Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mercredi 26 novembre 2014

13 à table avec les Restos du Coeur : Nouvelles

   
     13 à table des Editions Pocket, représente en cette fin d'année, une initiative chaleureuse et intelligente au service de la bonne cause en partenariat avec l'association les Restos du Coeur.
     Pour chaque livre acheté (5 euros) , 3 repas seront distribués par les Restos du Coeur. Pour une fois qu'on ne demande pas aux chanteurs de faire leur promo.
     13 écrivains participent à cette belle aventure et ont écrit 13 nouvelles inédites.
      Le fil rouge de ces récits est le repas.
     Quand la lecture devient une vraie nourriture.
     Qu'il soit festif, familial, amical ou imaginaire, le repas unit, réunit ou désunit, qu'on aime ou pas il représente l'appartenance à une famille, un clan, une société.
     Ne plus en faire partie isole et étiole et l'être humain devient fragile dans sa solitude.
     Des nouvelles vraiment sympathiques, drôles, inquiétantes même, toutes donnent des leçons de vie et d'humanité.
     A part deux, celles de Levy et Musso mais bon, les thèmes (rien à voir avec le repas) évoqués sont intéressants sans être nouveaux.
     Je ne raconterai pas ces nouvelles, elles vous attendent pour 5 euros entièrement redistribués aux Restos du Coeur, alors allez y, pour vous ou pour offrir.
     En tout cas, ils comptent sur vous !
13 à table - Editions Pocket - 5 Euros

dimanche 23 novembre 2014

Paul Colize : Un long moment de silence

    

       Paul Colize, écrivain belge, nous plonge dans deux histoires, entre présent et passé, fiction et réalité où l'ambiance est posée de façon très efficace et avec un style très élégant.
     C'est d'abord Stanislas Kervyn, un entrepreneur brillant mais exécrable, antipathique au possible, grossier n'aimant personne. Les femmes ne représentent pour lui que l'objet de son plaisir brutal et obscène.
     Il a grandi dans le manque de son père adulé, mort dans l'attentat du Caire en 1954 et qui a coûté la vie à 21 personnes innocentes.
     Il a enquêté sur sa vie, fouillé les archives familiales et écrit un livre pour pourvoir tourner la page de ce drame familial. Un coup de fil inattendu relancera sa recherche de la vérité.
     En parallèle nous suivons l'histoire de  Nathan Katz, jeune juif qui a survécu aux fameuses "186 marches de Mauthausen" et qui après guerre s'installe à New-York. Il intègre une organisation et s'engage à éliminer tous les bourreaux nazis de la terre.
     Tout au long de la lecture, on se pose la question du lien entre ces deux histoires. Jusqu'à la fin et surtout au mot pour le lecteur, l'auteur nous ménage un suspense diabolique.
      Chaque personnage possède une personnalité complexe et profonde et nous découvrons au fil du récit la part cachée de leur être. Que ce soit pour Nathan, jeune homme sympathique qui veut venger sa famille et qui devient lui aussi un bourreau ou Stanislas qui maltraite tout le monde y compris lui-même mais va peut être trouver une certaine rédemption.
     Paul Colize sans sombrer dans le mélo, nous donne à réfléchir sur la vengeance et le pardon.
     Les chapitres courts s'enchaînent, les deux histoires et époques alternent et rendent le récit palpitant.
     La plume de Colize est brillante et enlevée , tout est fouillé et malgré certains passages un peu crus, le récit est profond et les personnages bien façonnés. 
Paul Colize - Un long moment de silence - Folio Policier - 8.40 Euros  

dimanche 16 novembre 2014

Gillian Flynn : Les Apparences

      On ne se méfie jamais assez des apparences et Gillian Flynn dans un récit habile à la construction maîtrisée, nous sert une diabolique leçon de perversion et de manipulation.

     C'est l'histoire d'un couple de journalistes New-Yorkais, Nick et Amy. Ils sont jeunes, beaux, arrogants et ont la vie devant eux. 
     Amy est issue d'une famille aisée et ressemble à la petite fille modèle créée par ses parents écrivains, Nick lui vient du Missouri un coin paumé rempli de bouseux.
    La crise économique passant par là, ils se retrouvent sans travail et contraints de quitter New-York.
    Ils s'installent dans le Missouri où Nick ouvre un bar avec sa sœur jumelle et Amy, en bonne épouse, s'adapte aux habitants et au coin.
   Jusqu'à leur 5ème anniversaire de mariage, il représente le couple parfait. Mais ce jour là, Amy disparaît mystérieusement.
  Une enquête est menée et très vite indices et témoignages accusent Nick de meurtre.
   Le récit psychologiquement  fouillé alterne deux voix, celle de Nick et celle d'Amy.
   La lecture du journal intime d'Amy est une plongée effrayante dans la tête d'un personnage psychotique effrayant.
   Chaque récit donne des explications et un point de vue de l'affaire et des protagonistes.
   Le lecteur est bousculé et plonge littéralement dans un abîme de mensonges, de faux-semblant, de coups de théâtre et de remous diaboliques.
   L'auteur possède un vrai talent pour tisser un suspense où l'opacité psychologique fait frémir jusqu'à la dernière ligne bien plus qu'une pure enquête de meurtre.
   Alors que l'on croit enfin que les éléments de cette disparition sont éclaircis, ils s'affrontent encore une fois dans une fin ultime et terrifiante.
   Malgré quelques longueurs , on reste accroché à ces deux personnages qui jouent de l'apparence et des sentiments.
Gillian Flynn : Les Apparences - Edition Livre de Poche - 8,60 Euros - 

