Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




vendredi 28 décembre 2012

Tierno Monénembo : Le terroriste noir

 En exergue de son livre, l'auteur cite Senghor : "On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat inconnu, Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme".
C'est un vibrant témoignage d'honneur et de mérite que rend Monénembo à ces hommes appelés  "les tirailleurs sénégalais", même s'ils venaient d'ailleurs, et  qui ont combattu au côté des français.
Hommage au peuple peul à travers l'histoire vraie  et émouvante du jeune Addi Bâ, originaire de Guinée, capturé à la bataille de la Meuse. Il s'échappe du camp, et mort de faim et de froid dans la forêt vosgienne, il est recueilli par une famille.
Soldat "nègre" pris en plein coeur de la débâcle de 1940, il évoque nos colonies mais aussi l'inconnu. D'abord méfiante, la population l'épie, le surveille mais bien vite son charme, sa gentillesse opèrent et font de lui un des leurs.
Il s'engage dans la lutte contre l'occupant et fédère les prémices du premier réseau de résistance.
Trahi, l'histoire n'a pas mis de nom sur son dénonciateur, il sera, avec d'autres, torturé et exécuté.
La France qui a longtemps occulté cette part de son histoire, lui rendra hommage dans une cérémonie en 2003.
S'emparant de cette histoire, l'auteur crée une fiction en établissant un dialogue entre son neveu et Berthe, jeune fille au moment de la guerre, gardienne de la mémoire d'Addi Bâ, de son parcours.
Truffée de patois vosgien, la conversation prend des allures de conte africain. La tradition orale donne un souffle poétique à ce récit, lui donnant ainsi une dimension de légende.
Dans village traditionnel, anéanti par la guerre, Addi Bâ apporte chaleur et action au coeur de ses hommes et femmes. 
Tirailleurs sénégalais, fervents défenseurs de la France, morts loin de leur pays, de leur culture, Hommes qui nous ont aidé à vivre.
Roman historique brillant, il émeut par son ton où Afrique et France parlent la même langue.




Joël Dicker : La vérité sur l'affaire Harry Québert

Récompensé cette année,  par deux prestigieux prix  littéraires, celui de l'Académie Française et le Goncourt des Lycéens, le roman de ce jeune auteur (27 ans)  étonne par son style, son rythme et sa construction littéraire.
Thriller romanesque, époustouflant, même un peu éreintant à la fin, il nous entraîne aux Etats Unis, dans une petite bourgade où la disparition dans des conditions glauques, d'une jeune fille de 15 ans bouleverse la population dans les années 1970.
En 2008, confiant de son premier succès littéraire, véritable best seller, Marcus vit sur cette notoriété de fin de course. Le doute l'envahit, l'inspiration l'a quitté et il se retrouve avec l'angoisse de l'écrivain, la page blanche.. 
Il se tourne alors vers son seul ami, Harry Québert, écrivain reconnu, qui lui a tout appris. Mais Québert est rattrapé par cette affaire de disparition, puisque c'est dans son jardin que l'on retrouve le corps de la jeune Nora.
Accusé de meurtre, il entretenait à l'époque une relation avec cette jeune fille et c'est la chute d'un homme dans une Amérique très puritaine.
Marcus n'aura de cesse de prouver son innocence et de mener une enquête qui sera la matière de son nouveau roman.
A la fois, réflexion sur l'écriture et  le rapport entre l'écrivain et la fiction, le livre reflète une certaine image de l'Amérique avec des clichés un peu faciles. La jeune fille travaillant au dinner et qui ne quittera jamais la ville, le jeune écrivain dont toutes les filles sont (bêtement) amoureuses, le flic Noir antipathique mais au fond si humain.... L'histoire d'amour est platoniquement décrite  et l'auteur nous sert des dialogues vraiment niais . 
La personnalité de Nora est saisissante quand on connaît son côté obscur. Celle de Québert est plus décevante justement par son absence de personnalité.
Par ses rebondissements incessants jusqu'à la toute dernière ligne, ce livre retient l'attention du lecteur qui n'a qu'une envie, connaître la vérité. Habilement construit, il entretient un vrai suspens.
Le lecteur voit naître un livre et assiste à une histoire dans l'histoire. C'est un clin d'oeil à l'Amérique et aussi un hommage à ses auteurs et sa littérature.
C'est l'histoire d'une fidélité en amitié mais aussi d'une trahison, toutes les choses ne sont pas bonnes à dire et  encore moins à écrire. Un écrivain se doit-il d'écrire la vérité ou de la transformer en une fiction très commerciale ?
Qu'est ce qu'un bon livre ? Un livre que l'on regrette d'avoir terminé, voilà ce que dit le narrateur.
Alors ? à lire...

dimanche 23 décembre 2012

Jérôme Ferrari : Le sermon de la chute de Rome

Récompensé par le Prix Goncourt 2012, le livre de Jérôme Ferrari peut intimider par son titre ambitieux et profond. S'inspirant du sermon que Saint-Augustin prononce pour rassurer ses fidèles,  en 410, devant Rome, assiégée, par les Barbares et courant à sa chute. "Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt"
Saint-Augustin comme fil conducteur d'un texte bref et sombre où le lyrisme de l'auteur sert une histoire magnifiquement pathétique et universelle.
Un roman qui retrace sur près d'un siècle,  à partir d'une photo jaunie, le destin d'une famille corse à travers les souvenirs du  grand-père, Marcel.
De retour au pays, deux jeunes garçons reprennent, dans un petit village retiré de l'île de beauté, un bar en faillite. Abandonnant leurs études, ils se consacrent  avec succès à leur commerce et font de cet endroit un lieu de rencontres et d'échanges. Tout brille, vibre, vit et  s'amuse avant la violence des armes et des hommes.
En parallèle, Marcel raconte sa vie ratée faite de  rêves oubliés avec les colonies comme voile nostalgique, comparant un peu sa famille en décomposition, à l'empire colonial.
Jérôme Ferrari sait parler de l'instant où tout s'effondre et bascule sans que rien ne puisse retenir la chute.
Les personnages sont parfois cocasses et les situations possèdent un humour à fleur de peau. Le lecteur sent pourtant venir le vent d'une tragédie inéluctable.
Les phrases, longues et sinueuses, prennent des envolées lyriques quand l'auteur rappelle Saint-Augustin.
Histoire de mondes en perdition  sur une île où la famille reste un lieu refuge,  où l'on se retrouve pour mieux se perdre.





