Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




lundi 24 juin 2013

Bernhard Schlink : Amours en fuite

                                                

  Bernarhd Schlink nous invite à une profonde réflexion sur le thème de l'Amour, dans 7 nouvelles construites habilement, au récit dense et fouillé que le lecteur peut parcourir comme de véritables petits romans.
   S'il est question de l'Amour, les protagonistes de ces histoires, les hommes, ne le font pas rimer avec toujours.
   C'est dans les fêlures et les doutes mais aussi les tabous, que Schlink bâtit des fins amoureuses très troublées mettant en lumière des personnages qui doutent et s'abîment dans la relation amoureuse.
   Entre renaissance, regret et désir, Schlink  aborde le processus amoureux en exprimant des réflexions douloureuses sur la Shoah et la responsabilité de guerre (la circoncision - la petite fille et le lézard).  Comment peut-on aimer quand religion et origine diffèrent ? Mais aussi quand l'absence de communication éloigne ? 
    L'infidélité est posée d'une manière subtile par une question implacable : " Peux-tu aimer quelqu'un que tu n'estimes pas ?" (l'Infidélité)
   Comment continuer quand la vie ressemble à une suite d'actes manqués ? Sensible et nostalgique, La Femme de la station service nous parle d'un homme essayant de tout faire pour sortir de ce faux-semblant qu'est devenue son existence.
   Chaque texte parle d'un homme face à ses mensonges avec lesquels il s'arrange et la vérité qu'il souhaite pour se déculpabiliser.  La routine le broie, les regrets le hantent et une envie de tout recommencer le harcèle. Un homme souvent fragile, qui lutte contre ses contradictions et des femmes  plus ancrées dans la réalité, plus fortes peut-être.
   A travers l'Amour Schlink explique avec beaucoup de détails l'Allemagne  d'aujourd'hui et son passé.
   J'ai beaucoup aimé, la nouvelle "l'Autre" où chaque protagoniste ne décline pas l'amour de la même façon et où la nostalgie est la plus forte devant ce temps qui passe et ne revient pas.

   
   

dimanche 23 juin 2013

Donald Ray Pollock : Le Diable, tout le temps

    Pour son premier roman, Donald Ray Pollock évoque une Amérique trop profonde où à force de prier Dieu, on convoque le Diable, tout le temps.
   De Knockemstiff, Ohio, ville paumée à éviter absolument, à la Virginie Occidentale, il entraîne le lecteur dans un périple d'une violence absolue avec des personnages tous  plus pathétiques et monstrueux les uns que les autres.
   L'histoire se passe entre 1945, juste après la guerre, pour finir dans les années 1960.
    Et le lecteur est happé par les destins entremêlés de ces héros qui se croisent et se fuient, jusqu'à s'entretuer , le tout dans une barbarie absolue.
   Le fil rouge (sang) de ce roman, vous l'avez compris, c'est le mal, porté par les plus vils instincts de ces hommes et femmes hallucinés et estropiés de l'âme jusqu'à a folie.
   Willard juste rentré de l'enfer du Pacifique, est fou d'amour pour sa femme Charlotte. Atteinte d'une maladie incurable, il devient fou de prières, de croix, de rites sacrificiels à en faire couler beaucoup de sang d'animaux pour la sauver mais il cherchera d'autre provenance.
    Il crée pour cela un lieu, un autel de prières dans une clairière, qui tient plus de l'Apocalypse que de la promenade bucolique. Lieu que l'on retrouve dans le livre mais qui est présent surtout au début et à la fin. 
Son fils, Arvin, témoin silencieux de toutes ces souffrances, l'accompagnera dans ses actes les plus insensés. Il devient fou de justice.
   Ensuite de façon très efficace, Pollock, fait intervenir des personnages tout au long du récit aux vies cahotiques et abjectes où seule la violence la plus folle tient lieu de langage et d'échanges.
   Prédicateurs fous, shérif violent et corrompu, couple sadique....
   C'est hallucinant et l'écriture de Pollock, ample et sèche nous happe jusqu'au bout. Dans une prose radicale, il construit un récit très maîtrisé qui interroge le lecteur sur ses propres noirceurs.
   Pollock est un maître dans l'art d'écrire non pas uniquement une oeuvre noire mais un récit fulgurant sur des héros effroyablement humains à force de les côtoyer de l'intérieur.
    C'est l'Amérique loin des clichés où rédemption devient damnation.