Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




dimanche 21 décembre 2014

Patrick Modiano : Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

     Patrick Modiano, notre Prix Nobel national, poursuit dans son dernier roman le fil nostalgique du temps passé, perdu et jamais vraiment retrouvé.
     Son style c'est cette petite musique de la mémoire où il suffit de presque rien pour que le passé ressurgisse.
     Son héros, Jean Daragane est un ancien écrivain, sexagénaire il vit seul coupé du monde. Il savoure toutefois la lecture de Buffon et aime regarder les arbres de la fenêtre de son appartement parisien.
     Un carnet d'adresses perdu dans le train, le conduit à rencontrer un couple très bizarre. Très insistant, l'homme souhaite connaître les liens qui unissent Jean à un nom du carnet, Guy Torstel.
      Voila, il suffit de presque rien et Jean se souvient, plus ou moins.
On flotte entre passé et présent. On se perd aussi.
       Il est question d'une certaine maison habitée par des personnages à la vie très spéciale.
      Confiée par sa mère, souvent absente, à une danseuse de cabaret, Jean retrouve des moments, des lieux, recherche, trouve, oublie.
     "Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier" explore les peurs enfantines du héros, celles d'être abandonné dans une maison et faire remonter à la mémoire un fait divers violent jamais élucidé.
       Les amateurs de Modiano vont aimer, tout y est. 
       L'oubli volontaire ou non, les déambulations dans Paris ou dans les lieux du souvenirs, la reconstruction vaine souvent d'un passé enfoui prennent ici des aspects sombres et désespérés.
     L'écriture est fluide et le ton fidèle à l'oeuvre de l'auteur, mais l'histoire de cet homme ne représente pas un intérêt immense.
      Si les souvenirs de cet homme pour l'enfant qu'il était peuvent être émouvants, l'histoire se perd et on se demande où on va. Certains personnages disparaissent et on oublie ce que l'on fait là.
      Finalement, laissons la recherche du temps perdu à Proust.
Patrick Modiano - Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier - Editions Gallimard - 160 pages - 16.90 Euros         
    

jeudi 18 décembre 2014

André Brink : Philida

    André Brink a puisé dans le cœur de son passé familial pour nous évoquer le portrait d'une esclave qui a vraiment existé, Philida.
    Une histoire qui se situe dans les années les plus troubles de l'Afrique du Sud, juste avant l'abolition de l'esclavage par les anglais en 1833. Obligation sera faite quand même aux esclaves de rester au service de leurs maîtres pendant 4 ans.
    Appartenant à la famille Brink, exploitants vinicoles en Afrique du Sud dans la région du Cap, Philida décide de porter plainte contre le fils du maître, François.
    Il lui avait promis la liberté si elle couchait avec lui. Il n'en a jamais eu l'intention. Quatre enfants sont nés de cette relation, deux ont survécu.
    Pour ne pas compromettre le mariage de François avec une riche héritière blanche, ses parents décident d'éloigner Philida de la maison en la vendant avec ses enfants dans le nord du pays.
    La scène de la vente aux enchères des esclaves, sans doute une des dernières, est très dure et montre la cruauté de la société de l'époque.
    C'est un récit d'une grande émotion. Brink renoue ici avec une plume aux accents poétiques forts en y mêlant la langue afrikaaner, âpre donnant au récit une intense vérité.
   L'auteur donne la parole à Philida, esprit rebelle, et déterminée à suivre le chemin de l'émancipation.
    Consciente de son identité et de son appartenance au monde, elle fait de sa vie un combat pour la liberté et le respect humain.
     Les coups, les viols et les menaces façonnent cette âme qui demeure à jamais libre.
     De ses compagnons d'infortune comme elle, elle apprend et partage. Elle comprend l'importance de l'éducation et se nourrit d'écriture et de lecture. 
    Cette jeune femme prend conscience de son identité, de sa personne et de son appartenance au monde, elle dit d'ailleurs :"à l'intérieur de moi, je suis libre"
    Brink donne aussi la parole aux maîtres blancs, étonnés et sidérés devant l'insolence de cette esclave et anéantis par l'émancipation  prochaine de tous les esclaves.
     En alternant les récits de chaque personnage, il donne une image différente des événements et donne ainsi la possibilité à chacun de défendre ses opinions.
     Chaque chapitre débute par l'explication de ce qui va suivre et indique qui va parler. Cela permet aux lecteurs de suivre plus facilement le changement de style et de vocabulaire en fonction des différents personnages.
      André Brink nous plonge dans les abîmes économiques et sociaux de toute une époque et raconte l'histoire d'un pays qui n'a pas encore pansé toutes ses blessures.
André Brink - Philida - Editions Actes Sud -  384 pages - 23 Euros 
     


dimanche 14 décembre 2014

Adrien Bosc : Constellation

     Le 27 Octobre 1949, l'avion Constellation, reliant Paris à New-York, s'écrase dans une île des Açores et disparaît à jamais des radars.
     Commencent alors les recherches de l'avion disparu, des corps et des causes de ce terrible accident.
     Cette catastrophe aérienne est inscrite dans notre mémoire collective, en raison d'un célèbre passager, Marcel Cerdan surnommé le Bombardier marocain,  dans le vol pour New-York afin d'y récupérer son titre de champion de boxe et aussi retrouver sa môme.
     Mais aussi Ginette Neveu, violoniste virtuose, et d'autres que le temps a rattrapé pour toujours.
     Le hasard se joue-t-il de nous ?
     Cerdan n'aimait pas prendre l'avion et devait faire la traversée en bateau. Mais Edith Piaf était impatiente, 3 personnes ont cédé leur place sur ce vol pour qu'il puisse partir.
     Le destin, le hasard et puis c'est fini.
    Adrien Bosc s'est plongé dans ces histoires de vie qui ont bifurqué vers le néant, rendant un hommage troublant et vibrant à tous ces passagers d'un vol perdu.
   Le travail de recherche est considérable et certainement intéressant. Mêlant histoire vraie et fiction, Adrien Bosc dresse des portraits à jamais oubliés.
   Toutes ces disparations nourrissent un récit poétique intense, un hommage aux disparus.
   Un récit très fouillé où la lassitude arrive pourtant par la lecture de phrases interminables ou par l'évocation d'épisodes personnels à l'auteur sans rapport avec le drame.
    Peut être que tout est lié dans cette fameuse constellation sans cesse évoquée par l'auteur, mais le lecteur se perd dans cette profusion de détails parfois sans intérêt.
    Il n'en reste pas moins un premier roman récompensé par le Grand Prix du Roman de l'Académie Française.
Adrien Bosc - Constellation - Edition Stock -  192 pages - 18 Euros

mercredi 26 novembre 2014

13 à table avec les Restos du Coeur : Nouvelles

   
     13 à table des Editions Pocket, représente en cette fin d'année, une initiative chaleureuse et intelligente au service de la bonne cause en partenariat avec l'association les Restos du Coeur.
     Pour chaque livre acheté (5 euros) , 3 repas seront distribués par les Restos du Coeur. Pour une fois qu'on ne demande pas aux chanteurs de faire leur promo.
     13 écrivains participent à cette belle aventure et ont écrit 13 nouvelles inédites.
      Le fil rouge de ces récits est le repas.
     Quand la lecture devient une vraie nourriture.
     Qu'il soit festif, familial, amical ou imaginaire, le repas unit, réunit ou désunit, qu'on aime ou pas il représente l'appartenance à une famille, un clan, une société.
     Ne plus en faire partie isole et étiole et l'être humain devient fragile dans sa solitude.
     Des nouvelles vraiment sympathiques, drôles, inquiétantes même, toutes donnent des leçons de vie et d'humanité.
     A part deux, celles de Levy et Musso mais bon, les thèmes (rien à voir avec le repas) évoqués sont intéressants sans être nouveaux.
     Je ne raconterai pas ces nouvelles, elles vous attendent pour 5 euros entièrement redistribués aux Restos du Coeur, alors allez y, pour vous ou pour offrir.
     En tout cas, ils comptent sur vous !
13 à table - Editions Pocket - 5 Euros

dimanche 23 novembre 2014

Paul Colize : Un long moment de silence

    

       Paul Colize, écrivain belge, nous plonge dans deux histoires, entre présent et passé, fiction et réalité où l'ambiance est posée de façon très efficace et avec un style très élégant.
     C'est d'abord Stanislas Kervyn, un entrepreneur brillant mais exécrable, antipathique au possible, grossier n'aimant personne. Les femmes ne représentent pour lui que l'objet de son plaisir brutal et obscène.
     Il a grandi dans le manque de son père adulé, mort dans l'attentat du Caire en 1954 et qui a coûté la vie à 21 personnes innocentes.
     Il a enquêté sur sa vie, fouillé les archives familiales et écrit un livre pour pourvoir tourner la page de ce drame familial. Un coup de fil inattendu relancera sa recherche de la vérité.
     En parallèle nous suivons l'histoire de  Nathan Katz, jeune juif qui a survécu aux fameuses "186 marches de Mauthausen" et qui après guerre s'installe à New-York. Il intègre une organisation et s'engage à éliminer tous les bourreaux nazis de la terre.
     Tout au long de la lecture, on se pose la question du lien entre ces deux histoires. Jusqu'à la fin et surtout au mot pour le lecteur, l'auteur nous ménage un suspense diabolique.
      Chaque personnage possède une personnalité complexe et profonde et nous découvrons au fil du récit la part cachée de leur être. Que ce soit pour Nathan, jeune homme sympathique qui veut venger sa famille et qui devient lui aussi un bourreau ou Stanislas qui maltraite tout le monde y compris lui-même mais va peut être trouver une certaine rédemption.
     Paul Colize sans sombrer dans le mélo, nous donne à réfléchir sur la vengeance et le pardon.
     Les chapitres courts s'enchaînent, les deux histoires et époques alternent et rendent le récit palpitant.
     La plume de Colize est brillante et enlevée , tout est fouillé et malgré certains passages un peu crus, le récit est profond et les personnages bien façonnés. 
Paul Colize - Un long moment de silence - Folio Policier - 8.40 Euros  

dimanche 16 novembre 2014

Gillian Flynn : Les Apparences

      On ne se méfie jamais assez des apparences et Gillian Flynn dans un récit habile à la construction maîtrisée, nous sert une diabolique leçon de perversion et de manipulation.