dimanche 16 décembre 2012

Gwenaëlle Aubry : Partages

     En 2002, à Jérusalem, pendant la seconde Intifada, le destin de deux jeunes filles, l'une palestinienne et l'autre juive, sera scellé dans une bouffée ultime de violence et de haine.
    Gwenaëlle Aubry donne la parole à ces deux adolescentes dont les silhouettes, se mêlent, se frôlent. Les regards se croisent dans un subtil et douloureux jeu de miroir au point de confondre l'une avec l'autre et se perdre aussi.
    Le conflit israëlo-palestinien, évoqué ici par l'auteur, nous montre une intimité qu'aucune actualité ne pourra dévoiler, raconter. Celle de Leïla et Sarah, 17 ans,  emportées dans la tourmente d'un combat millénaire, celui que se livrent leurs ancêtres, légitimes communautés de ce pays divisé à jamais.
    Sarah, , née à New-York, est  juive d'origine polonaise. Après les attentats du 11 Sept., elle quitte le pays avec sa mère pour s'installer en Israël. Sarah apprend l'histoire de son peuple, et se rend compte des brimades et souffrances subies par les palestiniens, c'est un pays meurtri par la guerre qu'elle découvre. Mais elle s'identifie à son passé et comprend son Histoire. Cette terre appartient aux Juifs et il est normal de la défendre par tous les moyens.
    Leïla est palestinienne, et a toujours vécu avec sa famille en Cisjordanie, dans un camp de réfugiés. Elle s'évade dans la littérature, rêve de partir étudier à l'étranger. Son peuple vit sans terre, subit l'humiliation, terrorise pour se faire entendre. Sa vie devient une fuite en avant que la violence et la haine embraseront.
    Dans une écriture sensible et tenace, l'auteur nous tient en haleine par ses phrases longues. Emmêlant la vie et le chemin de ces deux jeunes femmes dont les descriptions sensuelles et  charnelles sont remplies de souffrance et de désespoir.
    Elle fait entendre, avec une grande objectivité, les voix de ces deux femmes que tout oppose mais qui se ressemblent tellement.
    La construction littéraire est remarquable et le rythme  haletant jusqu'au bout. La lecture se fait dans le dernier chapitre,  page contre page, dans un  face à face romanesque étonnant. Même attendue la fin est à couper le souffle.

jeudi 29 novembre 2012

Hubert Mingarelli : Un repas en hiver

Dans son dernier livre, Mingarelli nous transporte en plein coeur d'une forêt polonaise en hiver, dans le froid et la neige, pendant la seconde guerre mondiale. Il nous fait vivre une journée de "chasse aux juifs" en compagnie de  trois soldat  réservistes allemands, qui n'en pouvant plus des exécutions et bruits de fusillades dans leur camp, demandent l'autorisation d'aller "en" trouver dans la forêt.
Ce n'est pas vraiment un récit de guerre où le lecteur est plongé dans le sang et la boucherie des attaques, mais celui  d'une humanité qui ne veut pas sombrer, mais qui chute quand même.
Affamés, frigorifiés, dans une marche hallucinée par la blancheur et le gel, ils débusquent presque par hasard un jeune juif se terrant  dans un trou. 
C'est sur le chemin du retour au camp, où ils livreront à une mort certaine leur prisonnier, qu'ils s'arrêtent dans une cabane isolée, aussi perdue qu'eux-mêmes, et qu'ils rencontreront un  paysan polonais et son chien.
Antisémite, le polonais fera naître chez ces soldats un peu d'empathie pour leur prisonnier. Mais pour combien de temps ?
Au bout de nulle part, dans un froid que le lecteur ressent à chaque page, dans un dénuement le plus total, ils prendront un repas ensemble et donneront à ce huis clos une tragique dimension.
Mingarelli dans une écriture dépouillée et ciselée, raconte la solitude des hommes dépassés par leurs guerres et en quête d'une fraternité perdue. Sans donner de leçon, il raconte les bourreaux et les victimes, tous humains.
Déconnectés de leur passé, ces hommes se retrouvent dans l'horreur du quotidien et essaient de rallumer l'espace d'un ultime repas les gestes de la camaraderie.
C'est dur, pas une page pour se réchauffer, et la fin précipitée et haletante rejette le lecteur dans un monde où l'humanité avait vraiment disparue.

