Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




lundi 28 mars 2011

Pete Dexter ; Spooner

Pete Dexter met en scène la vie d'un anti-héros, Spooner dont la naissance a eu le malheur de faire mourir son jumeau représentant ainsi pour sa mère l'imposteur. Spooner n'aura de cesse de chercher sa place dans la société ou des explications sur la vie et comment avancer.
Comme Garp dans le cultissime roman de John Irving en moins catastrophique, Spooner ne comprend pas les règles imposées par l'éducation, la société de l'époque (le roman débute en 1950). Il tentera d'y échapper en allant au devant de toutes les anecdotes d'une vie simple mais qui prendront avec lui des dimensions très chaotiques. Rebelle, incontrôlable, en désaccord profond avec son temps, il a une vision personnelle du monde qu'il ne peut pas appliquer.
Largement autobiographique, ce roman est touchant par la relation de Spooner avec son beau-père. Ancien officier de la marine, cet homme calme et toujours présent tentera de le comprendre, de l'aider et surtout de l'aimer. Toute sa vie il essaiera de le sortir de situations qui auraient pu l'entraîner dans le tourment.
Dans une très belle et riche écriture, Dexter nous offre à travers une histoire aussi drôle que poignante un regard sur l'Amérique qui a cru en ses valeurs et en son rêve et que les années 60 allaient anéantir.

dimanche 27 mars 2011

Antonio Lobo Antunes : Mon nom est légion

Pendant toue une nuit un gang de jeunes adolescents âgés de 12 à 19 ans se livrent à des actes de violence.
Chargé par sa hiérarchie de mettre un terme à toute cette violence, un policier fatigué et usé par la vie, établit un rapport et met en place les moyens pour en terminer avec eux.
A travers les notes qu'ils rédigent, il va livrer tout au long de la nuit, ses réflexions sur sa vie, son couple, ses échecs, la vieillesse, la mort.
S'immisce aussi dans ses interrogations, l'histoire de ces jeunes issus de banlieues défavorisées.
C'est leurs paroles que le lecteur va entendre tout au long de ce douloureux récit.
Témoignages d'une vie de solitude, absente d'amour où la violence s'est installée depuis le début :cris de douleur et de haine, cris de détresse d'un monde à l'agonie.
Exclus par les blancs unis dans un racisme d'une force inouïe, nègres, métis, laissés pour compte, tous ceux que la vie n'a pas compris, vont à travers ce rapport révéler le néant de leur existence.
Dans une écriture poétique, l'auteur donne un souffle et un rythme à chaque intervenant.
La noirceur côtoie la lumière dans un texte surprenant par sa construction.
Par son style énigmatique, l'auteur souhaite changer l'art d'écrire et voudrait que le lecteur oublie ses expériences antérieures de lecture. Exercice très difficile mais important pour s'approprier le message d'Antunès.



lundi 7 mars 2011

Eric Faye : Nagasaki

Lauréat du Prix du Roman de l' Académie Françoise, ce petit livre est d'une puissance surprenante.
Tiré d'un fait réel survenu en 2008 au Japon, il met en scène un japonais de 57 ans troublé par la sensation d'une présence chez lui. D'abord certains objets changent de place, ensuite la nourriture disparaît. Son monde réglé par le travail, les horaires, les collègues et surtout par la solitude et le manque évident d'inattendu explose. Quand il constate qu'une chômeuse habite sa maison à son insu depuis 1 an, le doute et l'inquiétude s'insinuent dans sa vie.
L'intruse sera arrêtée, jugée après avoir été filmée par une webcam installé par Shimura-san.
C'est un livre qui intrigue par la fiction frôlant le réalisme mais surtout par la réflexion qu'il apporte sur la solitude dans un monde impersonnel où l'individu n'a pas d'histoire.
Le récit de l'homme traquant l'indésirable comme un chasseur alterne avec ses doutes et sa honte devant la dénonciation, la remise en question de la notion de maison, le poids du passé.
Le rapport de police nous fait découvrir le parcours de cette femme, comment les accidents de la vie transforment en laissé pour compte. Le lecteur en sait plus sur cette femme et la recherches de ses origines.
Les mots de la fin appartiennent à cette femme et c'est là toute la magie de ce texte. En dire plus ne serait pas charmant.
L'écriture d'Eric Faye est nette, précise et rapporte bien l'ambiance japonaise. Le travail, le bruit, l'intérieur et son espace sont décrits avec beaucoup d'authenticité comme le rappel du poids de la mémoire dans ce pays.