        

vendredi 14 novembre 2014

Fabienne Jacob : mon âge

   

  La narratrice ne dit pas son âge, volontairement ou pas. Les âges successifs qui sont décrits sont ceux de la mémoire, du souvenir, de la quête.
    Les événements petits ou grands d'une vie, ceux qui restent ou qui reviennent avec une odeur, une couleur.
    Elle peut avoir quatre ans et se trouver dans la salle de bains, petite fille curieuse qui regarde son père se raser et plus tard nue, dans une piscine pour un bain de minuit inoubliable.
    L'auteur nous emporte dans le pétillement de l'enfance avec Else, petite fille sauvageonne de 10 ans et puis après dans un amour adultère et aux moments volés dans un hôtel ou la solitude sur un bord de route aux Etats-Unis.
    Des souvenirs de petits ou grands moments, de ceux qui reviennent vous réchauffer quand il fait froid et noir.
    Abolir la notion de temps pour ne garder que des instantanés de vie et d'enfance.
    Par un subtil jeu de miroir, Fabienne Jacob essaie de maîtriser le corps, de repousser le délitement, l'oubli.
     Ne cherchez pas l'intrigue, il n'y en a pas. Ici la musique de la vie donne le ton à ce roman d'une grande élégance.
     C'est bon de parcourir un texte aussi bien travaillé, où chaque mot a été choisi pour façonner un récit rempli d'oralité.
     Si quelques souvenirs ne font pas toute une vie, l'existence est une grande valeur tant que l'on peut encore dire : je me souviens.
    Un auteur à découvrir, une ambiance à savourer, même si parfois on se sent perdu dans le récit.   
Fabienne Jacob : Mon âge - Editions Gallimard - 176 pages - 16.90 Euros

mardi 4 novembre 2014

Robert Goolrick : La chute des princes

     Dans le New-York des années 1980, les jeunes traders éclaboussent Wall Street de leur réussite professionnelle et financière. Ils sont les maîtres du monde, arrogants et conquérants. 
     Leur journée est chargée de stress intense pour décrocher  des marchés financiers de plus en plus importants, ils manipulent hommes et fric sans scrupules et construisent un empire, jouant avec le vide d'un abîme sans fin.
     Derrière une image de réussite époustouflante,  ils brûlent la vie dans une course effrénée vers tous les possibles : argent, alcool, drogue et sexe.
     Le sida et la crise financière frapperont de plein fouet  cette décennie débridée folle de fric et de luxe et où l'on pouvait s'amuser de tout et tout le temps, en tout cas quand on avait beaucoup d'argent.
     C'est la chute d'un de ces princes que Goolrick met en scène dans une écriture fluide et flamboyante comme ces golden boys qui font rêver.
     Le héros a réussi, il a tout possédé, tout consommé et consumé.
     Après 10 ans de travail acharné dans la Firme, Rooney a perdu son âme mais le monde où il évolue l'entraîne davantage plus loin de ses limites. Miné par l'angoisse, la dépression et le vide total, il ira jusqu'au bout de la nuit, dans un excès qui lui sera fatal.
     Sa boîte le licencie et sa femme, le jour même demande le divorce et il se retrouve à la rue, dieu déchu, viré de son appartement, un des plus beaux lofts de la ville 
     C'est dans sa nouvelle vie, faite d'un quotidien médiocre et ordinaire, que nous le retrouvons 20 ans après.
      Sans atermoiements et doté d'un regard d'une grande acuité,  il fait le bilan de ce qui s'est passé et nous raconte la spirale infernale d'où il ne pouvait pas sortir indemne.
     Alternent les souvenirs flamboyants des fêtes grandioses où tout était à volonté, alcool, drogue et femmes mais aussi overdose, suicide, dépression et où l'argent gagné était dépensé dans la plus totale  démesure.
     Goolrick fouille et montre le mal que la société engendre avec la chute d'un homme mais aussi et ça c'est tout le talent de  Goolrick, cette rédemption, cette recherche du soi  perdu.
     La référence à Proust est  élégante et quand le salut vient de la lecture, alors là c'est grandiose.
     A lire absolument pour trouver dans le noir le plus profond et le plus âpre, la beauté.
Robert Goollrick : La chute des princes -  Edition Anne Carrière - 231 pages - 21 Euros