Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mardi 29 décembre 2009

Andreï Makine : L'amour humain

A. Makine nous raconte le 20ème siècle et son chaos, à travers le destin d'Elias Almeida, révolutionnaire angolais. L'amour seul l'amour peut sauver l'homme, voilà ce que raconte ce livre face à la bêtise des hommes, face à la guerre, l'amour , l'amour toujours.
La vie d'Elias est racontée par un homme qui l'a connu dans les dernières années de sa vie lors d'une longue nuit en Angola, prisonniers tous les deux des soldats de l'Unita. Instructeur soviétique , il forme les peuples à la révolution et tout au long de ce livre Elias a vu sa mère mourir sous les coups, il s'engage alors auprès de son père dans la lutte pour sauver son peuple, il ira à Cuba , en Russie pour parfaire son éducation révolutionnaire et retournera en Afrique. En Russie il rencontrera Anna à qui il vouera toute sa vie un amour infini. Rien n'altérera cet amour, ni l'éloignement, ni le mariage d'Anna, ni ses combats.
Ce livre nous plonge dans l'Histoire, celle de l'Afrique et de l'Angola où les portugais ont maté les révoltes dans une incroyable violence. De l'Afrique unie à la Russie, chaud et froide, ensemble et si éloignés pourtant en passant par la rencontre avec le Che distillant un discours décevant et convenu, en finissant par l'horreur absolue de Mogadiscio, ce roman fouillé et dense nous met face à l'absurdité humaine, à ses contradictions.
A. Makine tente d'expliquer dans son récit les drames humains, les guerres, l'horreur en ne perdant pas de vue que l'amour humain est la seule quête capable de sortir l'homme de sa barbarie.
"Si la révolution ne change pas notre mode d'aimer, à quoi bon tous ces combats ?..."
J'ai beaucoup aimé l'écriture. Makine désabusé nous offre des pages d'une beauté à couper le souffle et d'une grande poésie.
J'ai juste un peu de mal à me projeter dans un monde où l'amour de l'homme, l'amour pour l'homme sera la réponse aux conflits.


dimanche 27 décembre 2009

Laurent Mauvignier : Des Hommes

Dans une salle des fêtes d'un village, Solange fête ses 60 ans et son départ à la retraite sur fond d'amitié et de souvenirs. L'arrivée de son frère aîné, Bernard, surnommé "Feu de Bois" avive d'autres souvenirs et avec son cousin Rabut l'alcool comme à chaque fois les soulagera peut être. 40 ans plus tôt, ils faisaient partie des appelés dans les évènements d'Algérie. Ils y ont fait la guerre, ils ont tué, torturé mais ils ont souffert, dans leur âme et leur corps. Ils ont vu et n'ont jamais pu raconter. A la fin de cette fête de village, l'altercation raciste avec le maghrébin du coin donnera le départ à ces souvenirs, à la peur, à la terreur. Rabut devient le narrateur et raconte comment l'Algérie a transformé ces hommes.
Dans ce livre, Laurent Mauvignier parle non pas de l'homme mais des hommes. Comment peut on continuer à vivre quand on a vu l'horreur, l'inimaginable, quand on sait que c'est trop tard ? Les questions posées restent sans réponse ou alors de façon édulcorée les souvenirs tentent d'inventer un avenir.
L' écriture est saisissante de douleur, les mots ne passent pas, le lecteur a envie de terminer les phrases mais non il ne vaut mieux pas... Les mots haletés restent en suspens quand ils parlent de la guerre, l'amour, la mort. Des hommes, une famille de taiseux dont les rancoeurs et la haine ont traversé toute une mer, toute une vie.
L'auteur sait très bien rendre le quotidien quand il bascule dans l'angoisse et les non dits, dès le premier café parce qu'il rappelle ceux de là bas, parce qu'une phrase replonge dans l'enfer et creuse les fêlures, les silences, parce qu'en famille aussi on se bat, on se hait, parfois.
Une guerre sans nom, toutes les guerres et des hommes qui n'ont rien demandé, juste des hommes.
L'impression que m'a laissée ce livre, ce qu'il en reste quand je l'ai fini c'est une infinie lassitude face à une autre histoire sur la guerre d'Algérie, sur ces guerres qui n'en finissent pas quand d'autres continuent toujours. C'est malgré tout la vie qui se poursuit avec cette quête de justification, de repentance, d'accusation. Et pourtant pour ces hommes aussi, en Algérie, il y avait le soleil, il y avait de l'amour et des moments de vérité et de grâce.
J'ai été étourdie par cette écriture remplie de fièvre et par ces personnages si ordinaires et malgré eux témoins de l'Histoire.











samedi 19 décembre 2009

Karel Schoeman : Cette vie

Tout au long d'une nuit qu'elle espère la dernière de sa vie, une vieille femme remonte le temps et égrène les souvenirs, les images. Elle se souvient et tente d'obtenir des réponses à des questions depuis longtemps posées. Dans un long et haletant monologue elle nous raconte l'histoire de sa famille, premiers hollandais installés en Afrique du Sud au 19è siècle. Le Karoo, ce désert d'une saisissante beauté offrant tous les contrastes. Dans ce paysage dur, les hommes travaillent, subissent et font subir, pour vivre et continuer. C'est l'histoire de ce pays avec ses guerres, ses clans, ses humiliations, son apartheid. C'est l'histoire d'une petite fille délaissée qui n'a jamais été aimée dans une famille de taiseux, de besogneux. Toujours ignorée et mise à l'écart , elle voue pourtant un profond amour à ses deux frères et une lumineuse admiration pour sa belle sœur Sofie. Témoin de passions secrètes, cachées mais si présentes et violentes, elle comprend les gestes, les regards mais aussi les mots qu'on ne dit pas. Elle entendra les conversations tenues en oubliant sa présence. De cette absence d'existence aux yeux des autres, elle gardera en mémoire tout ce qui la frôlera. A la fin de sa vie, elle nous dit simplement comment la sienne a été remplie uniquement en regardant, en écoutant vivre les autres et en s'imprégnant de sa terre, de son pays. Une vie de solitude et de non amour passée à attendre ceux qui sont partis parfois pour toujours.
Karel Schoeman dans un texte admirable nous offre une saga familiale chez les Afrikaners. Partisan de la cause des Noirs dans son pays, il nous fait vivre par son écriture poétique une histoire étrange, forte entre souvenirs et passions qui nous tient en haleine jusqu'au bout.
L'émotion est là, pesante, on la sent comme ce vent qui balaie ce désert.
Pour ce livre K. Schoeman a reçu le Prix Hertzog, la plus prestigieuse récompense littéraire en Afrique du Sud. C'est un livre d'une grande beauté.

samedi 12 décembre 2009

Henning MANKELL : Les chaussures italiennes

Le dernier roman de H. Mankell, sans K. Wallander son commissaire attitré, nous emporte sur une île de la Baltique entre 2 solstices d'hiver dans une histoire glacée, comme les paysages d'une saisissante beauté et comme le coeur de ce héros qu'une erreur professionnelle a complétement cassé. Frédrik 60 ans ancien chirurgien vit, reclus, depuis 10 ans seul sur son île depuis une erreur tragique commise lors d'une opération. Il voit sa vie bouleversée par l'arrivée d'une vieille femme qui est un ancien amour qu'il a quitté 40 ans plus tôt sans aucune explication. Elle va mourir. Des explications, c'est ce qu'elle attend et il se voit rattrapé par son passé avec des surprises qui vont surgir tout au long de ce voyage qu'il va faire avec elle pour tenir une ancienne promesse. A jamais sa vie sera bouleversée et rien ne sera plus comme avant. Il fera des rencontres et renaîtra à la vie en se rendant utile et à l'écoute des autres. Il fera la connaissance de sa fille, il reverra la patiente qu'il a malheureusement amputée, et d'autres personnages que la vie essore inexorablement. L'amour comme rédemption. L'amour et le pardon vont le sauver de lui-même et le ramener à la vie et le rendre à l'humanité. Des sujets très porteurs mais je n'ai pas vraiment accroché. Le livre se lit facilement, le récit est sensible et plaira à beaucoup de lecteurs. Les thèmes du pardon, de la solitude de la mort y sont évoqués avec beaucoup de circonspection et un certain optimisme. Les personnes broyées par la vie reçoivent enfin la lumière qui les sauvera même si elles doivent en mourir. Il y en a peut être trop à mon goût et l'accumulation de tous ces bouleversements dans la vie de Frédrik m'a ennuyé. Le mélodrame n'en finit pas tout au long de ces pages. Malgré tout un personnage m'a accrochée (un peu) c'est le vieux créateur de chaussures italiennes ( l'explication du titre !!) en plein désert glacé qui arrive non seulement à créer de somptueuses chaussures mais à philosopher ! Mais, je le sais, je me damnerai pour me chausser chic ! Je vais plutôt essayer de lire Mankell avec son fameux commissaire.

