Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mardi 28 février 2017

Antoine Choplin : Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar

     Antoine Choplin, l'écrivain qui contemple et nous faire savourer l'art, la nature et les gens beaux de leur simplicité et courage.
     Dans son dernier ouvrage, il nous raconte l'histoire de Tomas, un jeune homme amoureux des arbres à tel point qu'il ne se lasse pas de les photographier, de la nature qui l'entoure et fasciné par les machines.
     Tomas est garde-barrière en Tchécoslovaquie. C'est un contemplatif, un taiseux, il regarde la vie à travers son oeil de candide.
     Lors de la fête annuel des cheminots, il assiste à une pièce de théâtre, et boit un verre avec les acteurs et l'auteur de la pièce. Un moment magique, unique qui va bouleverser toute sa vie.
     L'auteur est Vaclav Havel, pour l'instant il est un écrivain dissident, opposant au régime, farouche défenseur des droits de l'homme, c'est un homme surveillé par la police.
     C'est à l'amitié qui va nouer ces deux hommes, indéfectible malgré les arrestations et la prison, que l'auteur rend hommage.
     Le monde connaîtra le héros de la révolution de velours, le président de la république. Choplin nous le décrit comme un homme rempli d'humanité. Malgré le récit de la lutte politique, de la traque et de la torture, l'atmosphère de ce court roman est imprégnée d'instants magiques, hors du temps. 
     Comme le fait si bien l'auteur, il nous montre des forêts enneigées, une cabane perdue, la beauté du monde qui nous est donnée, quand on prend le temps de la voir.
     Hommage est rendu aussi, à ces hommes de l'ombre, ces anonymes qui ont porté l'Histoire au plus profond d'eux et de leur engagement.
     Un très beau roman, sur des thèmes profonds et riches, que l'auteur soigne particulièrement comme l'amitié, la solidarité et l'art toujours présent.
    A lire.
Antoine Choplin - Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar - Editions La fosse aux ours - 217 pages - 18 €
     

lundi 13 février 2017

Catherine Locandro : Pour que rien ne s'efface

     Catherine Locandro réalise un dernier roman "Pour que rien ne s'efface" rempli d'émotions et pose un regard réaliste sur le naufrage d'une femme.
     Le corps d'une femme de 65 ans est découvert après plusieurs semaines dans une chambre à Paris.
    Qui est cette femme ? Lila Beaulieu, qui se souvient d'elle?          Elle est morte dans la plus profonde solitude et pourtant dans les années soixante, un film culte "La chambre obscure" a fait d'elle une star.
     L'auteur mène une enquête en donnant la parole à douze personnes, hommes et femmes plus ou moins jeunes qui vont venir parler de la disparue.
     Douze témoignages troublant vont remonter le cours de sa vie et nous font découvrir les failles et les vérités de cette femme finalement jamais comprise.
      De sa naissance au Cannet sur la Côte d'Azur, elle sera remarqué à Cannes par un metteur en scène. Avec lui elle fait le film qui la hisse à la gloire en passant, l'épouse, a deux filles et ils vivent à Hollywood et ses paillettes, revient à  Paris où gloire et fortune passées, elle sombre dans la solitude et le manque d'argent, délaissée par sa famille.
     Catherine Locandro dresse une biographie à rebours d'une star déchue, et montre avec beaucoup de réalisme la société qui oublie les personnes qu'elle a pourtant adulées.
      Il est question de solitude et de déchéance ici. Le destin implacable qui rattrape les rêves les plus beaux.  Lila Beaulieu est passée tout près d'une belle réussite, a-t-elle été trop faible , en voulait-elle trop ?
      Ce livre est dérangeant par les questions qu'il suscite sur l'argent, la solitude, l'alcool ou la vieillesse, sur ce monde des apparences où personne ne connaît vraiment l'autre.
     L'auteur nous donne beaucoup d'émotions dans ce court roman, c'est très beau.
Catherine Locandro - Pour que rien ne s'efface - Editions Eloïse d'Ormesson - 208 Pages - 18 €