lundi 19 novembre 2012

Per Olov Enquist : Blanche et Marie

Grand romancier suédois, Per Olov Enquist est un habitué des récits mêlant fiction et biographie. Ici plusieurs personnages se croisent dans une histoire conduite par une fiction remarquable.
Destins mêlés ou pas, il décline pour eux les couleurs de la passion, quelle soit amoureuse ou professionnelle.
Pour cela il donne la parole, à une femme, Blanche Wittman. Elle a longtemps été internée à la Salpêtrière et fut la patiente du célèbre Professeur Charcot. 
Ce sombre " château des femmes" qui les accueillaient parce qu'elles étaient folles, prostituées, hystériques, épileptiques, pauvres, femmes meurtries par la vie, malades.
Amputée des deux jambes, Blanche finira sa vie portée dans une brouette. Elle racontera dans ses carnets (fictifs ou non), sa passion pour cet éminent Professeur et surtout sa rencontre avec Marie, pour laquelle elle travaillera.
Marie Curie, deux fois Prix Nobel (physique avec son mari et chimie seule), chercheuse, savante et femme amoureuse.
A la mort de Pierre Curie, elle continue la recherche et tombe folle amoureuse de Paul Langevin, autre physicien. Marié, père de familles, il sera lâche jusqu'au bout et c'est seule que Marie mourra consumée par ses années de recherche sur le radium et la radioactivité.
Entre biographie imaginaire ou réaliste, entre roman fiction et histoire, Per Olov Enquist nous fait découvrir une époque, où les plus grandes recherches ont vu le jour et où les femmes avaient du mal à se sortir d'un carcan social.
Il raconte avec une certaine froideur, le sort de ces femmes considérées hystériques et traitées d'une façon effroyable dans un hôpital aux allures de prison.
La construction littéraire est assez déroutante. L'auteur, s'il donne la parole à Blanche à travers ses carnets,  devient aussi  narrateur et intervient dans les réflexions. Beaucoup de citations de ses fameux carnets, de passages de journal intime, de retours en arrière peuvent empêcher le lecteur de se laisser porter par l'écriture. Par moment la caricature est trop forte,  comme le dilemme entre la femme savante et la femme trop amoureuse ou le brillant scientifique , mari infidèle mais pourtant responsable. 
C'est déstabilisant mais intéressant et tous les personnages réels qui gravitent dans ce roman nous donnent envie d'en savoir plus.

dimanche 18 novembre 2012

Alessandro Baricco : Emmaüs

Ils sont quatre copains, d'origine modeste, Bobby, Luca, le Saint et le narrateur. Ils ont en commun une foi ardente qu'ils brandissent comme un étendard, aiment jouer de la musique ensemble à l'église du quartier, rendent visitent aux malades dans les hospices. Produits d'une éducation où les habitudes protègent et où la beauté et la femme surtout représentent le péché et la perdition, ancrés dans leurs certitudes,  ils sont trop sages et pas du tout préparés à l'épreuve qui les attend.
L'épreuve, c'est Andre (a), belle,  à damner ces jeunes saints, à en mourir aussi. Jeune femme sublime, libre mais dont les fêlures sont trop profondes.
A cet âge, 17 - 18 ans, la passion les chavire, leur univers rapidement devient étriqué, la famille étrangère à leur quotidien. A sa façon chacun va faire le grand saut et y perdra son innocence, jusqu'au tragique.
Le narrateur, voit, vit, raconte l'explosion de ce petit groupe. Ils sont amis et pourtant  se retrouveront seuls face à leur destin . Le narrateur s'en sortira mais broyé, et son regard sur le monde sera à jamais différent.
Ecrit dans un rythme rapide, concis comme l'histoire qui se précipite à chaque page, Barrico nous sert un  récit initiatique où la douleur n'épargne personne.
Il sait avec précision raconter la vie de famille figée dans les croyances religieuses, marquée par une certaine dose d'hypocrisie et de non-dits. L'écriture est belle, racée et sensuelle.
La religion portée comme un poids qui ne prépare pas à la vie et des adolescents ,remplis de désirs, à qui on n'a pas su dire que la vie , justement, pouvait offrir d'autres choix.


vendredi 16 novembre 2012

Maurice Pons : Les Saisons

Ecrit en 1965, ce livre "cultissime"  regroupe un cercle de lecteurs, amateurs et passionnés qui ne se lassent pas d'en parler.
"Les Saisons", un titre léger qui résonne de  ritournelles et déjeuners sur l'herbe, un récit rythmé par le climat, les amours et autres délicieuses perspectives.
Il n'en est rien. Lecteurs, préparez-vous. 
C'est l'histoire d'un homme, Siméon. Venant de nulle part, il débarque dans un bouge infâme où vit une population à la limite de l'humanité. Vulgaires, mutilés, attardés, sales, méchants, pathétiques, ils sont les exclus d'une société  disparue.
Ils vivent là, pire que des bêtes, se nourrissant de la seule denrée qui pousse, la lentille. En soupe, beignet ou alcool répugnant, ils s'en abreuvent.
Les conditions de vie sont insoutenables. Les saisons alternent, mais c'est quarante jours de pluie diluvienne , suivis de quarante jours de gel d'une intensité effroyable.
Pourtant, Siméon est sûr d'avoir enfin trouver son paradis. Il s'est échappé d'un enfer de chaleur où il était prisonnier dans une cage. Il a vu mourir sa soeur. Il a vécu la torture, les sévices, les brûlures du soleil. Alors la pluie ne peut qu'être bonne.
Se présentant  aux villageaois comme un artiste, il se déclare écrivain. En effet, il va écrire sa vie, son expérience.  Témoigner dans l'écriture sera pour lui le seul moyen d'endurer les misères, de résister à l'indifférence .
Mais malgré sa bonne volonté, il sera toujours considéré comme un étranger et mis à l'écart. Il souffrira mille maux dans son coeur et dans son corps et dans un ultime geste de survie, il partira dans le gel bleu, entraînant avec lui, tout le village dans un exode sans retour.
Les personnages semblent sortis d'un bestiaire fantastique. Croll, géant truculent et répugnant, qui inflige à Siméon des traitements d'une brutalité infinie, Louana, gamine délurée avec une tête bizarre et les autres, tous les autres sortis des nuits de pires cauchemars.
L'écriture est délicieuse, récit singulier. Hypnotique, à la limite du fantastique et du conte baroque, l'humour donne le ton à la tragédie humaine.
J'ai trouvé , malgré la dureté du récit, une certaine poésie lumineuse dans le portrait de Clara, jeune femme frêle à la robe rose légère. Malgré la pluie, le gel, le froid elle illumine le coeur de Siméon et lui inspire ses plus belles phrases
Le rose lumineux d'une humanité qui refuse de mourir.

jeudi 8 novembre 2012

Jennifer Egan : Qu'avons-nous fait de nos rêves ?