samedi 5 décembre 2009

Philip Roth : La tache

Accusé de propos racistes par deux élèves noirs de l'Université d'Athéna, Coleman Silk brillant professeur de grec, ancien directeur de département puis recteur de l'université donne sa démission. Il vivra les deux années suivant sa démission dans une profonde colère et un incroyable sentiment d'injustice. Nathan, un ami , tentera à sa demande d'écrire son histoire avec l'université et les combats qu'il a menés pour la sortir de l'immobilisme des habitudes. Mais Coleman a vécu toute son existence avec un secret et Nathan nous fera découvrir les sacrifices de cet homme pour vivre sa vie et l'intolérance subie face à la liberté de disposer de soi. A travers la dernière liaison de Coleman, 71 ans, avec une jeune femme illettrée de 34 ans, Nathan essaie de comprendre cet homme qui est resté finalement fermé aux autres pour vivre sa vie.
Roth nous entraîne dans 60 ans d'une épopée américaine toujours capable du pire pour croire au meilleur, où la fureur de vivre fait oublier les lendemains angoissés, les scandales politiques occultent les revendications minoritaires, où les leçons de morale relèvent de la pudibonderie hypocrite et où le rêve américain rencontre la réalité sordide.
La tache c'est le secret. Tous les personnages de Roth ont des secrets. Face à une société toujours demandeuse d'une certaine image, les héros se fendillent pour rester humains. Personne n'est vraiment ce que l'on croit. La difficulté est de s'arrêter et savoir regarder.
L'intolérance est le fil conducteur de ce livre écrit d'une densité et d'une subtilité d'une grande qualité. Avec Roth il y a toujours de l'humour pour le sexe et de la dérision pour le reste. Pourtant il sait quitter la satire pour nous plonger dans la tristesse, l'amertume, la désillusion.
Sur fond d'affaire Clinton-Lewinsky Roth nous explique les destinées des personnages en fonction du contexte social. Des années 20 qui ont construit Coleman aux années 90 qui le détruisent, ce sont les combats pour la liberté, la lutte des minorités, le racisme, tous les problèmes engendrés par cette société américaine qui sont ici soulevés.

J'ai moins accroché au portrait de Delphine, la jeune prof française diplômée d'Ulm dont Roth s'acharne à en faire une caricature dont les secrets sont pitoyables.
Le livre est quand même remarquable et Roth sait jouer avec maîtrise avec les mots pour nous inciter à la réflexion dans un univers complexe.




mercredi 2 décembre 2009

Gwenaëlle Aubry : Personne

Dans ce très beau texte, G. Aubry rend un hommage digne et touchant à son père : François-Xavier Aubry décédé récemment.
Brillant avocat, auteur d'essais et spécialiste de la décentralisation, c'était un homme atteint d'une grave psychose maniaco-dépressive. Il a sombré dans la folie, la solitude, le néant. Il en est mort. Homme toujours éloigné de lui-même, morcelé par cette maladie et connaissant son mal il a tenu un journal notant son évolution, ses angoisses, cet abîme qui le saisissait et l'empêchait de revenir de l'autre côté.
L'auteur ne fait pas un bilan médical. Elle dresse un portrait de son père, à travers les lettres de l'alphabet. 26 chapitres pour raconter et 26 lettres pour essayer de comprendre pourquoi cet universitaire brillant, ce père de famille n'a jamais pu guérir. 26 portraits d'un homme habité par d'autres jamais par lui dans une réalité absolue.
Elle raconte les séjours psychiatriques, la famille dans une souffrance éperdue face à un déni de la maladie, les errances de son pères au bout de la nuit et la déchéance sans lendemain.
Dans une écriture sobre, serrée, elle analyse la petite fille qu'elle était et comment elle a pu être au côté d'un père à jamais absent de lui-même.
Enfin l'écriture rend à cet homme l'enveloppe qu'il aurait aimée avoir et obtenir enfin le néant sans aucune peur, aucune angoisse.
C'est un très beau texte, peut être dur parfois, mais toujours très respectueux de ce mélancolique qui "depuis toujours cherchait le droit, enfin, de ne plus être quelqu'un".

samedi 28 novembre 2009

Andrea Camilleri : Le tailleur gris

L'histoire commence le premier jour de retraite d'un directeur de banque en Sicile, le lecteur ne connaîtra jamais son nom. C'est aussi le bilan de sa vie, de son couple que fait cet homme le premier jour où il ne se rend plus à son travail. Il est marié en seconde noce à une femme beaucoup plus jeune que lui et dotée de besoins sexuels et financiers immenses ainsi que d'une personnalité trouble. Elle le trompe, il le sait. C'est aussi le portrait d'une bourgeoisie locale définie par des codes, des apparences, de la bienfaisance mais qui sait aussi fermer les yeux pour éviter les scandales. Toute sa vie cet homme a existé uniquement par son statut, sa position sociale, son argent et sa jolie épouse. Aujourd'hui seul dans sa maison, qu'en est il de lui ? Rattrapé par la maladie, il se souvient.... Camilleri nous a habitué à des policiers plein de gouaille sicilienne où le vocabulaire argotique sert un humour coloré. Ici le texte est étrange tant l'écriture est épurée presque froide.
Au début le lecteur s'attend à assister à un traditionnel ménage à trois mais Camilleri nous entraîne dans une étude psychologique remarquable des personnages. Les émotions sont fortes et l'écriture d'une grande finesse.
J'ai trouvé ce livre très triste comme la fin de vie de cet homme qui sans les carcans qu'il s'est imposé n'est rien. Le constat d'une vie sans véritable rendez vous d'amour et d'accomplissement.
A lire pour découvrir un Camilleri sans son commissaire Montalbano....


jeudi 26 novembre 2009

Anna Gavalda : L'échappée belle

Le dernier roman de Gavalda n'est pas franchement une nouveauté puisqu'il a été écrit en 1981 mais jamais publié . Remanié pour cette sortie, l'auteur situe l'action et les personnages dans le cœur du modernisme avec téléphones portables, iPod et SMS. C'est l'histoire d'une fratrie qui va s'échapper d'un mariage ennuyeux le temps d'un week-end end pour se retrouver, se raconter, s'aimer à nouveau comme d'incorrigibles enfants. Parce qu'ils sont restés encore ado ces trentenaires et leurs histoires, le lecteur les connaît déjà même s'il n'a jamais lu Gavalda et surtout s'il l' a déjà lue . Rien de nouveau sous le soleil de Gavalda. Les mêmes états d'âme, les mêmes questions sur le mariage, le divorce, le couple, les enfants, des adultes déchirés certes. Les clichés égrenés comme une liste de commissions: les chansons qu'on écoutait ensemble au même moment, les films qu'on a vus ensemble et qui nous rappellent des souvenirs. Tout y est, et pourtant ça marche. L'écriture est légère, un brin nostalgique les personnages sont sympathiques et attachants. Le texte est court et agréable, une vraie bulle de champagne.
C'est vrai ils sont malheureux ces jeunes mais la vie est là.....
J'aurais aimé peut être une vraie histoire, plus longue, plus construite et moins prévisible.
C'est un très très court roman qui reste sympathique quand même.

mardi 17 novembre 2009

Minh Tran Huy : La double vie d'Anna Song

Anna Song vient de mourir à 40 ans d'un cancer. Depuis 20 ans, elle vivait recluse en raison de sa maladie, elle était pianiste et pendant ces années a enregistré tous les plus grands morceaux de la musique classique. A sa mort son mari, Paul livre son oeuvre au public qui découvre enfin le talent prodigieux de cette artiste inconnue. Mais Paul par amour pour Anna met en place une imposture. Anna n'a jamais enregistré , elle n'était pas une virtuose. Le texte de ce très beau livre, alterne le témoignage de Paul qui raconte sa passion pour Anna et les articles de presse . Les descriptions, les histoires de la famille d'Anna originaires du Vietnam donnent beaucoup de poésie à ces souvenirs. Les articles de journaux démontent peu à peu cette incroyable falsification, le scandale éclate et Paul devra faire face à la justice. L'auteur nous dresse le portrait d'un homme, Paul, qui s'est construit ses souvenirs et sa vie à travers son amour pour Anna. Un amour fou qui va jusqu'au mensonge pour prolonger son existence, pour rechercher ses origines. Mais l'histoire ne s'arrête pas à cette imposture, l'auteur dans les dernières lignes ôte toute logique à cet homme et le fait basculer dans la folie. L'écriture est belle, tendue, elle évite tout sentimentalisme pour ne retenir que la dureté de la réalité.

mercredi 11 novembre 2009

Anna Gavalda : Je voudrais que quelqu'un m'attende...

