Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




vendredi 17 juin 2016

Herman Koch : Cher Monsieur M

     Herman Koch nous revient avec un nouveau roman hargneux, à l'humour froid où les personnages restent complexes et souvent antipathiques. 
     Comme toujours les adultes sont affligeants et les adolescents magnifiquement cruels, mais comme toujours la vie passe quand même  sur ces dérapages et inconvenances.
     A la manière d'un règlement de compte Herman Koch pose des questions judicieuses  sur la création littéraire et le droit à la fiction d'utiliser des faits divers réels. 
     Monsieur M est écrivain, un vieux beau sur le retour dont le talent et surtout la notoriété s'émousse petit à petit. Dur de rester dans le coup, de plaire toujours mais heureusement Monsieur M est marié à une toute jeune femme. Alors l'illusion demeure.
     Et puis c'est le voisin, Herman le même prénom que l'auteur, qui écrit des lettres percutantes et troublantes à Monsieur M.
     Des lettres qu'il n'envoie pas mais qui expliquent le fond de l'histoire, le véritable drame.
     Alors adolescent Herman avait été accusé du meurtre de son professeur qui harcelait lui et sa petite amie de l'époque qui un temps, avait été la maîtresse du professeur.
     Monsieur M en avait fait un best seller en insistant sur une culpabilité et modifiant ainsi la vérité pour plaire au public et faire vendre.
     Un livre qui interroge sur la morale d'un écrivain quand la réalité est à l'origine de son roman.
Qu'en est-il du droit à la fiction quand les protagonistes ont souffert et souffrent encore du drame.
     Herman Koch dresse comme à son habitude le portrait d'adolescents impitoyables et de parents absents et pathétiques sans oublier les professeurs ratés.
     Le nombre de personnages, un peu trop à mon avis, rend la construction littéraire un peu lourde mais il n'en reste pas moins des passages sur la création littéraire et sur le portrait d'un auteur qui sont savoureux.
     La confrontation entre adultes (parents-professeurs) et adolescents est grinçante. 
     A lire même si le livre a quelques longueurs, il nous plonge dans un vrai suspense psychologique.
Herman Koch : Cher Monsieur M - Editions Belfond - Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin -
430 Pages - 21.50 €
     

jeudi 9 juin 2016

Caryl Férey : Condor

     Caryl Férey nous revient avec un roman vibrant et haletant pour nous raconter une histoire violente  où les personnages évoluent sur un fil, dans un pays qui me touche particulièrement, le Chili.
     Un peu tout à la fois, polar, politique, historique, ce livre nous emporte de plus en plus fort dans une course ultime au nom de la justice et  liberté.
     Revenant à travers ses héros, sur le 11 septembre 1973, jour qui a vu la chute et le suicide du président élu démocratiquement, Allende et l'avènement de la dictature de Pinochet et de ses militaires sanguinaires.
     Le Chili entre alors dans la période la plus noire de son Histoire. 
     Une chape de plomb s'est abattue sur la nation andine et les pleurs et la peur se sont installées pour longtemps.
     20 ans après et des milliers de massacres, de tortures, de disparitions, commis par les militaires, le Chili n'a pas pansé ses blessures malgré le retour des exilés et de nouvelles élections.
     Les coupables n'ont pas tous été punis et certains ont continué leur vie, sous une autre identité avec une autre histoire en toute impunité.
     Le Chili croit en un renouveau et celui d'aujourd'hui a du mal à oublier celui d'hier. Bourreaux et victimes vivent sur le même sol.
     De Santiago au désert d'Atacama, Stefano, le vieux militant fidèle à Allende avec Gabriella la belle indienne mapuche et Estèban, l'avocat des causes perdues mais fils de famille deviennent des enquêteurs au service de la justice dans un trafic de drogue.
     L'air est chaud, il brûle même et les paysages nous envoûtent. L'esprit chamanique n'est pas loin et les charognards non plus.
     Le rythme s'intensifie et devient haletant, l'histoire est très fouillée et presque documentaire parfois. 
     Même si je trouve juste que les personnages font trop dans la caricature sociale, il n'en reste pas moins l'ombre de Neruda sur les mots et le chant de Victor Jara.
Caryl Férey - Condor - Editions Gallimard Série Noire - 416 Pages - 19.50 Euros