Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




vendredi 21 juillet 2017

Paolo Cognetti : Les huit montagnes

     Lauréat du prestigieux Prix Strega, l'équivalent italien de notre Goncourt national, Paolo Cognetti, jeune auteur milanais écrit son premier roman et donne à la montagne, chère à son cœur, la force d'un personnage.
     C'est l'histoire d'un adolescent de 11 ans, Pietro, un garçon de la grande ville, Milan. Avec ses parents, il séjourne pour les vacances à Grana, un petit village au cœur de la vallée d'Aoste. Sa mère est infirmière et son père chimiste. Leur passion commune de la montage et de ses paysages grandioses les a fait se rencontrer, se marier et les réunit encore.
     Le père essaie de transmettre à son fils l'amour de la montagne, de la marche, de l'altitude, c'est un homme très solitaire déphasé du monde dans lequel il vit.
     C'est pendant un été que Pietro va faire la connaissance de Bruno, le garçon de la montagne qui vit dans ce coin perdu, prends soin des animaux et travaille dur.
     Enfant sauvage et attachant, il se rapproche de cette famille aimante. Tout les sépare et pourtant  cet été voit naître une belle amitié qui ne se démentira pas malgré la distance et le cours de la vie.
     Paolo Cognetti, avec une écriture limpide et un ton qui se rapproche de l'autobiographie, nous transporte dans la vie sauvage dans les hauts sommets à plus de 2000 m d'altitude. Il nous fait vivre les secrets des forêts de montagne, les glaciers majestueux et dangereux, cette nature hostile et attirante.
     A travers une quête de soi mais aussi de la nature, il nous raconte le roman de l'enfance, la difficulté de la transmission, de la parole donnée et de notre place tout simplement dans le monde.
     Merveilleux roman, puissant et poétique où l'hymne à cette montage nous alarme des dangers qu'elle encourt parce que trop belle, l'homme arrive à la détruire sans la comprendre.
     Un coup de cœur à découvrir absolument.
Paolo Cognetti - Les huit montagnes - Editions Stock - traduit de l'italien par Anita Rochedy - 304 Pages - 21.50 € Parution le 22 Août 2017 -     

dimanche 9 juillet 2017

Pascal Voisine : Mon gamin

    Pascal Voisine, réalisateur, a travaillé sur un tournage dans un hôpital psychiatrique et a été très touché par cet univers si particulier.
    Cette expérience lui a inspiré son tout premier roman, "Mon gamin", où il met en scène des personnages attachants vibrant sur le fil de l'émotion et de l'humanité.
    40 ans après l'avoir quitté, Thierry revient dans son village natal pour les obsèques de sa belle-mère. Il est devenu un chanteur célèbre sous le nom de Marc Adler. 
    Et il se souvient. Été 1977, 14 ans, le dernier été de l'insouciance.
    Orphelin de mère, Thierry vit seul avec son père qui est le directeur du centre psychiatrique du petit village où ils résident.
    Très vite son père se remarie avec une toute jeune femme de 22 ans et Thierry est  ébloui par le charme solaire de sa jeune belle-mère, Emelyne.
    Passionné de musique, il passe ses journées à enregistrer des vinyles sur des cassettes de magnétophone en rêvant de gloire.
    Sinon il se balade avec son copain d'enfance, Francis, un résident du centre qui lui voue une amitié sincère et dévouée, et le surnomme "mon gamin".
    Cet été 1977,  le monde de la  musique est en deuil suite à la disparition d'Elvis Presley et c'est aussi le monde de Thierry qui bascule quand il surprend sa jolie belle-mère avec l'infirmier du centre où travaille son père.
    Aujourd'hui, Thierry veut comprendre ce qui s'est passé et replonge dans ces moments tragiques qui ont entraîné sa fuite.
    Dans une écriture pleine de nostalgie, l'auteur nous parle de l'enfance perdue, de la violence qui emporte tout, de secret et d'amour mais aussi de la différence.
    C'est un roman qui nous parle d'abnégation et le texte en devient lumineux.
    Premier roman et auteur à découvrir.
Pascal Voisin - Editions Calmann Levy - Sortie 16 Août 2017 - 239 Pages - 17.50 €


mercredi 5 juillet 2017

Jeanne Benameur : L'enfant qui

     Avec ses mots et son phrasé d'une grande poésie, Jeanne Benameur nous raconte ici l'histoire de l'enfance meurtrie et un espoir qui se dessine.
     Dans un texte court, écrit à la deuxième personne, l'auteur parle à trois personnages et raconte : père, enfant et grand-mère, souffrant de l'absence d'une femme, la mère et l'épouse mais surtout l'étrangère.
     Rempli de l'absence, du manque d'un être cher, du besoin de transmission et de la quête des racines, ce récit nous plonge dans une nostalgie proche de la souffrance.
     Jeanne Benameur aime à faire marcher ses héros sur des chemins difficiles, ceux que la vie offre mais aussi ceux que l'on prend par accident.
     Les non-dits et les silences sont puissants et permettent de s'interroger et d'approcher une certaine vérité.
     Le père qui a vécu l'étincelle inattendue en rencontrant cette femme étrangère au village. Depuis qu'elle est partie en lui laissant l'enfant, il boit, il crie, il souffre.
     L'enfant ne parle pas, ses mots sont silencieux. C'est dans le silence de l'absente qu'il retient sa mère et son besoin de liberté.
     La grand-mère, elle, ne prie plus, elle protège son petit-fils uniquement.
     A travers ces rois héros, forts de manque et tendresse contenue, l'auteur nous livre une réflexion sur l'absence et le travail de deuil. Il n'y a pas de réponse mais des questionnements profonds à travers un merveilleux troublant. Une plongée dans les cœurs.
     Le tutoiement utilisé par l'auteur peut dérouter, mais il permet d'expliquer aussi et de se rapprocher des personnages.
     Le lecteur peut être frustré par cette brève lecture mais Jeanne Benameur aime laisser les silences  parler et conter à fleur de peau.
     A relire pour connaître cette auteure magnifique, "Les demeurées" (et d'autres) dans ce blog le 17 décembre 2008.
Jeanne Benameur - L'enfant qui - Editions Actes Sud -  128 Pages - 13.80 €
     

jeudi 29 juin 2017

Jay McInerney : Les jours enfuis

     Pour la troisième fois Jay McInerney réunit son couple préféré de New-Yorkais, Russel et Corinne Dalloway, et établit avec précision un état des lieux  de leur vie à l'aube de la cinquantaine et de la ville de New-York.
     Fin 2007, New-York vit dans la fièvre des élections Clinton-Obama et le début de l'implacable crise des subprimes. C'est une ville toujours meurtrie par le 11 Septembre. L'ambiance n'est vraiment plus la même et Manhattan a changé.
     Fin 2007, le couple Dallowy est toujours solide, enfin en apparence. Russel est maintenant propriétaire de la maison d'édition où il était employé et se voit en éditeur libre.
     Corinne travaille dans une association humanitaire en cherchant et distribuant de la nourriture pour les pauvres.
     Ils vivent dans un loft à Tribeca  avec leur jumeaux de 11 ans et Corinne souhaite acheter une maison plus grande. De soirées mondaines en vacances dans les Hampton nous retrouvons le monde privilégié, superficiel et désenchanté que décrit si bien l'auteur depuis ses débuts. 
     Pendant que Corinne renoue avec un ancien amant, Russel essaie de sortir sa maison d'édition d'une situation financière plus que critique.
     A travers leur quotidien, l'auteur avec une écriture sagace nous montre un couple aux prises avec ses interrogations.
     Quels choix avons-nous fait ? Pourquoi sommes-nous arrivés à ça ? Que nous reste-t-il à vivre ?
Les hommes ne sont pas très brillants, alcool et drogue comme toujours les aident à surmonter le temps qui passe et à vivre de nouvelles aventures, amoureuses et financières.
     Quant aux femmes, elles sont un peu égratignées aussi, aimant le luxe, l'argent et le botox. Peut-être un peu réducteur...
     Tout est très bien mené. Mais ce que j'aime chez cet auteur c'est l'amour inconditionnel qu'il porte à New-York. La ville est là, tout le temps; on la sent, elle vibre et nous émeut.
     C'est un livre étonnant parce qu'il nous raconte l'histoire d'une ville, d'une époque à travers des personnages attachants.
     Beaucoup de nostalgie dans ce temps que l'on ne peut rattraper et l’innocence qui est perdue à tout jamais.
Jay McInerney - Les jours enfuis - Editions de l'Olivier - Traduit de l'Américain par  Marc Amfreville-  493 Pages - 22.50 €
     