" Mon coeur est comme un grand sac vide, le sac, il est costaud, y pourrait contenir un souk pas possible et pourtant, y a rien dedans" voilà ce que dit une jeune fille à sa soeur dans une des 12 nouvelles qui composent ce recueil.
Anna Gavalda nous décrit des personnages attachants, forts et fragiles à la fois tous à la recherche de l'amour. Le fil conducteur de ce roman est l'amour et toutes ses formes : l'absence d'amour, la quête d'amour, le rêve, l'ancien amour, la perte.
Ce sont des personnages que nous croisons souvent dans leur quotidien, qui nous déconcertent parfois comme la vie. Ils jouissent d'une grande liberté qui les fragilisent face à la recherche et au manque d'amour
L'auteur place ses histoires dans la vie de tous les jours avec un langage simple, direct parfois cru mais toujours vrai.
"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" c'est finalement ce que les personnages pensent et recherchent tout au long de ce livre plein de nostalgie et d'humour.


lundi 9 novembre 2009

Hyam YARED : Sous la Tonnelle

Sa grand-mère venant de mourir, la narratrice retourne à Beyrouth pour assister à ses obsèques. Elle se réfugie dans le boudoir de la maison pour fuir ainsi les nombreux visiteurs venus présenter les condoléances à la famille. Recluse dans cette pièce, elle retrouve parmi les papiers, lettres, dessins, objets, l'image de sa grand-mère tant admirée et aimée. Elle-même en plein divorce et remplie de doutes, les souvenirs du bonheur l'aident à affronter un avenir incertain. D'origine arménienne la vieille dame s'était installée avec sa famille au Liban et est devenue veuve à 31 ans. Par amour pour son mari, elle fait la promesse de lui rester toujours fidèle et consacrera sa vie aux autres. L'amour des autres et de son pays. Elle refuse de quitter sa maison à Beyrouth malgré la guerre civile, les trahisons et la folie des hommes. L'amour pour seul salut.
C'est en rencontrant un des visiteurs et pendant une longue conversation sous la tonnelle, qu'elle apprend tout un pan caché de l'histoire de son extraordinaire grand-mère. Elle entend parler pour la première fois de Youssef, que la vieille dame a rencontré lors d'une croisière ne bateau en 1947. C'est un deuxième roman qui débute alors et nous découvrons une femme éprise de liberté et de passion, plus complexe et mystérieuse et qui sera digne jusqu'au bout des serments donnés. A travers l'histoire d'un pays malmené par les conflits, l'auteur nous offre un très beau portrait de femme emportée par la tourmente de l'Histoire.
L'écriture est très pure comme une longue lettre destinée à une chère disparue trop tôt. Une véritable confession d'amour d'une petite fille à sa grand-mère .
Avec beaucoup de grâce et de poésie , elle nous raconte les moments de violence et de passion qui traversent toute vie et qui restent si difficiles à contenir.

vendredi 6 novembre 2009

Anna Gavalda : Je l'aimais

Chloé est désespérée. Adrien son mari vient de la quitter elle se retrouve seule avec ses deux filles et elle sombre dans un profond désespoir. Son beau-père, Pierre, sensible à son chagrin l'emmène elle et ses deux filles dans une maison de famille. Au bout de la nuit, Pierre l'écoute et pour la première la carapace de cet homme dur se fendille et il raconte son histoire d'amour. Alors qu'il était marié, il a rencontré une femme pour laquelle il a éprouvé une véritable passion comme jamais avant. Enfin il existait grâce à elle. Il aurait pu recommencer sa vie avec elle et pourtant il n'a jamais osé et l'histoire s'est arrêtée. Des années plus tard , il y pense encore et pendant toute une nuit il raconte combien c'est dur de partir et combien il faut de courage aussi. Lui n'a pas eu ce courage, il a eu , comme beaucoup d'hommes, la seule lâcheté de rester. Une nuit à balancer entre regrets, passion et chagrin.
Anna Gavalda nous offre comme toujours des personnages à fleur de peau, une confession dans une cuisine, une nuit au bout des larmes et des souvenirs d'amour qui reviennent. Des mots comme des souffles...
L'écriture est simple et pure, la conversation belle. Cet homme qui pour une fois a le courage de parler va prendre la défense de celui qui a osé tout quitter par amour. Oui on peut partir par courage, lui ne l'a pas fait.
Le livre est court et dense, la musique de Gavalda a une grâce inouïe.
Bien sûr, la confession d'amour de cet homme n'enlève rien à sa lâcheté. Mais quand nous écoutons justement sa douleur, cet homme dans la cuisine, nous sommes face à nos doutes , nos erreurs , nos renoncements, nos mensonges et encore une fois Gavalda sait nous parler de nous.
Laissons nous porter, même si tout n'est pas dit dans ce livre, le lecteur a la permission de le faire lui-même.

mardi 3 novembre 2009

Brigitte Giraud : Une année étrangère

La narratrice Laura, 17 ans, a décidé de ne pas se présenter au bac et de passer une année à l'étranger en tant que jeune fille au pair. C'est en Allemagne auprès d'un couple avec deux enfants qu'elle essaiera d'oublier mais aussi de comprendre pourquoi ce départ ressemble plutôt à une fuite.
A la suite d'un drame familial, ses parents se déchirent, sa vie de famille explose dans une adolescence tourmentée. Maîtrisant finalement très mal la langue germanique, elle va vivre auprès de cette famille qu'elle trouve plus détendue, plus ouverte. En apparence seulement car cette famille vit aussi un drame , et c'est là qu'intervient toute la finesse de l'écriture pour raconter les doutes, les interrogations de cette jeune fille loin de ses racines au bord de tous les vides, les questionnements sur le passé, sur la transmission. Un plongeon au cœur de l'intime, l'adieu à l'adolescence qui n'en finit pas, le deuil vécu, la place que Laura essaie d'acquérir auprès de sa famille d'accueil mais aussi dans la sienne. Le lecteur éprouve cette perte d'identité que chaque personne doit ressentir quand il vit à l'étranger et qu'il ne parle pas la langue du pays. Pour Laura tout lui est imposé, les loisirs, les repas, les conversations. Elle va apprendre cette langue pour s'intégrer à cette famille, à ce pays.
Je trouve la fin admirable car c'est par la langue maternelle, qu'elle trouvera sa liberté et imposera ses choix. C'est très beau.
Une écriture très fine, très délicate tout au long de ce roman d'une grande sensibilité, nous montre combien l'adolescence est fragile et peut facilement basculer quand les adultes ne savent pas rester à leur place et montrer le chemin.

mercredi 21 octobre 2009

Philip Roth : Un homme

" Ce n'est pas une bataille, la vieillesse, c'est un massacre ". Ces paroles sont dites par l'homme que Philip Roth suit tout au long de sa vie et de ce magnifique ouvrage. A commencer par son enterrement.
Les thèmes de prédilection de l'auteur sont là : le sexe, la vie, la vieillesse, la maladie et la mort.
Surtout la mort et le constat effroyable : je n'ai pas fait ce que je voulais et tout va s'arrêter.
Si nous ne connaissons pas le nom et le prénom de cet homme, en revanche nous savons beaucoup des étapes et détails de sa vie avec les personnes rencontrées, aimées, sa famille ses ex femmes, ses maîtresses, ses enfants. C'est d'ailleurs assez troublant. C'est tout le talent de Roth.
A 71 ans, cet homme anonyme nous raconte sa vie, l'homme à femmes qu'il a toujours été, le sexe qu'il a aimé plus que l'amour, le travail qui l'a porté , ses mariages ratés. Il n'aime pas l'homme qu'il est devenu, sa liberté d'homme qui l'enferme dans une solitude épouvantable, la maladie l'a rattrapé, la vieillesse va triompher et la mort l'attend.
"... Il était temps de s'occuper du néant. L'avenir l'avait rattrapé."
Philip Roth nous offre un livre d'une cruelle lucidité sur la vieillesse et la maladie dans un style admirable. Il analyse avec précision les angoisses, la peur de l'homme, n'importe quel homme devant son inéluctable fin. Cette impression de gâchis de la vie, des regrets devenus inutiles et la peur de ce rien qui va venir.
Le livre n'est pas gai mais Roth nous emporte dans une fiction tellement réelle que nous sommes bouleversés par ce héros auquel il donne vie. C'est ce qu'on attend de la littérature et quand ça arrive la lecture devient un grand moment.






