Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mardi 30 avril 2013

Anna Funder : Tout ce que je suis

A travers deux voix, celles de Ruth et d'Ernst, l'auteur évoque le destin tragique de jeunes berlinois emportés par la  montée du nazisme et  la folie meurtrière d'Hitler.
La voix de Ruth, dans le présent remonte le passé et revisite les évènements tragiques vécus avec ses compagnons. Celle d'Ernst surgit du passé nous parle d'un autre passé plus lointain.
Ces souvenirs d'avant guerre se croisent et nourrissent un récit vif donnant une dimension exceptionnelle aux personnages, surtout à celui de Dora. Femme fascinante, socle de la résistance à Hitler elle reste à jamais  une femme libre allant au bout de ses convictions et de sa foi dans un monde nouveau.
Contraints à l'exil, en Angleterre, en France et aux Etats Unis, ces jeunes allemands n'auront de cesse d'alerter l'opinion publique, au risque de leur vie,  de la politique menée par Hitler  et de ses monstrueuses ambitions guerrières. Menacés de mort, déchus de leur nationalité, sans papier ils ont mené un combat d'humanité.
Ruth est une vieille dame maintenant, elle se souvient et raconte le passé. Ses souvenirs font revivre, Dora, sa lumineuse et brillante cousine. Ernst, l'illustre écrivain et poète avant tout socialiste, Hans son mari, journaliste , tous  chassés du pays pour s'être opposés à Hitler sont évoqués avec beaucoup de nostalgie et de souffrance.
Les deux voix alternent le temps, passé et présent se conjuguent pour faire revivre des personnages courageux broyés dans une humanité qui sombre.
Le personnage de Dora est magnifique et l'auteur par son style limpide et intelligent lui rend un hommage éblouissant. Femme amoureuse, femme engagée, elle devient dans ce livre le symbole de la femme qui assume ses choix même au prix de sa vie.
C'est un très beau roman tiré de faits réels et qui est un véritable témoignage sur l'engagement, la trahison des hommes et des pays devant l'inimaginable à venir.   




mardi 23 avril 2013

Donald Ray Pollock : Knockemstiff

Donald Ray Pollock, nous entraîne au fin fond d'une Amérique oubliée et paumée où se percutent violence extrême et ruralité profonde. L'univers de la littérature "White Trash"  donne voix aux laissés pour compte d'une Amérique beaucoup trop étoilée pour eux.
L'écrivain sait de quoi il parle. Il est né à Knockemstiff, Ohio, ville représentative de la décrépitude et de la solitude, loin de l'image des villes qui portent en elles le rêve américain. Il a aussi travaillé dans l'usine de pâte à papier pendant plus de trente ans, comme celle du livre,  qui crache sa fumée toxique et baigne les habitants de la ville dans un ordinaire infâme.
Les 18 récits possèdent comme fil conducteur, le lieu :  Knockemstiff , imprononçable et tout aussi improbable ;  et une galerie de personnages qui se croisent et sortent de leur maison pour fuir mais qui, inexorablement ne partent jamais.
Alcooliques se torchant de mauvais vins, drogués des pires produits toxiques, hommes et femmes sont hallucinés de misère, pauvreté, haine , racisme et inculture.
Privés de tout, ils représentent la lie de l'humanité qui s'est perdue depuis longtemps.
Pollock nous dresse le portrait sans concession de la misère blanche américaine.
Une écriture où la nostalgie n'a pas sa place et où les histoires familiales prennent des airs de déclin d'empire américain.
Un récit m'a fait pensé au film "Délivrance", celui où des touristes californiens prennent des photos des autochtones en étant surpris de rencontrer des gens si pauvres et arriérés dans leur beau pays !!
A lire....
 

lundi 15 avril 2013

Mark Behr : Les rois du paradis

Mark Behr est devenu avec" L'odeur des pommes", son premier roman, un des écrivains les plus représentatifs de la littérature sud-africaine. Ses pages sont hantées par les épisodes tragiques qui ont marqué son pays : les guerres, la violence, l'apartheid. Devenue nation Arc en ciel, elle reste meurtrie par son histoire douloureuse.
Nous sommes dans le veld, le fin fond de la campagne d'Afrique du Sud, dans les collines de l'Etat d'Orange, la terre des Boers.
Le Paradis est la ferme familiale des Steyn. La mère, Beth vient de mourir d'une crise cardiaque.
Michiel, "le petit dernier par qui était arrivée l'infamie" a quitté le pays et refait sa vie aux Etats-Unis où il vit avec son ami. Pendant son service militaire, il avait été surpris avec un officier de couleur et chassé de l'armée.
L'enterrement de sa mère sera l'occasion pour lui d'affronter les souvenirs et drames familiaux,  et le courroux persistant de son père, pur et dur afrikaner convaincu même aujourd'hui d'une l'idéologie d Afrique du Sud blanche.
Mark Behr raconte à travers le portrait lumineux de Beth et la  mémoire des protagonistes, l'histoire sombre et bouleversante de l'Afrique du Sud en pleine mutation.
Les femmes sont étonnantes et incarnent cette nouvelle nation. Les hommes n'en sortent pas grandis, cachant des manques et des failles profondes, comme Piet, le frère tragiquement disparu.
Michiel repartira pour l'Amérique, aussi blessé que grandi, en apprenant par son ami les attentats du 11 septembre 2001. Ailleurs aussi, un monde s'écroule. 
Un livre choc, sans concession écrit avec beaucoup de subtilité et un style accrocheur.