dimanche 25 juin 2017

Tom Cooper : Les maraudeurs

     Tom Cooper dans son brillant premier roman, nous décrit dans les détails, les portraits de personnages tous plus déglingués les uns que les autres vivant à Jeannette, un coin perdu de Louisiane. Signé 100 % bayou, on est loin du folklore touristique cajun.
     5 ans après le ravage du cyclone Katrina, la population meurtrie essaie de se reconstruire et d'adoucir ses plus profondes blessures.
     Au cœur du bayou, dans la baie de Barataria, les survivants ont repris leur travail, la pêche aux crevettes et autres crustacés locaux. Mais le sort s'acharne à nouveau sur eux alors qu'une marée noire, provoquée par un accident sur une plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique, envahit et pollue les eaux.
     Les voilà de nouveau acculés au malheur et à la misère, perdus dans un monde qui se délite face aux groupes pétroliers puissants aidés de leur compagnie d'assurance.
      L'auteur nous raconte une chronique sociale entre humour et drame humain, entre le thriller et l’inaccessible quête.
     Tous les personnages sont traumatisés à jamais par les derniers évènements, ils représentent aussi une population de pauvres qui triment dur et qui ne peuvent pas s'en sortir.
     Wes Trench est perdu depuis la mort de sa mère dans l'ouragan et en veut à son père, ils essaient pourtant avec beaucoup de maladresse de se retrouver.
     Les jumeaux Toup, complètement psychopathes, dont on redoute les apparitions, Hanson et Cosgrowe, deux personnages qui sont sur tous les mauvais coups, Grims l'agent d'assurances qui vient acheter le silence des "ploucs" et Linquist le flamboyant manchot à la recherche d'un trésor et d'autres tous plus abîmés , corrompus ou illuminés  hantent ce coin hostile et désespéré.
     Voilà, les maraudeurs, ils se débattent avec une enfance meurtrie, un passé saccagé et un présent plus que difficile. Gentils et méchants ensemble. 
     L'auteur nous décrit une atmosphère poisseuse, humide et repoussante. La faune n'est pas sympathique avec les serpents, les alligators, il faut faire attention où on pose les pieds, ça craque, ça pique, ça rampe dans ces marécages dangereux.
     Le lecteur est happé par la lecture de ce livre à l'écriture soutenue. Tom Cooper nous intrigue avec les aventures de ses héros aussi embrouillées que le bayou mais qui nous tiennent en haleine tant le style est maîtrisé.
      A ne pas rater, le passage avec la présence d'un crocodile pour intimider est très réussi;
Tom Cooper - Les maraudeurs - Editions Albin Michel - Traduit de l'Américain par Pierre Demarty - 416 Pages - 22 €

   

samedi 24 juin 2017

Jay McInerney : Bright Lights, Big City

    

      C'est le premier roman de l'écrivain iconique de la Brat Pat, mouvement littéraire des années 80 dans une Amérique flamboyante. Il peut être lu sous un autre titre  : "Journal d'un oiseau de nuit".  
     En 1984, ce roman de toute une génération est devenu culte. Avec Bret Easten Ellis, Jay Mc Inerney représente ces auteurs étincelants, arrogants et brillants qui dans la folie des nuits new yorkaises ont cru un moment aux lendemains qui chantent.
     Ici, l'auteur met en scène un jeune new yorkais de 27 ans, correcteur dans un magazine où il s'ennuie à mourir, à un moment compliqué de sa vie.
     Sa mère est morte un an plus tôt et sa femme Amanda devenue mannequin a repris sa liberté.
          On va le suivre dans ses journées et ses nuits dans les clubs de Manhattan, accompagné un ami, il va de rencontre en rencontre, entre lignes de coke, alcool et sexe, tout pour tout oublier.
     Certains passages sont plein d'humour pour les situations improbables vécues par le héros, et le lecteur se rend compte de sa grande solitude au fil du récit.
     L'ambiance des années 80 dans les lieux branchés quand des jeunes nantis désabusés s'ennuient et se plaignent de leur pauvre vie dorée peut faire sourire ou agacer.
     A l'époque la lecture de cet état des lieux d'une jeunesse en perdition avait choqué.
     Aujourd'hui le regard et la lecture sont différents, d'autres auteurs et d'autres romans sont allés très loin dans les descriptions d'une certaine décadence.
     Ici la grande originalité est la narration à la deuxième personne. Le "tu" interpelle, interroge et claque. La proximité du héros est plus évidente et sa compréhension aussi. Le "tu" permet au lecteur un rapprochement où humour et cruauté se mêlent.
     Témoin d'une époque révolue, Jay Mc Inerney nous plonge dans un roman où la ville est présente, les descriptions qu'il en fait montre qu'il y est très attaché. En tout cas il offre à ce roman de la désillusion une très belle fin.
      Un bon roman, rien de choquant même si l'écriture est acérée. Bret Easton Ellis est plus percutant et brutal.
      A lire, bien sûr.
Jay Mc Inerney - Bright Lights, Big City - Editions de l'Olivier - Traduit de l'Américain par Sylvie Durastanti - 192 Pages - 9.10 €
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vendredi 23 juin 2017

Alejandro Palomas : Une mère

     Parce que dans toutes les familles il y a "quelques lueurs et beaucoup de zone d'ombre", Alejandro Palomas s'empare de l'incontournable repas de famille et nous invite à un réveillon du Nouvel An,  à Barcelone.
     Amalia, 65 ans, divorcée depuis 3 ans reçoit chez elle ses enfants Fernando le fils, le confident, ses 2 filles, Sylvia, qui comme d'habitude vient sans son mari et Emma,  accompagnée d'Olga sa compagne, bourrée de certitude. Sera de la fête Eduardo, le frère d'Amalia, l'oncle éternel séducteur et célibataire.
     Quittée par un mari infâme et escroc, la mère savoure sa liberté. Très maladroite en raison d'une importante cécité (64 %), Amalia s'éparpille, parle beaucoup, d'une grande naïveté, elle se fait souvent avoir au grand désespoir de ses enfants.
     Mère et fils attendent les invités et préparent la table en mettant le 7ème couvert celui de l'absent, de tous les absents.
     La voix est donnée à Fernando, amoureux malheureux abandonné par son ami. Il raconte jusqu'au bout de la nuit l'histoire de sa famille.
     Entre passé nostalgique et présent difficile, il nous fait découvrir les failles que chacun porte et cache en lui.
     La communication entre eux ou plutôt son absence est douloureuse, empreinte de non-dits et de lourds secrets. L'attitude de la mère, entre insouciance et inconscience, les agace.
     Donc le livre commence tranquillement pour acquérir profondeur et intensité. L'auteur nous dépeint le portrait d'une vraie mère, d'une louve, Amalia personnifie l'amour maternel et le texte gagne en gravité.
     Les sujets abordés sont douloureux et complexes et ce qui lie cette famille à part l'amour c'est une dose d'humour incroyable et là ça marche complètement.
     Tous les protagonistes de cette nuit, à leur manière, par le parcours cabossé de leur vie, sont attachants et nous émeuvent.
     Un personnage, qui n'est pas invité mais que l'on entend souvent au téléphone c'est Ingrid, meilleure amie d'Amalia et reine de reïki, donne ici le ton de l'humour décalé.
     Une chose m'a attirée dans ce livre,  c'est la couverture délicieusement colorée faisant référence à Almodovar, et je n'ai pas été déçue. 
     A lire absolument, parce qu'on a tous eu des repas de famille....
Alejandro Palomas - Une mère - Editions du Cherche-Midi - Traduit de l'Espagnol par Vanessa Capieu - 320 Pages - 21 €




dimanche 28 mai 2017

Eric Vuillard : L'ordre du jour

     Avec un récit bref et précis, Eric Vuillard, nous donne à penser sur le rôle de l'écrivain face au passé et à l'Histoire. Comment dire, écrire, raconter. 
     "La littérature permet tout", aussi l'auteur va faire revivre sous nos yeux et d'une façon saisissante les rencontres politiques et diplomatiques qui ont eu lieu entre 1933 et 1939 et ont permis d'installer la folie nazie, doctrine qui a enflammé l'Europe. 
     Elles se sont déroulées sous les yeux des allemands, des gouvernements européens, conciliants, jamais dupes en tout cas.                   L'envers de notre Histoire, la vraie.
     La première rencontre se passe à Berlin le 20 Février 1933, un jour normal. Une date pas vraiment retenue. Et pourtant ce jour là, les 24 représentants des plus grandes industries allemandes sont invités par Göring, Président du Reichstag, à rencontrer Hitler. Grâce à leur soutien financier, des entreprises familiales vont permettre au parti nazi de triompher. 
     Jamais inquiétées, ni pendant ni après la guerre, ces industries toujours familiales existent et perdurent.
     Vuillard sait d'une façon précise raconter le principal, l'essentiel qui a échappé sur le moment et nous glace en le lisant.
     20 Novembre 1937, une rencontre hallucinante où Göring invite Lord Halifax qui joue la diplomatie conscient que l'avenir de l'Europe est sombre mais le moment est agréable, entre gens qui aiment le bon vin et les parties de chasse.
      D'autres repas mondains, d'autres rencontres diplomatiques se passeront  dans les salons et même au  10 Downing Street et rien n'empêchera la fureur de s'abattre sur l'Europe.
      Un livre intense qui nous prend aux tripes parce qu'on se trouve au cœur de l'Histoire et on prend conscience que l'indifférence, l'ignorance et les accommodements ont toujours installé le mal.
Eric Vuillard - L'ordre du jour - Editions Actes Sud -  150 Pages - 16 €