samedi 17 octobre 2009

Françoise Henry : Le rêve de Martin

C'est une longue lettre posthume qu'une mère écrit à son fils et c'est un monologue, témoignage poignant que nous écoutons et que nous nous approprions tout au long de ce récit d'une grande noirceur.
Armande est morte et elle va parler enfin à son fils Martin. Il a soixante dix sept ans et il va mourir. C'est le récit d'un secret, de vies déchirées à jamais et vécues par Armande par qui la faute arrive et par Martin qui la subira sans comprendre toute sa vie.
Armande est mariée elle a deux petits enfants, elle retrouve à l'école du village un ancien amour de jeunesse. Devenu instituteur, il lui redonne ce qui lui manque : plaisir et légèreté. L'espace d'un instant elle oublie tout, elle succombe. Martin naîtra de cet unique moment charnel.
Mais Armande ne quitte pas sa famille et son mari accueille Martin. C'est la guerre et quand la vie devient trop dure, le mari placera Martin chez un couple de paysans sans enfants où il sera le valet de ferme. Voilà le 9 mai 1940, Martin quitte sa famille pour vivre une vie de douleurs.
Jamais Armande ne se remettra de cet abandon, jamais elle ne fera un geste pour revoir son fils, jamais elle ne lui expliquera pourquoi il a été placé. Jamais les mots ne passeront sa bouche. Martin ne reviendra jamais chez lui, il essaiera de trouver une place auprès de ces paysans sans cœur, il sera malheureux.
L'écriture est bouleversante dans son austérité, les mots arrivent trop tard. Mère et fils ont chacun de leur côté souffert du même drame. L'un savait pourquoi, l'autre pas. Martin aurait eu une autre vie avec son vrai père, Armande aussi peut être. Le gâchis est immense.
La faute de la mère est racontée avec des mots d'une grande sensibilité : "Il m'a caressé la joue comme jamais personne ne me l'avait caressée. J'ai fondu. J'ai tout oublié. J'ai tout donné."

vendredi 16 octobre 2009

Eric Holder : Mademoiselle Chambon

L'interview de l'auteur dans un magazine littéraire et la sortie de l'adaptation de ce roman au cinéma m'ont incitée à lire et découvrir cet ouvrage. D'abord l'auteur m'avait touché, d'une grande sensibilité il a une grande retenue pour parler de lui, une grande délicatesse ressortait de cet entretien. Le livre ressemble à son auteur, ces mots ces phrases à peine prononcés toujours en retenue parfois avec maladresse nous émeuvent un peu. Un peu ? Oui parce que peut être l'histoire de l'ouvrier aux belles mains calleuses qui rend fou d'amour une femme belle, intelligente et d'un milieu social différent du sien commence à faire un peu cliché. Je veux mettre quand même un bémol, c'est bien écrit même si parfois le style est convenu. Les paragraphes courts sont propices à une lecture agréable et les pages blanches sont comme un souffle dans l'histoire. Il reste l'émotion d'une musique écoutée, d'une lumière sur un champ de blé, de la fin de l'été... Mais je n'arrive pas à comprendre l'amour de l'institutrice pour cet homme et inversement, le rôle de l'épouse et mère sacrée, non plus. J'aurais aimé que les questionnements, les doutes des personnages soient plus fouillés. Antonio, que j'ai trouvé émouvant et peut être le plus intéressant, m'a paru à la longue fade parce qu'il ne va pas au bout de son éveil, il renonce. La scène que j'ai trouvé la plus caricaturale est la rencontre de l'ami de toujours, Georges avec l'institutrice dans la maison du couple absent. Il lui fait la visite de la maison vide mais pleine de la famille, l'album photos vu dans tous les détails pour qu'elle prenne conscience que c'est elle la "briseuse de couple".
La fin est inattendue et surprenante. Peut être que là Antonio avait la possibilité de dire et de faire face à cet amour qu'il ressent depuis le début de l'histoire.
J'ai malgré tout passé un très bon moment, la sensibilité de l'histoire est réellement présente et certaines descriptions nous touchent. Il y a toujours beaucoup de douleur dans un amour interdit par les convenances et c'est très beau quand c'est dit avec les mots de Holder.

dimanche 11 octobre 2009

Gil Adamson : La Veuve

L'histoire est celle de Mary Boulton, une fugitive, dans les Rocheuses Canadiennes en 1903. Elle a tué son mari, perdu son enfant, et elle fuit ses deux beaux frères désirant se venger. Tout au long du récit elle sera La Veuve, c'est la seule identité qu'elle possède. Le lecteur pourrait s'attendre à une véritable poursuite effrénée à travers les montagnes. C'est le contraire, c'est une histoire de rencontre.
Tout d'abord celle que l'on fait avec Mary, nous ne pouvons pas oublier dès les premières pages du livre, cette petite chose fragile habillée de noir prisonnière de sa folie et de son chagrin. Elle fuit pour vivre.
Et puis les rencontres que fera Mary tout au long de son aventure. Des personnages qui vont l'aider, qui la feront exister.
Ce sera la vieille dame à l'église, un ermite qui lui apprendra la survie en montagne, un révérend, un Indien et d'autres encore. Avec elle nous découvrons une ville minière : Frank.
Gil Adamson nous livre le récit de survie d'une femme en 1903, dans un monde d'hommes , au milieu d'une nature sauvage et hostile.
L'écriture évite les clichés habituels de la femme malheureuse et battue qui tue son mari. Le lecteur découvre l'histoire de Mary par bribes, lentement. Une phrase, un souvenir et puis le présent, la nature nous happent à nouveau.
Mary nous inspire beaucoup de pitié et nous avons envie qu'elle s'en sorte. Sa folie n'est pas franchement établie, depuis combien de temps a t elle des hallucinations, des visions ? Pourquoi ?
C'est une réussite dans l'écrit qui balance sans cesse entre la réalité qu'elle vit et qui est assez dure et effrayante et ses hallucinations. Le lecteur est pris entre deux discours et comme elle, il est pris de vertige.
Un premier roman qui m'a tenue en haleine, avec une écriture somptueuse et très poétique. L'auteur sait toucher et décrire le coeur de ces hommes et de cette femme et nous emmener dans les montagnes où si on peut survivre tout devient possible.
J'ai beaucoup aimé la fin que je ne peux pas raconter mais que j'aimerais juste aborder.
Les deux derniers mots "Trouve-moi"que Mary note à l'attention d'un homme est une merveilleuse fin. Ce sont les seuls mots qu'elle écrira et c'est très beau.

dimanche 4 octobre 2009

Joseph Boyden : Les saisons de la solitude

"Tout le monde prétend qu'il est dangereux d'apprivoiser un animal sauvage. Mais pour qui ? Pour l'animal ou pour l'homme ?".
Deux voix, deux histoires pour ce roman de vie que nous conte Joseph Boyden. Deux destins, unis et désunis par les liens de la famille. Une famille indienne du Canada qui arrive avec beaucoup de mal et de tragédies à prendre en main son destin. Deux générations qui vivent leur passé, leur culture dans une quête éperdue de liberté et de vérité. La trame est celle que Boyden aime prendre, celle de l'histoire d'une famille, mais aussi de chaque individu face à l'éclatante immensité des espaces canadiens et l'appel des villes américaines entre autre l'incontournable New York. C'est un étonnant hommage à la nature. Ce qu'il reste de sa culture et de ses croyances quand le monde autour s'acharne à balayer les derniers vestiges d'une civilisation trop ancienne. Et pourtant dans ce roman, l'ennemi et la haine ne viennent pas des étrangers mais de la famille, du clan. Alors ? Boyden nous emmène sur des chemins toujours douloureux, ceux de la connaissance de soi, de la recherche de son identité même si elle a perdu sa place. Avec un texte d'une grande simplicité, il nous permet d'être proche de cet univers et de ces gens. Douloureuse simplicité qui nous fait comprendre la complexité de toute une vie. L'histoire est celle de la famille Bird, Indiens du Canada. Will, la soixantaine , est un ancien pilote il se trouve plongé dans le coma suite à une terrible agression et puis Annie sa nièce revenue d'un long voyage à travers le clinquant des grandes villes américaines à la recherche de sa sœur Suzanne. Elle veille sur lui et lui parle, lui raconte. A travers son sommeil, Will aussi nous ouvre les portes de son histoire. C'est une très belle fresque historique et humaine et l'écriture est pure et sincère. Juste un bémol, j'ai trouvé les clichés de New York et de l'univers de jet set un peu trop clichés justement et convenus. Ils m'ont un peu lassée parce qu'ils reviennent un peu trop souvent et restent prévisibles. Par contre j'avais hâte de retrouver Will et ses errances dans la forêt canadienne , avec son histoire en tant qu'Indien mais surtout en tant qu'homme, m'a vraiment touchée. Will (Boyden) nous apprend la fuite, celle qui sauve , celle qui nous sauve, celle qui nous apprend à nous perdre pour mieux nous retrouver. La fuite pour ne pas être pris, pour rester libre et vivant.
"Tout ce que je sais, c'est qu'il n'existe pas de héros dans ce monde. Rien que des hommes et des femmes devenus vieux et fatigués qui n'ont plus la force de lutter pour ceux qu'ils aiment."
Un très bon roman où l'humanité est présente dans tout ce qu'elle a de plus simple : sa profonde solitude.