dimanche 12 février 2017

Jean-Paul Dubois : La succession

     Le dernier roman de Jean-Paul Dubois nous entraîne dans la vie de Paul, comme toujours chez Dubois, et dans une histoire à l'humour caustique qui cache de bien sombres choses, comme toujours.
     Paul, le héros, vit depuis quelques années à Miami où il joue en professionnel à la pelote basque. Il est heureux dans la passion du sport, dans une certaine insouciance avec de sincères amitiés, il lui manque un peu d'amour  mais pour Paul ce sont ses plus belles années, en plus il les vit sous le soleil.
     Il apprend le suicide de son père à Toulouse. C'est du huitième étage, que ce médecin toujours en activité, a décidé de mettre fin à ses jours.
     C'est le retour en France pour Paul, à Toulouse, dans la maison familiale  pour régler les problèmes de succession avec un détour dans le Pays Basque, qu'il aime (mais tout le monde aime le Pays Basque !) et où il a découvert la pelote un certain été.
      Paul se souvient du dernier été et de sa fuite, refusant d'être médecin, refusant la succession assurée, le cabinet médical dans la maison à Toulouse. Le départ pour Miami et ses frontons, et l'océan et les années qu'il mettra entre lui et sa famille trop névrosée, trop décalée.
     Il faut dire que des suicides il y en a eu. D'abord son grand-père dont la vie et l'itinéraire peuvent susciter des interrogations cocasses, ensuite l'oncle qui a toujours vécu avec eux et sa mère et dont les comportements restent encore aujourd’hui énigmatiques. 
     La plume de Dubois se fait ironique, les anecdotes pétillent  et l'humour est léger.
     Puis les souvenirs reviennent plus lourds, plus profonds et ils nous chavirent.
     Paul découvre deux carnets noirs dans le bureau de son père, une étrange comptabilité que Paul va essayer d'analyser car tapie entre les lignes se trouve la véritable succession.
      On retrouve avec un réel plaisir tout ce qui fait le style de cet écrivain. Il nous mène dans des histoires où règnent l'absurde et le délirant pour ensuite nous toucher au cœur avec des histoires familiales où le désespoir est profond, trop triste pour y échapper.
       Un livre très émouvant, qui trotte dans la tête longtemps après.
Jean-Paul Dubois - La succession - Editions de l'Olivier - 234 Pages - 19 €
     

vendredi 10 février 2017

Yaa Gyasi : No home

     Véritable fresque familiale campée dans l'Histoire, le premier roman de la toute jeune auteure Yaa Gyasi, raconte l'histoire de l'esclavage du 18ème siècle au début des années 2000.
      Le début du livre s'ouvre sur l'arbre généalogique et nous suivons le destin de deux sœurs en Côte d'Or (Ghana), filles de Maame
     Effia de la tribu de Fanti se marie avec un blanc, James Collins qui est gouverneur au Fort de Cape Coast  et Esi, de la tribu des Ashanti est capturée et vendue comme esclave aux colons.
     Nous suivons leurs descendances avec une lignée restée au Ghana et l'autre en Amérique.
     Un roman construit sur un rythme rapide et dont chaque chapitre égrène le prénom d'un personnage attachant qui représente un témoignage vivant de son époque.   
     Une épopée tragique qui sonde les profondeurs de personnages victimes de l'esclavage et qui ne cesseront chacun à leur manière de survivre.
     De la colonisation du Ghana par les anglais à la guerre de Sécession qui aboutira à l'abolition de l'esclavage mais aussi à l'instauration de lois raciales, dans Harlem quartier-ghetto de New-York pour les Noirs, des champs de coton aux mines de charbon, les personnages se succèdent et racontent. 
     Ouvrage bouleversant, par la très grand maîtrise de l'auteure originaire du Ghana, et qui ne tombe pas dans le parti pris. Il y a eu des événements d'une barbarie extrême lors de la colonisation et de la traite des noirs mais aussi les tribus africaines rongées par leurs guerres ancestrales ont contribué à l'installation de ce commerce infâme.
      En donnant la parole à Effia, H les deux pelles, Akua la Femme folle ou Willie qui chante dans les églises et tous les autres oubliés et meurtris de l'Histoire, l'auteure nous retrace l'évolution de la condition noire au fil du temps. Pour  ceux  restés au pays, ils subissent un exil de sang, celui que vivent les métisses, ni blanc ni noir.
       J'ai été très émue par les pages concernant Harlem et le jazz, tristes à mourir où les personnages se noient dans la drogue pour oublier le malheur d'une existence décidement bien sombre. 
      Un hymne à l'Afrique, à l'espoir, aux hommes et aux femmes qui ont su relever la tête.
      A lire absolument.
Yaa Gyasi - No Home - Editions Calmann-Lévy - Traduit de l'Américain par Anne Damour - 450 Pages - 21.90€   
     