Pour ce roman, l'auteur s'est vu attribuer le prestigieux Prix Pulitzer 2011, on peut donc s'attendre à un ouvrage talentueux et une solide marque littéraire.
Livre totalement américain, il raconte l'histoire de tout un groupe de jeunes à San Francisco qui se sont rencontrés dan les années 70, continuent de se fréquenter,  se sont perdus de vue,  vont se revoir ou pas. Sur fond de musique punk comme seule l'Amérique peut en produire, devenus adultes, ils dressent le bilan de leurs vies, illusions et surtout désillusions, gloire loupée, amour manqué.
Peu d'espoir, pas vraiment de porte de sortie et une construction romanesque fracturée qui complique l'ordre qu'essaie de mettre en place le lecteur pour poursuivre une lecture difficile.
Pourtant, les portraits de ces quadras revenus de leur rêve de gloire sont dépeints avec justesse et humour, mais on se perd vite dans des aller-retour incessants dans le temps et dans une quantité de personnages , paumés du rêve américain, trop nombreux. Le livre ressemble à un parcours difficile, déstabilisant et perturbant.
Désolé, je ne peux pas en dire plus.

dimanche 28 octobre 2012

Nina Killham : L'art d'accommoder les restes

Jasmine est une cuisinière hors pair, toujours à la recherche de nouvelles recettes. Elle goûte, respire, boit  et jouit de la vie et de la nourriture avec une bonne et belle humeur. Elle adore le gras, le sucre, la crème fraîche, le beurre et traque les produits modernes insipides et basse calorie.
Bref une femme épanouie, aux formes rebondies qui tout au long du livre, salive et mange avec un bonheur communicatif. 
Son mari, en pleine crise de la quarantaine, vit une relation torride avec une de ses étudiantes, accro de tofu et de salade, mince comme un fil.
Sa fille , une adolescente rebelle et sombre,  balance entre  anorexie débutante et envie d'en finir avec sa virginité mais réalise surtout qu'elle ne veut  pas ressembler à sa mère.
Tout débute par la découverte du corps de la maîtresse dans la cuisine. L'auteur avec humour nous sert une succession de situations drôles sur fond de crise de couple, de trouvailles culinaires succulentes et de refus de la nourriture allégée. 
Le dénouement est très surprenant  et inattendue,  digne d'un grand roman policier.
C'est drôle, sensuel, odorant, visuel et surtout on passe un moment de détente gustative !!!


samedi 27 octobre 2012

Catherine Mavrikakis : Les derniers jours de Smokey Nelson

      Smokey Nelson attend dans le couloir de la mort d'une prison près d'Atlanta. 20 ans plus tôt; il a commis le massacre d'une famille dans un motel. 
      Un acte d'une barbarie inouïe pour lequel, à l'époque,  un homme , Sydney, avait été condamné à tort et purgé une peine avant que le vrai meurtrier ne soit arrêté.Il était noir comme lui et représentait un coupable idéal.
      Une jeune femme au moment des faits, avait croisé la route Smokey Nelson et avait même plaisanté avec lui en fumant une cigarette. Un intermède charmant avant d'aller faire le ménage dans la chambre et découvrir une scène qui restera à jamais gravé dans sa mémoire. Se rendant coupable d'avoir pu le trouver sympatique.
      Un père, celui de la jeune femme assassinée, a aussi perdu  ses deux petits enfants et son gendre dans le carnage. Dieu a été son unique secours et l'a aidé durant ces années de douleur , d'ailleurs c'est à lui qu'il parle directement.
      Le livre nous fait entendre l'écho de ces quatre voix, entre chuchotement très intime et incantation hallucinatoire et poignante.
      Les récits alternent et évoquent "les derniers jours de Smokey Neson" dont on ne sait rien , sauf la date de son exécution : le 15 Août 2008, dans quelques jours.
      Les voix se succèdent pour parler d'un drame vécu et qui revient les hanter. Chacun raconte les faits, comment les années ont passé, ce qu'ils ont fait. La répétition devient insistante et lancinante.
      Mais personne n'échappe à son  destin, et le jour de l'exécution sera pour chacun l'ultime attente.
      L'auteur nous sert un style et un vocabulaire différent pour chaque personnage, appartenant tous à des milieux divers, ils représentent pourtant l'image de l'Amérique.
      Une Amérique qui se veut  blanche et puritaine, éprise de liberté, mais qui reste raciste envers les noirs et les laissés pour compte du rêve américain et qui condamne toujours à mort des hommes.
      Un livre étonnant, un véritable coup de poing dans cette rentrée littéraire.



