Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




vendredi 27 décembre 2013

Christophe Ono-Dit-Biot : Plonger

Plonger, le dernier livre de Christophe Ono Dit-Biot a été consacré par le Grand Prix du Roman de l'Académie Française. 
L'auteur raconte (ou se raconte) l'histoire (ou son histoire), d'un jeune journaliste critique littéraire reconnu, très parisien et bobo, César, qui tombe amoureux fou d'une jeune espagnole Paz, artiste photographe.
Alors que César lassé et usé d'avoir parcouru le monde pour couvrir guerres et conflits,  n'aspire qu'à vivre tranquillement en Europe, Paz étouffe dans le moindre carcan et ne souhaite que départs nouveaux et lointains.
Une plongée dans l'amour fou et absolu entre une femme aux fêlures extrêmes qui sans cesse s'échappe, fuit et se perd avec volonté et un homme qui essaie, même au prix d'un enfant, de la retenir.
Attirée et fascinée par les eaux profondes et les requins qui y vivent, Paz rejette tout y compris la gloire, pour disparaître au bout du monde au plus près de ces monstres silencieux.
Une bonne description des sociétés en déliquescence, une analyse très juste des conflits politiques et économiques avec l'influence souvent néfaste des puissances dites civilisées et le passage obligé dans ces soirées mondaines où il faut être vu donnent à ce roman un côté réaliste, moralisateur et people.
L'auteur connaît tout ça, il sait de quoi il parle.
Le roman se veut un hommage à l'amour absolu et à la transmission sur fond d'art moderne et d'expression artistique mais les personnages trop caricaturaux et les expressions trop modernes ou trop ampoulées rendent l'histoire trop prévisible au risque d'être affligeante.
Dommage.

mercredi 11 décembre 2013

Ian Mcewan : un bonheur de rencontre

Un couple, Mary et Colin, se trouve en vacances dans une cité lacustre, jamais nommée, et les journées sont faites de langueur et d'ennui manifestes.
La passion a déserté le couple et le quotidien finit de laminer cette relation, transformant la connaissance de l'autre, de son corps, en habitude silencieuse et morne.
Il ne se passe rien et pourtant le lecteur est gagné par cette langueur, par ce manque, cet étouffement qui va crescendo.
Au gré de leurs journées, chacun se parle, s'explique en pensées et rend les échanges troublants et malsains.
La ville devient leur prison, un endroit où se perdre en y perdant son âme. La Sérénissime devient vite étouffement et fin de leur amour.
Aucune magie n'opère  dans leurs  déambulations touristiques, les rues ressemblent à des gouffres et les ombres des menaces.
C'est au cours d'une soirée à chercher un restaurant qu'ils ne trouveront jamais, qu'ils croisent la route de Robert.
Personnage original au départ, il devient vite inquiétant et même très bizarre. Il raconte ses souvenirs familiaux, et dans des circonstances de plus en plus curieuses, leur présente sa femme, Caroline.
Rien n'est anodin dans les descriptions de la ville, de la maison, des quelques paroles échangées.
L'effroi gagne et la folie s'empare des dernières lignes pour laisser le lecteur au bord de tous les précipices.
Sont abordés ici, les thèmes de l'amour-passion, l'amour-amitié mais aussi les rapports inter-sexes violents et consentis même souhaités. Mais c'est  surtout la folie, ultime et irréversible, qui s'empare de la fin du récit et plonge le lecteur dans un mauvais rêve.
C'est aussi la mauvaise rencontre, celle qui fait que jamais plus la vie ne sera comme avant.
Un livre, sans beaucoup d'actions, de dialogues mais  qui met mal à l'aise et laisse comme un goût de cendres.
Ce qu'il y a d'impressionnant surtout cette ville, superbe dans tout ce que l'on peut voir et lire et qui est représentée ici comme le summum de l'ennui, de la mort et de la folie.



dimanche 1 décembre 2013

Karine Tuil : L'invention de nos vies

Samir Tahar est d'origine musulmane et a fait de brillantes études d'avocat. C'est sur un malentendu autour de son prénom qu'il se fait embaucher dans l'un des plus prestigieux cabinets d'avocats de Paris.
Il devient Sam,  juif séfarade, orphelin, et commence à construire son passé sur le mensonge et la dissimulation.
Imposture, pour fuir une banlieue pauvre, une vie de misère, une discrimination sociale,  une famille de l'ombre, imposture pour enfin lever la tête, être reconnu pour ses valeurs et voir le soleil.
Sam est prêt à tout pour réussir, tout.
Son patron voit en lui plus qu'un collaborateur et  lui confie la direction de sa succursale new-yorkaise.
Son mariage avec Ruth, héritière richissime d'une famille juive américaine influente et toute puissante, le hissera dans la sphère des nantis et intouchables.
Opportuniste, séducteur,  Sam reste prisonnier de ses mensonges mais il s'en arrange. Il aime le luxe, les femmes, l'argent, la réussite, la gloire. Il est redoutable dans le milieu professionnel et n'a aucun état d'âme.
Mais des personnes venues de son histoire cachée resurgissent. Nina une femme qu'il a paasionnément aimé il y a 20 ans  mais qui lui a préféré Samuel, son ami d'études, auquel il a justement volé son passé et puis un demi-frère oublié.
Karine Tuil écrit un roman intense sur la réussite mais aussi les faux-semblants, sur le succès et la manipulation , sur ces petits arrangements que chacun s'autorise. Elle nous entraîne dans une spirale infernale où l'appartenance à une communauté est condamnable et le racisme social exacerbé.
Elle nous montre la notoriété inhumaine et la déchéance totale sur fond de puritanisme américain poussé à l'extrême où la vie d'un individu est pillée, piétinée sans égard.
Une écriture vive, qui bouscule au début et rend la lecture impérative. Le style est saccadé, original et les notes en bas de page confèrent une authenticité dans le récit.
On est happé par l'intensité de l'histoire, par le rythme incessant et la chute qui n'en finit pas pour ces personnages complexes et attachants dans leurs doutes, leurs rêves.
C'est aussi une histoire sur l'amour, celui que l'on donne ou pas, celui que l'on reçoit ou pas, et sur ceux qui sont aimés ou pas.