Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




lundi 23 février 2015

Marceline Loridan-Ivens : Et tu n'es pas revenu

     Marceline Loridan-Ivens écrit une lettre ouverte à son père assassiné à Auschwitz et lui rend un bouleversant hommage.
     Arrêtée et déportée à l'âge de 15 ans avec son père, Marceline livre ici l'ultime message d'amour à celui qui n'est pas revenu , à l'homme qui lui a toujours manqué dans sa vie de jeune fille et de femme ensuite. Orpheline pour toujours.
     En 100 pages, cette dame de 83 ans, dit tout de l'horreur de la déportation, de la peur, du froid, de la maladie et de la culpabilité de celle qui en réchappe.Elle nous parle d'un monde où l'humanité n'existait plus.
     Marceline raconte la survie dans l'enfer, le retour parmi les siens meurtrie à jamais, hantée par le souvenir.
     Ce décalage entre elle et ceux qui ne sont pas partis marquera sa vie. Une incompréhension face à l'inimaginable mettra une certaine distance avec sa famille. Personne à la fin de la guerre ne peut admettre et comprendre l'innommable.
     A travers ce court récit, l'auteur nous parle de ce que fut sa vie. Rescapée de la Shoah, elle a été une femme investie dans les combats pour la liberté, comme celui pour l'Algérie.
     Mariée deux fois, elle explique son refus d'être mère, elle raconte les évènements qui ont marqué sa vie notamment celui du 11 Septembre 2001.
     Au-delà du témoignage de la survivante de Birkenau, c'est celui d'une femme qui s'interroge sur les hommes et les atrocités commises en leur nom.
     Elle pose avec intelligence des questionnements sur notre monde prêt à basculer dans la violence et les horreurs, un monde où tout peut encore recommencer.
     Elle est prête à mourir pour ne pas revivre ça.
Son père lui avait dit quand ils étaient en transit ensemble à Drancy :"Toi, tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas."
     Oui, elle est revenue et elle nous raconte avec intelligence, délicatesse ce qu'il a fallu de temps pour se reconstruire.
     Mais a- t- elle réussi ? 
    A lire pour l'émotion et pour ce regard nouveau sur une époque plus présente que jamais.
Marceline Loridan-Ivens : Et tu n'es pas revenu - Editions Grasset - 112 pages - 12,90 Euros





mercredi 18 février 2015

Michèle Lesbre : Chemins

    

      Michèle Lesbre nous entraîne sur les chemins de la nostalgie et des souvenirs. Beaucoup de poésie et une certaine délicatesse se dégagent de ce court récit.
     La narratrice dresse à mots doux le portrait de son père mort très jeune et essaie de capturer les instants oubliés, de retrouver enfin cet "intime étranger".
     Tout part d'un homme observé à la terrasse d'un café, une allure, une pipe allumée, un livre tenu en mains et quel livre ! celui  de Murger "Scènes de la vie bohème" que lisait son père.
     Et voilà à fleur de peau et de sentiment tout revient ou presque.
     Il suffit de passer le pont dit la chanson, Michèle Lesbre prend les chemins, et en flânant au gré des sentiers et des rencontres, surgit ce que l'on croyait oublié.
     Apaisement est le mot qui convient à ce roman savoureux et tendre.
     C'est bien sûr la recherche d'un temps à jamais perdu mais aussi cette possibilité qui nous est offerte de continuer à vivre des rencontres insolites, à renouer avec des personnages d'une vie, à ne pas perdre de vue les gens aimés.
     Bien sûr la vie égare parfois, mais il suffit de dire je me souviens et alors reviennent nous visiter amis et amours.
     La voix de l'auteur est celle des rencontres passées et à venir, ces rencontres de toujours qui nous façonnent ou nous blessent.
     De Poitiers en passant par St Jean d'Angely, nous traversons une campagne paisible et magnifiée par les mots que sait nous murmurer cet auteur si sensible.
     A lire parce que nous avons tous nos chemins à parcourir encore et encore.
Michèle Lesbre - Chemins - Editions Sabine Wespieser - 144 pages - 16 Euros