samedi 27 mai 2017

Maggie O'Farrell : Assez de bleu dans le ciel

     Maggie O'Farrel construit dans son dernier roman une étonnante mosaïque familiale et  colorée de personnages attachants et nous promène dans le temps sur 3 générations et sur plusieurs continents et pays. 
     Dépaysement total et lecture passionnante sur l'amour, le couple, les enfants et la solitude, celle que l'on vit parfois au milieu des autres. 
     Le point central c'est l'Irlande, magique et envoûtante, dans un lieu improbable occupé par une curieuse maison et un couple tourmenté, loin de tout.
     Daniel est un brillant linguiste, charmant, portant déjà des souvenirs pesants, elle, c'est Claudette une ex-star de cinéma, qui volontairement au faîte de sa gloire a tout quitté pour vivre dans ce coin perdu avec son petit garçon. C'est la rencontre des contraires, ils se marient et ont deux enfants.
     Mais le passé rattrape Daniel, alors qu'il doit se rendre à New-York visiter son père malade.
     Un amour ancien où la culpabilité et les non-dits vont venir perturber son existence et poser une ombre sur son couple.
     Daniel peut perdre beaucoup dans cette recherche du paradis perdu.
     L'histoire ou plutôt les histoires sont étonnamment bien menées, chaque chapitre titré indique le lieu et la date ainsi que le nom du personnage à qui l'auteur donne la parole. Il explique un moment de vie, un instant capital de son existence où les choses ont basculé. La chronologie n'est pas importante. 
     Les épisodes s'enchaînent et le lecteur comprend, analyse le comportement et la psychologie des protagonistes. C'est leurs vies que l'on voit défiler et l'auteur par son écriture subtile et profonde nous touche par la finesse de son analyse sur l'amour, le mariage et le pardon.
     C'est un très beau roman rempli de drames et d'humour. A lire.
Maggie O'Farrel - Assez de bleu dans le ciel - Editions Belfond - Traduit de l'anglais (Irlande) par Sarah Tardy - 496 Pages - 22 € 


jeudi 25 mai 2017

Tanguy Viel : Article 353 du Code Pénal

     L'article 353 du code pénal donne la possibilité aux juges de se fier à leur intime conviction plus qu'aux preuves, article que le juge utilisera dans  ce roman captivant où souffle une tension très soutenue.
     Années 90 dans le Finistère. Martial Kermeur est un ancien ouvrier de l'arsenal de Brest au chômage. C'est un brave homme mais il s'est fait avoir par Lazenec, un promoteur immobilier, et a tout perdu dans un investissement immobilier sensé rapporter gros aux habitants de la ville. C'était une arnaque, et sa femme le quitte, son fils porte sur lui un regard critique et Martial s'enfonce.
     Un jour, il invite Lazenec à une partie de pêche en mer, il le pousse à l'eau. Il vient de commettre un crime.
     Face au juge, il raconte, remonte le fil de sa vie, explique, analyse, regarde la vérité, constate l'inévitable fin. Le flot des mots, la parole donnée, chamboulée, nous happe littéralement.
     Une parole de taiseux devant un  juge qui écoute, questionne de temps en temps et relance la confession par des mots légaux, ceux du code pénal.
     C'est un face à face bouleversant tant  les aveux sont intimes. L'accusé parle en son âme et conscience, de la manipulation, des affronts subis, du mal fait pour toujours à sa famille.
     Le livre questionne sur de nombreux sujets, politiques, sociaux, juridiques bien sûr. Il raconte aussi la Bretagne frappée par le chômage. L'univers de ces hommes courageux et touchants qui se livrent  certains soir la boisson aidant.
     Tanguy Viel nous peint la Bretagne et la précision de ses descriptions est surprenante. La rade de Brest est détaillée avec justesse, il en fait un personnage.
     L'humour se mêle au récit du quotidien de gens simples et nous écoutons la parole libérée de Martial.
     C'est un récit fort, l'auteur nous met presque à la place du juge silencieux qui pousse Martial dans ses mots, le fouille au plus profond de son âme.
     Nous vivons un moment de vérité intense, l'histoire est intime, resserrée. Il y a eu une arnaque , c'est vrai mais de là à tuer un homme.
     Alors le juge prend la parole à la fin....
     Un très bon livre.
Tanguy Viel - Article 353 du Code Pénal - Les  Editions de Minuit - 176 Pages - 14.50 €

vendredi 19 mai 2017

Dario Franceschini : Ailleurs

     Dario Franceschini, ministre de la culture en Italie est aussi un écrivain. Découvert avec son magnifique et intense ouvrage, "Dans les veines, ce fleuve argent"(dans le blog du 18 novembre 2013), j'avais hâte de retrouver le charme de son écriture magique.
     La vérité et le mensonge étroitement liés, façonnent l'existence d'une famille de notables respectés, notaire de père en fils.
     Se sentant près de la mort, le notaire Ippolito Dalla Libera, convoque son fils unique, Iacopo, notaire lui aussi. Il lui révèle le secret de sa vie ainsi que sa dernière volonté : voir une fois réunis ensemble auprès de lui les 53 enfants qu'il eus dans sa vie d'homme infidèle en dehors de son respectable mariage.
     Commence alors pour Iacopo, la découverte des amours cachées de son père dans le même quartier de Ferrare, celui des prostituées et des voleurs.
     Un monde nouveau s'ouvre pour le fils, sur l'autre rive du Pô, un monde bouillant et coloré, un monde tumultueux et chaleureux, une vie intense, insoupçonnée.
     Une femme va le conduire et le plonger, lui le notaire sérieux, le mari fidèle dans la plus délicieuse transgression.
     Et là, le roman s'illumine de mille feux.
     Franceschini joue avec les mots, avec l'intense. Les paysages nous captivent, la volupté nous chavire, la découverte de l'interdit  séduit et le désir embrase.
     Dans une langue suave et délicate, l'auteur nous montre que l'insensé est possible et que le désir  peut encore survenir.
     Le héros nous touche par l'homme nouveau qu'il devient et par la volonté de continuer sur les chemins qu'il a toujours évités en abandonnant le passé.
     L'Italie est sensuelle dans toute sa beauté.
     Un excellent moment de lecture, ici les âmes sont belles, alors ça fait du bien, forcément.
Dario Franceschini - Ailleurs - Editions Gallimard, Collection l'Arpenteur - traduit de l'italien par Chantal Moiroud - 240 Pages - 19 €


lundi 15 mai 2017

Haruki Murakami : Des hommes sans femmes

     Il y a 9 ans, Haruki Murakami publiait un recueil de nouvelles "Saules aveugles, femmes endormies", aujourd'hui avec "Des hommes sans femmes", il reprend la forme courte. Et c'est bien.
     Nous retrouvons l'épure qui lui va si bien et l'ambiance  particulière qu'il a su créer et qui marque son oeuvre.
     7 nouvelles avec pour fil rouge, un thème cher à l'auteur, les relations compliquées entre les hommes et les femmes.
     Ici il est question d'hommes qui vivent sans femmes, ou qui ont vécu avec des femmes et qui pour des raisons toutes différentes se retrouvent seuls.
     Pourtant, nous croisons des femmes à chaque nouvelle. Elles sont libres, audacieuses, compliquées et les hommes subissent leurs états d'âme et leurs mensonges.
     Ces femmes disparues de la vie des hommes, restent pourtant très présentes que ce soit en souvenirs ou en rêves.
     Beaucoup de mélancolie, de solitude, d'instants à jamais enfuis parcourent les histoires.
     L'émotion est là quand nous suivons la trace de ce brillant chirurgien esthétique, célibataire endurci et savourant la vie et les femmes jusqu'au jour où il tombe amoureux fou d'une maîtresse et alors...
     La nouvelle, Samsa amoureux, est étonnante et nous plonge dans le fantastique , un clin d’œil surprenant à Kafka et sa Métamorphose. Murakami nous montre son talent magique.
     Le bar de Kino, au fond d'une impasse où un mari trompé essaie de changer de vie mais survient l'étrange et l'univers envoûtant nous happe comme le héros.
     Beaucoup de références émaillent les nouvelles, qu'elles soient musicales, au jazz , aux Beatles mais aussi littéraires comme à Hemingway pour le titre.
     Même si elles sont peut-être inégales entre elles, juste un peu, le lecteur retrouve le climat étrange qui s'en dégage, cette nostalgie des moments où on a été heureux et qui n'existent plus, la solitude qui pèse et cet instant où même dans le quotidien la magie peut surgir.
      A lire, parce qu' il n'est pas possible de dévoiler toutes les nouvelles.
     A lire, parce que Murakami nous captive avec la beauté de ses histoires d'hommes (et femmes), il nous invite à un rêve envoûtant et nous apprécions une fois de plus une très belle création littéraire.
Haruki Murakami - Des hommes sans femmes - Editions Belfond - Traduit du japonais par Hélène Morita - 304 Pages - 21 €