vendredi 19 octobre 2012

Philip Roth : Némésis

     Dernier et ultime livre de Philip Roth, l'auteur lui-même a annoncé qu'il arrête l'écriture. Il n'y aura plus de nouveau Philip Roth, Némésis clôt l'oeuvre prolifique d'un des plus grands auteurs américains encore en vie.
     Newark, New Jersey,  dans l'été étouffant 1944, Bucky Cantor est  professeur de sport à la Chancellor Avenue School (Roth aussi y a étudié) et considère le devoir et la responsabilité au-dessus de tout.
     N'ayant  pu être mobilisé à la guerre comme ses amis, il donne tout son temps aux gens qu'il aime, à sa grand-mère qui l'a élevé,  à sa fiancée avec qui l'avenir est déjà tracé, à son quartier et  surtout aux enfants à qui il apprend à travers le sport, la virilité, l'audace, la pugnacité.
     Alors qu'une épidémie de polio s'abat sur le quartier pauvre italien situé juste de l'autre côté de la ville, Cantor fait tout son possible pour épargner les enfants de la tragédie.
        En bon petit soldat, il mène sa guerre contre la maladie et la mort et se fait un devoir d'être là pour aider, soulager et combattre et tenir tête à un  Dieu totalement absent et cruel.
        La maladie commence à frapper l'école et le quartier. Il doit affronter l'hystérie, la peur et le racisme qui frappent les familles devant une telle injustice. Il veut être là, même devant l'impuissance de son combat, il ne veut pas se résigner.
      Mais bien sûr, intervient la part du désir, représentée par Marcia et à laquelle le héros succombera. Ce désir, le sexe,  cet humour dans  la vie malgré la mort et la maladie, ces thèmes chers à l'auteur et qui ont fait vibrer son oeuvre, dans ce roman Roth prend précisément le choix de leur tourner le dos.  
      Il fait de son héros, un homme aveuglément faible dans son devoir, sans pulsions si caractéristiques des personnages de ses romans. Peut être qu'une fois, Roth voulait voir ce que ça faisait d'être un bon petit garçon juif et de ne pas céder à ses envies.
            Le récit est mené par une voix, que l'on peut supposer cette de la cité, et qui sera attribué à un homme que le lecteur découvrira  vers la 100 ème page, où l'on retrouve notre héros 30 ans après. Une construction très habile qui apporte l'interrogation et la spéculation sur le combat mené.
            "parfois on a de la chance, et parfois on n'en a pas. toute biographie tient du hasard et, dès le début de la vie, tout relève du hasard, de la tyrannie de la contingence."
           

    
    

vendredi 12 octobre 2012

Jim Harrison : Grand Maître

      Dans son dernier livre, Jim Harrison notre Big Jim met en scène un héros vieillissant, Sunderson, un inspecteur de police tout juste retraité. Il veut terminer sa dernière enquête, capturer Le Grand Maître, un gourou complètement pervers.
      Du Michigan, pays cher à l'auteur, au Nebraska, cette poursuite sera  pour Sundernson l'occasion de faire le bilan de sa vie  et de noter sur un carnet, à la manière d'un vieux sage, ses impressions sur le monde. Aidé par une jeune voisine de 16 ans, spécialiste informatique, et d'un vieil ami il mène sa dernière traque.
      Ce n'est pas un roman policier, le récit donne la parole à un héros déprimé suite à son divorce, victime de crise de goutte et capable de tous les excès et abus qu'ils soient culinaires, alcoolisés ou sexuels. Jim Harrison , par la voix de son double littéraire amoureux comme lui des grands espaces, de la nature, des oiseaux et passionné de l'histoire des Indiens, en profite une fois de plus de fustiger une Amérique depuis longtemps sur le déclin.
       Jim Harrison nous explique que face à la vieillesse, un homme peut entreprendre une quête spirituelle.
Tout au long de ce voyage à travers un paysage à couper le souffle, il nous sert une prose claire, lucide et d'un humour féroce pour dénoncer les mensonges d'un pays face à ses crimes, son histoire ancrée dans la violence et l'argent comme seul moyen de reconnaissance.
      Harrison n'a rien perdu de son énergie maniant le ton cru et même vulgaire, et  les descriptions d'un grand niveau littéraire de l'Histoire et la nature sont d'un grand niveau littéraire. Il fait de ce roman un témoignage impitoyable d'une société américaine, uniquement capable "de prendre son flingue et de tirer sur tout ce qui bouge".
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lundi 8 octobre 2012

Gaëlle Josse : Les heures silencieuses

         A partir d'un tableau d'Emmanuel de Witte (Intérieur avec femme à l'épinette), Gaëlle Josse imagine la vie et l'univers de cette femme représentée de dos, Magdalena pour le roman; à Delft au 17ème siècle.
        Qui était elle cette femme et pourquoi ne montre-t-elle pas son visage ?
        C'est sous la forme de son journal intime que nous découvrons, les souvenirs,  confessions intimes et frustrations qui ont jalonné la vie de Magdalena.
        Elle est la fille de l'administrateur de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales de Delft et ne pourra pas à ce titre succéder à son père. Brillante elle sera toujours un conseil efficace pour lui et continuera avec son mari qui remplacera ce père admiré. Dans son ombre, elle se tiendra toujours au courant des affaires.
        Mariage d'amour, enfants toute une vie qui passe avec ses joies et ses inquiétudes. Son mari la délaisse et elle assiste aux premières passions de ses enfants se sentant plus que jamais prisonnière d'un siècle qui abandonne les femmes à l'intendance de la maison.
       De ces heures silencieuses, Magdalena nous raconte une page d'histoire, celle de la vie dans les ports. Les nouvelles marchandises rapportées de pays inconnus, mais aussi des hommes qui sont vendus et dont le commerce enrichit. Elle nous parle simplement, un peu lyriquement, de la vie quotidienne de l'époque et de la déception de constater combien l'être humain est imparfait.
         Une centaine de pages de poésie et de sensibilité qui font le plus grand bien. Un premier roman de cette jeune auteur absolument superbe.