     C'est l'histoire d'un couple de journalistes New-Yorkais, Nick et Amy. Ils sont jeunes, beaux, arrogants et ont la vie devant eux. 
     Amy est issue d'une famille aisée et ressemble à la petite fille modèle créée par ses parents écrivains, Nick lui vient du Missouri un coin paumé rempli de bouseux.
    La crise économique passant par là, ils se retrouvent sans travail et contraints de quitter New-York.
    Ils s'installent dans le Missouri où Nick ouvre un bar avec sa sœur jumelle et Amy, en bonne épouse, s'adapte aux habitants et au coin.
   Jusqu'à leur 5ème anniversaire de mariage, il représente le couple parfait. Mais ce jour là, Amy disparaît mystérieusement.
  Une enquête est menée et très vite indices et témoignages accusent Nick de meurtre.
   Le récit psychologiquement  fouillé alterne deux voix, celle de Nick et celle d'Amy.
   La lecture du journal intime d'Amy est une plongée effrayante dans la tête d'un personnage psychotique effrayant.
   Chaque récit donne des explications et un point de vue de l'affaire et des protagonistes.
   Le lecteur est bousculé et plonge littéralement dans un abîme de mensonges, de faux-semblant, de coups de théâtre et de remous diaboliques.
   L'auteur possède un vrai talent pour tisser un suspense où l'opacité psychologique fait frémir jusqu'à la dernière ligne bien plus qu'une pure enquête de meurtre.
   Alors que l'on croit enfin que les éléments de cette disparition sont éclaircis, ils s'affrontent encore une fois dans une fin ultime et terrifiante.
   Malgré quelques longueurs , on reste accroché à ces deux personnages qui jouent de l'apparence et des sentiments.
Gillian Flynn : Les Apparences - Edition Livre de Poche - 8,60 Euros - 

        

vendredi 14 novembre 2014

Fabienne Jacob : mon âge

   

  La narratrice ne dit pas son âge, volontairement ou pas. Les âges successifs qui sont décrits sont ceux de la mémoire, du souvenir, de la quête.
    Les événements petits ou grands d'une vie, ceux qui restent ou qui reviennent avec une odeur, une couleur.
    Elle peut avoir quatre ans et se trouver dans la salle de bains, petite fille curieuse qui regarde son père se raser et plus tard nue, dans une piscine pour un bain de minuit inoubliable.
    L'auteur nous emporte dans le pétillement de l'enfance avec Else, petite fille sauvageonne de 10 ans et puis après dans un amour adultère et aux moments volés dans un hôtel ou la solitude sur un bord de route aux Etats-Unis.
    Des souvenirs de petits ou grands moments, de ceux qui reviennent vous réchauffer quand il fait froid et noir.
    Abolir la notion de temps pour ne garder que des instantanés de vie et d'enfance.
    Par un subtil jeu de miroir, Fabienne Jacob essaie de maîtriser le corps, de repousser le délitement, l'oubli.
     Ne cherchez pas l'intrigue, il n'y en a pas. Ici la musique de la vie donne le ton à ce roman d'une grande élégance.
     C'est bon de parcourir un texte aussi bien travaillé, où chaque mot a été choisi pour façonner un récit rempli d'oralité.
     Si quelques souvenirs ne font pas toute une vie, l'existence est une grande valeur tant que l'on peut encore dire : je me souviens.
    Un auteur à découvrir, une ambiance à savourer, même si parfois on se sent perdu dans le récit.   
Fabienne Jacob : Mon âge - Editions Gallimard - 176 pages - 16.90 Euros

mardi 4 novembre 2014

Robert Goolrick : La chute des princes

     Dans le New-York des années 1980, les jeunes traders éclaboussent Wall Street de leur réussite professionnelle et financière. Ils sont les maîtres du monde, arrogants et conquérants. 
     Leur journée est chargée de stress intense pour décrocher  des marchés financiers de plus en plus importants, ils manipulent hommes et fric sans scrupules et construisent un empire, jouant avec le vide d'un abîme sans fin.
     Derrière une image de réussite époustouflante,  ils brûlent la vie dans une course effrénée vers tous les possibles : argent, alcool, drogue et sexe.
     Le sida et la crise financière frapperont de plein fouet  cette décennie débridée folle de fric et de luxe et où l'on pouvait s'amuser de tout et tout le temps, en tout cas quand on avait beaucoup d'argent.
     C'est la chute d'un de ces princes que Goolrick met en scène dans une écriture fluide et flamboyante comme ces golden boys qui font rêver.
     Le héros a réussi, il a tout possédé, tout consommé et consumé.
     Après 10 ans de travail acharné dans la Firme, Rooney a perdu son âme mais le monde où il évolue l'entraîne davantage plus loin de ses limites. Miné par l'angoisse, la dépression et le vide total, il ira jusqu'au bout de la nuit, dans un excès qui lui sera fatal.
     Sa boîte le licencie et sa femme, le jour même demande le divorce et il se retrouve à la rue, dieu déchu, viré de son appartement, un des plus beaux lofts de la ville 
     C'est dans sa nouvelle vie, faite d'un quotidien médiocre et ordinaire, que nous le retrouvons 20 ans après.
      Sans atermoiements et doté d'un regard d'une grande acuité,  il fait le bilan de ce qui s'est passé et nous raconte la spirale infernale d'où il ne pouvait pas sortir indemne.
     Alternent les souvenirs flamboyants des fêtes grandioses où tout était à volonté, alcool, drogue et femmes mais aussi overdose, suicide, dépression et où l'argent gagné était dépensé dans la plus totale  démesure.
     Goolrick fouille et montre le mal que la société engendre avec la chute d'un homme mais aussi et ça c'est tout le talent de  Goolrick, cette rédemption, cette recherche du soi  perdu.
     La référence à Proust est  élégante et quand le salut vient de la lecture, alors là c'est grandiose.
     A lire absolument pour trouver dans le noir le plus profond et le plus âpre, la beauté.
Robert Goollrick : La chute des princes -  Edition Anne Carrière - 231 pages - 21 Euros
     
      

lundi 27 octobre 2014

Nell Leyshon : La couleur du lait

     "Ceci est mon livre, et je l'écris de ma propre main" ainsi débute le livre de Nell Leyshon.
       Elle laisse donc la plume à une jeune fille de 15 ans à peine, Mary, aux cheveux "couleur de lait" dans l'Angleterre profonde du 19ème siècle.
       C'est le court récit sur à peu près un an, de 1830 à 1831, de son destin tragique.
        Mary vit avec ses parents et ses trois sœurs dans une ferme, elle a une certaine innocence qui n'empêche en rien sa vivacité d'esprit.
       Placée par son père, un homme violent, comme bonne chez le pasteur du village, elle est chargée de s'occuper de son épouse qui est très malade.
      C'est la découverte d'un autre monde à travers la vie dans une vraie demeure. L'épouse malade lui témoigne une grande gentillesse, elle prend la mesure de ses manques.
      Le pasteur en homme de bonté, lui apprendra entre autre,  à lire et à écrire. 
     Dans une confession écrite à la main, cette toute jeune fille de 15 ans, décide de raconter son histoire et avec la plus grande fidélité de dire ce qui s'est vraiment passé.
     Ressemblant aux romans anglais du 19ème siècle, l'histoire semble convenue et la petite bonne sera victime bien sûr de l'homme tout puissant et surtout sans scrupules.
    Elle sera écrasée et n'aura aucun moyen de s'en sortir.
    Ce qui fait la beauté et l'originalité de ce texte, c'est la façon dont l'auteur se sert du savoir tout neuf de l'écriture de Mary, pour tracer un portrait de femme émouvant, entre soumission et rébellion.
     Sans majuscules ni ponctuation mais avec quelques fautes de grammaire et beaucoup de répétitions, son récit possède le charme d'une poésie.
     Evidemment les femmes étaient soumises, évidemment les paysannes travaillaient dur à la ferme et l'homme restait intouchable même dans ses pires actions.
    Mais ce roman reste touchant par la simplicité  et la spontanéité des mots et du ton et  il dérange par la description d'une certaine société qui ne donnait pas souvent la parole aux femmes.
     A découvrir.
Nell Leyshon - La couleur du lait - Phébus - 17 Euros

