Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




samedi 30 octobre 2010

Philippe DEBLAISE : Mes arbres à histoires

Le dernier livre de Philippe Deblaise est aussi savoureux à lire qu'à regarder. La couverture accroche et nous invite à la découverte.
Les photos de l'artiste de Saintes, Jean Charles Folliet apportent un esthétisme épuré et les illustrations du peintre Jean-Pierre Blanchard complètent chaleureusement l'ouvrage. L'auteur met en scène 15 arbres de la région de Saintonge à travers 15 nouvelles qu'il a voulues purement romanesques.
Amoureux de la nature et très attaché à sa région, Philippe Deblaise rend ici hommage à ces arbres témoins des petites et grandes histoires et qui ont traversé le temps pour nous les raconter.
Une balade dans une forêt où l'imaginaire tenace nous emporte vers des temps malheureusement révolus quand les hommes savaient écouter le langage de la nature.
Du 16 ème siècle à nos jours, Philippe Deblaise nous promène et c'est au pied de ses pins, chênes, acacias, peupliers, qu'il nous conte ses histoires. Ces arbres existent vraiment et si la fiction rencontre la réalité en croisant la route de personnages du coin tels que Bernard Palissy, de Philibert Hamelin pasteur à Saintes, elle souffle au lecteur une véritable nostalgie poétique.
Croqués avec beaucoup d'humour et un certain réalisme, les héros de ces nouvelles sont rattrapés par le temps, l'Histoire, leurs sentiments, leurs envies et rancoeurs et par la nature qui toujours reprend ses droits.
J'ai beaucoup aimé cette promenade dans une région que l'auteur affectionne particulièrement et sait rendre attachante . Ce sont de belles pages à lire et à regarder. Un exercice rare de nos jours où les images remplacent trop facilement les mots.

vendredi 29 octobre 2010

Arnost LUSTIG : Elle avait les yeux verts

Arnost Lustig écrivain tchèque, est né en 1926. De sa douloureuse et terrible expérience dans les camps de la mort, il fera le pilier de ses oeuvres. Ecrit en 2000, ce livre raconte la confession intime et terrifiante d'une toute jeune fille de 15 ans sur l'horreur subie à Auschwitz.
Les livres de Lustig donnent la parole aux femmes, mères, filles, épouses que les nazis ont violées, tuées, massacrées dans une organisation minutieuse et diabolique de destruction totale.
Celles qui ont réchappé à l'enfer, ne sont pas sorties indemnes et ont traîné toute leur vie le poids des humiliations et souffrances subies ainsi que celui de leur survie.
C'est l'histoire d'Hanka, jeune tchèque de 15 ans d'origine juive. Toute sa famille a été assassinée à son arrivée à Auschwitz. Réquisitionnée pour travailler dans le laboratoire du camp au prix de sa stérilisation, elle survivra en se faisant passer pour une aryenne et intégrera le bordel de campagne "232 Est".
A son quotidien fait de privations, d'humiliation, du décompte des hommes qui passeront sur elle, elle s'interroge sur sa légitimité d'être en vie pour avoir renier son identité, ses origines. Héroïsme ou lâcheté ? Pute même de force des allemands n'est ce pas aussi de la collaboration ? Hasard ou volonté ? Dans quel état sort on de telles brutalités et sévices subis ?
Le livre atteint une intensité insoutenable lors d'une scène de "rencontre" avec un officier allemand membre très actif d'une unité mobile d'extermination. Le huis-clos étouffant confronte d'une part la cruauté d'une idéologie mise en place par un pouvoir dément et l'impuissance, la peur de l'autre. Le jeune homme vomissant les juifs et la prostituée moins que rien puisque pute et juive dissimulée. La toute puissance face à l'inexistence. C'est insoutenable. La tension atteint un degré éprouvant à l'évocation de la poésie prisée par le jeune officier pendant cette rencontre écoeurante.
Inutile de raconter plus. L'histoire, les humiliations, le froid, le désespoir, la mort, les rescapés. L'écriture est incisive, sèche. Le lecteur est pris par ce témoignage précis comme un état des lieux. C'est un livre que l'on ne peut pas lâcher. Hanka surnommée Fine dans le bordel nous parle dans un souffle de son calvaire.
Il n'y aura jamais trop de témoignages, il n'y aura jamais assez de récits pour raconter l'horreur. Quelques auteurs ayant vécu la Shoah sont encore en vie, en écrivant ces livres ils veulent transmettre le devoir de mémoire. C'est nécessaire. Alors lisons les, pour ne pas oublier.



lundi 25 octobre 2010

Blandine le Callet : La ballade de Lila K.