vendredi 12 mai 2017

Kent Haruf : Les gens de Holt County

     Pour avoir placé toute son oeuvre dans le Colorado cher à son âme et en imaginant cette petite ville de Holt, Kent Haruf rend un hommage vibrant et sincère aux gens simples qui y vivent.
     Nous retrouvons dans "Les gens de Holt County", certains personnages qui nous avaient tant fait vibrer dans "Le chant des plaines"(dans le blog 06 Avril 2017).
     Aux héros qui nous ont émus dans le premier volet, viennent s'ajouter d'autres à qui l'auteur donne la parole avec beaucoup de compassion.
     De nouveau les deux vieux frères célibataires, s'occupent de leur ferme et croulent sous le travail, pourtant ils s'ennuient depuis que Victoria est partie étudier en ville, loin d'eux, emmenant sa petite fille avec elle.
     Un drame va toucher la vie des deux frères inséparables à nos yeux et Victoria revient à la ferme mais repartira à l'université.
     Et puis il y a les autres. Betty et Luther, un couple avec deux petits enfants. Ils vivent dans un mobil home, incapables de se prendre en charge. Ce sont des assistés, ils dépendent des aides sociales, sont suivis par une assistante. Le jour où l'oncle de Betty vient squatter chez eux, ils sont incapables de protéger leurs enfants de sa méchanceté crasse.
     Un petit garçon de 11 ans prénommé DJ dont le court passé pèse sur une enfance dure,  s'occupe tant bien que mal tout seul de son grand-père, il trouve refuge chez une petite copine qui vit avec sa mère et sa sœur.
     Tous les deux essaient de construire un monde plus paisible,  oubliant que seuls les adultes décident et qu'ils doivent quitter l'enfance trop vite.
     Le lecteur vit avec ces gens au plus profond de leur quotidien, dans leur solitude face à une société qui oublie de les entendre. 
     Kent Haruf détaille une Amérique rude, âpre comme les paysages du Colorado.
     Les personnages sont authentiques dans leur désespoir, dramatiquement violents, des vrais naufragés, mais l'auteur sait chercher au fond d'eux-mêmes l'ultime sursaut d'humanité.
     Une écriture sobre et lumineuse, un texte qui respire la vérité, un auteur touchant par la poésie qu'il évoque.
Kent Haruf - Les gens de Holt County - Editions Robert Laffont Pavillons Poche - Traduit de l' Américain par Anouk Neuhoff - 477 Pages - 11.50 €

dimanche 30 avril 2017

Jim Harrison : Les Jeux de la nuit

     Jim Harrison aimait le Montana, la nature, la pêche et l'exubérance des grands espaces. Son oeuvre est un hommage éternel à la beauté de ces paysages et aux hommes et femmes qui y vivent.
     Dans "Les jeux de la nuit", trois longues nouvelles, il nous emmène une fois encore au Montana et au Texas en passant par le Canada.
     La nature y est toujours très présente, peut-être moins éclatante, plus obsédante et douloureuse.
     Il met en scène trois personnages dont la solitude profonde est d'une grande émotion.  
     Dans la première nouvelle, "La fille du fermier", Sarah découvre le Montana avec ses parents, c'est une jeune fille solitaire. Elle joue du piano, lit beaucoup, n'a pas beaucoup d'amis. Après une soirée très arrosée, elle est agressée. Elle connaît le coupable et veut le retrouver. La vengeance s'empare de sa vie.
     Dans "Chien Brun, le retour", tout est dit. Pour les amateurs de Jim Harrison, c'est le métisse indien, l'ami cher au cœur de l'auteur qui le fait vivre au fil de ses romans. Plus que jamais célibataire endurci, il s'occupe d'une enfant handicapée au Canada où il est entré illégalement. Beaucoup de femmes s'agitent dans son existence et il n'est pas avare de sexe. L'auteur se défoule complètement, c'est cru, vulgaire et obsessionnel. Mais le désespoir et la solitude occupent tellement l'espace que les situations sont tristement cocasses.
     La dernière nouvelle donne le titre au roman. Elle est de loin pour moi la plus aboutie et la plus complexe. Tout est là du grand auteur. la nature forte , la pêche, les feux au bord de la rivière et des héros à la recherche d'un horizon paisible, seuls toujours. 
     L'histoire est celle de Samuel, enfant de "parents ratés", qui verra son comportement se modifier à chaque pleine lune après avoir été mordu par un louveteau. Une maladie qui se concrétise par un excès d'appétit et de sexe. Le mythe du loup-garou dans le Montana.
     Jim Harrison a utilisé toujours les mêmes thèmes, la nature, l'alcool, la bouffe et le sexe mais il s'empare si bien des personnages, hommes ou femmes, qu'il nous fait vivre leur solitude et leur désespérance au plus profond de leur âme. La rédemption est difficile dans cette nature âpre.
     L'écriture est juste et quand elle est un peu paillarde c'est la douleur qui en ressort. Celle d'une Amérique qui blesse et oublie les fragiles et les marginaux. Elle les oublie le long de ces routes infinies ou dans ces grands espaces où il n'est plus souvent possible de rêver.
Jim Harrison - Les Jeux de la nuit - Editions Flammarion 2010 - Traduit de l'américain par Brice Matthieussent - 333 Pages - 21 €

Otsuichi : Rendez-vous dans le noir

     Une découverte d'auteur quand elle fonctionne c'est un plaisir, et Rendez-vous dans le noir de l'auteur japonais Otsuichi en fait partie.
     L’héroïne Michiru vit seule depuis la mort de son père. Victime d'un accident de la route, elle a perdu la vue. 
     Quelque fois son amie, Kazue, lui rend visite et l'accompagne pour faire les courses ou marcher un peu, sinon la solitude et le noir l'accompagnent.
     Dans sa maison, elle a organisé son existence dans une sorte de rituel monacal dont elle ne veut pas sortir. 
     Un jour pourtant, elle perçoit une présence, un souffle, une cassure dans le rythme, une vibration dans l'air ou sensation différente. 
    Elle habite près d'une gare où un meurtre a été commis et l'assassin est activement recherché.
     Alors est elle en danger ? Non  bien sûr que non, je ne vais pas le dire...
     Il y a dans ce thriller psychologique, un raffinement et une épure digne des romans japonais.
     Malgré, un suspense angoissant, une douceur émane des personnages, rien n'est frontal tout est à découvrir.
     La force de ce roman est dans l’extrême fragilité de Michiru qui va malgré cette indicible présence continuer comme si de rien n'était et faire preuve de délicatesse et de compréhension.
     C'est aussi une réflexion sur la solitude, l'enfermement, l'isolement et la rencontre inattendue.
     L'auteur prend le temps de nous présenter les personnages avec leur questionnement et nous prenons le temps d'observer.
     L'intrigue est subtile et le dénouement nous surprend. Alors ? à lire. 
Otsuichi - Rendez-vous dans le noir - Editions Picquier/Poches 2014  - Traduit du japonais par Myriam Dartois- Arko - 208 Pages - 8.50 €
         

