Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




vendredi 31 mars 2017

Clara Magnani: Joie

     Gigi, 70 ans, cinéaste italien engagé et reconnu meurt d'une crise cardiaque sur sa terrasse à Rome. En rangeant ses affaires sa fille, Elvira découvre un manuscrit inachevé, elle pense alors à un scénario, mais elle se rend compte avec surprise que c'est le début d'un livre. Son père y raconte sa rencontre 4 ans plus tôt avec Clara, une femme 20 ans plus jeune que lui et sa passion pour elle.
     Ce livre devait être écrit à quatre mains dans un hommage rendu à leur amour mature et secret.
Les amants sont mariés et ont des enfants, ils se rencontrent pour le travail, leur emplois du temps respectifs leur laissent la possibilité de se retrouver quand ils veulent, très souvent.
     Ni l'un ni l'autre ne souhaite quitter son conjoint et lui faire de peine. Chacun retourne dans son foyer sans aucune difficulté, sans nuire à l'harmonie du couple légitime.
     Le livre est construit en trois parties et explique la joie de vivre une passion adultère sans contrainte, morale ou financière, ni remords, menée uniquement par le désir.
     La première partie est consacrée à Elvira qui découvre la double vie de son père, entre étonnement et curiosité, elle décidera de faire la connaissance du dernier amour caché de son père, Clara.
     Ensuite Elvira entreprend la lecture du livre écrit par son père, et la plume y est vive et passionnée.
     La dernière partie donne la voie à Clara, qui raconte et pontifie sur ce bel amour caché. Elle donne presque des leçons, je l'ai trouvé moins intense.
     Une drôle d'impression ressentie à la lecture de ce bref roman. Tout d'abord beaucoup de culture étalée même si c'est intéressant on en arrive à un monologue et puis cette histoire d'amour si belle et si cachée m'a ennuyée.
     Rien à dire sur l'auteure qui porte le même nom que son héroïne, on ne sait rien d'elle ou de lui !
     Il n'en ressort rien de ce livre lisse, sinon l'envie de se promener à Rome encore et toujours et ça c'est pas mal du tout.
Clara Magnani - Joie - Editions Sabine Wespieser - 180 Pages - 17 €

dimanche 26 mars 2017

Laurent Seksik : Romain Gary s'en va-t-en guerre

     Le dernier ouvrage de Laurent Seksik raconte deux jours dramatiques, les 26 et 27 Janvier 1925, de la vie du petit Roman, qui deviendra Romain Gary.
     Dans l'existence de Roman, il y a la mère. Nina, jeune femme fantasque et libre. Elle a vécu une existence difficile avec la perte d'un premier enfant, la difficulté d'être acceptée par la famille son mari très religieux, et maintenant son mari la quitte.
     Elle vit dans le ghetto de Vilno en Lituanie, avec son fils des jours difficiles. Sa boutique de chapeaux est fermée, elle manque d'argent.
     Nina ne vit que pour son fils, elle est malheureuse, et son rêve, dans une société où  persécution et antisémitisme augmentent, est de vivre à Paris avec lui.
     Et puis il y a le père, Arieh, fourreur comme l'étaient son père et son grand-père. La figure du commandeur pour le petit Roman. 
     Un père volage qui les as quittés pour vivre un amour plus serein avec une nouvelle femme.
     C'est le mensonge et la trahison que Roman découvre, en même temps que sa fascination pour ce père absent.
     Le livre est un roman, pas une biographie. Les amateurs de Romain Gary vont certainement pousser de grands cris.
     L'auteur avec ses mots et son rythme soutenu, raconte les modes de vie  du ghetto juif à Vilno. Seksik en fait un personnage sombre et vivant à la fois, avec ses rues, ses boutiques, ses habitants et l'insupportable haine qui monte.
     Faire d'un personnage réel une fiction audacieuse et pleine de mélancolie est je pense un hommage qu'aurait fort apprécié Romain Gary.
     Seksik nous touche par la justesse du ton, par la précision historique qui entoure l'histoire d'un couple qui se déchire.
     Les dernières pages donnent la parole au boucher nazi qui a liquidé le ghetto de Varsovie (60 000 juifs éliminés, le lecteur n'est plus dans la fiction) dans un dialogue avec Arieh, et cet ultime adieu au père face à l'extermination est très émouvant.
     Une envie de relire Gary, "La promesse de l'aube" pour retrouver Nina et comprendre qu'aimer c'est toujours difficile.
      Ce livre raconte la peur, la trahison et la plus profonde misère humaine, il raconte une époque qui plonge dans la barbarie.
Laurent Seksik - Editions Flammarion - 228 Pages - 19 €