James Salter : Et rien d'autre

    Dans son tout dernier roman, l'illustre et très rare écrivain américain, James Salter réunit à nouveau ses thèmes de prédilection : la guerre, le couple et l'amour ainsi que l'éphémère et l'inachevé.
    Même si ce n'est pas son plus grand roman, il représente bien l'excellence de son style et de son écriture ainsi que sa maîtrise parfaite de la prose. Simpliste et virtuose à la fois, sa plume enchante toujours.
      Saluons aussi, le traducteur qui a su en saisir toute la quintessence.
    "Et rien d'autre" nous emporte sur 40 ans dans une Amérique après la guerre du Pacifique où le jeune héros de l'époque, Philip Bowman, juste démobilisé commence sa vie professionnelle et sentimentale.
     De son expérience de soldat, Bowman en a tiré une leçon magistrale et souhaite donner à sa vie un sens et une morale.
     Après avoir voulu être journaliste, ce sont les livres qui répondront à son ambition professionnelle et intellectuelle.
     Recruté par la maison d'édition New Yorkaise Baum, il excelle dans ce travail de lecteur et de découvreur de talent et devient un éditeur reconnu et célébré dans de nombreuses soirées.
     Sa vie s'écoule entre son travail et la recherche de la femme de sa vie. Bowman espère l'amour, le vrai celui qui bouscule, emporte et ravage tout, corps et âme.
     Seulement après un mariage raté et des femmes qui se succèdent plus ou moins rapidement, avec plus ou moins de saveur, il renonce, accepte les échecs sentimentaux et continue sa vie où finalement rien de bien exceptionnel est arrivé.
     J'ai beaucoup aimé ce livre pour ses références littéraires, pour son style unique et pour ce personnage de Bowman qui ressemble peut être un peu à Salter et nous le rend attachant malgré son manque de passion évident pour les femmes rencontrées.
     C'est aussi une peinture de l'Amérique sur quarante ans, un regard sur le monde de l'édition américaine et ses rapports avec les maisons d'édition européennes.
      Mais c'est avant tout l'histoire que chacun se raconte pour trouver du piment à une existence souvent bien ordinaire. Les renoncements ou les prétextes que l'on se trouve pour donner un sens à l'ennui ou tout simplement au gris de la vie.
James Salter - Et rien d'autre - Edition de l'Olivier - 22 Euros 
     

jeudi 23 octobre 2014

Mo Hayder : Tokyo

     Après une enfance particulièrement protégée Grey, une jeune anglaise se trouve confrontée à l'âge de 9 ans à un choc profond  à  la lecture d'un petit livre à la couverture orange.
     Celui-ci raconte un événement historique réel,pendant la guerre sino-japonaise :  le sac de Nankin en 1937. Un épisode d'une barbarie inimaginable où les japonais ont fait preuve d'une cruauté sans limite pour massacrer de façon méthodique les habitants de la ville.
     A la lecture du livre, Grey apprend qu'un film de ce massacre existe. 
     Retrouver ce film, devient pour elle une quête forcenée qui la conduira au bord de tous les abîmes, avec au départ un séjour en psychiatrie.
    Elle débarque sans un sou à Tokyo, sur les traces d'un vieux professeur chinois qui possède un film du carnage de Nankin.
     Après avoir conclu un accord avec le vieil homme pour pouvoir regarder le film, elle sera confrontés à des personnages tous plus énigmatiques et troublants les uns que les autres et surtout à un terrible secret.
    C'est la découverte du Japon actuel, mélange de traditions ancestrales respectueuses et de cruauté  avec une société où les Yakusas des temps modernes appliquent leur loi.
       L'auteur, qui a elle-même vécu au Japon, raconte ici plusieurs histoires qui se télescopent, parfois brutalement et dont la révélation finale fait plus que frémir.
       C'est bien mené, même si le début est pénalisé par une certaine lenteur.
       L'histoire du Japon actuel est très vite captivante, l'intrigue est pesante et distillée jusqu'à la fin.
       Grey est une jeune femme complexe aux cicatrices profondes, tant physiques que morales. Le monde qu'elle fréquente est troublant, elle touche les profondeurs du mal et côtoie la folie et les superstitions. 
        Les passages sur le  sac de Nankin sont très intéressants. Racontés comme un journal , celui du vieux professeur chinois, ils permettent de faire le lien entre passé et présent.
        C'est aussi une profonde interrogation sur le devoir de mémoire, quand on sait que cet épisode de la guerre a  longtemps été rayé des ouvrages scolaires au Japon.
Mo Hayder - Tokyo - Pocket Thriller - 7.30 euros

lundi 20 octobre 2014

John Banville : La lumière des étoiles mortes

    Lors d'une interview, l'auteur irlandais John Banville  déclarait "être déçu par ses livres remplis de beaucoup trop d'imperfections et maladresses".
    Il n'en est rien. Soyez rassurés. Une fois de plus, l'auteur à la prose brillante et envoûtante attire et captive avec un récit riche et flamboyant.
    La construction littéraire entremêle le présent et le passé de façon à interroger le lecteur, à le faire participer.
    La lecture peut être ressentie difficile. Pourtant on se sent concerné par le surgissement des souvenirs. Embellis, arrangés, imaginés, ils reviennent hanter le présent.
    C'est l'histoire d'Alexander Cleave, pour les amateurs, il apparaît déjà dans l'oeuvre de Banville.
    Acteur de théâtre  vieillissant, il se voit proposer un rôle pour le cinéma, cette fois Il doit jouer le rôle d'un illustre imposteur, Alex Vander.
    Dans son couple avec Lydia, la distance et l'incompréhension se sont installées depuis le suicide de leur fille, Cass, dix ans plus tôt.
    Chacun de son côté tente de survivre.
    Le titre superbe et métaphorique, parle de ces étoiles qui malgré la lumière qu'elles envoient évoquent un passé qui n'est plus.
    D'une manière violente les souvenirs reviennent et se heurtent.
    Alexandre se souvient d'une femme en particulier, celle qui a sans doute représenté la seule passion de sa vie, Mme Gray. Il avait 15 ans et elle était la mère de son meilleur copain.
    Une rencontre qui tel un raz de marée a balayé sa vie de lycéen et lui a fait découvrir non seulement l'amour absolu mais aussi la femme et son corps.
    Une brève passion, le temps d'un bel et unique été suivi de l'abandon et du scandale et Alexandre replonge dans toutes ces émotions. 
     Les souvenirs de sa fille et de sa maladie, de ses rémissions et de ses crises jusqu'à la fin brutale et infinie, le visitent à nouveau dans les traits de sa jeune partenaire du film.
     Mais qu'en est-il vraiment des souvenirs et de leur véracité ?
     Chacun compose avec son passé, enjolive, améliore. Cachant ce qui blesse, il en ressort toujours le meilleur de nous mêmes et des autres. Mais sans doute est ce la seule façon de pouvoir continuer ?
     Ce livre est une étonnante réflexion sur le passé et son rôle dans notre vie, mais aussi sur l'amour et les mensonges. Un hommage à ces êtres que l'on a tant aimés et qui ne sont plus mais qui pour toujours restent ancrés dans notre mémoire.
      Un livre d'une grande poésie sur l'intime, l'indicible, sur ces lumières qui jamais ne s'éteindront.
John Banville - La lumière des étoiles mortes - Edition Laffont - 21.50 euros

vendredi 17 octobre 2014

Gaëlle Josse : Le dernier gardien d'Ellis Island

    Depuis la lecture de son livre superbe "Les heures silencieuses" suivi d'une rencontre littéraire magique à Paris, je suis avec passion le parcours de Gaëlle Josse.
    Sensible à la musique, à l'expression orale, à la délicatesse des mots, elle sait créer autour de ses œuvres une atmosphère unique qui devient une expérience littéraire savoureuse.
    Dans son dernier roman, elle nous emporte sur une île perdue et froide, Ellis Island, symbole de tous les désespoirs et de tous les exils, mais aussi la porte d'or vers le pays de la liberté et de tous les possibles : l'Amérique.
    Centre de contrôle de l'immigration, situé tout près de la statue de la Liberté, Ellis Island avant de devenir une prison et un centre d'entraînement militaire.
 "Je suis aujourd'hui le capitaine d'un vaisseau fantôme, livré à ses propres ombres."
    John Mitchell a été pendant longtemps le gardien de ce temple, vivant hors du temps, du monde et de ses fureurs.
    C'est l'automne 1954 et le centre va fermer dans quelques jours.     Il ne reste plus que son vieux directeur, Mitchell, et c'est à travers son journal  que le lecteur découvre sa vie mais aussi celles qui sont passées dans ce lieu.
         Revisitant le mythe américain, l'auteur rend hommage à ces vies multiples aux origines dont les souvenirs habitent encore ce lieu.
       Démunis de leurs biens et abandonnant leurs passés, ils subissent la sélection médicale et font face à une curiosité qui rappelle un racisme évident.
        On ne parle plus de folklore même si le photographe du centre  saisit ces familles sur le vif de leur désespoir infini.
       L'auteur raconte avec sensibilité et sa prose musicale et intime. Elle fait le portrait de Mitchell avec ses joies, ses drames personnels mais aussi sa rencontre faite de passion inavouée et secrète avec une immigrée italienne. Se servant de son pouvoir administratif et décisionnel, il abusera d'elle malgré tout.
        Le remord l'accompagnera jusqu'au bout et cette dramatique histoire se mêlera à celles des autres immigrés.
        Resté seul sur son île, il tiendra le journal des derniers jours, rempli de nostalgie, de regrets et de solitude.
        Il n'en reste pas moins, une histoire bouleversante parce qu'elle montre l''envers du rêve américain mais aussi l'espoir et la réussite qu'il a représenté pour des milliers de personnes.
Gaëlle Josse - Le dernier gardien d'Ellis Island - Editions Notabilia - 14 Euros

mercredi 8 octobre 2014

Valérie Trierweiler : Merci pour ce moment



Tout simplement :



