Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




jeudi 17 juillet 2014

Julien Suaudeau : Dawa

                                             
 D'abord il y a le livre-objet que l'on tient dans les mains, et celui-là a l'aspect d'un pavé que l'on jette. Lourd, noir, au toucher râpeux et aux lettres, DAWA, écrites en blanc sale, il nous donne une impression écrasante.
Si l'histoire débute dans les Aurès au moment où l'Algérie vit ses dernières heures françaises, le roman se passe de nos jours et mêle habilement vengeance personnelle, délinquance et radicalisation des jeunes des banlieues mais aussi politiciens trop ambitieux dans une France qui se fait acheter par le Qatar.
Un état des lieux dramatique de notre société qui a perdu ses valeurs et qui ne peut plus faire croire à un avenir meilleur.
L'auteur possède une écriture très vive souvent violente où les chapitres se succèdent pour montrer le point de vue et les divergences  des différents personnages.
Des ors de la République à la banlieue des 3000 au nord de Paris, de la petite bourgeoise attirée par les voyous en passant par les dealers touchés par la grâce et les flics paumés, Suaudeau nous dresse des portraits parfois un peu trop prévisibles et caricaturaux. Une humanité qui se désagrège violemment entre religion extrémiste, drogue, argent sale et magouilles au plus haut sommet de la République.
DAWA, quatre lettres pour symboliser le cri de haine d'un groupe de terroristes désireux de faire de Paris le lieu de  leur guerre sainte.
Le lecteur est happé par les souvenirs d'un petit garçon qui a vu ses parents mourir assassinés froidement, par Al Mansour, figure emblématique des fellagas et d'une guerre qui verra la France quitter l'Algérie.
On suivra les parcours remplis de désillusions et  la vengeance qui remplit les vies. Devenant les instruments des appels à la haine, l'islam devient alors la réponse à leur vide sociétal.
En utilisant le thème de la vengeance et de la guerre d'Algérie avec ses rancunes jamais apaisées, l'auteur fait une plongée dans la société actuelle, politique et sociale, où les enjeux financiers et les ambitions politiques dépassent les protagonistes eux-mêmes.
Beaucoup de sujets de réflexions dans ce livre extrêmement dense sans aucune échappatoire.
L'auteur ne juge pas, il éprouve au contraire une certaine sympathie pour ces héros perdus dans une société qui n'assume pas son passé colonial. Il dénonce une société qui se cherche des excuses pour expliquer l'utopie dans laquelle a sombré la France qui se voulait "Black, Blanc, Beur".
Certes le désir d'information est vraie et cette plongée dans une France en souffrance et qui a mal nous interpelle même après avoir terminé la lecture.
Mais le récit reste dense et les personnages nombreux représentent autant d'histoires et de réflexions que nous suivons parfois difficilement.
La dernière partie devient plus rapide et intense, l'action s’accélère et se concentre sur les personnages du début.
Beaucoup de clichés catastrophiques des banlieues, beaucoup d'opinions débattues avec une enquête menée façon thriller, le tout servi dans un style sombre et percutant.
A lire absolument.

2 commentaires:

Louise a dit…

Bonjour, je note ce titre, je ne sais pas si moi je le lirai, mais je connais plusieurs personnes qui seront intéressées.

Marie a dit…

Merci Louise pour le mot,
ce livre est très surprenant, long à lire parce qu'il y a beaucoup beaucoup d'informations
et déclenche des interrogations
l'histoire de la vengeance est très forte
à bientôt
marie