Philippe Djian : Marlène

     Marlène est le dernier roman de Philippe Djian,  écrivain français à la production littéraire brillante et reconnue au cinéma (37°2 le matin et Oh).
     C'est une histoire de couple et de famille, d'une amitié virile,  dans un lieu non indiqué mais qui ressemble tant à l'Amérique qu'affectionne l'auteur.
     Dan et Richard sont amis depuis toujours. Ils sont revenus des dernières guerres, traumatisés par les horreurs vécues. Dan est solitaire et il fait son possible pour reprendre le cours de sa vie.            Richard a plus de mal avec la normalité, d'ailleurs il sort de prison.
     Sa femme, Nath, se perd un peu dans son couple. Elle prend un amant mais celui-ci devient vite encombrant au retour de Richard à la maison.
     Leur fille Mona, est une adolescente en rupture familiale totale, et les parents vont être hélas vite dépassés.
     Survient alors dans leur vie et  petite ville, Marlène, la sœur de Nath. Abandonnée par son ami, sans travail, un peu éparpillée, elle vient juste souffler un peu. Mais qui est-elle vraiment ? 
     Tout y est et c'est du Djian ! une histoire presque ordinaire, très drôle parfois, un brin de sexe vulgaire, juste un brin, et des personnages tous un peu secoués et déglingués.
     A travers la solitude et les difficultés traversés par ces héros fatigués, Djian analyse cette fameuse "normalité" que la société impose et propose et qui finalement a un goût de vide et d'ennui sans fin.
     Une première partie construite finement avec très peu de mots, une écriture brève et ramassée, le lecteur reste très attentif dans les non-dits. 
     Ensuite le récit prend de l'ampleur et devient très visuel.
     Un très bon roman, avec des personnages qui possèdent en eux l'envie d'un nouveau départ mais qui se font happés par la vie. Chacun garde ici ses mystères et ses fêlures.
Philippe Djian - Marlène - Editions Gallimard - 224 Pages - 19.50 €


lundi 13 mars 2017

Philippe Besson : "Arrête avec tes mensonges"

     Philippe Besson a donné au titre de son dernier ouvrage "Arrête avec tes mensonges" une injonction de sa mère et emmène ainsi le lecteur revisiter son enfance.
     Il nous livre ici un roman d'une grande sensibilité, hautement touchant et se dévoile avec mélancolie dans une autofiction parfaitement maîtrisée.
     C'est sur la silhouette d'un jeune homme aperçue lors  d'un passage à Bordeaux pour une interview en qualité d'écrivain, que le passé lui revient.
     Un début de roman comme un souffle, sans ponctuation. Le lecteur est interpellé. L'auteur nous parle mais nous dit-il toute la vérité ? 
     En 1984, Philippe est un brillant élève de terminale au lycée Barbezieux en Charente et il découvre "le foudroiement amoureux, l'extase et l'éblouissement" pour un jeune garçon du lycée, Thomas (comme les héros de ses romans).
     D'origine sociale différente, Philippe l'intellectuel et Thomas attaché à la terre, ils vont connaître une histoire d'amour violente et surtout interdite.
     La rupture sèche et brutale se fait au retour de vacances. De toute façon Philippe est celui qui devait partir, étudier ailleurs, vivre autre chose. Thomas lui reste mais à sa façon. 
     L'époque n'est pas aux confessions homosexuelles et la société découvre le Sida qui va tuer de nombreux jeunes qui n'aiment pas dans "les normes".
     A travers une histoire toute personnelle, l'auteur nous raconte la société des années 80, la vie en province, et la difficulté à assumer et vivre ses choix.
     Mais ce qui rend ce livre particulièrement intéressant, outre les thèmes récurrents  qui sont chers à l'auteur, comme l'amour, l'abandon, la mort  et qui sont décortiqués magistralement, c'est d'avoir la clef , la compréhension de ses romans précédents.
     Philippe Besson nous livre aussi l'origine de sa création littéraire, son point de départ et cela pour un lecteur c'est un formidable cadeau.
      Il y a beaucoup de sensibilité et d'émotion dans son style comme toujours, les lieux sont décrits intensément, et la beauté des paysages nous émerveille. Il sait distiller le sentiment, le manque amoureux et le message devient universel.
      Un très beau roman.
Philippe Besson - Arrête avec tes mensonges - Editions Julliard - 198 Pages - 18 €