Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




vendredi 29 octobre 2010

Arnost LUSTIG : Elle avait les yeux verts

Arnost Lustig écrivain tchèque, est né en 1926. De sa douloureuse et terrible expérience dans les camps de la mort, il fera le pilier de ses oeuvres. Ecrit en 2000, ce livre raconte la confession intime et terrifiante d'une toute jeune fille de 15 ans sur l'horreur subie à Auschwitz.
Les livres de Lustig donnent la parole aux femmes, mères, filles, épouses que les nazis ont violées, tuées, massacrées dans une organisation minutieuse et diabolique de destruction totale.
Celles qui ont réchappé à l'enfer, ne sont pas sorties indemnes et ont traîné toute leur vie le poids des humiliations et souffrances subies ainsi que celui de leur survie.
C'est l'histoire d'Hanka, jeune tchèque de 15 ans d'origine juive. Toute sa famille a été assassinée à son arrivée à Auschwitz. Réquisitionnée pour travailler dans le laboratoire du camp au prix de sa stérilisation, elle survivra en se faisant passer pour une aryenne et intégrera le bordel de campagne "232 Est".
A son quotidien fait de privations, d'humiliation, du décompte des hommes qui passeront sur elle, elle s'interroge sur sa légitimité d'être en vie pour avoir renier son identité, ses origines. Héroïsme ou lâcheté ? Pute même de force des allemands n'est ce pas aussi de la collaboration ? Hasard ou volonté ? Dans quel état sort on de telles brutalités et sévices subis ?
Le livre atteint une intensité insoutenable lors d'une scène de "rencontre" avec un officier allemand membre très actif d'une unité mobile d'extermination. Le huis-clos étouffant confronte d'une part la cruauté d'une idéologie mise en place par un pouvoir dément et l'impuissance, la peur de l'autre. Le jeune homme vomissant les juifs et la prostituée moins que rien puisque pute et juive dissimulée. La toute puissance face à l'inexistence. C'est insoutenable. La tension atteint un degré éprouvant à l'évocation de la poésie prisée par le jeune officier pendant cette rencontre écoeurante.
Inutile de raconter plus. L'histoire, les humiliations, le froid, le désespoir, la mort, les rescapés. L'écriture est incisive, sèche. Le lecteur est pris par ce témoignage précis comme un état des lieux. C'est un livre que l'on ne peut pas lâcher. Hanka surnommée Fine dans le bordel nous parle dans un souffle de son calvaire.
Il n'y aura jamais trop de témoignages, il n'y aura jamais assez de récits pour raconter l'horreur. Quelques auteurs ayant vécu la Shoah sont encore en vie, en écrivant ces livres ils veulent transmettre le devoir de mémoire. C'est nécessaire. Alors lisons les, pour ne pas oublier.



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