C'est le roman d'une quête, une ballade à une voix, celle de la narratrice, Lila. Le lecteur se trouve plongé en 2090 dans un futur organisé et aseptisé vu par le regard de cette toute jeune femme.
Lila nous raconte son histoire à la première personne sur un rythme vif, le lecteur vit son quotidien.
Quand elle avait 4 ans, Lila a vu surgir des hommes en noir un matin pour arrêter sa mère. Elle garde l'image d'une robe rouge et une sensation de douceur la saisit à son évocation. Placée dans un Centre, elle doit tout réapprendre : se nourrir, parler, se reconstruire physiquement et moralement et surtout oublier son passé.
Dans un quotidien formaté où tout est sous surveillance, elle rencontrera pourtant des personnages qui l'aideront dans son parcours initiatique. Intelligente, caustique et surtout très belle, Lila continuera par tous les moyens à retrouver sa Mère et ses souvenirs d'enfance.
Dans une société qui interdit les livres car trop dangereux (?), qui impose des séances de plaisir mécanique obligatoire, Lila est déterminée à comprendre et avoir confiance en elle.
Dans un Centre qui ressemble à la DDASS, dans un Paris où les libertés sont bafouées et où règne la censure, avec une banlieue appelé la Zone ( ?....) c'est surtout les scènes de grande sensualité qui sont touchantes. Quand Lila découvre qu'elle est belle, elle ne le savait pas avant. Quand elle découvre tout simplement l' Amour : pour sa Mère, pour ses professeurs, pour l' Autre.
Le futur sert de décor à ce roman à l'écriture nerveuse, vive où les pensées les plus intimes de la narratrice la rendent encore plus attachante. C'est le roman de la recherche de la mère disparue et de son amour pour elle malgré les souffrances endurées. C'est le roman de l'apprentissage au monde, à la connaissance de soi et des autres, à l'amour.


mardi 12 octobre 2010

Philip Roth : Exit le fantôme

Dans ce roman Philip Roth met en scène le retour à New York de son alter ego le plus intime, son double littéraire, le romancier de papier inventé il y a 30 ans, Nathan Zuckerman. Ils ont vieilli ensemble. Qu'il soit le héros principal ou un personnage secondaire, il est la voix de Roth dans ses livres. Il connaît ses doutes, ses certitudes sur la vie, les amours, la maladie et surtout ce douloureux et difficile exercice qu'est la vieillesse. Sa vision du monde et des autres reste toujours marquée d'humour et d'intelligence.
Nathan Zuckerman maintenant septuagénaire est un écrivain brillant et reconnu. Il s'est retiré depuis 11 ans dans le Massachussetts où il vit en solitaire, rangé des amours, de la vie même. Opéré d'un cancer de la prostate, il doit revenir à New York pour se faire soigner et espère ainsi retrouver vigueur(il est impuissant) et dignité (il est incontinent).
Il retrouve vite ses repaires dans la Grosse Pomme, malgré le traumatisme post 11 sept. et la réélection de Bush. Il fait la connaissance d'un jeune couple d'écrivains, d'un journaliste ambitieux et d'une ancienne connaissance, une femme qu'il avait connu dans sa jeunesse. Il est pris d'un désir fou pour Jamie la jeune épouse.
Et si tout était à nouveau possible ? L'espoir et le désir sont là intacts.
Le livre offre la vision de Roth sur le monde littéraire, politique de son pays. Il nous raconte son épopée à travers le temps par son héros. Le monde a changé, lui aussi au seuil de la vieillesse , il subit la dégradation physique, la mémoire s'abîme. Un profond sentiment de vide s'empare du lecteur.
Exit, l'écrivain flamboyant se retire. Reste l'écriture de Roth, superbe, maîtrisée sans apitoiement, l'humour est toujours présent pour déjouer le désespoir. Roth est un éternel révolté, contre son pays, sa politique, la bêtise. L'écriture lui impose de survivre même si tout semble lui indiquer la fin du chemin.



Jim Harrison : Une odyssée américaine

Jim Harrison, surnommé par ses fans "l'ogre du Montana", nous invite dans ce livre à prendre la route avec son héros Cliff. Ce dernier, 62 ans, ancien universitaire reconverti depuis longtemps en fermier, vient d'être quitté par sa femme. Plus triste par la mort de sa chienne que par son départ à elle , il décide de partir et de traverser les Etats Unis. Espérant trouver un second souffle, retrouver les racines même de ce pays si controversé et donneur de leçons, il est rejoint dans sa folle équipée par une ancienne étudiante. Une relation complètement déjantée naît entre eux basée sur le sexe, la bonne bouffe et des dialogues d'une grande vulgarité. Cliff se lasse ( et nous aussi) de se faire envahir par cette femme accro au téléphone portable et surtout complètement nymphomane.
Amoureux de la nature, des grands espaces de l'Ouest américain, des femmes et de cette véritable identité indienne oubliée par l' Amérique bien pensante , Jim Harrison reprend ses thèmes favoris : l'amour de la liberté, la critique de la société trop futile et aussi la vie qui peut se reconstruire à tout âge.
La description des grands espaces nous émeut toujours, la reconnaissance du peuple indien dans la volonté de Cliff de rebaptiser les états qu'il traverse du nom d'une tribu peut être prometteur et intéressant.
J'ai pourtant été déçue par trop de clichés (le fils cinéaste branché homo), des attitudes et des mots qui s'obstinent dans trop de grossièreté.
Et puis la fin représente un cliché de trop, l'épouse infidèle quittée à son tour revient et demande au mari de bien vouloir rentrer lui aussi....
Dommage j'avais beaucoup aimé Dalva, et ce road-movie était si tentant et aurait pu représenter une vraie quête. Elle devient uniquement une partie de jambes en l'air.