vendredi 13 février 2015

Métin Arditi : Juliette dans son bain

    Le dernier livre de Métin Arditi nous change de son univers "historique" auquel il nous avait habitués.
     C'est une aventure contemporaine et  sociale qui surprend par le ton et par le suspense qui nous fait penser à une enquête policière.
     Mais il n'y a pas que ça, puisque l'auteur convoque ici les thèmes qui lui sont chers tels que la solitude, l'exil, sa place dans la société, la transmission.
     Son héros, Kandiotis, lui ressemble sans doute un peu (beaucoup) comme lui c'est un magnat de l'immobilier, comme lui il a crée une fondation récompensant les talents artistiques, grand amateur de tous les ars et reste sans doute au fond de son coeur un éternel étranger.
     Le livre s'ouvre sur une scène très particulière où Kandiotis, mécène reconnu et admiré, offre à un musée parisien deux tableaux de Juliette dans son bain, peints l'un par Picasso l'autre par Braque.
     Deux peintures de la même femme vue chacun avec son expression picturale.
     Lors de son émission télévisée, Kandiotis semble un homme fini, à bout.
     L'enlèvement de sa fille et les exigences surprenantes de ses ravisseurs entraîneront cet homme à la réussite éblouissante à revenir sur sa part d'ombre.
     Les kidnappeurs ne demandent pas de l'argent mais la parution d'une dizaine de lettres dans des quotidiens qui dénoncent et condamnent cet homme que tous admirent.
     Dénonçant des faits plus ou moins lointains, elles ébranlent l'homme et le montrent comme un manipulateur, usurpateur d'une réussite qui a fait de nombreux dégâts dans son entourage.
     Alors bourreau ou victime ? Kandiotis est-il vraiment l'homme que le monde entier a longtemps admiré , intègre et que la presse aujourd'hui s'acharne à mettre à terre ou est-il victime d'une vengeance ?
     Le suspense se poursuit jusqu'à la fin et Métin Arditi réussit une prouesse romanesque en donnant à chaque lecteur la possibilité de donner la vérité qu'il souhaite.
     Si le roman n'a pas la densité attendue, il se lit très agréablement et constitue une étude de la société très poussée sur ces hommes que l'on révère pour mieux les abattre.
     Une petite information : Juliette dans son bain n'existe, Braque et Picasso n'ont pas immortalisé cette superbe femme. Dommage !
Métin Arditi - Juliette dans son bain - Editions Grasset - 384 pages - 20 Euros 

mercredi 11 février 2015

Marie Sizun : La Maison-Guerre

     Marie Sizun possède une écriture rare, celle qui nous  bouleverse en nous entraînant dans les souvenirs enfouis, les sensations oubliées, les plus belles celles qui ne demandent qu'à resurgir.
     Elle a surtout les mots pour le dire et sait nous faire partager des moments de pure émotion.
     Dans son dernier livre, elle donne la parole à une narratrice, qui dans sa vie d'adulte se réfugie dans un moment de son enfance qui lui est cher. Quand sa solitude et le vide de sa vie prennent trop de place,elle y trouve le réconfort.
     Alors à cet instant si douloureux, elle se souvient et retourne dans sa "maison-guerre".
     Une maison douce à la petite fille de 5 ans qu'elle était.                En1943, Marie vit avec sa maman à Paris où celle-ci exerce en qualité de comédienne. 
     Pour la mettre à l'abri de Paris occupé par les allemands, elle l'accompagne à la campagne dans les maison des "tantes". 
     C'est la famille de son père, prisonnier de guerre en Allemagne, qui va s'occuper de l'enfant pendant cette parenthèse terrible à comprendre pour une petite fille.
     Protégée, choyée, parfois oubliée dans cette maison, elle est  vivante et découvre à travers les chuchotements, les regards, les non-dits et les paroles prononcées dans son dos, les secrets qu'on aimerait bien lui taire.
     Curieux les souvenirs d'un enfant.
     Ce bonheur de jouer dans le jardin, d'arpenter une maison mystérieuse et d'attendre sans fin une maman qui la visite rapidement, trop rapidement et qui un jour ne viendra plus mais  qui laisse derrière elle comme un parfum de mélancolie.
      Marie Sizun qui sans doute donne écho à ses propres souvenirs dans ce livre, a une façon de tutoyer cette petite fille qui touche énormément.
      Le lecteur est pris dans cette spirale de l'enfance où le manque d'une maman unique est terrible et où justement parce que c'est l'enfance la beauté ressort de la vie comme jamais.
      Des années plus tard, les explications viendront, les secrets seront mis à nu mais pas tous, car cette maman magique gardera une part d'ombre.
      Marie Sizun nous livre la brutalité de la guerre que l'on a cachée à une petite fille et les souvenirs en faisant la part de l'intime que chacun doit garder pour soi.
      Un livre très beau à lire absolument.
Marie Sizun - La Maison-Guerre - Editions Arléa - 220 pages - 20 Euros