lundi 8 avril 2013

Jeffrey Eugenides : Le roman du mariage

Dans son troisième et dernier roman, Jeffrey Eugenides, à travers l'expérience de trois étudiants, dresse le portrait d'une Amérique enjouée et pleine de promesses, celle des années 1980.
Ils se sont rencontrés sur le campus d'une prestigieuse université américaine de la Côte Est et jouent ici une partition bien malheureuse du trio amoureux.
Madeleine, issue d'un milieu bourgeois, est étudiante en littérature anglaise du 19ème siècle. Elle participe au cours de sémiotique et découvre Barthes et son "discours amoureux" et tombe amoureuse de Léonard, garçon au charme fou et déjanté, brillant en biologie.
Mitchell, amoureux transis de Madeleine, passe son temps à lui tourner autour mais n'arrive pas à finaliser sa passion pour elle.
Léonard, dont le style séducteur et désinvolte cache une profonde maladie psychiatrique, ne pourra pas rendre Madeleine heureuse malgré leur mariage.
Mitchell partira une année pour un voyage initiatique qui le mènera jusqu'à Calcutta auprès de Mère Térésa.
Madeleine choisira sa vie malgré le départ de Léonard et la présence amicale de Mitchell à ses côtés.
Dans une écriture rythmée et une construction déstructurée, Eugenides nous sert une oeuvre surprenante, au ton souvent impitoyable. Mélangeant les genres, il analyse d'une façon méticuleuse la maladie psychiatrique de Léonard. 
Il donne un remarquable essai sur la notion de mariage dans le roman. Idée très originale qui lui permet de rendre compte de l'évolution des sentiments amoureux dans la littérature et la société.
Vie et moeurs dans les campus américains sont bien détaillés.
Eugenides analyse finement le cheminement d'une vie amoureuse et ses aléas avec beaucoup de gravité et d'ironie.
Quelques longueurs sont regrettables, comme la quête religieuse de Mitchell et son acharnement à poursuivre Madeleine.

mercredi 3 avril 2013

Alice Ferney : Cherchez la femme

Alice Ferney décortique, comme elle sait si bien le faire de manière subtile et étudiée,  les caractères humains,  à travers le mariage et le sentiment amoureux de deux couples sur deux générations.
 Le lecteur pénètre dans  la complexité d'une vie et les conséquences d'une éducation qui fait ou défait la personnalité des enfants.
Les parents, eux-mêmes,  lancés dans une existence parfois défaillante transmettent malgré eux doutes et faux semblant aux enfants.
Alice Ferney tout au long du livre nous raconte les moindres détails de la vie de couple que forment Serge et Marianne. De la rencontre au mariage, à la vie commune aux enfants,  à l'usure du couple et son délitement, le lecteur assiste à tout.
Mais c'est par la formation du couple des parents de Serge, Nina et Vladimir, que commence le récit. Nina, trop tôt mariée, si jeune aimée et  qui a tant vécu mais jamais par elle-même, transmettra à son fils, Serge le besoin de briller et de réussir à tout prix.
Cette vie par procuration sera pour Serge le poison de sa vie réussie en apparence. Au fond de lui, restera la béance d'une incompréhension totale à son entourage.
Le caractère de Marianne a été façonnée par sa mère, femme antipathique et peu aimante. Elle se raccrochera jusqu'au bout à l'amour perdu de Serge s'empêchant de vivre.
C'est une plongée dans la psychologie des sentiments amoureux, décortiqués avec beaucoup de sensibilité.
C'est un livre douloureux sur la transmission, l'amour mal donné et mal reçu, les occasions manquées, tout ce qui fait qu'une vie est unique et rare.
J'ai trouvé cependant que la douleur inguérissable de Marianne face à son divorce traînait beaucoup trop en longueur et que les drames successifs n'en finissaient pas, rendant le livre interminable.