Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mercredi 3 juillet 2013

John Irving : A moi seul bien des personnages

A près de 70 ans, John Irving signe un long roman sur l'identité sexuelle,  la tolérance face à toutes les différences et rend un très bel hommage à la littérature (Flaubert, Dickens, Ibsen) et au théâtre. Mais c'est aussi un plaidoyer très dur sur une Amérique très puritaine et hypocrite.
Son héros et personnage principal, Bill est le narrateur. Devenu un écrivain célèbre, il raconte son enfance dans une petite ville du Vermont, entre ses grands parents, sa mère, sa tante et son oncle. Une famille des années 70, peu incline à l'ouverture , qui se trouve confrontée à un problème devant l'ambiguïté sexuelle de Bill. 
Bill grandit perturbé par ses "béguins" qu'il éprouve pour des hommes, comme son  beau-père Richard, mais aussi pour des femmes. Étudiant à New-York, il assumera sa bisexualité et son attirance particulière pour les transsexuelles.
Irving nous entraîne dans une quête douloureuse de plus de quarante ans, pour expliquer et dire avec humour, drôlerie et intelligence le comportement sexuel. Il parvient à écrire le sexe d'une façon très crue en dressant le portrait de plein de personnages très troubles et ambigus.
La première partie du livre est remplie de scènes cocasses, Irving décrit à merveille cette ambiance familiale pleine de non-dits où le théâtre occupe une place importante. Les héros de Shakespeare joués par une troupe de collégiens ou par le grand-père, grandiose sur scène en femme entrent en résonance avec l'histoire d'une manière subtile. Irving en fait un lien très fort.
La seconde moitié du livre raconte les années 80, celles que l'on a appelées tristement les années Sida.
L'auteur décrit la maladie, la souffrance, la fin de vie, la mort de toute une partie des personnages de son roman, la découverte de l'homosexualité que l'on ne soupçonnait pas.
C'est un roman très percutant et très dur à lire qui nous emporte dans le tourbillon d'une vie chaotique.
Mais avant tout, il ressort de ce roman, comme dans  l'oeuvre de John Irving, en dehors de l'identité et des genres, la quête d'amour. Celui que l'on donne et qu'on ne reçoit pas, celui que l'on attend toujours. Comme Bill, petit enfant, avide d'amour et d'attention maternels.
C'est toujours l'enfance bousculée et souvent maltraitée par les actes d'adultes égoïstes que nous raconte l'auteur avec une prose saisissante.

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