Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




dimanche 28 mars 2010

Franck Hériot : La femme que j'aimais

J'ai eu le plaisir de rencontrer Franck Hériot à l'occasion de la remise du Prix Printemps des Lecteurs 2010 des Bibliothèques pour Tous de Charente Maritime pour son livre "La femme que j'aimais" et j'ai eu le privilège de l'interviewer. Privilège parce que je ne suis ni journaliste, ni écrivain et que lui l'est.
Premier roman de cet auteur très sympathique et combien intéressant. Journaliste d'investigations dans les affaires criminelles et judiciaires, il nous entraîne dans une histoire diabolique et palpitante. Diaboliques , les personnages le sont et l'histoire est un véritable suspense jusqu'à la dernière page. Impossible de lâcher ce polar aux multiples rebondissements.
Nous suivons l'enquête concernant le meurtre de l'épouse d'Antoine Jolimai et la disparition de ses deux enfants. Tout l'accuse et la justice le condamnera et il devra prouver son innocence.
Franck Hériot nous décrit un univers qu'il connaît bien, celui des commissariats, des enquêtes journalistiques, l'ambiance est vraie et on y croit.
Personne n'est à l'abri de la folie des autres et peut devenir le suspect tout trouvé. C'est ce qui arrive à Antoine, sa vie bascule , commence alors une course effrénée pour faire éclater la vérité.
Son deuxième roman policier sort fin Avril, le rendez-vous est pris.

mercredi 24 mars 2010

Christian Gailly : Lily et Braine

"La vie est comme ça, on n'arrête pas de recommencer et un jour on en meurt"
Un roman déroutant avec un jazz sulfureux comme accompagnement, grave et léger, ni date, ni lieu, le lecteur découvre l'histoire au fur et à mesure des pages.
D'abord Lily, la jeune femme et son fils Louis avec la chienne Lucie (curieux ce prénom, il m'a dérangée ) attendent le retour de Braine sur un quai de guerre. Il revient d'une guerre, laquelle on ne sait pas, de toute façon on n'en sort jamais indemne.
Il n'a plus de souvenirs. Tout commence sur ce quai de gare, petit à petit il va réapprendre, reprendre sa place dans la vie, dans son couple, dans le travail. Sa femme est là , elle veille, elle y arrive...presque.
Et puis, il y a tout ce que Braine avait du oublier, laisser même avant la guerre quand il avait la mémoire. L'amour de la musique, par exemple. C'était un excellent musicien d'ailleurs. Mais ça ne collait pas avec une vie de famille rangée. Et puis il y a les filles qui aiment les beaux garçons et Braine est un beau garçon et il aime ça les filles. Un jour sa route croisera celle d'une femme (superbe) et sa vie sera complètement bouleversée. C'est une femme fatale, peut être, mais il n'attendait que ça....
Avec toujours cette musique qui colle aux phrases, le lecteur sent le drame qui arrive. Le malheur de Lily se résume à deux objets qu'elle cache au dessus de l'armoire : le pistolet que Braine a rapporté de la guerre et ce bugle, instrument de musique, ayant appartenu à Braine quand il était artiste. Si on les laisse au dessus de l'armoire , on ne les voit pas, ils n'existent pas... Mais le lecteur sait qu'ils sont là...
Voilà c'est la vie, peut on vraiment vivre et renaître en oubliant ses désirs, ses envies pour se ranger dans une certaine respectabilité, une sorte de conformisme.
A-t-on le droit de s'oublier complètement ? Pourquoi d'ailleurs devrait on le faire ?
Par amour mais est ce bien de l'amour alors ?
La fin dans les dernières lignes, les derniers mots montre bien que la réponse est violente.
J'ai beaucoup aimé ce style d'écriture, rythmé, mélodique, percutant. Le lecteur suit les pensées, les sentiments des personnages.
Un roman très fort et très violent.




dimanche 14 mars 2010

Leonard Michaels : Sylvia

De 1960 à 1964 Michaels tient un journal, celui de sa passion amoureuse pour Sylvia. Quand le quotidien devient enfer et que l'amour bascule dans le chaos et la douleur, quand la passion est malade. En 1993, l'auteur en fait un livre, un bref roman ou une nouvelle enfin un récit hors du temps et du sentimentalisme pour dépasser tout.
La violence des faits et son immédiateté sont atténuées par la distance mais l'écriture de Michaels est méthodique et son analyse médicale de ce mariage est d'une force inouïe.
Jeune nouvelliste dans les années 1960, Michaels vient vivre à New York et rencontre Sylvia.
Une rencontre fulgurante dans une ville si prometteuse qui explose de musique, de style de vie, les chansons de Dylan, l'Amérique de Kennedy et le jazz. New York, année 1960 celle des intellectuels.
Tout commence avec Sylvia, pendant quatre ans elle sera celle qui construit et détruit, tout se termine avec elle. L'auteur sera marqué à jamais.
Sylvia est ombre et lumière, ténèbres et renaissance, elle alterne la passion et la destruction. Michaels ne peut que l'aimer , il est fasciné. Il souffre, il l'aime.
La vie de couple devient un véritable enfer. Sylvia est hystérique et plonge dans des délires passionnels et alterne entre épisodes d'exaltation et de complète déprime.
Le texte autobiographique nous sert quelques extraits du journal de l'auteur et c'est d'une façon pudique et émouvante qu'il nous montre combien il a aimé cette femme.
La lecture est parfois insoutenable dans la description de cette descente aux enfers et de l'incapacité de l'amour à sauver la vie de la personne aimée.

jeudi 11 mars 2010

Barbara Constantine : Tom, petit Tom....

