Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




samedi 29 octobre 2011

Laura Kasischke : Les revenants

C'est par une scène hallucinante d'un terrible accident de voiture que débute le livre. En manipulant l'espace temps, l'auteur articule d'une façon envoûtante les circonstances qui ont causé la mort de Nicole, petite amie de Craig qui conduisait. En revenant régulièrement sur les lieux de l'accident par les différents protagonistes, l'auteur nous distille un angoissant suspens jusqu'à la dernière ligne.
Le lecteur pénètre dans le campus d'une université américaine et découvre les émois tumultueux de ces étudiants brillants, avenir d'une Amérique brisée par l'insécurité et les fissures sociales.
Vie et moeurs de ces fameuses confréries et sororités aux rituels secrets, messes noires pour jeunes gens effrayés par la mort et lui vouant une fascination obsessionnelle sont décrites avec beaucoup de réalisme. Le bizutage se transforme alors en humiliations toujours tues pour éviter le scandale.
Nicole représentait le symbole de la jeune fille américaine : intelligente, belle, blonde. Pour rejoindre l'élite, elle intègre la plus prestigieuse sororité, Oméga Thêta Tau. Craig, intelligent mais préférant la fumette et dont le père écrivain le pistonne pour rentrer à l'université partage la chambre de Perry. Sérieux et travailleur, Perry connaît Nicole depuis l'enfance. Craig tombe fou amoureux de cette jeune fille très sage et chaste. Les trois étudiants vont ainsi se croiser, vivre ensemble et être témoins de faits surprenants. Nicole devient la petite amie de Craig. Le deuil laisse la place à une réflexion sur la mort et l'image que l'on garde de nos chers disparus et de cet espoir désespéré à vouloir encore les voir.
En remontant dans le passé de ces héros, l'auteur écorne une Amérique bien pensante figée dans une éducation puritaine qui meurtrit sa jeunesse.
Alors la question est : Qui sont ces Revenants, les morts sans doute mais aussi les vivants, tous à la recherche de l'apaisement. Entre le quotidien et l'invisible, ce roman est arrive pourtant à imposer une sensation de thriller à la limite du cauchemar.



Jean-Paul Dubois : Le cas Sneijder

Jean Paul Dubois est un observateur du monde et sait dépeindre des vies combien pathétiques, en y glissant émotion et humour avec beaucoup de cocasserie.
C'est l'histoire d'un héros solitaire et incompris qui s'appelle Paul (comme toujours chez Dubois).
Il est seul rescapé d'une chute vertigineuse d'un ascenseur à Montréal. Il a vécu l''horreur de voir mourir sa fille adorée, Marie, 34 ans, née d'un premier mariage. En sortant du coma il prend conscience de sa misérable lâcheté vis à vis de sa nouvelle femme qui n'a jamais acceptée Marie à la maison. Traumatisé à jamais, il revit sans cesse l'accident.
C'est la chute d'un homme qui ne peut oublier et repasse sans cesse ses souvenirs. Aucune coupe n'est possible dans l'abîme de la mémoire. Face à l'égoïsme et l'ambition démesurée de sa femme et devant la méchante stupidité des jumeaux qu'ils ont eus ensemble, Paul s'isole et s'enferme dans son bureau.
Il deviendra promeneur de chiens, compagnons affectueux qui comme lui regardent la vie sans la quitter des yeux et surtout devient un spécialiste des ascenseurs en accumulant une colossale documentation.
C'est la vie d'un homme qui n'arrive plus à vivre dans une maison sans âme à force de haine et de rancoeur mais juste recommencer une vie simple, authentique et digne. Mais le courage ne suffit pas et Paul devra se taire encore, guetter, accepter pour s'échapper mieux.
Un ton grave et piquant sert ce beau roman avec une écriture fluide et douloureuse. C'est surtout la solitude de l'homme dans une société complètement robotisée et déshumanisée qui fait "de la vie, un sport individuel".