N  O  N

Ceci n'est pas un livre, ceci ne représente pas la littérature française, ceci est un règlement de compte écrit dans un style de rédaction de CM1 (et encore sans la belle imagination !) pour faire pleurer dans les chaumières et prendre les lecteurs pour de parfaits imbéciles.

lundi 6 octobre 2014

Louise Doughty : Une femme sous influence

Si vous vous arrêtez à la couverture et au titre, effectivement vous risquez d'imaginer une histoire qui navigue entre espionnage et mélo.
Il n'en est rien, c'est une belle découverte littéraire au suspense psychologique prenant et habilement orchestré.
L'auteur décrit avec beaucoup de réalisme les difficultés émotionnelles rencontrées par une femme de cinquante ans aux prises avec la passion et l'infidélité et où à un moment donné tout a explosé.
Le livre s'ouvre dans une salle d'audience d'un tribunal. Une femme, Yvonne, se trouve dans le box des accusés face à un jury populaire.
Dans le prologue elle s'adresse à un homme, son amant accusé avec elle, en lui disant "tu" tout au long du récit.
Dans une sorte de journal intime, elle retrace les événements qui l'ont conduite ici et surtout le moment où toute sa vie a basculé.
Généticienne reconnue, elle vit à Londres avec son mari, elle a deux grands enfants qui ont quitté la maison,  une vie bien remplie et surtout bien convenable.
Jusqu'au jour où un regard suffit pour l'entraîner dans une spirale amoureuse et surtout sexuelle avec un parfait inconnu sur le lieu de son travail.
Avec sa logique cartésienne, elle pense gérer la situation. Mais l'addiction à ces pratiques délicieusement dangereuses et surtout l'attachement émotionnel à cet homme la font douter.
Et un événement d'une odieuse brutalité va l'atteindre au plus profond d'elle même et entraîner le dérapage complet.
Avec des retours en arrière astucieux et surtout bien menés, Yvonne explique ces mois de folle tension.
Elle se donne des explications mais elle en fournit aussi à sa famille. La réflexion est intéressante au sujet des enfants à la maison et dans leur vie, du poids des parents mais aussi des indélicatesses de leurs absences.
Mais surtout c'est la façon dont l'auteur construit l'histoire en ne lâchant que petit à petit les bribes d'explications.
Le style est fluide et l'écriture conduite avec beaucoup d'ingéniosité.
Le lecteur ne sait qu'à la fin l'identité de l'amant, sa vie, même si on l'imagine, on devine et la révélation finale à la toute dernière page est absolument brillante.
Louise Doughty - Portrait d'une femme sous influence - Belfond - 21 Euros

vendredi 3 octobre 2014

Eric Reinhardt : L'amour et les forêts

C'est avec son dernier livre "L'amour et les forêts" que j'ai fait la connaissance de l'écriture et du style étonnant d'Eric Reinhardt. Subtil, audacieux, intimiste et un peu manipulateur mais sans fioriture, mais quoi de plus normal c'est un écrivain. 
Dans son livre "L'amour et les forêts", il rend un hommage vibrant et sans concession aux femmes qui souffrent dans le silence et l'abnégation.
C'est à partir de son expérience personnelle, celle d'un auteur recevant  les lettres de confidences de lectrices, qu'il entame une fiction plus vraie que nature.
Dès la première ligne, Eric Reinhardt, se met dans la peau du narrateur, un écrivain, pour raconter sa rencontre avec une de ses lectrices, Bénédicte Ombredanne.
C'est  une belle jeune femme, agrégée de lettres, mariée avec deux enfants, bien dans son temps, intelligente et pétillante. Elle n'a qu'une envie vivre pleinement sa vie et surtout ses rêves.
Elle lui avait adressé une longue lettre émouvante et il a voulu la connaître et ainsi commence le roman.
Peu à peu Bénédicte se confie et l'auteur s'efface pour tracer le portrait de la femme qui se cache derrière cette apparence de bonheur.
Elle s'est mariée à un ami d'enfance, un pervers narcissique, infâme et odieux avec elle, elle souffre du manque de tendresse et d'amour.
Dévouée corps et âme à sa famille, à ses enfants égoïstes et inintéressants, elle s'oublie , sans cesse rabaissée et malmenée par son mari.
Un jour, poussée à bout, elle se rebelle et va faire un tour sur Meetic. Après moult conversations d'un réalisme forcené et tristement drôle, elle prend contact avec un bel antiquaire et passera  la plus belle après-midi de sa vie, dans son lit et dans ses bras.
Mais il est facile de rêver d'une autre vie, d'avoir envie d'en changer, il est difficile aussi de partir.
Bénédicte ne prendra jamais les chemins qui se présentent,et malgré l'aveu de son infidélité et la l'enfer conjugal, elle fait tout pour retourner auprès de son mari et de ses enfants.
Jusqu'au bout elle subira la violence et la jalousie maladive de son mari et le mépris de ses enfants dans l'espoir que tout s'arrangera.
La dernière partie où l'auteur cherchera à comprendre le silence de Bénédicte, est menée comme une enquête. C'est efficace et la découverte d'une sœur jumelle qui donnera les explications qui lui manquaient est surprenante.
Par contre et je ne peux pas tout raconter, mais cette fin est insoutenable, tant par les descriptions choc que par l'horreur humaine qui y est décrite. C'est vraiment un malheur immense ajouté à tous les autres  que ce livre contient et qui sonde l'abîme infini de  l'intime.
Il en reste un sentiment de malaise, une fois le livre refermé.
Eric Reinhardt - L'amour et les forêts - Editions Gallimard - 21 Euros


mercredi 1 octobre 2014

Claudie Hunzinger : La langue des oiseaux

Claudie Hunzinger nous offre dans ce livre son univers où l'importance de la nature, de l'écriture et des rencontres donne à cette histoire une ambiance légèrement floutée et voilée.
Cette atmosphère prend de l'ampleur par le goût immodéré de l'auteur pour les mots et la poésie qui s'en dégage.
En se mettant subtilement en scène, Hunzinger nous raconte Zsa-Zsa, une romancière qui vient d'être reconnue pour sa première oeuvre récemment éditée.
Pourtant, elle n'a de cesse de fuir la ville, la notoriété et son compagnon Thomas, pour se réfugier dans un coin perdu en forêt dans une cabane incertaine à l'histoire mystérieuse.
Pour quelques mois, elle va renouer avec la nature qu'elle aime tant, comme l'auteur, et découvrir des personnages étrangement seuls et surprenants.
Les souvenirs familiaux s'invitent dans sa retraite et c'est par le biais de l'ornithologie et de la traduction chinoise qu'elle replonge dans son passé de jeune fille souvent délaissée.
C'est une rencontre virtuelle, sur la page d'E-bay, par l'intermédiaire d'une annonce de vente de vêtements de la marque Comme des Garçons, qui bouleversera sa tranquillité.
Jusqu'au jour où cette rencontre devient physique et prend les traits d'une jeune femme japonaise en fuite de tout et surtout d'elle-même.
Toutes deux vont se perdre dans cette forêt et la fin comme un symbole d'ouverture, nous laisse dans un sentiment d'abandon étrangement délicieux.
C'est vraiment un roman étrange et plein de mystère.
Les petites annonces sont un régal de poésie et de questionnements, la délicatesse prend le relais pour décrire la forêt et les arbres, la couleur et aussi son absence.
L'imaginaire de l'Asie à travers la peinture de Zhao Zhiqian (à découvrir) donne une beauté très forte à un style littéraire somptueux.
C'est un roman audacieux, intelligent dans le fond et dans la forme et qui est pour moi une belle découverte.
Claudie Hunzinger - La langue des oiseaux - Editions Grasset - 18 euros 


lundi 29 septembre 2014

Haruki Murakami : L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage

Le dernier livre de Murakami est toujours une vraie attente, et je l'ai attendu.
Moins ambitieux que la trilogie 1Q84, violente et fantastique, ce roman pénètre dans le territoire de l'intimité nostalgique chère à l'auteur.
Entre rêve et réalité, mystère et clarté, l'histoire nous invite à écouter une certaine musique. Ici c'est Liszt et ses années de pèlerinage, notamment le mal du pays, qui hante ces pages.
De quoi parle Murakami ?
Toujours de héros incolores et transparents qui survolent la vie et qui pourtant font tout pour y écrire leur rime.
Tsukuru Tazaki fait partie d'un groupe de cinq amis, trois garçons et deux filles. Jusqu'à la fin du lycée, ils habitent Nagoya et sont très liés. Tous possèdent un prénom qui illustre une couleur, sauf Tsukuru qui lui est sans couleur.
Quand Tsukuru décide d'aller à l'université de Tokyo, il est le seul à quitter la ville.
Il revient voir ses amis régulièrement jusqu'au jour où sans aucune explication, ils rompent avec lui et ne veulent plus jamais le voir ni lui parler.
Vivant très mal cet abandon, Tsukuru restera longtemps prostré au bord de la mort.
Devenu architecte reconnu et un jeune homme charmant, il a toujours l'impression d'être une coquille vide, de ne pas exister pour les autres.
16 ans plus tard et avec l'aide de sa nouvelle petite amie, il fait face à son passé et retourne à Nagoya, il va même en Finlande pour obtenir l'explication du mystère de la rupture.
Abolissant le passé, il peut ainsi entreprendre le voyage pour construire le présent.
Murakami avec beaucoup de nostalgie, nous invite à une quête existentielle où le rêve n'est jamais bien loin.
Je ne pense pas que ce livre soit mon préféré. Aux romans de l'auteur, je préfère ses nouvelles où la fulgurance du récit rend le voyage onirique plus mystérieux encore.
Le lecteur peut se lasser de toute cette nostalgie qui n'en finit pas. Le personnage de Tsukuru à force de banalité semble vraiment inconsistant et pour le coup transparent.
Le manque de passion dans son quotidien face aux vrais problèmes ennuie ainsi que  les descriptions des vêtements( une vraie pub pour les marques) et la façon de faire le café. 
L'écriture est classique et l'histoire n'apporte pas la magie attendue.
Mais ça reste quand même Murakami.

