Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mercredi 17 juillet 2013

Joyce Maynard : Baby Love

Paru en 1981, Baby Love est le premier roman de l'écrivain américaine Joyce Maynard. Devenue la voix de sa génération née dans les années 60, elle s'est imposée par son audace littéraire découverte lors de la parution d'un article dans le New York Times en 1972.
Ici, elle raconte sans fioriture le quotidien de quatre jeune filles de 16 à 18 ans, dont les vies ont été bouleversées par une maternité trop précoce. Elles essaient de devenir adultes dans une société qui ne leur cède rien. Elles se retrouvent à la laverie automatique et se racontent leur quoitidien dans une petite ville paumée des Etats-Unis d'où elles ne sont jamais sorties. Elles connaissent déjà les désillusions de femmes mais possèdent toujours leurs rêves de petites filles. Autour d'elles, gravitent d'autres personnages venant d'horizons différents et dont les parcours ne sont pas plus clairs.
Entre un meurtrier recherchant sans cesse l'amour fou au point d'être fou, une jeune fille de 20 ans trop amoureuse d'un homme plus âgé, cherchant à faire une bonne dépression suite à leur rupture et un couple d'artistes New-Yorkais s'essayant à une parenthèse professionnelle en province, Joyce Maynard brosse une peinture des moeurs dans une société américaine des années 70 plutôt défraîchie.
C'est sombre et tragique.  Pour ces  petites filles devenues femmes et mères trop vite, il n'y a qu'une possibilité : le mariage. Rencontrer un homme, se marier et ainsi se sortir d'un avenir étriqué devient pour elles l'image de la réussite.
Mais sans études solides, sans diplôme, sans expérience la possibilité  de partir est impossible.
L'auteur ne donne pas une image très belle des hommes dans ce roman. Absent, violent, souvent sans tendresse, il est souvent irresponsable et a du mal à décider.
La construction littéraire peut être difficile avec  beaucoup de personnages. Les histoires s'enchaînent,  se bousculent et s'installent. La fin violente et brutale laisse ouverte la porte à tous les possibles.
Un bon livre où la plume de Joyce Maynard excelle.

mercredi 10 juillet 2013

Thierry Jonquet : 400 coups de ciseaux

    

      20 nouvelles composent ce recueil, dont la nouvelle éponyme inédite à ce jour. Elles ont été publiées dans des différentes  revues à l'occasion de faits divers, d’événements et suivent un ordre chronologique référencé.
     Hommage rendu à ce grand auteur disparu en 2009,  Thierry Jonquet  a donné un ton et un style au roman noir. 
     Il a travaillé en milieu hospitalier, s'est engagé politiquement, a toujours été touché par le social et l'humain.
     Ses textes le montrent et expriment un très grand pessimisme, une profonde désespérance.  Il nous sert les thèmes qui lui tiennent à cœur et qui occupent la plupart de ses récits.
     SDF(l'art conceptuel) ,  les trafics d'organes( la chaîne du froid),  le meurtre, les manipulations génétiques, les vampires (le vrai du faux), la mort nous plongent dans des histoires jamais loin de la folie et de la barbarie. La nouvelle "Hambourg, premier amour" est remarquable de sensibilité, mais pour Jonquet ou d'autres, les histoires d'amour finissent mal.
     Écrites dans un style direct,remplies d'humour et de cruelle réalité, les nouvelles frappent par leur authenticité.
     Le vécu alimente ses récits et ce dernier recueil retrace très bien l'univers littéraire de l'auteur.
     Mais ce sont surtout ses mots qui expliquent son parcours et ses difficultés d'édition au début dans "voilà comment ça s'est passé" et nous montrent ainsi l'homme qu'il était.
     A savourer


mercredi 3 juillet 2013

John Irving : A moi seul bien des personnages

A près de 70 ans, John Irving signe un long roman sur l'identité sexuelle,  la tolérance face à toutes les différences et rend un très bel hommage à la littérature (Flaubert, Dickens, Ibsen) et au théâtre. Mais c'est aussi un plaidoyer très dur sur une Amérique très puritaine et hypocrite.
Son héros et personnage principal, Bill est le narrateur. Devenu un écrivain célèbre, il raconte son enfance dans une petite ville du Vermont, entre ses grands parents, sa mère, sa tante et son oncle. Une famille des années 70, peu incline à l'ouverture , qui se trouve confrontée à un problème devant l'ambiguïté sexuelle de Bill. 
Bill grandit perturbé par ses "béguins" qu'il éprouve pour des hommes, comme son  beau-père Richard, mais aussi pour des femmes. Étudiant à New-York, il assumera sa bisexualité et son attirance particulière pour les transsexuelles.
Irving nous entraîne dans une quête douloureuse de plus de quarante ans, pour expliquer et dire avec humour, drôlerie et intelligence le comportement sexuel. Il parvient à écrire le sexe d'une façon très crue en dressant le portrait de plein de personnages très troubles et ambigus.
La première partie du livre est remplie de scènes cocasses, Irving décrit à merveille cette ambiance familiale pleine de non-dits où le théâtre occupe une place importante. Les héros de Shakespeare joués par une troupe de collégiens ou par le grand-père, grandiose sur scène en femme entrent en résonance avec l'histoire d'une manière subtile. Irving en fait un lien très fort.
La seconde moitié du livre raconte les années 80, celles que l'on a appelées tristement les années Sida.
L'auteur décrit la maladie, la souffrance, la fin de vie, la mort de toute une partie des personnages de son roman, la découverte de l'homosexualité que l'on ne soupçonnait pas.
C'est un roman très percutant et très dur à lire qui nous emporte dans le tourbillon d'une vie chaotique.
Mais avant tout, il ressort de ce roman, comme dans  l'oeuvre de John Irving, en dehors de l'identité et des genres, la quête d'amour. Celui que l'on donne et qu'on ne reçoit pas, celui que l'on attend toujours. Comme Bill, petit enfant, avide d'amour et d'attention maternels.
C'est toujours l'enfance bousculée et souvent maltraitée par les actes d'adultes égoïstes que nous raconte l'auteur avec une prose saisissante.