C'est l'histoire de Tom, 11 ans que sa maman appelle petit Tom. Sa maman, c'est Joss 25 ans trop jeune pour être une maman. Ils vivent tous les deux dans un mobile home et la vie n'est pas drôle tous les jours. Tom grandit trop vite, trop seul aussi, souvent mal aimé ou oublié. Sa mère n'arrive pas à donner des priorités, alors elle vit sa vie de jeune fille et sort avec ses copains. Tom se débrouille, chaparde dans les jardins et fait des rencontres. Un jour il croise le chemin de Madeleine, une vieille femme vivant seule et sa vie en est toute chamboulée.
Voilà c'est plein d'émotions et de bons sentiments. C'est parfois drôle mais c'est surtout de solitude qu'il est question, de mal amour. Joss a un physique qui plaît aux hommes et pourtant elle aimerait bien être aimée pour autre chose, enfin elle ne sait pas trop quoi mais elle cherche.
Les adultes rencontrés sont attachants et peu à peu se noue une histoire entre eux.
L'écriture est belle, intelligente et balance agréablement entre poésie et argot. L'analyse des personnages est construite avec beaucoup de sensibilité et les sujets sont abordés (solitudes, exclusion, misère) sans noirceur en montrant le côté brillant des êtres humains. C'est vrai que rien n'est facile pour eux mais ils continuent d'avancer avec le peu qu'ils ont.
J'ai beaucoup apprécié ce moment de lecture, même si j'ai trouvé la fin un peu trop "conte de fée". C'est vrai que la vie est belle ou peut le devenir mais quand même.....

lundi 8 mars 2010

Hedi Kaddour : Savoir-vivre

Le roman se passe à Londres, en 1930 où un journaliste français Max et une chanteuse américaine Léna assistent au défilé du mouvement fasciste britannique. A cette occasion ils font la connaissance du Colonel Strether héros de la bataille de Mons et prêt à défendre les valeurs de l'empire britannique par la mise en place d'un parti politique en lutte contre les rouges. Il accepte de répondre aux questions du journaliste.
Kaddour nous entraîne dans les histoires mouvementées de ces 3 protagonistes et nous suivons les coups de coeur et d'amour de la belle américaine et de Max son ancien amant. Sur un fond d'opéra, nous assistons à la fin de sa romance avec un pianiste beaucoup plus jeune qu'elle. Vient ensuite le parcours du colonel. Il se raconte avec une certaine réserve, il reste énigmatique. Et puis au coeur de ce roman l'histoire d'une femme Gladys dont le mari meurt dans les tranchées et qui est un peu celle de toutes les femmes qui ont du apprendre à se débrouiller seule.
Ces histoires qui se côtoient nous déroutent un peu. Quel lien ont elles ? Le style de Kaddour est si fort que le lecteur est maintenu dans l'histoire et ne peut lâcher.
L' énigme sera dévoilée dans les toutes dernières pages et je n'en dirai pas plus, une chute comme doivent en rêver beaucoup d'écrivains, mais j'ai du savoir-vivre et je vous laisse le soin de la découvrir.

samedi 6 mars 2010

Sépulveda : L'ombre de ce que nous avons été

"Plus gros, plus vieux, plus chauves et la barbe blanche, ils projetaient encore l'ombre de ce qu'ils avaient été".
Dans un quartier populaire de Santiago se retrouvent 3 sexagénaires anciens militants de gauche. Ils ont répondu à l'appel d'un des leurs surnommé "le spécialiste" et sont prêts à faire une dernière action . Trois hommes que le coup d'état de Pinochet a condamné à l'exil et au silence. Ils se retrouvent là 30 ans plus tard, trois échoués d'un rêve de liberté, pas vraiment brillants mais l'ont ils été ? Ils restent honnêtes vis à vis de l'idéologie de leurs vingt ans, et se souviennent. Qu'avons nous fait de notre folle jeunesse et de ses utopies est la question que semble nous poser l'auteur.
Le lecteur est alors entraîné dans plusieurs histoires, celles de ces 3 hommes, celle du spécialiste et du policier ainsi que de sa jeune collègue et d'un couple meurtrier bien malgré lui. Hier et aujourd'hui, polar ou roman tragico-comique.
L'écriture de Sépulveda se fait drôle, légère pour visiter un passé douloureux. Pas d'apitoiement, il y a une certaine ironie sympathique vis à vis de ces anciens révolutionnaires.
Sépulveda raconte l'histoire du Chili, celle d'Allende et de Pinochet. Ancien militant actif, il donne, dans une fiction totale, la parole à ses anciens camarades, pour nous dire que malgré l'exil, malgré les souffrances et le poids du passé douloureux, l'espoir est là et les anciens combattants combattent toujours. Tout reste intact.
Le récit est vif, alerte et coloré même si parfois il devient lourd de toutes ces précisions historiques et de noms trop nombreux à mémoriser. Le lecteur peut être déçu par le manque d'intrigue mais ce livre a l'avantage d'avoir 150 pages, il se lit vite et ça c'est bien.