mardi 23 septembre 2014

Ernst Haffner : Entre frères de sang

L'écrivain allemand Ernst Haffner dont on connaît peu de choses, a écrit "Frères de sang" en 1932.
Si le livre a eu un certain succès à sa parution, le régime nazi a vite interdit sa publication et brûlé les ouvrages, condamnant éditeurs et auteurs au silence.
Merci aux  maisons d'édition actuelles qui font sortir de l'oubli cet auteur.
Le roman prend l'allure d'un témoignage authentique et très éprouvant.
Sans fioriture, l'auteur raconte la vie dans les quartiers pauvres de Berlin dans les années 30. Le quotidien d'une jeunesse sans attache et sans reconnaissance exclue de la société.
Laissant dans l'ombre les questions politiques, il assène une violente critique à la bourgeoisie allemande égoïste et indifférente.
A travers la vie de gangs de gamins vivant dans les rue, notamment celui de Jonny, "Frères de sang" , l'auteur plonge le lecteur dans une réflexion sur les conséquences inévitables d'une telle misère sociale.
Les descriptions des établissements où sont enfermés ces enfants égarés, leurs conditions de vie dans la violence des rues , les abus dont ils sont victimes emportent le lecteur dans un récit très dur.
Haffner raconte des endroits improbables, des personnages hautement répugnants assouvissant leurs plus vils instincts mais aussi l'entraide, l'espoir.
La construction littéraire, avec des débuts de chapitres en forme de rébus est très intéressante et donne à ce livre un rythme très moderne.
Ce livre est tout à fait intéressant parce que le lecteur suit les aventures de ces jeunes de l'intérieur, dans les rues, leur seul territoire.
Une fois l'ouvrage fermé, la réflexion continue et prend un air d'actualité 

dimanche 21 septembre 2014

Larry Brown : Joe

     Larry Brown, disparu en 2004, nous offre ici un grand roman du sud, brûlant de misère humaine et de délivrance, de violence et de beauté.
     L'auteur connaissait si bien le Mississippi,  ses forêts et son fleuve et ses villes paumées où la bière fraîche est un objet de convoitise démesurée.
     C'est l'histoire de Joe, homme à femmes, solitaire absolu, mauvais mari et mauvais père, alcoolique souvent mais aussi assoiffé de justice.
     Sa rencontre avec Gary, jeune garçon analphabète de 15 ans maltraité par son père, sera pour lui l'occasion de s'ouvrir à nouveau à l'humanité.
     En le recrutant pour "empoisonner" les arbres de la région, Joe décide de l'aider à se prendre en charge malgré toutes les difficultés abominables subies.
     L'écriture de Brown, se fait âpre pour décrire la famille de Gary. Le père, un homme alcoolique et violent, indifférent primaire à sa femme et ses enfants, répugnant de saleté qui évolue dans un monde sans foi ni loi.
   La mère, d'une soumission qui frôle  la folie la plus morbide, se retrouve acculée, impuissante face à la violence crasse de son mari.
     Des personnages en rupture de vie, oubliés de la société et parce que le monde est trop vaste pour eux et qu'il ne leur a rien apporté, ils l'ont réduit à leur façon et hantent ainsi la conscience de l'Amérique depuis sa création.
     Dans un style net et précis, l'auteur nous raconte un quotidien cruel et dépeint avec un froid réalisme les virées sur le bitume chauffés par le soleil, la recherche de travail pour quelques dollars et l'oubli dans l'alcool.
     Encore une fois pour notre plus grand plaisir nous écoutons cette voix du sud, celle de Brown, évoquer des histoires simples où la réflexion est profonde.
      Si l'humour parvient à illuminer certains passages, le livre reste noir, violent et amer.
     A noter pour les amateurs de Larry Brown, nous croisons dans cette histoire, Fay, la jeune sœur de Gary, qui fuit un jour sa famille pour ne plus revenir. Vous pouvez la retrouver et suivre son itinéraire perdu dans le livre "Fay" écrit par l'auteur.
     
     

lundi 8 septembre 2014

David Foenkinos : Charlotte

     Les romans et personnages de David Foenkinos expriment souvent la légèreté décalée et pleine d'humour.
     Avec son dernier roman, Charlotte, il signe une autobiographie profonde et livre le portrait fascinant d'une jeune femme qui l'obsède.
     Nous découvrons la vie brève et intense de Charlotte Salomon, artiste-peintre juive assassinée par les nazis à 26 ans alors qu'elle était enceinte, dans un camp de concentration à l'automne 1943.
     A la découverte de son oeuvre picturale unique, Leben oder Theater, Foenkinos est entré dans une quête éperdue pour faire revivre à travers ses mots et sa poésie, l'existence de Charlotte.
     Des phrases courtes finissant par un point qui balaie les atermoiements, des paragraphes qui s'enchaînent dans une fin illuminée par l'oeuvre de l'artiste et l'hommage rendu par l'auteur font de ce livre un hymne à la vie et à la mémoire.
     Les vers rythment avec justesse ce long poème narratif aux allures de tragédie.
     Le lecteur découvre la famille meurtrie par les suicides successifs, comme celui de la mère de Charlotte quand elle avait 10 ans.
     Après une adolescence passée à Berlin, la jeune fille brillante étudiante aux Beaux-Arts, se voit exclue par les nazis des écoles et de la vie sociale.
     Après avoir été follement amoureuse, elle est contrainte de se réfugier dans le sud de la France où elle créera dans son exil une oeuvre autobiographique résolument nouvelle.
     Elles confient ses toiles à son médecin traitant et son père ayant survécu à la guerre les mettra en lumière lors d'une exposition à Berlin.
     Foenkinos nous entraîne dans la vie brisée d'une jeune femme ayant aimé passionnément. Sa vie remplie d'événements et de personnages attachants aux destinées souvent tragiques a nourri son oeuvre.
     C'est très émouvant l'obsession de l'auteur pour ce destin de femme allant jusqu'à mettre les pas dans ceux de Charlotte  pour aller à sa rencontre.
      A travers la vie et l'oeuvre de cette  artiste lumineuse, David Foenkinos pose un autre regard sur la Shoah, celui d'une émotion personnelle.

mercredi 3 septembre 2014

Grégoire Delacourt : On ne voyait que le bonheur

Une rentrée littéraire brillante et réussie pour Grégoire Delacourt avec son roman au titre nostalgique, qui balaie sur trois générations l'explosion d'une famille.
Son style et son ton nous avaient gentiment charmés, comme dans "La liste de mes envies". Sous la légèreté se cachait une certaine tristesse .
Ici il nous emporte dans la profondeur de l'émotion en nous parlant de la famille qui abîme l'existence et du bonheur que l'on ne peut saisir.
Construit en  trois parties, l'auteur évoque dans des chapitres courts et efficaces,  la résilience, le pardon et la lâcheté. Son écriture prend de l'ampleur et nous chavire. Les émotions arrivent, bouleversent et renversent. On ne s'en remet pas.
Antoine le narrateur et pas vraiment le héros, parle à son fils de 8 ans, Léon. Il lui raconte ce que fut sa vie avec des parents non aimants, les drames mais aussi son amour pour Nathalie, la mère de ses enfants. Il parle surtout de la lâcheté qui a rempli sa vie jusqu'à la folie ultime et meurtrière.
Le vide remplit l'existence d'Antoine par les manques: celui de l'amour maternel,  l'indifférence du père,  la mort  de sa sœur et l'abandon de sa femme.
L'exil au Mexique est la deuxième partie et percute. Le choc des phrases pénètre les abîmes d'Antoine et lui permette le dur travail de reconstruction dans le pardon, l'acceptation.
La parole est ensuite donnée à Joséphine, victime de son père Antoine, pour le dernier chapitre qui prend les allures d'un cri primal.
A travers son journal intime, la jeune fille parle de l’innommable, du Chien, son père mot qu'elle n'a plus jamais  prononcé depuis la Nuit fatale.
L'égoïsme et l'indifférence de sa mère permettront à Joséphine de retrouver le chemin de cet homme qui lui a fait si mal et de se reconstruire également.
Tout y est dans ce roman, Grégoire Delacourt ne lésine pas sur la vie, les larmes, les drames et surtout l'espoir alors oui ça marche et on sort cette lecture bouleversé pour un moment.
L'écriture est intéressante, on y voit la confirmation d'un style puissant, riche et émouvant.
A ne pas manquer.