lundi 24 septembre 2012

Laurent Gaudé : Pour seul cortège

A la fin d'un ultime banquet, Alexandre le Grand s'effondre, terrassé par la fièvre. Il est mourant. Fidèles et généraux se pressent autour de lui. dans la douloureuse inquiétude de la succession et de la pérennité de l'empire.
Alexandre, le plus grand des conquérants, assoiffé de puissance et de terre se transforme sous nos yeux en un être humain foudroyé par la maladie. Mais le temps d'un récit digne d'une tragédie grecque, il redevient  le meneur d'hommes, le combattant mythique que l'Histoire connaît.
Babylone déroule ses fastes et excès, délices et barbarie, cruauté et soif de pouvoir. Toute la noirceur de l'homme apparaît et malgré le lyrisme persistant, la fureur ne quitte pas la scène.
Alexandre fait entendre sa voix, insuffle sa grandeur et traverse le temps.
A travers le récit d'une femme, princesse tragique, et de quelques proches, nous accompagnons le cercueil d'Alexandre dans son dernier voyage. Le cortège de pleureuses donne à cette marche initiatique dans le désert la force du rêve.
Alexandre n'était pas assez vaste pour lui et il habite l'éternité à jamais, son ombre plane sur les déserts de l'Orient et son histoire devient une légende.
Laurent Gaudé mêle récit, vérité, rêve dans une prose riche très visuelle. Le désert et la chaleur nous enveloppent et le temps reste suspendu. 
Un petit livre qui n'apporte pas de précisions historiques mais  questionne sur la vie d'un homme d'une intelligence politique féroce qui a su imposer la Macédoine en tant que royaume glorieux.
Le style très lyrique, les voix entrecroisées dans le rêve ou la réalité peuvent dérouter mais il faut se laisser porter par le récit et par la voix d'outre-tombe du grand Alexandre.

vendredi 21 septembre 2012

Tahar Ben Jelloun : Le bonheur conjugal

Le dernier roman de Tahar Ben Jelloun nous raconte la déliquescence d'un couple, l'histoire de dépossession, le récit d'une obsession de ce qui n'est plus.L'auteur va donner la parole au mari d'abord et à la femme ensuite. Chacun sa version, chacun sa haine, devenu ennemi dans l'amour.
L'homme, Imane est un artiste peintre reconnu et admiré, un coureur impénitent et un homme mis à terre par un AVC qui l'oblige à revisiter sa vie et cette notion si chaotique du bonheur conjugal.
Durant les 2/3 du livre, il rumine sa nouvelle condition de malade et sa dépendance vis à vis des soignants. Cloué sur son lit, il revisite son journal intime ou le continue en rêvant. Il décortique son mariage raté, son illusion de bonheur avec une femme vite devenue avide et jalouse.
Ne vivant qu'à travers son art et sa soif de conquêtes féminines, il mène un combat contre la maladie et sa femme pour pouvoir peindre à nouveau et reprendre sa liberté amoureuse.
C'est au tout d'Amina de raconter.  Elle a été follement amoureuse de lui,  artiste célèbre à qui elle a voué sa vie, pour lequel elle a abandonné ses études et contre lequel elle devient un monument de haine et de jalousie avide de vengeance.
Plus jeune que son mari, elle n'a vécu qu'à travers lui, son nom, son aura et son argent. Intellectuellement moins brillante aussi, elle se rend compte que même les enfants n'arrivent à le retenir au foyer.
C'est vrai qu'elle en a vu passer des maîtresses et que sa jalousie, pour elle, semble légitime tout  comme l'institution du mariage l'est pour sa famille.
Les deux voix opposées interrogent sur le mariage, la fidélité, l'engagement, l'influence du milieu social et le poids des familles dans lesquels chaque couple se trouve confronté.
Peut être que les lamentations de ce vieux Don Juan impotent, même artiste brillant, et la jalousie trop excessive  d'une femme mal aimée m'ont un peu lassée. 
A lire pour constater qu'il y a beaucoup de solutions quand un amour est fini, heureusement.







lundi 17 septembre 2012

Toni Morrison : Home

Nobel en 1993, Toni Morrison dépeint dans son dernier roman le retour douloureux au pays de Franck, soldat traumatisé de la guerre en Corée.  De Seattle en Georgie, il va traverser le pays pour sauver sa jeune soeur mourante. Il fera face à un pays plongé dans la chasse aux sorcières, habité par le racisme et le ségrégationnisme et où la guerre a laissé des marques indélébiles sur ses soldats.
C'est un autre visage de l'Amérique des années 50 que nous montre l'auteur. Une image différente de celle véhiculée par les médias et les films, outrancièrement belle et heureuse. C'est une Amérique violente et divisée dans ses haines et ses ignorances, capable du meilleur comme du pire. Le pire ? par exemple les expériences médicales menées par des médecins sur de pauvres Noirs. Le meilleur ? cette capacité à la solidarité envers et contre tous.
A cette époque, la vie est difficile pour les Noirs et Toni Morrison à travers le portrait de Franck rend un hommage envoûtant à ses compagnons de couleur humiliés et bafoués.
Tout au long du livre, alternant avec l'histoire de sa jeune soeur, la voix de Frank se fait entendre. Il nous raconte, nous ment parfois, ses souvenirs de guerre, de vie, d'alcool et d'amour perdu.
La violence est présente tout au long du livre dans l'institution, dans la famille, dans la politique et le retour aux origines de Franck et de sa soeur se fera après bien des tourments.
Un style ramassé, épuré pour dire l'essentiel sans fioriture, Toni Morrison est bouleversante de précision et d'émotion contenue.