mardi 29 septembre 2009

Marie Hermanson : La plage

"Il y a des gens qui possèdent la clef de notre âme. Qui peuvent ouvrir des pièces que nous avons toujours eues en nous, mais auxquelles nous n'avons jamais accédé."
Un vrai petit bijou ce livre ! C'est d'abord une ambiance, celle des plus belles
vacances quand l'adolescence est là et que tout sera possible. Nous avons tous au fond de nous des souvenirs de plage, mer, coquillages et soirées insouciantes. Nous écoutons deux témoignages, deux récits d'un évènement qui s'est passé justement pendant la période coquillages et crustacés. Deux femmes, Kristina et Ulrika vont prendre la parole. Au départ on se demande qui est Kristina et quel rapport elle a avec Ulrika dans cette histoire. Nous nous laissons porter, tromper, imaginer et tout s'emboîte à la fin. J'adore aussi la lecture où quand elle permet de nous perdre . Et puis il y a Ulrika et ses souvenirs de vacances, d'enfance. Elle les rend si proches, si vrais mais parfois le flou, le rêve persiste. On a l'impression que c'est nous qui nous souvenons. L'écriture très fine balance entre souvenirs opaques et sensations réelles. L'histoire est celle de deux copines, Anne-Marie et Ulrika. Leurs familles possèdent des bungalows sur une île en Suède. Chaque été elles se retrouvent, renouent et Ulrika est attirée par la famille d'Anne-Marie. Elle aime ses parents artistes, fantasques et ses frères et soeurs. Tout le contraire de ses parents austères où rien ne dépasse surtout pas les sentiments. Ulrika est petite, grosse sans charme et Anne-Marie explose de féminité. Tout est là pour envoûter, attirer Ulrika elle, justement que personne remarque. C'est décrit avec une incroyable justesse. Un été le drame se produit, la jeune soeur adoptée d'Anne-Marie disparaît. Pendant quelques semaines son absence va bouleverser la vie de la famille dans ses bases les plus profondes. Quand elle réapparaît indemne, rien n'est plus pareil. Voilà la suite est à découvrir, l'histoire des trolls qui enlèvent les gens, Ulrika qui est devenue ethnologue spécialiste des mythes sur les enlèvements et les souvenirs... C'est à la fois poétique et fascinant, troublant et délicat. A découvrir .

jeudi 24 septembre 2009

Nadeem Aslam : La vaine attente

1985. Usha petite ville afghane nichée à la frontière du Pakistan. Avant, elle évoquait l'Orient, ses jardins, ses contes et sa magie. Dans une maison ornée de fresques persanes et où les livres sont cloués aux murs afin d'être préservés de l'ignorance des Talibans, vit Marcus, seul avec ses souvenirs d'un bonheur mort à jamais. Il se souvient de Qatrina sa femme son amour pour lequel 40 ans plus tôt il s'est installé en Afghanistan, de sa fille unique Nazeem disparue tragiquement dans un guerre de fin de monde et de raison. A la recherche de son petit fils, il va croiser la route d'écorchés vifs de cette tragédie humaine. Dans sa maison, Lara jeune russe à la recherche de son frère, David, américain, agent de la CIA dernier compagnon de Nazeem et Casa adolescent orphelin conditionné dans un camp terroriste et qui n'attend qu'une chose, donner sa vie à Allah. Dans ce décor qui fut jadis la perle de l'Orient et qui a sombré depuis l'invasion russe dans un chaos total, Nadeem Aslam nous raconte l'histoire de ce pays et de ses hommes. Roman à tiroirs où les protagonistes se croisent et se lient. Face à la beauté il nous montre la barbarie à visage humain, face aux bourreaux aux multiples croyances il oppose les victimes toujours plus nombreuses, le récit est implacable de gravité et de vérité. Al Quaeda est présent tout au long de ce roman plongé dans la fureur de ses protagonistes. Attentats sanglants, tortures, endoctrinement aveugle répondent aux appels à la prière qui ne sont que des appels à la guerre des musulmans. Les Mollahs deviennent des représentants sanguinaires face à des envahisseurs tout aussi démoniaques. L'écriture est admirable avec ses retours en arrière réguliers tout au long du récit. Les personnages sont attachants dans leur quotidien dévasté. Le plus troublant ce sont les explications de ce néant qu'ils nous transmettent. Des mots simples, des dialogues où l'horreur a pris sa place dans la vie de tous les jours. Les jeux des politiciens, l'ambition des états, la folie des religieux anéantissent des hommes et des femmes dans leur liberté de vie. En refermant ce livre, on est mal à l'aise. Ces hommes, ces femmes victimes et bourreaux sont des êtres d'une humanité qui devient une actualité inéluctable. Mais une chose est sûre, enfin elle l'est pour moi ; ce livre m'a fait comprendre que jamais, jamais justement je ne pourrai comprendre ce qui arrive dans ce pays. Ni les russes envahisseurs, ni la CIA hypocrite finançant des groupes terroristes, ni les Mollahs qui au nom de Dieu tuent et massacrent. Un livre d'une grande émotion.

mercredi 9 septembre 2009

Stevens Shane : Au-delà du mal

"Au-delà du mal" nous raconte l'histoire et la traque de Thomas Bishop, serial killer dans une Amérique très tourmentée . Rien ne nous est épargné de sa vie, nous savons tout de lui. Elevé dans les coups par une mère psychologiquement perturbée, il la tue à l'âge de 10 ans et se mure dans une profonde folie pour se protéger, il est alors enfermé dans un hôpital psychiatrique dont il s'échappe à 25 ans en semant la terreur sur sa route.
La lecture de ces 757 pages écrites dans un style journalistique est difficile tant les détails, les personnages sont nombreux. C'est un véritable travail d'investigation.
Ecrit dans les années 1970, ce livre paraît maintenant en France et nous base le récit sur l'histoire de Caryl Chessman et de l'Amérique face à la peine de mort. Les hommes politiques avec leurs ambitions restent des requins même si leurs programmes diffèrent.
Les protagonistes de cette longue traque, journalistes, hommes politiques, policier sans se connaître auront des destins liés à jamais.
La description de la vie des "parents" de Thomas Bishop est rendue dans toute sa décadente réalité avec une évidente projection et répercussion dans sa vie à lui.
Les dernières lignes nous ébranlent complètement parce qu'on se dit qu'on aurait dû le savoir, le sentir, que dans tous ces détails qui nous ont été donnés il y avait des indices. L'épilogue nous permet de pardonner toutes les longueurs que contient ce livre.
Il y a une chose qui m'a gênée quand même, je n'ai pas cru vraiment au génie de Bishop, à son intelligence aiguisée lui permettant de fuir sans cesse, par contre le fait de découvrir sans doute un des premiers livres sur un serial killer avec une vraie actualité m'a beaucoup plu et a contribué à faire fonctionner le suspense.
Tout de même il faut s'accrocher.....

dimanche 23 août 2009

Douglas Kennedy : Quitter le monde

"Il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer.” Cette citation de Samuel Beckett, Jane, l'héroïne de ce roman, la distille tout au long de son existence. Sous couvert d'un excellent best seller où plutôt dans le best seller, style où il excelle, Douglas Kennedy nous décrit la société américaine. Rien n'est épargné de ses fausses valeurs : argent, religion, pouvoir de changer le monde, éducation, littérature. Tout y est et c'est d'autant plus surprenant qu'il reste méconnu aux Etats Unis et qu'il n'y vit plus.
Nous suivons la descente aux enfers de Jane, nous nous attachons à ce personnage fragile
et trop intelligente pour ce monde de brute.
Son entrée dans le monde se fait un soir au restaurant entre ses parents et leur énième dispute : non elle ne mariera pas et n'aura jamais d'enfants. Voilà à la suite de ça, son père quittera la maison et sa mère la tiendra responsable. Voilà est on maître de sa destinée ?
Toute sa vie Jane vivra avec cette culpabilité et ses actions découleront de ce sentiment que rien de bon ne peut venir d'elle.
Et pourtant elle aura une vie, se perdra dans des drames insurmontables et sans cesse la vie reviendra quel que soit le prix à payer.
Très belle leçon de philosophie, psychologie avec même une énigme policière à la fin qui aidera Jane à mettre la tête hors de l'eau.
C'est bien ficelé, bien mené, le suspense est bon même si parfois c'est agaçant dans la globalité de tous les thèmes chers à l'auteur. C'est vrai que la société américaine est décevante mais bon....
J'ai beaucoup aimé par contre les références littéraires de l'auteur (enfin de Jane) et les critiques musicales sont très pertinentes.
On passe un bon moment à la lecture de ce roman.

mercredi 19 août 2009

Yasushi Inoué : Le fusil de chasse

C'est un récit bref étonnant qui a reçu en 1950 le Prix Akutagawa, la plus prestigieuse récompense littéraire du Japon.
Au centre du récit un homme solitaire avec son fusil de chasse, omniprésent et son histoire racontée dans trois lettres qu'il a reçu après la mort de sa maîtresse.
C'est l'histoire de la liaison de cet homme marié, Josuké, avec une femme divorcée mère d'une fille et cousine de sa femme légitime.
Trois lettres pour retracer l'histoire d'un amour adultère, une passion secrète, une tragédie.
Celle de la fille qui a eu connaissance de la liaison de sa mère avant sa mort, de l'épouse qui l'a toujours su, de la maîtresse qui décide de mourir. Chacune avec ses mots raconte comment elle a vécu cet amour caché, inconnu de tous. Chacune à sa façon a payé cher cette histoire d'amour interdite.
Un texte magistral écrit avec sobriété, distance bref un japonais dans ce qu'il y a de plus beau.
Des pages à lire avec émotion, à relire en savourant cette littérature japonaise capable de nous offrir des chefs d'oeuvre d'une telle intensité. C'est d'autant plus parfait que le texte est d'une brièveté douloureuse.