samedi 2 octobre 2010

J.M. Coetzee : L'été de la vie

Dans son dernier roman, l'auteur du Prix Nobel de Littérature 2003, nous livre une autobiographie fictive et avec une pudeur magnifique nous dévoile ses échecs et sa profonde tristesse. Coetzee entame le récit de ses confessions imaginaires puisqu'il est mort. En effet, un jeune biographe désire raconter la vie du grand écrivain disparu en s'appuyant sur des notes concernant les années 1972-1975. Elles marquent son retour d'exil et seront les plus décisives. Il vit à cette époque dans une maison délabrée du Cap avec son père. Il est seul avec d'énormes problèmes d'adaptation dans un pays marqué par l'apartheid.
Afin de réaliser sa biographie, Mr Vincent va rencontrer 4 femmes et 1 homme qui d'après les notes de l'auteur ont comptés dans sa vie. A travers ces entrevues, les anecdotes nous brossent le portrait d'un jeune homme égoïste, peu sensible, insignifiant et froid. Quant aux femmes, elles n'ont pas succombé au charme de ce pathétique amant. Finalement c'est la description d'un homme ordinaire et sans talent. Que ce soit sur le plan personnel et intime que professionnel, il n'a jamais été brillant. Voilà comment se présente Coetzee. Si le lecteur est surpris, il est ému par son courage à se dévoiler de la sorte. Mais ce qu'il faut voir au delà de ses secrets, de ses manques, c'est la préparation de cet homme dans l'été de sa vie, si triste fut-il, à son oeuvre littéraire à venir. Il brosse le portrait d'un pays qui se décompose et d'une politique qui met en place un système impitoyable de cruauté. Il nous donne les clefs pour comprendre la profonde désillusion même si le combat des Noirs est légitime. Avec le coeur sec comme le Bush, il raconte son amour pour les paysages sud-africains et pour un passé enfui.
Mémoires d'un naufragé mais aussi récit d'un auteur brillant qui sait manier avec talent la part de fiction présente dans toute existence. Coetzee se raconte et il aime le faire avec la fiction.

Philip Roth : Indignation

"...La façon terrible, incompréhensible dont nos décisions les plus banales, voire comiques, ont les conséquences les plus totalement disproportionnées." Cette phrase résume le livre de Philip Roth : chance et destinée, morale et indignation. Indignation dont beaucoup des personnages de l'auteur sont imprégnés.
C'est le portrait d'un jeune homme de Newark, Marcus, qui ne se soumet pas. Incapable d'accepter les conventions, il ne se résignera jamais. Eternel révolté, il refusera toutes les tyrannies.
Pourtant le héros est un gentil garçon juif, tout le monde le trouve gentil, même lui. Etudiant brillant, sportif, il aide dur son père dans sa boucherie kascher. Pour fuir son père devenu paranoïaque et l'empêche de vivre, il s'inscrit dans une université de l'Ohio.
A force de rébellion et d'impuissance, il va s'isoler et d'incidents en incidents il sera exclu et partira à la guerre. Le suspense finement mené nous fera comprendre que Marcus, se pensant mort, nous raconte son histoire de l'au-delà. Je n'en dirai pas plus.
Sur fond de guerre de Corée, Roth nous entraîne dans les années 1950 où conservatisme, morale, puritanisme pèsent sur la société.
Il décrit l'intolérance qui règne dans les universités à cette époque en imposant les offices religieux, en surveillant la liberté des étudiants et sauvegardant coûte que coûte les apparences.
C'est aussi l'histoire d'une peur, celle de la guerre. C'est aussi l'histoire d'une Amérique qui ne se lasse pas de donner des leçons et qui envoie des jeunes de 20 ans mourir à la guerre.
Comme d'habitude Roth fait subir à son personnage une libido intense et sa rencontre avec Olivia, Reine de la fellation, n'arrange rien. Les descriptions des samedis soirs arrosés où les étudiants en érection essaient d'aller au bout de leurs désirs, sont affreuses et drôles. Le sexe toujours présent, pour cet auteur qui reste quand même un éternel libertin.
Les scènes de vie de cette famille juive et de la boucherie kascher sont pittoresques et se lisent avec beaucoup de plaisir.
C'est un roman vif, intense et cruel sur l'impact des choix personnels à un moment donné de l'histoire mondiale. Si Roth écorche et bouscule l'Amérique et son hypocrisie puritaine des années 50, il nous montre avec force comment une vie peut sombrer dans la tragédie.