vendredi 7 septembre 2012

Sakyo Komatsu : La Submersion du Japon

Best-seller d'anticipation c'est le seul roman de cet écrivain japonais décédé en 2011 à être traduit en français. Oeuvre de fiction qui prend l'allure d'une prophétie au regard des catastrophes qui ont plongé le Japon dans un état d'alerte quasi-permanent.
Tout est dit dans le titre et le lecteur envisage une fin inéluctable.
L'auteur nous raconte  les seïsmes, tsunamis, éruptions volcaniques qui s'abattent sur l'archipel du Japon et aboutissent à sa submersion. Il n'y a  donc aucun espoir dès le début du livre.
Les savants et geophysiciens expliquent de façon calme et méthodique le déroulement des cataclysmes à venir. Ils se démènent  pour transmettre le bilan de leurs recherches et ainsi permettre de sauver le plus de citoyens et laisser ainsi les traces d'une civilisation et d'une identité nationale.
Une course contre le temps s'enclenche mais que peut on sauver avant l'anéantissement total ? Les oeuvres d'art, la culture, les japonais ? 100 millions de personnes à placer dans le monde. Un cataclysme qui a des répercussions dans l'organisation du monde entier. Les politiques gèrent la situation en évitant la panique générale. 
Le récit montre bien l'acceptation résignée des japonais face au naufrage de leur pays. La peur d'une telle catastrophe est ancrée dans leur culture et le calme, la distance, le contrôle qui les caractérisent se retrouvent dans leur littérature unique.
Si les scènes de seismes, surtout celles qui se passent au fond de la mer, sont très impressionnantes c'est surtout les détail scientifiques qui marquent ce récit et peut devenir pesant.
Un regret pour la traduction qui n'est pas d'un bon niveau et ne reflète pas toute la qualité littéraire de Komatsu.
A lire pour découvrir. (comme toujours !!)

mercredi 5 septembre 2012

Louise Erdrich : Le jeu des ombres

Auteure américaine, Louise Erdrich est une fervente représentante de la culture indienne et la figure emblématique de la Nature Americain Renaissance. Mouvement littéraire né dans les années 60 qui promeut la littérature amérindienne.
Ses héros sont d'origine indienne et leur héritage culturel lourd à porter aujourd'hui  en Amérique.
Si le livre s'inspire de son histoire amoureuse tragique et de sa rupture avec l'écrivain Michael Dorris, Erdrich écrit ici une fiction universelle sur les ravages de la passion.
C'est l'histoire d'un couple en fin de course au bord de tous les abîmes et face à cette folie, trois enfants  observent cette guerre psychologique et souffrent également.
Histoire d'une fin d'amour entre deux êtres fusionnels que l'art avait réunis. Dans un quotidien dévasté, l'art devient un moyen de survie et  la chronique d'une mort annoncée.
Irene découvre que Gil son mari lit son carnet intime(rouge). Elle décide alors de rédiger un nouveau carnet (bleu) et continue de noter sur le rouge ses pensées afin de manipuler son mari et l'inciter à la quitter.
Manipulation et  possession, amour et haine alternent tout au long de ce récit à trois voix. Celle d'Irene dans le carnet rouge, celle du carnet bleue et une troisième qui est au coeur même du drame qui se déroule et que le lecteur découvrira juste à la fin.
Louise Erdrich analyse dans une écriture sèche et désespérée la dérive d'un couple qui se détruit par tous les moyens. Gil est trop possessif, trop violent et Irene l'a trop aimé et accepté trop de choses.
La violence de l'histoire des Indiens à travers des artistes comme Catlin se mêle à celle des personnages, véritables écorchés vifs de l'amour.
Un livre fort qui interroge sur l'importance de la culture et des origines, sur l'évolution de la passion amoureuse et son  impact dans une vie familiale quand elle n'est plus maîtrisée.






samedi 1 septembre 2012

Margaret Mazzantini : La mer, le matin

Margaret Mazzantini nous emmène en Lybie et en Italie sur les traces de deux femmes obligées de fuir leur pays à des époques différentes mais qui toutes les deux ont mené le même combat. Protéger et sauver leurs fils, recommencer une nouvelle vie dans un pays qu'elles ne connaissent pas ou plus.
C'est le printemps arabe et un vent de liberté soulève la Lybie mais la guerre et la violence explosent et Omar qui n'a pas voulu rejoindre les loyalistes est tué. Sa femme Jamila décide alors de quitter le pays avec son fils Farid. Ils embarquent dans un canot en partance pour l'Italie. Ils deviennent des réfugiés et erreront sur la mer, eux qui n'ont connu que le désert.
Cette traversée  se terminera en cauchemar absolu, abandonnés sur un rafiot fantôme ils seront des débris d'existence  que la mer rejette inlassablement. 
Fille de colons italiens arrivés dans les années 30 en Lybie pour y  travailler, Angelina est née et a grandi à Tripoli jusqu'à l'âge de 11 ans. Quand Kadhafi arrive au pouvoir en 1970, il chasse tous les italiens et confisque leurs biens.  La famille d'Angelina  part pour l'Italie. Elle se sent pour toujours arabe et reste étrangère à son pays. Quand Kadhafi  devient le nouvel ami de Berlusconi,  il autorise les touristes italiens. Elle emmène alors son fils Vito, né en Italie, sur les traces de son passé et du pays qu'elle a toujours aimé.
Mais plus rien n'est comme avant, le pays comme les hommes ont changé et la nostalgie du bonheur perdu la hante à jamais.
L'écriture de Mazzantini devient orale et l'histoire de ces deux femmes se recoupe même si elles ne se croisent jamais. Un roman très court sur une histoire de femmes, d'hommes et d'appartenance à un lieu.
L'Histoire de la Lybie et des colons Italiens est très intéressante peut être plus que celle des personnages qui aurait méritée un peu plus de profondeur. Les mots si poétiques semblent parfois trop légers par rapport aux drames vécus.