dimanche 16 avril 2017

Amy Gentry : Les filles des autres

    8 ans après avoir été kidnappée en pleine nuit dans la maison familiale, sous les yeux horrifiés de sa petite sœur Jane, Julie qui avait à l'époque 13 ans, sonne à la porte de chez elle.
    Elle apparaît vieillie, vraiment très mal en point. Passées la stupeur et la joie des retrouvailles inespérées, suivent les visites à la police, les entretiens et rendez-vous à l'hôpital et les divers examens. 
    La famille se pose alors et essaie de reconstruire tout ce qui a été détruit cette maudite nuit. Le questionnement et le doute viennent hanter Anna, la mère, alors que Tom le père et Jane essaient de vivre pleinement le retour de Julie.
    Mais au fait qui est Julie ? Est-elle même vraiment Julie ?
    Oui du suspense il y en a et de la psychologie aussi. Amy Gentry se saisit d'une intrigue déjà vue et lue pour innover en construisant une trame romanesque assez inattendue.
    Refusant habilement le test ADN qui aurait stoppé net l'histoire, elle instille le doute chez la mère et le lecteur d'une façon subtile.
    Alternant passé et présent, elle nous fait vivre les émotions au cœur de la famille qui explose la nuit de l'enlèvement.
    On suit et c'est l'intérêt de ce livre, le parcours hallucinant de ces jeunes qui ont fugué, que la vie a paumé, que des fous ont kidnappé et on vit avec eux. Les mots, les expériences, les descentes aux enfers sont balancés sans atermoiement, c'est dur et  brutal.
    Et puis, il y a ceux qui restent, qui attendent, qui souffrent qui ne réclament qu'un corps à enterrer.
Les associations de victimes, la presse implacable, tout est analysé avec une véracité déconcertante.
    Un livre d'une psychologie profonde où la mère se perd et perd son mari et sa cadette. Le doute et la culpabilité sont au quotidien pour cette femme perdue qui en arrive à rejeter sa fille.
     L'originalité réside dans le fait des nombreux retours dans le passé d'une façon implacable où les voix de toutes ces filles résonnent dans des épisodes souvent sordides. Toutes ces filles qui se ressemblent tant.
     Un bon livre à découvrir, d'abord le premier livre d'Amy Gentry à suivre certainement....
Amy Gentry - Les filles des autres - Editions Robert Laffont La Bête Noire - Traduit par Simon Baril - 336 Pages - 19.50 €

samedi 15 avril 2017

Jake Hinkson : L'enfer de Church Street

     Aux Etat-Unis, à la sortie d'une petite épicerie, Geoffrey Webb se fait agresser par un truand qui en veut à son argent. Nullement effrayé, Geoffrey, lui promet de l'argent, lui demande une fois monté dans sa voiture de l'écouter raconter l'histoire de sa vie.
     Et le lecteur monte avec lui, à ses côtés et va entendre son terrible récit.
     Celui d'un homme ordinaire et malveillant, à l'âme noire, aux instincts les plus bas, un personnage vil et malsain. Il rejoint  une communauté baptiste,  et en digne représentant de Dieu trouve la la plus honnête façon d'assouvir ses penchants pour le sexe et le porno.
     Au rythme de la balade en voiture en direction de Little Rock en Arkansas, calé dans le siège passager, nous sommes atterrés par les événements  racontés avec cynisme.
      Jeune aumônier à Little Rock à l'église baptiste, il sait parler et manipuler son monde.
     Sexe, hypocrisie, mensonge, meurtres vont s'intensifier au fil du récit et de l'existence de cet homme qui fera tout pour se hisser au sommet de cette communauté religieuse.
      Jake Hinkson règle ses comptes avec la bigoterie, la religion et les hypocrites. Elevé dans une communauté religieuse baptiste, il peut en parler. Il n'épargne personne.
      C'est une critique violente et sans concession des croyances religieuses et du danger de la manipulation.
      Malgré une écriture sèche, le récit commence lentement. Il va crescendo ensuite pour finir dans une noirceur suffocante.
      L'auteur crée une sorte d'anti-héros complètement cynique qui distille son poison tout au long d'un récit hautement maîtrisé.
Jake Hinkson - L'enfer de Church Street -  Editions Gallmeister, NeoNoir - Traduit par Sophie Aslanides - 236 Pages - 15 Euros -

jeudi 6 avril 2017

Kent Haruf : Le chant des plaines

     Kent Haruf est un écrivain américain disparu en 2014 peu de temps avant la parution de son dernier livre "Nos âmes la nuit" (analysé sur ce blog le 17 octobre 2016). Son écriture m'avait particulièrement émue et je voulais la retrouver dans ce livre qui a connu un immense talent.
     "Le chant des plaines" c'est Holt une petite bourgade perdue dans le Colorado, très très chère au cœur de cet auteur magnifique.
    La vie dans cette Amérique profonde est difficile mais les valeurs humaines sont abordées par Haruf avec beaucoup de délicatesse.
     Dans ce coin paumé, où les plaines s'étendent à l'infinie, où le vent dans les éoliennes nous chante une mélopée envoûtante, où les troupeaux piétinent et s'impatientent, l'existence est simple et compliquée à la fois.
     Le roman est construit en chapitres qui donnent la parole à différents narrateurs et raconte avec une grande pudeur le quotidien et l'intime de ces personnages ordinaires aux âmes belles et fortes. 
     Ils sont courageux et deviennent vite attachants, même si certains ne sont pas très glorieux.
     Les héros sont ici des frères, vieux célibataires bourrus, vivant dans leur ferme et s'occupant de leurs bêtes. C'est aussi Tom Guthrie, professeur dans l'école de Holt, il élève ses deux petits garçons depuis que sa femme, dépressive a quitté la maison. C'est l'histoire de Victoria, jeune indienne métisse, de 17 ans enceinte parce qu'un soir elle a aimé un irresponsable.
     Le lien sera Maggie Jones, une femme au grand coeur et d'une belle humanité.
     Les destins se croisent dans cette petite ville et les destinées se dévoilent doucement.
     Une plongée dans l'Amérique très profonde et dans le quotidien de personnages vrais, voilà ce qui fait la force de ce roman sur l'espoir.
     Kent Haruf nous touche parce qu'il décrit avec beaucoup de respect et de tendresse, ces êtres bousculés et un peu seuls.
     A travers une écriture authentique et sobre, il nous emporte dans un univers très émouvant où se révèlent les failles et les espérances de chacun.
     Un roman lumineux qui nous étreint sans aucun sentimentalisme, et ça c'est une réussite.
Kent Haruf - Le chant des plaines - traduit de l'américain par Benjamin Legrand - 448 pages -
10.90 €


mercredi 5 avril 2017

Zeruya Shalev : Douleur

     Zeruya Shalev donne ici la parole à son héroïne et ne va plus la lâcher.
      Iris a la quarantaine, c'est une belle israélienne vivant à Jérusalem. Elle est très compétente et efficace dans son travail de directrice d'école, c'est une femme courageuse.
     Dix ans auparavant, elle a été victime d'un attentat terroriste et son corps garde à ce jour les séquelles et les douleurs de l'accident.
     Son mariage s'use doucement, elle est mariée à un homme acharné d'échecs en ligne, branché sur son ordinateur, manquant juste de présence pour sa femme. 
     Deux enfants qui ont grandi, une fille partie vivre à Tel Aviv et un fils encore un peu là, avant de partir effectuer le service militaire.  
     Au final, une femme fragile et qui doute dans sa vie  familiale. Elle est encore plus déstabilisée quand elle retrouve à l'hôpital son grand amour de jeunesse, médecin, spécialiste de la douleur.
     Il l'avait abandonnée à l'époque. Elle renoue avec lui et retrouve le passé perdu et l'amour dont elle a tant besoin. C'est alors que sa fille a de gros problèmes.
     Le livre est un profond et magnifique portrait de femme, un émouvant témoignage sur le poids du passé et les douleurs de la vie détaillées dans ce qui existe de plus intime dans son existence.
     L'intime, l'auteure sait en parler et l'analyse avec une infinie douceur et une précision implacable.
    Elle place cette jeune femme à la croisée de sa vie, remplie de doutes et tiraillée par une grande culpabilité envers sa famille qu'elle veut quitter.
     Vivre une nouvelle vie, rattraper le temps perdu, Iris nous est racontée dans ses atermoiements.
     Shalev nous raconte la réalité de la vie en Israël pour une famille, entre les risques de guerre et d'attentats, et la douleur d'une mère de voir partir ses enfants et accomplir le service militaire. Elle nous place au cœur de l'anxiété vécue par Iris.
     J'ai beaucoup aimé ce moment unique dans le désert, presque irréel d'espoir et de pureté, dans le restaurant tenu par une famille arabe, cet instant d'entente et de réconciliation que l'auteure nous a servi.
     Une très belle écriture qui fouille les sentiments et qui nous emporte. Un très beau roman, peut-être méritait-il une fin plus subtile.
Zeruya Shalev - Douleur - Traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz - Editions Gallimard -
404 Pages - 21 €


