une génération gavée de clips et de drogue. L'auteur avait 21 ans quand il l'écrit.Paru aux Etats-Unis en 1985, le livre dissèque sans complaisance, sans état d'âme, la société de jeunes très privilégiés. Ellis décrit dans un style très documenté et très authentique le vide et la platitude leurs vies.
Le lecteur suit la vie de Clay, 18 ans, gosse de riche, de retour à Los Angeles pour les vacances scolaires de Noël. Il retrouve son ex petite amie, Blair. D'autres sont là aussi, une quantité de garçons et filles, une liste de prénoms interchangeables. Ils sont pareils, aussi vides et seuls derrière leurs lunettes noires et les vapeurs d'alcool, la fumée de cigarettes et les vertiges de la cocaïne...
Clay se pose pourtant des questions sur le sens de sa vie. Il sait qu'elle n'en a pas. L'auteur saisit l'intime, l'errance, l'inconsistance, la chute, les nausées, le désespoir vertigineux.
L'argent à profusion, l'indifférence des parents, le manque de repère, la recherche de l'extrême dans les plaisirs comme dans les excès donnent à ce livre la dimension d'un documentaire. Il est bouleversant dans la mesure où tout est pris dans l'instantané sans analyse, sans apporter de réponse.
Un constat effrayant pour ces jeunes, aucun espoir, juste la perspective du pire.
L'écriture est incisive. Dans une suite de dialogues percutants, le lecteur se retrouve face à ces jeunes insipides au comportement trop remuant.
Aucune empathie mais pourtant la description de leurs milieux familiaux, de l'argent, de l'accès facile à tout, du manque de tout aussi fait qu'on peut les comprendre.




jeudi 2 juin 2011

Nicole Krauss : La grande maison

En nous ouvrant les portes de La Grande Maison, l'auteur nous perd dans un labyrinthe romanesque où les personnages se racontent, se croisent, s'échappent se perdent et se retrouvent avec, pour trait d'union, un antique bureau.
C'est l'histoire de ce meuble, monumental bureau, 19 tiroirs de différentes tailles dont un est fermé à clef . Nous suivons son passage de maison en maison , de famille en nouveau propriétaire, objet de mémoire et de douleurs.
De Budapest sous l'occupation nazie au New-York des années 1990 en passant par Jérusalem et Londres, l'empreinte de ce meuble curieux sert de fil conducteur aux portraits et destins de ces personnages.
Nicole Krauss dans une construction littéraire complexe, nous déroute et nous charme. Huit chapitres dont les titres sont identiques, sauf deux, quatre histoires alternent et se recoupent. L'auteur nous entraîne dans une expérience de lecture fascinante.
L'idée de mémoire est importante dans ce livre. C'est un acte volontaire. L'écriture devient un refuge pour se souvenir.
Les héros sont marquants, les chapitres deux et cinq nous racontent avec beaucoup de force, le message d'un père à un fils. Tous les mots qui n'ont jamais été dits. L'amour y est violent. Les autres personnages se sont ratés parfois, les secrets ont été trop lourds. Les relations entre ces êtres sont complexes mais toujours délicates. Les femmes sont murées dans leur silence.
Le secret de La Grande Maison est révélée à la fin, c'est la mémoire millénaire du peuple juif.
Un peuple qui vit avec la mort chaque jour, qui ne veut surtout pas oublier.
L'écriture de Nicole Krauss est toute en finesse, avec un souffle parfait et un ton juste.
Il faut savoir se perdre dans une lecture, se laisser porter, ne pas vouloir de réponse, enfin pas tout de suite.