mercredi 27 août 2014

Catherine Mavrekakis : La ballade d'Ali Baba

    Catherine Mavrekakis, auteure canadienne, a souvent habitué ses lecteurs à venir faire un tour dans l'au-delà, côtoyant et invitant dans ses œuvres des personnages qui ne sont plus.
    Dans son sixième et dernier roman, elle appelle le père disparu, image toute puissante et grandiose afin de lui rendre un dernier et bouleversant hommage.
    Alors qu'elle affronte une terrible tempête de neige à Montréal, la narratrice Erina, porte secours à un vieil homme manquant de se faire écraser sous les roues d'une déneigeuse.
    Son étonnement est saisissant quand elle reconnaît dans ce vieillard fragile, son père mort six mois plus tôt.
    Le lecteur plonge alors dans l'univers envoûtant de Mavrekakis.
     Cette ballade sera le lien entre la  vie et la mort et l'occasion pour l'héroïne et son père de s'expliquer une dernière fois.
    Dans un désordre narratif de temps et de lieu, Erina devenu écrivaine et spécialiste de Shakespeare, déroule ses souvenirs d'enfant au côté de son père, Vassili, homme fantasque allant au bout de ses mensonges et dévorant la vie.
    Un père absent, un mari volage, un aventurier aux semelles d'or et de vents, un homme en lequel la petite Erina croyait mais qui avec le temps était devenu l'homme qui faisait souffrir sa famille.
    Des Keys, leur ultime et lumineux voyage ensemble, en passant par l'Europe, Alger où son père a vécu et la Grèce où il est né, c'est toute la vie ébouriffée, splendeur et déchéance, de cet homme qui défile.
    Le temps, les époques se mêlent montrant combien cet homme aimait la vie et le monde  avant tout.
    De l'Algérie des années 30 aux années 60 à Florence, Montréal ou Key West, le lecteur découvre avec empathie un homme qui a toujours pensé que le meilleur reste toujours à venir.
    Malgré des répétitions et des passages moins prenant que d'autres, l'écriture est énergique et le ton souvent drôle.
    Si les morts hantent ce livre, l'écriture virtuose de Mavrikakis nous entraîne dans une réflexion forte sur le sens de la vie, le devoir vis à vis des siens et de cette fameuse liberté que l'on chérit parfois trop.






lundi 25 août 2014

Serge Joncour : L'écrivain national

     Invité en  résidence littéraire dans le  Centre de la France, un écrivain se retrouve entraîné dans un fait divers local où la disparition mystérieuse d'un maraîcher fortuné bouleverse la vie du petit village.
    Dans une atmosphère que Chabrol apprécierait sûrement, Serge Joncour construit un  habile suspense où une impertinente autobiographie nourrit  une intrigue haletante.
    A la fois roman social et thriller , l'histoire captive et déstabilise par le ton et la façon dont  Joncour (se) met en scène l'ambivalence de cet écrivain maladroit dans le monde actuel face à une envie d'amour qu'il maîtrise mal.
   " Ce séjour promettait d'être calme...", la première phrase explique l'état d'esprit du narrateur mais le séjour tournera vite au cauchemar en raison des faux pas de ce héros candide que la bonne société provinciale épie et bouscule en raison de ses fréquentations avec les protagonistes de l'affaire.
      L'écrivain national, Serge, nommé une seule fois dans le livre, est un véritable timide et quand il croise la photo de la jeune compagne du présumé coupable, Dora, dans le journal il n'aura qu'une seule idée, la connaître.
      Il oubliera plus ou moins, plutôt plus, ses obligations envers les personnes qui l'ont invité à ce séjour : le maire, la bibliothécaire, la libraire et son époux et les notables qui se sont fait un point d'honneur à lire les ouvrages d'un écrivain "national" non primé.
      C'est drôle et émouvant,  fiction et réalité  se mêlent pour montrer la difficulté de la création littéraire, la place de l'écrivain dans la société : mais à quoi sert-il ? sûrement pas à s'occuper des affaires des autres.
       Serge Joncour dit qu'écrire c'est se dénoncer. 
       Écrit à la première personne, ce livre dévoile l'auteur, peut-être. En tout cas, il restitue bien ces ateliers d'écriture où un écrivain tente de transmettre son travail, ces rencontres autour de petits fours dans une ambiance qui se veut avant tout intellectuelle, la province avec ses charmes discrets et ses enjeux économiques et sociaux.
       Une belle intrigue dans une atmosphère saisissante et le style Joncour, pur et sincère.
       "Lire c'est voir le monde par mille regards, c'est toucher l'autre dans son essentiel secret, c'est la réponse providentielle à ce grand défaut que l'on a tous de n'être que soi".
       Un premier coup de cœur de cette prometteuse rentrée littéraire.
       

   

dimanche 17 août 2014

Aurélien Delsaux : Madame Diogène

Voici la rentrée littéraire et  un premier roman choc pour un jeune auteur, Aurélien Delsaux.
Avec beaucoup d'audace, il nous plonge dans les abîmes de la folie que côtoie une femme dont on se sait rien.
Le lecteur n'en connaîtra pas davantage à la fin du livre.
Au plus devinera-t-il, au hasard d'une phrase ou d'un regard posé sur une photo vieillie que la vie avait des rimes et des couleurs pour elle, avant.
Alors pourquoi et comment en est-elle arrivée à se terrer dans un appartement qui ressemble plus à un dépotoir qu'à un nid douillet ?
Au fil du temps, sans raison elle s'est retirée du monde, se négligeant avec la volonté d'oublier le monde.
Elle a apporté chez elle tout ce qu'elle trouvait dehors, immondices ou achats, entassant et creusant des terriers où elle déambule et se perd à longueur de journée.
Elle écoute l'agitation de la rue à travers une vitre qu'elle ouvre ou ferme au gré de ses lubies, invectivant sa haine et sa peur contre le monde qui l'entoure.
A jamais égarée dans sa solitude morbide, cette femme n'a plus de passé, ne représente plus rien.
A travers une maladie psychiatrique, le syndrome de Diogène, Aurélien Delsaux dépeint le désarroi et la solitude extrême d'une femme face à l'indifférence et  l'incompréhension des gens.
C'est un ultime saut dans le vide. 
Par son style net et précis, ce livre peut déranger par la façon dont les thèmes de la solitude, de la folie sont évoqués.
Mais à tous les coups c'est fort. 

vendredi 8 août 2014

Jan-Philipp Sendker : L'art d'écouter les battements de coeur

C'est un ouvrage écrit en allemand et traduit d'abord en anglais par K. Williarty  puis en français par L. Kiéfé, merci pour le beau travail de traduction.
Un livre à savourer, certainement, avec une histoire douce écrite dans un style prenant et sans aucune mièvrerie.
L'auteur nous raconte une histoire d'amour,de celle qui dure toujours, une magnifique amitié , il nous invite au pardon et à l'humilité et à la nostalgie.
Dans l'esprit d'un conte c'est la recherche du temps perdu, du passé qui ne reviendra pas, des réponses que la vie ne nous donne pas toujours.
La beauté et la qualité des mots sont source de moments de grande douceur.
Julia Win, jeune femme new-yorkaise, veut savoir pourquoi son père d'origine birmane a un beau jour disparu sans laisser de trace ni donner d'explication. Pour elle, il est toujours vivant.
Elle part à sa recherche, et le contact avec la Birmanie fait l'objet de descriptions savoureuses et belles.
Une part cachée de son père est restée là. Il n'a jamais évoqué à sa famille les 20 ans passés dans son pays.
Qui est-il ce mari, ce père dont le secret, à travers l'histoire de personnages éblouissants, se révèle petit à petit. Les touches sont délicates et la Birmanie déploie toute sa magie.
Enfant son père a progressivement perdu la vue. De ce moment douloureux où voir lui manque, les phrases ici sont toujours très émouvantes, il en tire une force pour regarder autrement, pour sentir et ressentir, et même reconnaître les battements du cœur.
Sa rencontre avec une jeune fille meurtrie dans son corps, le changera à jamais. Elle reste pour lui son amour éternel.
C'est aussi le Petit Prince débarqué  en Birmanie, lui qui ne voyait bien qu'avec le cœur.
Cette histoire est exprimée avec beaucoup de sentiments et suscite une émotion vive. 
Un livre qui fait du bien et c'est pas mal du tout.

jeudi 7 août 2014

J. Courtney Sullivan : Les Débutantes

J. Courtney Sullivan nous offre ici un roman d'apprentissage ou d'initiation autour du destin de quatre jeunes femmes, Celia, Bree, April et Sally. 
Etudiantes à la très renommée université de filles, Smith, véritable place forte du féminisme américain, elles vont vivre une amitié solide qui continuera après les études.
Le mariage de Sally sera l'occasion pour elles de se retrouver à nouveau. Si tout ne se passe pas vraiment bien, elles seront à nouveau liées pour affronter les absences et les drames.
Chacune des héroïnes prendra la parole pour raconter ces quatre années passées à l'université et expliquer les premiers pas dans la vie professionnelle et les difficultés rencontrées.
On y retrouve l'ambiance des campus universitaires américains, les bizutages, les soirées un peu arrosées et les histoires d'amour, la liberté qui explose et la belle jeunesse qui  fait croire que ça durera toujours.
Un air de nostalgie nous tient à la lecture de ces pages, malgré un style un peu trop jeune, un peu trop cru et des répétitions dans les monologues qui peuvent lasser.
Un hommage donc aux femmes et aux difficultés qu'elles rencontrent pour se faire reconnaître, estimer, valoriser. Même encore aujourd'hui être féministe est souvent considéré comme incompatible avec une vie familiale ou professionnelle et les clichés ont la vie dure.
Ces quatre jeunes femmes vont essayer à leur manière de s'affranchir des codes que la société impose.
J'ai trouvé  ces quatre jeunes filles un peu trop caricaturées et souvent superficielles.
April est la seule à mener une vie très tourmentée et dure. Ultra féministe, à l'excès, elle montre les failles et la noirceur d'une société en s'engageant dans des combats pour sauver la dignité des femmes.
Son histoire apportera le seul rebondissement à ce roman qui n'arrive pas à prendre l'ampleur qu'il mérite malgré les thèmes évoqués.
J'aurais aimé en savoir plus de Sally et de son envie de famille à tout prix.
Bree homosexuelle en rupture familiale et Célia célibataire ont du mal à trouver l'âme soeur et les épisodes de leur vie amoureuse manquent de profondeur.
Ce roman est intéressant par l'évocation de l'université Smith, une des sept universités pour filles en Amérique. Sylvia Plath a été une de ces étudiantes.