vendredi 31 mars 2017

Clara Magnani: Joie

     Gigi, 70 ans, cinéaste italien engagé et reconnu meurt d'une crise cardiaque sur sa terrasse à Rome. En rangeant ses affaires sa fille, Elvira découvre un manuscrit inachevé, elle pense alors à un scénario, mais elle se rend compte avec surprise que c'est le début d'un livre. Son père y raconte sa rencontre 4 ans plus tôt avec Clara, une femme 20 ans plus jeune que lui et sa passion pour elle.
     Ce livre devait être écrit à quatre mains dans un hommage rendu à leur amour mature et secret.
Les amants sont mariés et ont des enfants, ils se rencontrent pour le travail, leur emplois du temps respectifs leur laissent la possibilité de se retrouver quand ils veulent, très souvent.
     Ni l'un ni l'autre ne souhaite quitter son conjoint et lui faire de peine. Chacun retourne dans son foyer sans aucune difficulté, sans nuire à l'harmonie du couple légitime.
     Le livre est construit en trois parties et explique la joie de vivre une passion adultère sans contrainte, morale ou financière, ni remords, menée uniquement par le désir.
     La première partie est consacrée à Elvira qui découvre la double vie de son père, entre étonnement et curiosité, elle décidera de faire la connaissance du dernier amour caché de son père, Clara.
     Ensuite Elvira entreprend la lecture du livre écrit par son père, et la plume y est vive et passionnée.
     La dernière partie donne la voie à Clara, qui raconte et pontifie sur ce bel amour caché. Elle donne presque des leçons, je l'ai trouvé moins intense.
     Une drôle d'impression ressentie à la lecture de ce bref roman. Tout d'abord beaucoup de culture étalée même si c'est intéressant on en arrive à un monologue et puis cette histoire d'amour si belle et si cachée m'a ennuyée.
     Rien à dire sur l'auteure qui porte le même nom que son héroïne, on ne sait rien d'elle ou de lui !
     Il n'en ressort rien de ce livre lisse, sinon l'envie de se promener à Rome encore et toujours et ça c'est pas mal du tout.
Clara Magnani - Joie - Editions Sabine Wespieser - 180 Pages - 17 €

dimanche 26 mars 2017

Laurent Seksik : Romain Gary s'en va-t-en guerre

     Le dernier ouvrage de Laurent Seksik raconte deux jours dramatiques, les 26 et 27 Janvier 1925, de la vie du petit Roman, qui deviendra Romain Gary.
     Dans l'existence de Roman, il y a la mère. Nina, jeune femme fantasque et libre. Elle a vécu une existence difficile avec la perte d'un premier enfant, la difficulté d'être acceptée par la famille son mari très religieux, et maintenant son mari la quitte.
     Elle vit dans le ghetto de Vilno en Lituanie, avec son fils des jours difficiles. Sa boutique de chapeaux est fermée, elle manque d'argent.
     Nina ne vit que pour son fils, elle est malheureuse, et son rêve, dans une société où  persécution et antisémitisme augmentent, est de vivre à Paris avec lui.
     Et puis il y a le père, Arieh, fourreur comme l'étaient son père et son grand-père. La figure du commandeur pour le petit Roman. 
     Un père volage qui les as quittés pour vivre un amour plus serein avec une nouvelle femme.
     C'est le mensonge et la trahison que Roman découvre, en même temps que sa fascination pour ce père absent.
     Le livre est un roman, pas une biographie. Les amateurs de Romain Gary vont certainement pousser de grands cris.
     L'auteur avec ses mots et son rythme soutenu, raconte les modes de vie  du ghetto juif à Vilno. Seksik en fait un personnage sombre et vivant à la fois, avec ses rues, ses boutiques, ses habitants et l'insupportable haine qui monte.
     Faire d'un personnage réel une fiction audacieuse et pleine de mélancolie est je pense un hommage qu'aurait fort apprécié Romain Gary.
     Seksik nous touche par la justesse du ton, par la précision historique qui entoure l'histoire d'un couple qui se déchire.
     Les dernières pages donnent la parole au boucher nazi qui a liquidé le ghetto de Varsovie (60 000 juifs éliminés, le lecteur n'est plus dans la fiction) dans un dialogue avec Arieh, et cet ultime adieu au père face à l'extermination est très émouvant.
     Une envie de relire Gary, "La promesse de l'aube" pour retrouver Nina et comprendre qu'aimer c'est toujours difficile.
      Ce livre raconte la peur, la trahison et la plus profonde misère humaine, il raconte une époque qui plonge dans la barbarie.
Laurent Seksik - Editions Flammarion - 228 Pages - 19 €

Philippe Djian : Marlène

     Marlène est le dernier roman de Philippe Djian,  écrivain français à la production littéraire brillante et reconnue au cinéma (37°2 le matin et Oh).
     C'est une histoire de couple et de famille, d'une amitié virile,  dans un lieu non indiqué mais qui ressemble tant à l'Amérique qu'affectionne l'auteur.
     Dan et Richard sont amis depuis toujours. Ils sont revenus des dernières guerres, traumatisés par les horreurs vécues. Dan est solitaire et il fait son possible pour reprendre le cours de sa vie.            Richard a plus de mal avec la normalité, d'ailleurs il sort de prison.
     Sa femme, Nath, se perd un peu dans son couple. Elle prend un amant mais celui-ci devient vite encombrant au retour de Richard à la maison.
     Leur fille Mona, est une adolescente en rupture familiale totale, et les parents vont être hélas vite dépassés.
     Survient alors dans leur vie et  petite ville, Marlène, la sœur de Nath. Abandonnée par son ami, sans travail, un peu éparpillée, elle vient juste souffler un peu. Mais qui est-elle vraiment ? 
     Tout y est et c'est du Djian ! une histoire presque ordinaire, très drôle parfois, un brin de sexe vulgaire, juste un brin, et des personnages tous un peu secoués et déglingués.
     A travers la solitude et les difficultés traversés par ces héros fatigués, Djian analyse cette fameuse "normalité" que la société impose et propose et qui finalement a un goût de vide et d'ennui sans fin.
     Une première partie construite finement avec très peu de mots, une écriture brève et ramassée, le lecteur reste très attentif dans les non-dits. 
     Ensuite le récit prend de l'ampleur et devient très visuel.
     Un très bon roman, avec des personnages qui possèdent en eux l'envie d'un nouveau départ mais qui se font happés par la vie. Chacun garde ici ses mystères et ses fêlures.
Philippe Djian - Marlène - Editions Gallimard - 224 Pages - 19.50 €


lundi 13 mars 2017

Philippe Besson : "Arrête avec tes mensonges"

     Philippe Besson a donné au titre de son dernier ouvrage "Arrête avec tes mensonges" une injonction de sa mère et emmène ainsi le lecteur revisiter son enfance.
     Il nous livre ici un roman d'une grande sensibilité, hautement touchant et se dévoile avec mélancolie dans une autofiction parfaitement maîtrisée.
     C'est sur la silhouette d'un jeune homme aperçue lors  d'un passage à Bordeaux pour une interview en qualité d'écrivain, que le passé lui revient.
     Un début de roman comme un souffle, sans ponctuation. Le lecteur est interpellé. L'auteur nous parle mais nous dit-il toute la vérité ? 
     En 1984, Philippe est un brillant élève de terminale au lycée Barbezieux en Charente et il découvre "le foudroiement amoureux, l'extase et l'éblouissement" pour un jeune garçon du lycée, Thomas (comme les héros de ses romans).
     D'origine sociale différente, Philippe l'intellectuel et Thomas attaché à la terre, ils vont connaître une histoire d'amour violente et surtout interdite.
     La rupture sèche et brutale se fait au retour de vacances. De toute façon Philippe est celui qui devait partir, étudier ailleurs, vivre autre chose. Thomas lui reste mais à sa façon. 
     L'époque n'est pas aux confessions homosexuelles et la société découvre le Sida qui va tuer de nombreux jeunes qui n'aiment pas dans "les normes".
     A travers une histoire toute personnelle, l'auteur nous raconte la société des années 80, la vie en province, et la difficulté à assumer et vivre ses choix.
     Mais ce qui rend ce livre particulièrement intéressant, outre les thèmes récurrents  qui sont chers à l'auteur, comme l'amour, l'abandon, la mort  et qui sont décortiqués magistralement, c'est d'avoir la clef , la compréhension de ses romans précédents.
     Philippe Besson nous livre aussi l'origine de sa création littéraire, son point de départ et cela pour un lecteur c'est un formidable cadeau.
      Il y a beaucoup de sensibilité et d'émotion dans son style comme toujours, les lieux sont décrits intensément, et la beauté des paysages nous émerveille. Il sait distiller le sentiment, le manque amoureux et le message devient universel.
      Un très beau roman.
Philippe Besson - Arrête avec tes mensonges - Editions Julliard - 198 Pages - 18 €
     