mercredi 12 octobre 2011

Michela Murgia : Accabadora

Un titre mystérieux nous plonge dans une histoire envoûtante en Sardaigne dans les années 50. Originaire de cette île, cette jeune auteure nous dépeint avec beaucoup de charme et même d'ironie, les coutumes ancestrales qui existent dans ce petit village complètement isolé. Habité par de pauvres gens, rudes à la tâche, ce village est un personnage à lui tout seul.
L'histoire raconte la vie de Tzia, une vieille couturière qui n'a jamais eu d'enfant. Selon la tradition, une mère pauvre lui cède sa petite fille Maria non désirée. Elle l'adopte et va lui donner une éducation et beaucoup de tendresse. Coutume acceptée par tout le village, elle devient la fill'anima ( la fille d'âme) de Tzia. Basée sur un grand respect, une relation intense se noue entre elles .
Maria découvre alors que Tzia sort certains soirs, elle se rend au chevet des mourants et les accompagne. Elle est l' Accabadora, la dernière mère. Quand elle apprendra exactement son rôle, elle ne l'acceptera pas et quittera l'île. A son retour, elle aussi se confrontée à la souffrance elle comprendra enfin sa mère adoptive et lui pardonnera.
C'est un livre qui bruisse de rumeurs, de silence, de croyances et de secrets dans une Sardaigne écrasée de soleil. Les femmes sont habillées en noir, les pleureuses accompagnent les veillées mortuaires et les portes restent ouvertes pour recevoir les âmes.
Au delà de l'histoire, ce livre pose des questions sur le devoir, l'attitude devant la souffrance et la mort. L'écriture simple et posée apporte au récit une légèreté apaisante dans ces thèmes si lourds.


lundi 10 octobre 2011

Boualem Sansal : Rue Darwin

L'auteur nous entraîne en Algérie, la Rue Darwin de son enfance dans les années 50-60, dans le quartier Belcourt où vécut A. Camus. Dans une biographie fictionnelle, il dresse le portrait d'une prodigieuse famille et traverse 50 ans d'histoire la plus douloureuse de l'Algérie.
L'histoire commence par le décès de la mère à Paris. Venu d'Algérie, Yaz regroupe autour de la mourante ses frères et soeurs dispersés dans le monde entier. Ils ont quitté le pays après leurs études pour ne plus y revenir fuyant misère, haine et sang. Seul Yazid est resté par devoir envers sa mère, pour les souvenirs aussi et pour l'Algérie.
Yazid est né en 1949, petit fils adoptif de Djéda, une femme puissante mi-mondaine mi-maquerelle qui est à la tête d'un empire financier prodigieux. Sa fortune a été assuré au départ par un bordel lucratif installé au village.
Séparé de sa mère, une prostituée, Yaz devient à la mort de son père l'héritier. Mais l'Histoire est en marche et même si Djéda sait comment gérer et manipuler, elle mourra dans des conditions violentes et mystérieuses. Les évènements, l'indépendance, la révolution balaieront toute une époque et entraîneront la vie de ces hommes et femmes dans un terrible chaos.
Yaz grandira dans un univers fait de mensonges, de non-dit mais aussi d'amour.
Le décès de sa mère lui permettra de connaître la vérité dans une quête identitaire nostalgique et empreinte d'amour pour les femmes qui ont marqué sa vie, pour un pays à jamais aimé et détesté.
L'auteur sert un texte bouleversant par le ton de vérité dans les situations politiques et sociales. Mais, les scènes de la mort de la mère à l'hôpital peuvent sembler trop pathétiques.

samedi 1 octobre 2011

Hélène Gestern : Eux sur la photo

L'auteur voit son premier roman publié pour la rentrée littéraire 2011 et c'est l'occasion pour le lecteur de découvrir ainsi une nouvelle romancière et pénétrer dans son univers.
L'héroïne a quarante ans, s'appelle (aussi) Hélène et souhaite connaître la vérité sur sa mère disparue alors qu'elle était enfant.
Une photo de cette jolie femme souriante et entourée de deux hommes lors d'un tournoi de tennis devient la bouteille à la mer qu'Hélène va lancer. Passant alors une annonce dans un journal, Stéphane lui répondra qu'un des deux hommes est son père.
Tous les deux possèdent en commun un passé escamoté, fait de silence, de non-dits les empêchant d'avancer et réaliser leur vie pleinement.
Ils se lancent dans une correspondance épistolaire qui deviendra au fil de l'histoire et des circonstances très actuelle puisqu'elle sera aussi par mail, sms et téléphone, à la recherche de la vérité.
Le secret de famille est au coeur de ce roman où la nostalgie devient poignante quand Hélène décrit les photos où elle découvre sa mère. D'une façon délicate et un peu surannée, elle raconte alors un passé qui n'est plus, donne des sentiments et essaie de trouver des explications à une absence de toujours. Mais doit-on connaître toutes les vérités ? Avons nous le droit de fouiller dans le passé des absents ?
L'écriture, directe et claire, permet d'approcher les personnages au plus près de leur faiblesse, de leur humanité.
L'histoire reste simple et prévisible et on peut regretter des rebondissements amoureux, des situations trop dramatiques pas vraiment indispensables même si le questionnement est intéressant.