lundi 21 juillet 2014

Didier Van Cauwelaert : Le principe de Pauline

    Didier Van Cauwelaert nous invite avec son style inimitable, à suivre les aventures rocambolesques et émouvantes d'un trio très amoureux, Quincy, Pauline et Maxime.
    Mêlant humour et tendresse, l'auteur enchaîne  situations cocasses et réflexions pertinentes pour écrire un véritable chant à l'amour et à l'amitié.
    Pauline a un principe :" dans la vie, l'amour ça sert à construire l'amitié".
    A partir de cette règle, elle donnera à sa vie l'harmonie subtile qui mêlera et démêlera habilement ces deux sentiments.
    En se promenant sur les quais de la Seine, Quincy, pas franchement écrivain mais franchement dépressif, découvre chez un bouquiniste son seul livre publié avec une dédicace destinée à Pauline et Maxime.
    Nous voilà plongés 20 ans en arrière, un soir d'hiver.
    Quincy, heureux et un peu décontenancé, est le lauréat du Prix de la Maison d'Arrêt de Saint Pierre des Alpes où une fête est organisée pour lui remettre son prix.
    Il est reçu par la libraire, Madame Voisin et son aide bibliothécaire, Pauline, et découvre perplexe les lecteurs de son livre autobiographie au titre improbable "L'énergie du ver de terre". A cette occasion il fait aussi la connaissance de Maxime, président du jury et surtout détenu à la prison.
    Amoureux de Pauline, Maxime a été condamné pour magouilles politiques et veut absolument que Pauline fasse des études, et l'oublie en partant loin de lui.
    La remise du prix sera un prétexte pour approcher cet écrivain, dont le style sensible l'a touché, et lui demander de s'occuper de Pauline.
    Nous suivons à partir de là ce trio amoureux qui n'aura de cesse de se croiser, de se perdre de vue et de se retrouver 20 plus tard avec des sentiments d'amitié et d'amour intacts.
    Peut-être pas le grand roman attendu de Cauwelaert, en tout cas un roman qui questionne, interpelle sur ce sentiment d'amour-amitié capable de faire dire les plus belles choses, et d'agir de façon totalement inconsidérée.
    Les personnages sont intéressants et originaux, et  le chassé croisé amoureux nous déconcerte et nous charme beaucoup.
    La description des affres de la création littéraire est savoureuse et la valeur des prix littéraires dans le monde impitoyable de l'édition parisienne est assez bien nuancée.
    C'est réussi, bien mené, avec beaucoup de sensibilité et de profondeur.

jeudi 17 juillet 2014

Julien Suaudeau : Dawa

                                             
 D'abord il y a le livre-objet que l'on tient dans les mains, et celui-là a l'aspect d'un pavé que l'on jette. Lourd, noir, au toucher râpeux et aux lettres, DAWA, écrites en blanc sale, il nous donne une impression écrasante.
Si l'histoire débute dans les Aurès au moment où l'Algérie vit ses dernières heures françaises, le roman se passe de nos jours et mêle habilement vengeance personnelle, délinquance et radicalisation des jeunes des banlieues mais aussi politiciens trop ambitieux dans une France qui se fait acheter par le Qatar.
Un état des lieux dramatique de notre société qui a perdu ses valeurs et qui ne peut plus faire croire à un avenir meilleur.
L'auteur possède une écriture très vive souvent violente où les chapitres se succèdent pour montrer le point de vue et les divergences  des différents personnages.
Des ors de la République à la banlieue des 3000 au nord de Paris, de la petite bourgeoise attirée par les voyous en passant par les dealers touchés par la grâce et les flics paumés, Suaudeau nous dresse des portraits parfois un peu trop prévisibles et caricaturaux. Une humanité qui se désagrège violemment entre religion extrémiste, drogue, argent sale et magouilles au plus haut sommet de la République.
DAWA, quatre lettres pour symboliser le cri de haine d'un groupe de terroristes désireux de faire de Paris le lieu de  leur guerre sainte.
Le lecteur est happé par les souvenirs d'un petit garçon qui a vu ses parents mourir assassinés froidement, par Al Mansour, figure emblématique des fellagas et d'une guerre qui verra la France quitter l'Algérie.
On suivra les parcours remplis de désillusions et  la vengeance qui remplit les vies. Devenant les instruments des appels à la haine, l'islam devient alors la réponse à leur vide sociétal.
En utilisant le thème de la vengeance et de la guerre d'Algérie avec ses rancunes jamais apaisées, l'auteur fait une plongée dans la société actuelle, politique et sociale, où les enjeux financiers et les ambitions politiques dépassent les protagonistes eux-mêmes.
Beaucoup de sujets de réflexions dans ce livre extrêmement dense sans aucune échappatoire.
L'auteur ne juge pas, il éprouve au contraire une certaine sympathie pour ces héros perdus dans une société qui n'assume pas son passé colonial. Il dénonce une société qui se cherche des excuses pour expliquer l'utopie dans laquelle a sombré la France qui se voulait "Black, Blanc, Beur".
Certes le désir d'information est vraie et cette plongée dans une France en souffrance et qui a mal nous interpelle même après avoir terminé la lecture.
Mais le récit reste dense et les personnages nombreux représentent autant d'histoires et de réflexions que nous suivons parfois difficilement.
La dernière partie devient plus rapide et intense, l'action s’accélère et se concentre sur les personnages du début.
Beaucoup de clichés catastrophiques des banlieues, beaucoup d'opinions débattues avec une enquête menée façon thriller, le tout servi dans un style sombre et percutant.
A lire absolument.

jeudi 10 juillet 2014

Christel Delcamp : Les Déroutées

Après son premier roman, "L'homme qui mesurait sept chaussettes et demi", Chritel Delcamp captive une nouvelle fois le lecteur avec un récit percutant et haletant "Les déroutées".
Jeune auteure au talent lumineux et à la plume audacieuse, elle nous emporte ici dans un road-movie féminin où l'humour grinçant frôle le désespoir le plus déchirant prouvant une fois de plus que les mots sont des échappées belles.
3 femmes, 3 générations, 3 voix, composent une aventure hors des sentiers battus où l'école devient buissonnière et où la fuite en avant prend des allures de quête initiatique.
La grand-mère, Hélène, la fille Doris et la petite fille Coco se retrouvent à bord du camping-car familial, fuyant ainsi un drame ultime qui a fait que leur vie  ne sera plus jamais comme avant.
Le cataclysme familial resserre les liens , les personnages se dévoilent et deviennent attachants.
Ils portent en eux tout le paradoxe des extrêmes, la violence et l'amour, le vide et le vibrant.
La première partie est rapide, les drames vécus sont lourds et s'accumulent.
En suggérant la maltraitance et même le viol, l'auteure nous plonge dans l'horreur des cris qui restent muets derrière une porte fermée.
Et puis, il y a cet hommage extraordinaire rendu à la littérature, aux mots avec les vers de Reverdy, d'Appolinaire ou de Rimbaud cités par certains personnages.
La belle Hélène, qui se rêvait mondaine et qui a su trouver dans la lecture et surtout l'écriture la manière de devenir autre et de donner un amour absolu à sa fille et sa petite fille.
La façon de ne pas situer la région même si les descriptions et détails sont nombreux, place le récit dans un contexte universel.
La route, comme chacun peut la prendre à un moment, la route comme seule réponse, celle que beaucoup d'hommes et de femmes ont eu besoin de vivre pour continuer d'exister.
J'ai eu un réel plaisir à rencontrer l'auteure, Christel, lors d'une dédicace à la librairie Pierre Loti de Rochefort sur Mer et à partager un savoureux moment littéraire.






dimanche 6 juillet 2014

Brady Udall : Le destin miraculeux d'Edgar Mint

"Tu as quelque chose de spécial en toi, Edgar, un destin à accomplir."
C'est cette histoire extraordinaire et ce destin miraculeux d''Edgar qu' Udall nous raconte ici.
Edgar Mint est un enfant métissé, non désiré, né d'une mère indienne alcoolique et d'un père, véritable caricature pathétique du  cow boy blanc.
Élevé par sa grand-mère maternelle sur une réserve indienne, il est victime d'un terrible accident où il a la tête écrasée par la voiture du facteur.
Âgé de 7 ans, il est sauvé in extremis par un médecin, Barry, qui jouera un rôle plus ou moins glauque dans sa vie.
L'auteur à la manière d'Irving, nous raconte l'histoire chaotique de ce petit garçon livré aux adultes souvent sans scrupules.
De l'hôpital où il s'en sortira après beaucoup de souffrance, en passant par le pensionnat de Willie Sherman, réservé aux indiens et enfants en grande difficulté, où il est confronté à la violence et aux brimades, Edgar choisira sa vie et tendra toujours à atteindre un but : rencontrer l'homme qui a causé son accident.
Adopté par une famille mormone très particulière, en mal de bonnes actions et d'âmes à sauver, Edgar trouve dans la foi la possibilité de continuer son chemin de vie.
Mais la discorde au sein du couple le poussera une fois de plus à partir et l'auteur laisse le lecteur à l'entreé d'une maison à Stony Run, où Edgar va enfin arriver au bout de sa quête et obtenir enfin les précisions de son existence avant ses 7 ans.
Le facteur est retrouvé et le cercle de la vie se referme pour on l'espère plus de sérénité pour ce petit garçon que l'on a aimé tout au long du livre.
Udall nous décrit tout la misère du monde, l'exclusion de la minorité indienne et de sa culture, la violence de ces êtres en rupture, ces meurtris de la vie, ces exclus de ce fameux rêve américain.
Les personnages tous paumés à leur façon possèdent en eux une lumière, malgré leur désespérance et leur vie médiocre.
Le texte bascule entre rires et larmes, triste et doux à la fois, mais horrible souvent.
La lecture peut être freinée par la construction littéraire qui présente le récit à la première personne donnant la parole à Edgar et ensuite qui fait appel à la troisième personne d'Edgar.
Mais il ne faut pas oublier, que ce petit garçon, hors du commun et au cerveau ayant souffert,  utilise une machine à écrire pour noter sa vie, ses émotions. C'est un peu la lecture de son journal qui nous est donné.
Un moment de lecture intense.