mardi 28 février 2017

Antoine Choplin : Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar

     Antoine Choplin, l'écrivain qui contemple et nous faire savourer l'art, la nature et les gens beaux de leur simplicité et courage.
     Dans son dernier ouvrage, il nous raconte l'histoire de Tomas, un jeune homme amoureux des arbres à tel point qu'il ne se lasse pas de les photographier, de la nature qui l'entoure et fasciné par les machines.
     Tomas est garde-barrière en Tchécoslovaquie. C'est un contemplatif, un taiseux, il regarde la vie à travers son oeil de candide.
     Lors de la fête annuel des cheminots, il assiste à une pièce de théâtre, et boit un verre avec les acteurs et l'auteur de la pièce. Un moment magique, unique qui va bouleverser toute sa vie.
     L'auteur est Vaclav Havel, pour l'instant il est un écrivain dissident, opposant au régime, farouche défenseur des droits de l'homme, c'est un homme surveillé par la police.
     C'est à l'amitié qui va nouer ces deux hommes, indéfectible malgré les arrestations et la prison, que l'auteur rend hommage.
     Le monde connaîtra le héros de la révolution de velours, le président de la république. Choplin nous le décrit comme un homme rempli d'humanité. Malgré le récit de la lutte politique, de la traque et de la torture, l'atmosphère de ce court roman est imprégnée d'instants magiques, hors du temps. 
     Comme le fait si bien l'auteur, il nous montre des forêts enneigées, une cabane perdue, la beauté du monde qui nous est donnée, quand on prend le temps de la voir.
     Hommage est rendu aussi, à ces hommes de l'ombre, ces anonymes qui ont porté l'Histoire au plus profond d'eux et de leur engagement.
     Un très beau roman, sur des thèmes profonds et riches, que l'auteur soigne particulièrement comme l'amitié, la solidarité et l'art toujours présent.
    A lire.
Antoine Choplin - Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar - Editions La fosse aux ours - 217 pages - 18 €
     

lundi 13 février 2017

Catherine Locandro : Pour que rien ne s'efface

     Catherine Locandro réalise un dernier roman "Pour que rien ne s'efface" rempli d'émotions et pose un regard réaliste sur le naufrage d'une femme.
     Le corps d'une femme de 65 ans est découvert après plusieurs semaines dans une chambre à Paris.
    Qui est cette femme ? Lila Beaulieu, qui se souvient d'elle?          Elle est morte dans la plus profonde solitude et pourtant dans les années soixante, un film culte "La chambre obscure" a fait d'elle une star.
     L'auteur mène une enquête en donnant la parole à douze personnes, hommes et femmes plus ou moins jeunes qui vont venir parler de la disparue.
     Douze témoignages troublant vont remonter le cours de sa vie et nous font découvrir les failles et les vérités de cette femme finalement jamais comprise.
      De sa naissance au Cannet sur la Côte d'Azur, elle sera remarqué à Cannes par un metteur en scène. Avec lui elle fait le film qui la hisse à la gloire en passant, l'épouse, a deux filles et ils vivent à Hollywood et ses paillettes, revient à  Paris où gloire et fortune passées, elle sombre dans la solitude et le manque d'argent, délaissée par sa famille.
     Catherine Locandro dresse une biographie à rebours d'une star déchue, et montre avec beaucoup de réalisme la société qui oublie les personnes qu'elle a pourtant adulées.
      Il est question de solitude et de déchéance ici. Le destin implacable qui rattrape les rêves les plus beaux.  Lila Beaulieu est passée tout près d'une belle réussite, a-t-elle été trop faible , en voulait-elle trop ?
      Ce livre est dérangeant par les questions qu'il suscite sur l'argent, la solitude, l'alcool ou la vieillesse, sur ce monde des apparences où personne ne connaît vraiment l'autre.
     L'auteur nous donne beaucoup d'émotions dans ce court roman, c'est très beau.
Catherine Locandro - Pour que rien ne s'efface - Editions Eloïse d'Ormesson - 208 Pages - 18 €


dimanche 12 février 2017

Jean-Paul Dubois : La succession

     Le dernier roman de Jean-Paul Dubois nous entraîne dans la vie de Paul, comme toujours chez Dubois, et dans une histoire à l'humour caustique qui cache de bien sombres choses, comme toujours.
     Paul, le héros, vit depuis quelques années à Miami où il joue en professionnel à la pelote basque. Il est heureux dans la passion du sport, dans une certaine insouciance avec de sincères amitiés, il lui manque un peu d'amour  mais pour Paul ce sont ses plus belles années, en plus il les vit sous le soleil.
     Il apprend le suicide de son père à Toulouse. C'est du huitième étage, que ce médecin toujours en activité, a décidé de mettre fin à ses jours.
     C'est le retour en France pour Paul, à Toulouse, dans la maison familiale  pour régler les problèmes de succession avec un détour dans le Pays Basque, qu'il aime (mais tout le monde aime le Pays Basque !) et où il a découvert la pelote un certain été.
      Paul se souvient du dernier été et de sa fuite, refusant d'être médecin, refusant la succession assurée, le cabinet médical dans la maison à Toulouse. Le départ pour Miami et ses frontons, et l'océan et les années qu'il mettra entre lui et sa famille trop névrosée, trop décalée.
     Il faut dire que des suicides il y en a eu. D'abord son grand-père dont la vie et l'itinéraire peuvent susciter des interrogations cocasses, ensuite l'oncle qui a toujours vécu avec eux et sa mère et dont les comportements restent encore aujourd’hui énigmatiques. 
     La plume de Dubois se fait ironique, les anecdotes pétillent  et l'humour est léger.
     Puis les souvenirs reviennent plus lourds, plus profonds et ils nous chavirent.
     Paul découvre deux carnets noirs dans le bureau de son père, une étrange comptabilité que Paul va essayer d'analyser car tapie entre les lignes se trouve la véritable succession.
      On retrouve avec un réel plaisir tout ce qui fait le style de cet écrivain. Il nous mène dans des histoires où règnent l'absurde et le délirant pour ensuite nous toucher au cœur avec des histoires familiales où le désespoir est profond, trop triste pour y échapper.
       Un livre très émouvant, qui trotte dans la tête longtemps après.
Jean-Paul Dubois - La succession - Editions de l'Olivier - 234 Pages - 19 €
     

vendredi 10 février 2017

Yaa Gyasi : No home

     Véritable fresque familiale campée dans l'Histoire, le premier roman de la toute jeune auteure Yaa Gyasi, raconte l'histoire de l'esclavage du 18ème siècle au début des années 2000.
      Le début du livre s'ouvre sur l'arbre généalogique et nous suivons le destin de deux sœurs en Côte d'Or (Ghana), filles de Maame
     Effia de la tribu de Fanti se marie avec un blanc, James Collins qui est gouverneur au Fort de Cape Coast  et Esi, de la tribu des Ashanti est capturée et vendue comme esclave aux colons.
     Nous suivons leurs descendances avec une lignée restée au Ghana et l'autre en Amérique.
     Un roman construit sur un rythme rapide et dont chaque chapitre égrène le prénom d'un personnage attachant qui représente un témoignage vivant de son époque.   
     Une épopée tragique qui sonde les profondeurs de personnages victimes de l'esclavage et qui ne cesseront chacun à leur manière de survivre.
     De la colonisation du Ghana par les anglais à la guerre de Sécession qui aboutira à l'abolition de l'esclavage mais aussi à l'instauration de lois raciales, dans Harlem quartier-ghetto de New-York pour les Noirs, des champs de coton aux mines de charbon, les personnages se succèdent et racontent. 
     Ouvrage bouleversant, par la très grand maîtrise de l'auteure originaire du Ghana, et qui ne tombe pas dans le parti pris. Il y a eu des événements d'une barbarie extrême lors de la colonisation et de la traite des noirs mais aussi les tribus africaines rongées par leurs guerres ancestrales ont contribué à l'installation de ce commerce infâme.
      En donnant la parole à Effia, H les deux pelles, Akua la Femme folle ou Willie qui chante dans les églises et tous les autres oubliés et meurtris de l'Histoire, l'auteure nous retrace l'évolution de la condition noire au fil du temps. Pour  ceux  restés au pays, ils subissent un exil de sang, celui que vivent les métisses, ni blanc ni noir.
       J'ai été très émue par les pages concernant Harlem et le jazz, tristes à mourir où les personnages se noient dans la drogue pour oublier le malheur d'une existence décidement bien sombre. 
      Un hymne à l'Afrique, à l'espoir, aux hommes et aux femmes qui ont su relever la tête.
      A lire absolument.
Yaa Gyasi - No Home - Editions Calmann-Lévy - Traduit de l'Américain par Anne Damour - 450 Pages - 21.90€   
     