lundi 10 août 2009

Françoise Henry : La lampe

L'histoire raconte celle d'une jeune femme, couturière, pendant l'occupation. Un récit bref d'une grande sobriété retrace quelques jours et quelques nuits d'hiver dans la non existence de cette femme. Une lampe qu'elle laisse allumée tous les soirs, malgré le couvre feu, dans la nuit de sa vie. Françoise Henry avec des mots d'une grande sensibilité nous raconte les détails d'une vie de solitude. Comment devient on si seule, comment peut on penser que personne ne nous aimera, comment peut on s'exclure ainsi de la vie et s'oublier ? Tout ceci arrive facilement, un jour on se rend compte qu'on est seule et que la vie tourne sans vous. Même son prénom elle l'a oublié comme elle a oublié le regard d'un homme sur elle. Elle est devenue Cousine Bobine pour les autres, pour elle. On lui apporte des morceaux de tissu et c'est le rêve qui entre chez elle.
L'écriture est toute en retenue et nous captive par ces détails d'une terrifiante exactitude. La description de cette solitude nous bouleverse.
La vie d'une petite couturière que l'amour, la vie ont oubliée et à laquelle personne ne songe vraiment.
Ce texte nous émeut d'autant plus que la fin est d'une violence extrême par rapport à cette vie de presque rien où tout pourtant était à venir.
Très beau.



mardi 4 août 2009

Paul Auster : Le voyage d'Anna Blume

Anna Blume, 19 ans, part à la recherche de son frère, journaliste dont elle est sans nouvelles. Elle arrive dans une cité de fin de monde où tout se désagrège, les maisons tombent en ruine, les morts encombrent les rues, les vivants deviennent des humains monstrueux. De cette cause apocalyptique on ne sait rien, ni raisons, ni coupables.
De ce voyage au bout de l'horreur et du désespoir, Anna écrit une lettre à un ami resté au delà des océans. Dans un récit halluciné et parfois incohérent elle raconte le quotidien qui bascule, la violence qui s'installe, la misère et l'horreur de ne pas pouvoir s'en échapper .
Dans la cité fermée où rien ne sort, Anna essaie de survivre avec courage en ramassant les ordures, les rencontres la conduiront dans les dédales d'un univers en perdition où les normes connues n'existent plus. Des hommes courent à en mourir, d'autres sautent des toits ou cherchent à manger dans les poubelles et dorment dans les rues.
Ce texte est absolument magnifique et dérangeant. Il dérange parce que la lettre d'Anna envoyée du bout du monde arrive quand même quelque part, quelqu'un la lit, Anna a raconté l'horreur d'une réalité.
Les hommes qui vivent dans cette cité misérable ne peuvent pas en sortir, ils doivent s'adapter ou mourir. A travers les lignes qu'Anna écrit on a l'impression de le connaître ce monde en perdition qui broit les plus faibles.
L'écriture devient obsédante à mesure que la description de la cité se met en place et que l'on constate de toutes les possiblités dont l'homme est capable pour sa survie.
Comme toujours Auster nous entraîne dans son monde habituel entre réel et imaginaire avec talent et on le suit.
Un très bon livre un peu déprimant mais sublime.





lundi 3 août 2009

Margaret Mazzantini : Ecoute moi

Un père est au chevet de sa fille de 15 ans, Angela, plongée dans le coma suite à un accident de scooter. Il est un éminent professeur de chirurgie et connaît la gravité de l'état de sa fille, les mots utilisés et surtout ceux qui sont tus. Alors dans une ultime confession pour ne pas perdre le dernier lien avec sa fille, il lui parle, il se parle et évoque sa vie et sa passion pour une autre femme, Italia, qu' il a connue juste avant sa naissance. Histoire d'une vie, de la passion d'une vie. Sans pathos, sans clichés, avec une réelle sincérité et une authentique émotion, l'auteur écrit des mots d'une grande poésie.
Parce que sa fille ne lui répond pas il entame avec elle une conversation qui ne demande ni réponse, ni pardon. Le constat d'une vie est terrible, les mots douloureux pour expliquer que son rôle d'époux, de père ne lui correspondait pas, qu'il aimait ailleurs, qu'il aimait même très fort tout en luttant contre cette passion.
Il évoque jusqu'au bout de la nuit, les choix ou plutôt les non choix de sa vie. Capable de beaucoup par amour, il est aussi capable de trop par négligence ou confort et le destin encore une fois va choisir pour lui une dernière fois.
Il s'apercevra trop tard de cet amour immense qu'il porte à cette femme, Italia, elle restera sa part d'ombre et de chagrin à jamais.
Très belle évocation de la vie que l'on accepte par raison et de la découverte d'un amour possible dans un ailleurs impossible. Avec beaucoup de délicatesse le père explique la douleur de l'oubli de soi et des errements provoqués par le refus de l'amour vrai.
Un très grand livre dans une écriture toute en finesse et sensibilité comme le témoignage d'un homme que l'amour a révélé.

dimanche 2 août 2009

Françoise Henry : Juste avant l'hiver

Ecrit comme un long monologue d'une redoutable efficacité, ce roman interpelle par l'intensité de cette voix qui vibre et souffre tout au long d'un témoignage douloureux.
La voix qui raconte et qui nous accompagne est celle de la patronne d'un café à Prague en 1969.
Voyeuse et jalouse, cette femme aigrie raconte l'histoire d'Anna, jeune serveuse de 20 ans travaillant dans son établissement. Elle a fui son pays rêvant d'un nouveau départ. A travers l'histoire d'Anna c'est sa propre vie que la patronne nous livre, bribe par bribe, dans un souffle avec une extrême pudeur.
A Prague en 1969, l'Histoire est en marche et écrase les hommes, les broit et dans des souffrances inimaginables leur enlève leurs derniers rêves. Dans cette Histoire même l'amour ne peut exister.
C'est dans ce pays sous haute surveillance qu'Anna vit sa première passion d'amour avec un étudiant, elle ne sait pas encore que ce sera son plus grand chagrin d'amour.
Antipathique au début du récit, cette voix finit par nous émouvoir et nous bouleverser. Elle regarde naître un amour avec envie elle connaît la souffrance d'Anna, elle l'a vécu aussi.
La vie ne pourra plus jamais lui redonner tout ça, l'amour ne viendra plus.
Ce témoignage nous touche par la simplicité et le ton de cette voix très efficace dans le constat qu'elle fait de sa vie, de la vie.
Un très beau livre d'une grande sensibilité.



mercredi 22 juillet 2009

Suter Martin : La face cachée de la lune

Ce livre écrit en 2000, raconte d'une manière admirable à travers un récit palpitant et une écriture finement menée la descente aux enfers d'un golden boy. La quarantaine élégamment passée, avocat d'affaires très en vue, Blank a tout réussi. Il nous promène au début de l'histoire à des vernissages, des cocktails, restaurants de luxe tout un monde à la mode où finalement Blank s'ennuie. Grâce à une jeune hippie, il fait l'expérience d'une partie de dégustation de champignons hallucinogènes, et de ce jour sa vie bascule. La substance toxique contenue dans ces champignons révèle les côtés les plus sombres de Blank. Il devient violent, très violent et nous assistons à sa déchéance. Se réfugiant dans la forêt, à la recherche de son véritable moi, sa quête le ménera à une fin prévisible.
Face à Blank, Ott un homme d'affaires, chasseur dans tous les sens du terme, aucun besoin de champignons pour ressoirtir son côté sanguinaire.
Dans une poursuite haletante, et un face à face d'une violence terrible, nous comprenons que la société essaie de contenir les instincts les plus bas de l'homme. Il suffit d'une rencontre, d'un évènement et la bête est là.
Suter nous décrit avec une écriture précise un roman humain, une recherche fouillée de l'univers de la forêt et de ses éléments. Nous ne sommes pas dans une promenade bucolique, mais dans une étude de l'âme humaine et ses déviances mentales. Construit comme un policièr, il écrit un roman original et haletant, où même si on sait que l'homme est un loup pour l'homme, il arrive encore à nous effrayer.
Pourquoi tant d'acharnement pour en arriver là, avons nous tous un coin si sombre tapi au fond de nous ?...
Suter nous fait découvrir aussi le monde impitoyable des avocats d'affaires où tous ls coups bas sont permis. Un monde apparemment qu'il connaît bien.
Vraiment un bon livre.

mercredi 15 juillet 2009

Kiyohiro MIURA : Je veux devenir moine zen !