lundi 6 février 2017

Emmanuel Venet : Marcher droit, tourner en rond

     Ce livre est un véritable plaisir de lecture, une petite merveille, drôle vive et intelligente comme sait l'être la littérature quand elle nous surprend.
      L'auteur qui est psychiatre met en scène un anti-héros âgé de 45 ans atteint du syndrome d'Asperger. Pas de retard de langage ni de trouble intellectuel, mais une difficulté profonde dans les rapports avec autrui, qui l'empêche  d'avoir une vie sociale normale. Il a du mal à se représenter les émotions et respecter les principes sociaux.
     Le narrateur  aime profondément ce qui est clair, précis, il est franc et n'aime pas les mensonges.
     Il adore le scrabble, consacre son temps aussi aux recherches sur les origines de tous les crashs aériens, et aime depuis son enfance Sophie et l'aimera toujours même si elle vit une autre vie.
     Alors qu'il assiste aux obsèques religieuses de sa grand-mère, il se trouve fort mécontent de constater que l'hommage rendu à cette femme est un mensonge absolu. Pourquoi faut-il toujours dire que les disparus étaient les meilleurs ?
     Dans un long monologue intérieur, il invective toute la famille qui joue le simulacre des apparences et des bonnes pensées depuis toujours. Le portrait qui en est fait est tout à fait désopilant et nous renvoie une image pas très honorable de la famille.
    A travers le portrait de cette famille plus vraie que nature, c'est le constat d'une société qui s'arrange et s'accommode et dont les compromis empêchent de voir la vérité. Une critique des relations humaines basées sur l'hypocrisie et l'indifférence qui  nous interpelle.
     L'humour et l'ironie émaillent les réflexions de l'homme qui nous touche beaucoup en raison d'une grande solitude et souffrance qu'il vit.
Alors à lire absolument, sans réserve. 
Emmanuel Venet - Marcher droit, tourner en rond - Editions Verdier - 128 Pages - 13 €

Alain Blottière : Comment Baptiste est mort

     Pour son dernier livre "Comment Baptiste est mort" Alain Blottière a reçu le Prix Décembre 2016.
     C'est un roman à la construction très originale où l'émotion est contenue dans les blancs, ceux de la page et ceux laissés par le jeune Baptiste.
     Baptiste a été kidnappé par un groupe de djihadistes, avec ses parents et ses deux frères dans le désert d'Afrique. Seul rescapé, l'histoire débute par un interrogatoire où un homme, sans doute un psy, lui pose des questions sur sa captivité et auxquelles Baptiste ne peut ou ne veut répondre.
     Les chapitres vont alterner, dialogues brefs, succincts où les silences racontent l'horreur et où le lecteur sent un souffle une présence avec le récit de l'enlèvement de la famille raconté à la troisième personne, 
     Rebaptisé Yumaï par ses ravisseurs, Baptiste n'existe plus et  éprouve des sentiments confus vis à vis de ses bourreaux.
      Amir, le chef, le repère et lui apprend à se comporter comme un soldat, il ne doit pas avoir peur, ne doit pas craindre la solitude et surtout il doit être fort.
     Il a souffert et a subi beaucoup de violence : simulacres d'exécution, peur, faim et drogue. Cette maltraitance entraîne des gouffres noirs dans sa mémoire.
     Mais petit à petit les échanges avec la personne vont l'aider à refouler l'effroi et évacuer le lavage de cerveau.
     C'est alors que lui reviennent des bribes de la barbarie subie mais aussi des actes effectués sous la contrainte alors qu'il était en proie à la peur et sous l'emprise de drogues.
     Les descriptions du désert sont sublimes et glaçantes. Les séjours forcés que fait Yumaï tout seul dans une grotte  ornée se transforment en quête initiatique.
      C'est un roman très sobre et dérangeant. L'auteur mène un récit très épuré,  même poétique. Il nous dévoile avec retenue la manipulation et la fascination de Yumaï pour son chef mais tout bascule dans l'horreur la plus totale. 
       Un roman lu d'une traite, on souffle après.
Alain Blottière - Comment Baptiste est mort - Editions Gallimard - 208 Pages - 18.50 €