lundi 6 février 2017

Emmanuel Venet : Marcher droit, tourner en rond

     Ce livre est un véritable plaisir de lecture, une petite merveille, drôle vive et intelligente comme sait l'être la littérature quand elle nous surprend.
      L'auteur qui est psychiatre met en scène un anti-héros âgé de 45 ans atteint du syndrome d'Asperger. Pas de retard de langage ni de trouble intellectuel, mais une difficulté profonde dans les rapports avec autrui, qui l'empêche  d'avoir une vie sociale normale. Il a du mal à se représenter les émotions et respecter les principes sociaux.
     Le narrateur  aime profondément ce qui est clair, précis, il est franc et n'aime pas les mensonges.
     Il adore le scrabble, consacre son temps aussi aux recherches sur les origines de tous les crashs aériens, et aime depuis son enfance Sophie et l'aimera toujours même si elle vit une autre vie.
     Alors qu'il assiste aux obsèques religieuses de sa grand-mère, il se trouve fort mécontent de constater que l'hommage rendu à cette femme est un mensonge absolu. Pourquoi faut-il toujours dire que les disparus étaient les meilleurs ?
     Dans un long monologue intérieur, il invective toute la famille qui joue le simulacre des apparences et des bonnes pensées depuis toujours. Le portrait qui en est fait est tout à fait désopilant et nous renvoie une image pas très honorable de la famille.
    A travers le portrait de cette famille plus vraie que nature, c'est le constat d'une société qui s'arrange et s'accommode et dont les compromis empêchent de voir la vérité. Une critique des relations humaines basées sur l'hypocrisie et l'indifférence qui  nous interpelle.
     L'humour et l'ironie émaillent les réflexions de l'homme qui nous touche beaucoup en raison d'une grande solitude et souffrance qu'il vit.
Alors à lire absolument, sans réserve. 
Emmanuel Venet - Marcher droit, tourner en rond - Editions Verdier - 128 Pages - 13 €

Alain Blottière : Comment Baptiste est mort

     Pour son dernier livre "Comment Baptiste est mort" Alain Blottière a reçu le Prix Décembre 2016.
     C'est un roman à la construction très originale où l'émotion est contenue dans les blancs, ceux de la page et ceux laissés par le jeune Baptiste.
     Baptiste a été kidnappé par un groupe de djihadistes, avec ses parents et ses deux frères dans le désert d'Afrique. Seul rescapé, l'histoire débute par un interrogatoire où un homme, sans doute un psy, lui pose des questions sur sa captivité et auxquelles Baptiste ne peut ou ne veut répondre.
     Les chapitres vont alterner, dialogues brefs, succincts où les silences racontent l'horreur et où le lecteur sent un souffle une présence avec le récit de l'enlèvement de la famille raconté à la troisième personne, 
     Rebaptisé Yumaï par ses ravisseurs, Baptiste n'existe plus et  éprouve des sentiments confus vis à vis de ses bourreaux.
      Amir, le chef, le repère et lui apprend à se comporter comme un soldat, il ne doit pas avoir peur, ne doit pas craindre la solitude et surtout il doit être fort.
     Il a souffert et a subi beaucoup de violence : simulacres d'exécution, peur, faim et drogue. Cette maltraitance entraîne des gouffres noirs dans sa mémoire.
     Mais petit à petit les échanges avec la personne vont l'aider à refouler l'effroi et évacuer le lavage de cerveau.
     C'est alors que lui reviennent des bribes de la barbarie subie mais aussi des actes effectués sous la contrainte alors qu'il était en proie à la peur et sous l'emprise de drogues.
     Les descriptions du désert sont sublimes et glaçantes. Les séjours forcés que fait Yumaï tout seul dans une grotte  ornée se transforment en quête initiatique.
      C'est un roman très sobre et dérangeant. L'auteur mène un récit très épuré,  même poétique. Il nous dévoile avec retenue la manipulation et la fascination de Yumaï pour son chef mais tout bascule dans l'horreur la plus totale. 
       Un roman lu d'une traite, on souffle après.
Alain Blottière - Comment Baptiste est mort - Editions Gallimard - 208 Pages - 18.50 €

mardi 24 janvier 2017

Yasmina Reza :Babylone

     Babylone de Yasmina Reza a été récompensé par le Prix Renaudot 2016. L'auteure de pièces de théâtre savoureuses, comme Art , a choisi d'écrire ici un roman. Et pour le plus grand plaisir de ses admirateurs, elle y conserve le style théâtral et les thèmes qui lui sont chers.
     Le lecteur retrouve les portraits de bobo parisiens et de leurs soirées bien arrosées,  leurs conversations pseudo intello-bio-politiques et leurs échanges mi profonds mi absurdes autour du vide de leur existence finalement banale.
     L'héroïne, Elizabeth, a la soixantaine et le blues qui va avec. La jeunesse est partie pour toujours, et l'idée du  plus jamais, l'angoisse fort le matin.
     Avec son mari elle habite un appartement de banlieue parisienne et décide d'organiser une fête du printemps avec ses amis et collègues et aussi les voisins du dessus.
     Un couple un peu atypique, lui Jean-Lino, un homme sensible et gentil, peut-être trop et qui fait tout pour se faire aimer. Mais il a du mal, même auprès du petit-fils de sa femme, qui n'est pas le sien. Même avec son chat avec lequel il déploie beaucoup de patience et d'abnégation.
     Son épouse, Lydie est une flamboyante rousse, chanteuse dans des bars de jazz, qui lit à l'occasion dans les lignes de la main et qui est surtout bio à fond.
     Voilà une fête printemps, plutôt réussie dans l'ensemble malgré certaines discordances, certaines réflexions. Et puis au milieu de la nuit, Jean-Lino f'rappe à la porte de l'appartement d'Elizabeth, il vient d'assassiner sa femme. La nuit va se poursuivre dans le drame et le burlesque comme sait si bien le faire l'auteure.
      Autour de thèmes profonds, comme la vieillesse et le temps qui passe, le couple et la mortelle habitude ainsi que les actes irréversibles, Yasmina Reza crée une histoire qui reste malgré tout dans le superficiel.
      Les propos sur l'existence, les regrets, même s'ils sont justes restent des propos sans profondeur.
      Alors on peut penser que dans une pièce de théâtre, il y aura du tonus dans ces répliques, on est ici dans une lecture, une certaine réflexion.
      Or ça ne vient pas et on s'ennuie un peu. La deuxième partie du livre, quand le meurtre a été commis aurait pu être la source d'un rebondissement mais non, quant à la fin...
Yasmina Reza - Babylone - Editions Flammarion - 224 Pages - 20 €      


mercredi 18 janvier 2017

Ivan Jablonka : Laëtitia

       Lauréat du Prix Médicis 2016, l'auteur est  historien et sociologue. Son livre est un témoignage douloureux et aussi un hommage rendu aux femmes, aux petites filles qui restent à jamais victimes des hommes et de la vie.
       Même si le livre fait l'objet d'une récompense littéraire, et il le mérite, il n'est pas un roman. C'est un genre à part, mais qui se lit sans reprendre son souffle tellement l'histoire bouleverse.
       C'est un fait divers glaçant, et pourtant il n'a rien de divers, l'auteur en fait un marqueur de notre époque, une page d'histoire qu'il interroge.
        C'est l'histoire de Laetitia Perrais qui un matin d'hiver la route de Meilhon, un délinquant récidiviste, marginal. Sa vie baigne dans l'alcool et la drogue. Leur rencontre va réveiller la haine et la frustration au plus profond de lui.
        Il la tuera avec un acharnement au-delà de l'humain après lui avoir fait subir les pires actes de barbarie.
        Le président de la République de l'époque, s'empare de l'affaire pour servir ses intérêts et tacler la justice.
        Les journalistes s'en servent pour alimenter leur presse quotidienne.
            Mais la jeune Laetitia, est ici le symbole de toutes les enfances détruites. Avec sa sœur jumelle, elle naît entre une mère dépressive et inconséquente et un père alcoolique et violent avec la mère.
           Un foyer qui explose dans une pauvreté intellectuelle et sociale. Placées toutes les deux en foyers puis en famille d'accueil, elles sont pris en charge par un couple très aimant. 
           A la mort de Laetitia, sa sœur témoignera contre le père (aimant) d'adoption et l'accusera de viols.
         Une affaire sordide, un parcours de chagrin, rien n'a été épargné à Laetitia.
         Ce livre est un état des lieux poignant de notre société, il détaille une profondeur humaine qui se perd. Les familles fracassées, les disparités sociales, le manque culturel, l'abandon de ces jeunes filles qui quittent l'école trop tôt pour devenir encore et toujours des victimes, le constat est terrifiant.
         Que fait et que met en place la société pour elles, pour leur éviter cet avenir ? Voilà la question qui ressort de cette écriture maîtrisée.
Ivan Jablonka - Laëtitia ou la fin des hommes - Editions du Seuil - 400 Pages - 21 €
              
    
     

mercredi 4 janvier 2017

année nouvelle



Je vous souhaite une très heureuse année 2017. 
Tous mes vœux de bonheur, de santé et de riches lectures.
Que cette année vous soit douce et lumineuse.
Merci de votre fidélité sur mon blog et que nos rencontres se poursuivent.
Très belle année !!!