vendredi 4 juillet 2014

Amanda Coplin : L'homme du verger

C'est un  beau premier roman pour cette auteure américaine, Amanda Coplin, à l'écriture envoûtante.
Tout au long d'un récit très dense, elle nous interroge sur l'intime et sa compréhension, à travers des portraits d'hommes et de femmes saisissants et poignants.
La famille et son héritage ainsi que ses liens et leur force nous bousculent tout au long des pages.
Elle évoque un lieu, Wenatchee, la vallée des pommes, un endroit paumé dans l'ouest comme seule l'Amérique est capable d'en offrir.
Un lieu pourtant magique, un verger décrit comme un endroit fantastique où un homme solitaire amoureux de ses pommiers  vit au rythme des saisons et du travail à accomplir.
Arrivé en 1857 sur cette terre, il avait alors 9 ans. Sa mère lui a transmis la peine et le silence, la disparition inexpliquée de sa jeune soeur a fait le reste.
Quand arrivent de nulle part, deux jeunes gamines enceintes. Comme de petits animaux sauvages, elles occupent les lieux et les arbres et se cachent.
Talmadge, le jardinier, va les apprivoiser et avec elles un vent nouveau souffle dans sa vie, comme une autre possibilité.
Les deux soeurs seront rattrapées par le passé et les horreurs vécues.
Il restera Angelene, l'orpheline, qui marchera dans les pas de Talmadge et fera tout pour continuer son travail et la transmission.
Della, sera hantée à jamais par son vécu d'avant le verger, incapable de pardonner et d'oublier, elle vivra à en mourir.
Un récit contemplatif très réussi, dans les paysages, la lumière, l'arrivée des chevaux, les saisons, le travail.
La deuxième partie peut paraître un peu longue, par la description des aventures violentes de Della, mais on est conquis par le message de fatalité et de destin implacable qui bouleverse le texte.
Ce que j'ai aimé, c'est cette magie du Grand Ouest Américain, une période qui n'existe plus.
L'auteure a su saisir avec beaucoup de talent, ce moment où tout change : l'arrivée du train à Seattle, la production et la vente des fruits d'un façon plus commerciale, les mentalités en train de changer.
Un bon moment de lecture, une belle découverte.



jeudi 3 juillet 2014

Eric Fottorino : Chevrotine

La quatrième de couverture, par une phrase énigmatique et choc, plonge le lecteur dans l'atmosphère sombre et violente  du dernier roman de Fottorino : " Toutes les femmes attendent le grand amour, ta mère cherchait son assassin."
Une accroche qui ne s'estompe à aucun moment du livre.
Dès les premières phrases, le lecteur sait qu'il y a eu un crime passionnel et que l'histoire s'est terminée tragiquement.
Aujourd'hui malade et en fin de vie, Chapireau , un marin au grand cœur reconverti en ostréiculteur, décide d'écrire à sa fille Automne, une ultime lettre.
Il veut lui raconter comment et surtout pourquoi, 20 ans auparavant, il a tué sa mère d'une balle de chevrotine, faisant croire à jamais à une éternelle fugue.
Mais peut-on vraiment trouver les mots pour expliquer le côté sombre et destructeur de Laura, la trop belle rousse lumineuse mais tellement manipulatrice.
Fottorino est un brillant observateur de la déliquescence de ce couple pour qui tout avait si bien  commencé. Il choisit les mots de la désespérance pour tracer le portrait d'un homme amoureux simplement, face à la folie d'une femme qui n'aime que le combat.
Veuf élevant seul ses deux jeunes garçons, Chapireau vit dans le souvenir de sa première épouse trop tôt disparue, jusqu'au jour où Laura débarque dans sa vie avec fracas.
C'est la passion, l'amour et surtout le grain de folie qui lui manquait. Laura va lui donner tout ça et même plus.
Une famille recomposée, qui pendant tout le roman tend à atteindre un bonheur qui n'arrivera jamais.
Chaque journée qui passe est assombrie, par l'imagination sans borne de Laura à tout gâcher.
Elle mettra une énergie inouïe à blesser, humilier, saccager l'existence de Chapireau.
Manipulatrice envoûtante,  elle arrivera à l'éloigner à jamais de ses fils, mais le récupérant toujours au dernier moment selon sa volonté et son charme.
Fottorino nous fait aimer cet homme au grand cœur, faible et naïf dans son amour éperdu pour une femme qui l'aime, lui.
Malgré la distance qu'il met vis à vis de ses fils, de l'éloignement physique qu'il leur impose pour garder Laura, l'auteur arrive à nous toucher par sa souffrance et le naufrage de sa vie.
L'arrivée de leur fille, Automne, ne fera que précipiter une fin inéluctable.
Ancrée, à la Rochelle et dans les environs, l'histoire raconte un combat à mort entre un couple qui ne pouvait pas s'en sortir.
Fottorino nous captive par ses mots et son talent à raconter l'intime.
Un très beau et sombre roman qui nous hante encore une fois le livre refermé.




lundi 16 juin 2014

J.M.G. Le Clézio : Tempête

Novella, un très joli terme italien apprécié particulièrement par les anglo-saxons , et un genre littéraire choisi par  Le Clezio pour raconter deux histoires très intenses.
Entre la nouvelle et le court roman, notre Prix Nobel de Littérature nous emmène au confins de l'âme, si les questionnements se succèdent , il sait nous transmettre une chose importante :" Nous ne sommes que de passage, alors soyons humbles."
La première novella donne le nom à l'ouvrage, Tempête, et se passe sur une île au nord de la Corée.
Là-bas des femmes perpétuent une tradition très dure, celle de plonger en apnée, pour pêcher coquillages et poulpes.
Un travail qui leur est réservé puisque les hommes ne plongent pas.
Kyo, un ancien photographe de guerre, se réfugie sur l'île, hanté par le passé.
Il a été témoin d'un viol pendant la guerre par des soldats et il n'a rien fait pour l'empêcher.
A quoi sert de témoigner, d'écrire quand on n'intervient pas dans un épisode de violence ?
Traînant sa culpabilité, Kyo va renaître à la vie et l'espoir grâce à la compagnie d'une petite fille, June, dont la mère est plongeuse.
Fille sans père, il sera pour elle, la tendresse et elle deviendra pour lui la réponse à ses doutes et la renaissance pour continuer la vie.
Dans la deuxième novella, une femme sans identité, Le Clézio donne la parole à une petite fille qui se découvre adoptée et qui vit un exil douleureux après le retour d'Afrique avec ses parents.
Un long monologue, sur l'identité, la place de la vérité dans la vie et où le témoignage de l'enfant illumine le récit.
Les deux  novellas en nous faisant traverser les tempêtes de l'âme nous délivrent des messages d'espoir et de renouveau.
Lire Le Clézio, éternel voyageur,  c'est lire le monde et ça fait du bien.

vendredi 13 juin 2014

Bret Easton Ellis : Zombies

13 nouvelles composent ce recueil qui exprime par son ton incisif et brutal,  tout l'univers de Bret Easton Ellis.
Un style qui percute et bouscule, entre vie et mort, les personnages traînent dans un vide affectif et social sidéral.
La brièveté et le concentré des histoires permettent de ne pas se perdre dans la lecture  et de rester attentif aux nuances que l'auteur distille.
Un monde, celui qu'affectionne Ellis depuis toujours, où l'illusion n'existe même plus et où le désenchantement devient permanent.
Des héros, qui s'appellent presque toujours Brenda ou Bruce, interchangeables et pathétiques, dans une vie où rien d’intéressant  ne peut arriver et qui perdent les derniers repères de leur vie.
Ennui, fric, sexe, vodka et lexomil occupent les journées de ces Zombies dépressifs.  Leurs conversations  inlassablement toujours au bord d'une piscine de maisons cossues, dans des îles paradisiaques ou à bord de voiture de luxe peuvent lasser, mais le lecteur rentre ici dans un univers sans issu, et on est mal à l'aise.
Si la violence est absente de ces récits, et qu'au fond il ne se passe rien, Bret Easton Ellis nous livre à travers ses lignes l''origine de son oeuvre.
Il y a aussi beaucoup d'humour et l'écriture résolument nouvelle et syncopée marque son style.
Malgré des détails souvent glauques et des personnages au bord de tous les gouffres ou peut être à cause de tout ça, c'est une lecture qui ne laisse pas indifférent.
Ces nouvelles permettent de découvrir et d'appréhender l'univers complètement déjanté et perdu de Bret Easton Ellis.