Un récit court, un texte épuré, assez surprenant sur la place de la tradition dans la société japonaise ultra moderne. Les parents d'un jeune garçon turbulent se voient confronter au choix déterminé de cet enfant de devenir moine dans un monastère zen. Dans l'obligation d'abandonner leur responsabilité parentale , ils se voient exclus de l'éducation et de la vie de leur fils.
Ne plus appeler son père, papa, être adopter par des étrangers, abandonner le confort d'une vie sociale et familiale sera le prix à payer pour devenir un moine zen.
Entre résignation et pudeur, les personnages expriment peu de sentiments et d'émotion et interviennent peu dans la vie des autres. Face à la décision prise par leur fils, les parents se retrouvent à reconsidérer leur vie et leurs propres choix.
De retour des Etats Unis, ils sont perdus dans cette société. Sans attache religieuse, l'homme se sent attirer par la philosophie zen comme si elle avait toujours était présente dans son existence. Lui qui n'a jamais vraiment décidé admire le choix de son fils.
Ce livre aborde d'une manière intéressante la culture japonaise, la place de la femme dans le couple. la femme soumise à son mari même dans ses erreurs, reste digne dans la douleur. Elle sera victorieuse dans l'espoir qu'elle met dans sa fille pour qui tout peut encore arriver.
L'auteur avec beaucoup d'humour et de distance, nous raconte un évènement atypique pouvant nous paraître, à nous occidentaux, assez dur. Nous appréhendons ainsi la philosophie zen et la place importante qu'elle a conservé dans la société japonaise et comprenons mieux ainsi la pensée japonaise, cette façon si délicate de ressentir et dire les choses avec une réelle émotion contenue
.
La description du moine zen qui va s'occuper de l'enfant est aussi inquiétante. Cette femme asexuée, dominatrice dont on ne connaît pas le passé montre combien les apparences sont trompeuses.
Un texte vraiment très intéressant à lire pour son approche et sa connaissance de cette sensibilté nippone.

vendredi 26 juin 2009

Philippe Deblaise : Le manuscrit de Pignatelli

Ce livre d'une extraordinaire richesse historique nous entraîne, façon thriller, dans une des pages les plus sombres de l'Histoire de France, celle des guerres de religion qui finira avec la sanglante journée de la St Barthélémy.
Le fil conducteur est le précieux manuscrit de Pignatelli acheté à Naples par Charles Périer imprimeur-libraire. Il sera perdu, retrouvé après beaucoup d'aventures et de morts violentes.
Le rythme est rapide, l'écriture reste élégante dans la noirceur de l'histoire et nous tient en haleine jusqu'à la dernière page.
Nous faisons la connaissance de Charles Périer, homme austère et profondément honnête qui a mis toute sa vie dans l'amour des livres et de la connaissance. C'est également l'occasion de découvrir , au 16ème siècle, la vie de ces libraires imprimeurs, protestants. Ces hommes n'ont pas cessé de s'exposer pour faire triompher leur foi et leur liberté de leur religion.
Ce livre nous décrit d'une façon saisissante la montée de l'intolérance religieuse et la mise en place d'un intégrisme accepté par l'opinion publique. Il est en cela très actuel et nous montre combien les mouvements d'intolérance et l'obscurantisme ont traversé le temps pour rester encore très présents.
Amoureux des livres et particulièrement de la littérature équestre l'auteur nous plonge dans une épopée historique époustouflante avec d'émouvantes rencontres humaines.





dimanche 21 juin 2009

Christine Eddie : Les carnets de Douglas

Ce livre a été le lauréat du prestigieux prix littéraire 2008 France-Québec. C'est une jolie histoire qui pourrait commencer par "Il était une fois..." et nous faire croire à une histoire à l'eau de rose. ¨Pourtant je me suis laisser porter par cette écriture épurée, claire, à bout de souffle. L'histoire d'amour absolu est belle comme toute les histoires d'amour absolu. Romain et Elena deux jeunes gens que la vie familiale a très tôt meurtris vont se rencontrer et s'aimer, ils ont une petite fille Rose mais l'histoire se finit mal. Pourtant il y a de la vie dans cet amour jusqu'à la dernière ligne de livre d'une très grande poésie.
Chaque chapitre, très court, nous raconte l'histoire d'un des personnages, peu nombreux, du roman. C'est clair et les thèmes traités avec sérieux, famille reconstituée, amour, transmission, nous donnent à réfléchir avec sensibilité.
Christine Eddie par des mots simples, directs, nous brosse le portrait de jeunes gens attachants qui ont fui tous les carcans pour préserver la seule valeur digne d'être vécue : la liberté.
Face à une industrialisation débridée et saccageuse, ils vivent l'amour de la nature, par la nature et la musique. Cette musique que Rose portera dans sa vie comme la présence des personnes aimées qui ne nous quittent jamais vraiment.
Un regret quand même à la lecture de ce livre, j'aurais aimé plus de détails sur la vie de Douglas qui a aimé au point de tout quitter. Une seule page de ces carnets nous est offerte au début du livre et elle est très belle. Oui je pense qu'il avait des choses à nous raconter. Comment se passe une vie quand on veut fuir l'amour, la douleur et que finalement on emporte tout avec soi ?
Un petit livre plein de charme et de finesse à découvrir avec intensité et profondeur.
Il a une nostalgie du temps passé, des choses qui ne reviendront pas et pourtant qui recommencent toujours.

A lire et relire...

vendredi 19 juin 2009

Andrew Sean Greer : Histoire d'un mariage

Il est des livres comme de certaines personnes, on aimerait ne pas perdre de temps avec celles qui ne nous intéressent pas. Par politesse, honnêteté plutôt, on va au bout et on le regrette déjà. J'avais choisi ce livre pour la quatrième de couverture prometteuse, l'histoire était forte et pouvait sortir des clichés communs.
Dans une Amérique des années 50 ou plus exactement l'année 1953 complètement kitsch, la narratrice nous raconte l'histoire de son couple et l'irruption dans sa vie de l' ancien amant de son mari. Cet homme, revenu de tout, est prêt à tout pour le récupérer et il va conclure avec cette femme des accords dont on ne comprend pas très bien la réalité. L'auteur nous rabâche des descriptions d'une Amérique en train de changer, de pauvres clichés sur le procès et l'exécution des Rosenberg, de la guerre en Corée, de ces soldats américains venus sauver la vieille Europe, de la ségrégation, du communisme. On en arrive à ne plus croire en cette innocence mise en avant tout au long de ce livre. C'est un moyen qu'utilise certains écrivains américains qui nous imposent une version de leur monde bien sous tous rapports malgré l'acceptation d'évidentes faiblesses. Peut on encore y croire ?
L'histoire aurait pu nous captiver, le drame est là comment peut on réagir quand le passé revient? Un secret enfoui, une histoire d'amour interdite, des hommes dans un monde intolérant de ces valeurs. L'écriture n'arrive pas à faire passer l'émotion, le discours que tient l'héroïne n'est pas crédible face à cet ancien amant. Tout est dans les faux semblants, les faux départs, les amants qui ne le sont pas, l'histoire qui se perd dans une fin digne d'une Amérique si puritaine.
Il semble que le roman est écrit comme un bon scénario avec détails et descriptions d'une grand précision ( soleil déclinant sur le Golden Gate, clair de lune) et qu'il peut servir un film si on se tient à raconter une histoire ordinaire. La traduction est surprenante et dessert encore davantage cette histoire qui se veut d'une trop grande complexité pour émouvoir et intéresser. Peut on encore faire confiance à la quatrième de couverture ?

lundi 15 juin 2009

Mary Ann SHAFFER : Le Cercle littéraire des ...

amateurs d'épluchures de patates. Le titre est déjà une curiosité et la lecture de ce roman a été une surprise très agréable. Ce livre est idéal pour sortir de la morosité littéraire actuelle.
La description de personnages délicieusement originaux, la vie dans les iles anglo-normandes, l'amour des livres et de la lecture font de ce roman épistolaire un petit chef d'oeuvre d'humour et d'intelligence.
Juliet, la narratrice, est écrivain et vit à Londres. En 1946, la ville panse ses blessures et l'horreur de la guerre est partout. Elle reçoit un jour une lettre d'un habitant de Guernesey désirant en savoir plus sur un auteur, et c'est le départ d'une correspondance où l'on va faire la connaissance de ce fameux cercle littéraire et de ses protagonistes. Juliet, est vive, intelligente, fantasque bref attachante.
Racontant une douloureuse page d'Histoire, celle de cette île et de ses habitants pendant l'occupation allemande, ces lettres nous montrent combien l'Histoire est dérisoire et absurde face à des gens qui voulaient juste vivre tranquillement sur leur terre.
La création de ce cercle littéraire dicté par l'instinct de survie, devient un formidable moyen de se réunir, s'aimer, s'aider, lutter et devient un merveilleux hommage à la lecture.
La présence solaire tout au long du roman d'Elisabeth, à travers le témoignage des habitants, nous rend plus cruel son absence, sa fin tragique et nous réveille brutalement.
Certains personnages sont peut être moins crédibles que d'autres mais tous possèdent ce petit plus de fantaisie et de gentillesse qui nous donnent envie d'y croire et de se dire oui si on veut , on peut rendre la vie plus belle encore.

La forme épistolaire offre un charme supplémentaire à ce livre à l'humour très british
très bien mené.
On peut toutefois noter certaines lourdeurs dans les toutes premières lettres ainsi que l'avalanche de personnages mais on est vite pris par cette aventure littéraire et humaine
Ce n'est peut être pas le livre de l'année, mais il possède une certaine fantaisie, c'est un vrai coup de coeur




dimanche 7 juin 2009

Nathalie Gendreau : La peau d'Anna

Deuxième livre de cet auteur et premier que je lis. Le sujet est assez lourd puisqu'il évoque les derniers moments d'un homme atteint par la maladie d'Alzheimer. Il n'a pas revu sa fille depuis plus de 10 ans et voudrait maintenant lui parler, se raconter avant de tout oublier. Atmosphère poignante que l'on imagine lourde de secrets qui vont enfin être dévoilés.
Des secrets, il y en a beaucoup, et l'on comprend qu' Anna, la fille, ait eu autant de mal à vivre et même à survivre avec un tel passé familial.
L'écriture est pesante de détails souvent crus, parfois inutiles. Les secrets de famille font l'objet de non dits sinon ils ne sont plus des secrets. Mais pourquoi vouloir cumuler le mal et nous faire subir à chaque page presqu'à chaque ligne une telle noirceur dans chaque rebondissement ? L'inceste, le viol, la perversion, les cauchemars nous engluent pendant la lecture.
L'atmosphère ne s'allège jamais même à la fin où Anna va enfin pouvoir vivre et nous respirer par la même occasion.
Tout absolument tout est arrivé à Anna.
Rien ne peut être ajouté.

Fanny Brucker : J'aimerais tant te retrouver

Voilà le deuxième roman de Fanny Brucker, j'avais trouvé le premier " Far Ouest" assez déconcertant tant concernant les personnages que dans la fin ultime d'un road-movie assez improbable en Charente Maritime avec des personnages autant dérisoires que fades.
J'ai terminé la lecture du dernier et je suis assez surprise de constater que les héros sont perdus dans une quête surprenante dont on peut comprendre certainement la légitimité mais pas toujours les moyens d'y parvenir
.
J'ai beaucoup de mal à supporter les parcours empruntés par ces héros, croire à leurs névroses et les clichés sont toujours les mêmes.
La femme intelligente qui a fui la ville et les hommes et qui sans cesse se ressource de nature et de souvenirs, la jeune femme intelligente aussi et qui un beau matin quitte homme, travail et Paris pour chercher dans une province naïve la solution à ses problèmes et le beau garçon malheureux en amour à qui la vie a aussi fait le terrible cadeau d'être né sous X et qui
un jour va chercher sa mère à Rochefort sur ...Mer.
En résumé, j'ai trouvé l'écriture banale comme les personnages, je nai pas trouvé l'émotion qui peut exister et qui existe sûrement dans une quête aussi forte. Tout est prévisible et attendu.
La surprise de l'écriture ou de l'histoire ne vient jamais.
Dommage.

samedi 6 juin 2009

Tatiana de Rosnay : Boomerang

De cet auteur j'avais lu et aimé "Elle s'appelait Sarah" où dans une écriture fine, délicate et sans fioriture elle décrivait la Shoah à travers l'histoire d'une petite fille et d'un secret de famille.
C'est un sujet qui lui tient à coeur puisque dans son dernier roman "Boomerang" il est question aussi d'un secret qui va traverser le temps et abîmer une famille.
L'écriture est toujours aussi fouillée dans sa finesse, le milieu ultra chic nous décrit une bourgeoisie avec ses valeurs et ses moeurs inavouables et surtout inacceptables.
Antoine, la quarantaine, est un peu paumé, sa femme l'a quitté, sa soeur a un parcours amoureux un peu difficile. Après un retour d'un week end sur les lieux de leurs vacances d'enfance, un accident de la route va les replonger dans leur passé et ses non dits. Leur mère disparue trop tôt a emporté avec elle un secret. Secret d'amour.
Des souvenirs reviennent, des images réapparaissent et nous entraînent dans un thriller familial un peu trop convenu. Un peu trop cliché.
Oui Antoine est touchant et sa famille bourgeoise trop bourgeoise, oui la mère a vécu une passion adultère, oui c'est vrai que le travail de mémoire est bien analysé mais je me suis un peu ennuyée. Je les ai trouvés tous très ordinaires et prévisibles, surtout la copine d'Antoine avec sa moto et ses longs cheveux.
Je n'ai pas retrouvé l'écriture qui m'avait tant bouleversée. L'histoire n'est pas la même, bien sûr, mais les phrases se suivent dans un style que je trouve moins fort et attachant. Je suis un peu déçue.
J'attends le prochain.

mardi 26 mai 2009

Philippe Grimbert : La mauvaise rencontre

C'est un livre remarquable sur une histoire d'amitié entre deux garçons, Loup et Mando. Ils se connaissent depuis l'âge de trois ans et ont grandi ensemble. Il y a des histoires d'amitié qui ressemblent aux histoires d'amour, quand tout bascule c'est irréparable.
Le narrateur, Loup, nous raconte son album de souvenirs avec Mando : les jeux partagés, les lectures, les premières expériences sentimentales, la complicité et la présence toujours grandissante mais aussi les manquements, l'absence, le reniement parfois, les chemins que l'on prend seul et qui blessent l'autre sans le vouloir .
Mando a donné à Loup son amitié, sa présence, sa fidélité sans aucun partage. Une exigence dans la durée et la force que Loup ne pourra pas assumer. Il découvre la vie, la veut et n'a pas cette exigence.
Philippe Grimbert sait manier les mots et dire dans un langage net et précis les dérives que peuvent prendre les sentiments quand l'esprit a ses propres fêlures. On sent monter une angoisse tout au long de ce récit dans le passé, on pressent l'avenir , on sait que quelque chose de grave va se passer entre les deux amis. On reste en alerte, chaque chose a une importance, les incidents les plus insignifiants trouveront une explication dans l'ultime fin.
Une tristesse infinie nous prend à la lecture de ce roman, la tristesse des promesses non tenues, des sentiments qui se ternissent, des manquements, de la faiblesse et de l'impuissance de l'homme à répondre à une amitié aussi exigeante et indispensable.
Philippe Grimbert nous explique la confusion des sentiments et le fait que les incidents de parcours ont une origine et qu'une explication implacable se trouve dans les cassures psychologiques de la personnes.
Livre d'autant plus remarquable qu'on a envie de le relire une fois terminé, pour distiller à nouveau les indices insoupçonnables de l'ultime dénouement.



jeudi 21 mai 2009

Paul Auster : La nuit de l'oracle

C'est le deuxième roman que je lis de cet auteur et vraiment j'aime. J'aime son style, sa narration, les personnages, l'histoire ou plutôt les histoires sans vraiment de début et pas franchement de fin. Le lecteur participe à l'aventure de l'écriture et peut y inscrire ses lignes en finissant l'histoire à sa façon. Fabuleux écrivain qui fait de la littérature un savoir vivre. Je regrette de ne pas l'avoir découvert plus tôt. Je vais me rattraper.
Le narrateur, Sid, est écrivain, a failli mourir et comme une renaissance se remet sur les conseils d'un ami à réécrire. Il écrit l'histoire d'un homme Nick qui a failli mourir(aussi) et devant ce constat quitte du jour au lendemain sa vie et part. Le lecteur suit les bouleversements qui interviennent dans la vie de Sid et de Nick. L'histoire dans l'histoire. Les personnages sont touchants d'humanité et de faiblesse. L'univers austérien est là, quelle est l'importance de la littérature, son interaction avec la vie, le choix des personnages et de l'histoire sont ils une partie biographique de l'écrivain, enfin toutes ces questions que l'auteur s'est déjà posées. L'art de la narration est porté à un très haut niveau et nous le dégustons.
Surprenantes et peut être déroutantes aussi sont les notes du narrateur inscrites en bas de page pour préciser un fait, elles se lisent comme un roman à part et donnent un peu d'air à une atmosphère un peu lourde. Ces notes obligent le lecteur à revenir en arrière pour reprendre la lecture et créent ainsi un exercice littéraire intéressant.
Ces prouesses romanesques peuvent paraître difficiles mais justement la maîtrise est là et il faut vouloir se laisser porter, se laisser perdre un peu.
C'est un livre qui se lit et se relit, il n'impose rien, réel et fiction se mêlent souvent et ceci pour notre plus grand bonheur.