mercredi 29 août 2012

Amin Maalouf : Les Désorientés

Exilé volontaire à Paris depuis un quart de siècle, Adam voit son passé  ressurgir quand un ancien ami de jeunesse lui téléphone en pleine nuit. Resté au pays natal, Mourad est en train de mourir et souhaite le revoir une dernière fois. Adam y retournera mais arrivera trop tard.
Hébergé  chez une vieille amie, Sémiramis, il consulte de vieilles correspondances, ouvre la malle des souvenirs. Historien, Adam travaille actuellement sur la biographie d'Attila. Un autre projet le tenaille, celui d'écrire le portrait de chacun de ses amis. A la mémoire des disparus, Il va organiser les retrouvailles des vivants, ceux qui composaient "Le cercle des Byzantins". Exilés aux quatre coins du monde ou restés au pays, tous ont pris des chemins différents. La guerre les a séparés et la religion les a éloignés dans un monde qu'ils ne reconnaissent plus. Pendant 15 jours, l'Orient et l'Occident vont parler la même langue celle de l'universalité.
A travers ses méditations, Adam nous transmet cette nostalgie tenace pour un monde révolu. Celui où de jeunes étudiants rêvaient de franchir les divisions communautaires de leur pays et qui ont subi la guerre et la corruption. 
Amin Maalouf nous raconte son passé et sans nommer une seule fois son beau pays, le Liban,  il donne force et profondeur au récit. Dans un style clair il nous livre une réflexion profonde de la situation géo-politique  et ses phrases simples nous émeuvent. Une écriture toute en retenue qui frôle l'absolu et le sublime. Les personnages explorent les grands sentiments avec délicatesse tout en donnant des avis différents. L'exercice est difficile mais les mots servent  ici une grande sobriété qui ne fait pas oublier le tumulte des passions. 

jeudi 23 août 2012

Edgar Hilsenrath : Nuit

Empreint d'un réalisme glaçant, le premier roman de l'auteur paru en 1964 relate  à travers le quotidien dans un ghetto juif, la barbarie nazie où hommes et femmes sont prêts à tout pour rester vivant juste un jour de plus. 
Dans un style épuré et inlassablement répétitif, l'auteur va au delà du récit de mémoire pour regarder en face un monde déshumanisé où pitié et charité n'existent plus. Dans l'horreur, l'homme est face à sa nature barbare et plus rien n'existe. L'illusion d'humanité n'est qu'une illusion et le héros, Raneck nous montre dans ce néant la peur qui le tenaille et  sa lâcheté, sa cruauté qui annihilent tout sentiment.
Dans ce ghetto en Ukraine, il n'y a plus de juifs, plus de communauté unie et  luttant contre les nazis. D'ailleurs il n'apparaissent pas dans le récit. L'auteur  regarde en face des hommes, des femmes qui ont perdu toute trace de civilisation et d'humanité. Dépouillant les mourants, vendant leurs corps, volant,  tous s'épient et se haïssent pour survivre et ne pas être le prochain à remplir la fosse commune. Dans la puanteur et la nuit ce  sont des bêtes traquées qui se cachent.
Le grotesque surgit au milieu  de scènes hallucinantes de cruauté et d'ultime désespérance et l'auteur se sert d'un style volontairement cru et sulfureux pour nous emmener dans le noir absolu de cette nuit.
Hilsenrath décrit des personnages qui furent cafetiers, hôteliers, coiffeurs, prostituées mais avant tout   survivants. Hommes et femmes que le lecteur avec le recul peut trouver misérables , lâches ou héroïques,  ils témoignent pour les six millions assassinés.
Un livre insoutenable qui porte un regard froid sur la page la plus noire de l'Histoire.

mardi 14 août 2012

peter cunningham : La mer et le silence

En Irlande, le  sympathique notaire Dick Coad est dépositaire de deux manuscrits provenant d'une très chère cliente, Ismay Shaw, qui vient de mourir. Il est chargé d'en prendre connaissance et de les détruire.
Dick Coad était fasciné par la très belle Is, dès leur première rencontre et tout au long du roman, il nous fait découvrir le passé énigmatique de cette femme à travers le temps.
Le premier manuscrit débute en 1945 au mariage d'Is âgée de 23 ans avec Ronnie et  se poursuit dans les années 70  avec le conflit irlandais. A l'installation du couple dans un phare suivent les années conjugales  plus ou moins harmonieuses avec  la naissance d'Hector. La description des paysages sauvages balayés par le vent accentue le romantisme de cette histoire.
C'est le deuxième manuscrit racontant  la vie d'Is avant son mariage quand elle vivait encore chez ses parents qui donne dimension et profondeur au récit.
La belle histoire d'amour se transforme en témoignage de vie d'une femme audacieuse et secrète,  la trame historique de l'Irlande enrichit le récit. L'auteur nous rappelle la neutralité de l'Irlande pendant la deuxième guerre mondiale, la situation des anglo-irlandais et la fondation de l'IRA.
Un livre vraiment plaisant qui nous fait découvrir les méandres d'une vie à travers l'Histoire.

lundi 13 août 2012

Edgar Hilsenrath : Fuck America

Edgar Hilsenrath invente pour ce roman son double littéraire sous les traits de Jakob Bronsky, jeune juif, fils de Nathan débarqué en 1956 aux Etat Unis. Pays de la liberté et du rêve, Bronsky a du mal à s'intégrer et erre désespérément  dans les rues de New York, affamé de nourriture et de sexe et crevant de solitude. Il n'arrive pas à comprendre ce pays . Malgré des scènes cocasses, des dialogues percutants et parfois vulgaires, l'auteur nous sert un humour corrosif rempli de désespoir.
Bronsky se veut écrivain et son livre "Le Branleur" racontera la shoah, la solution finale, les nazis. Entre un passé bien réel qui  ne peut s'oublier et le quotidien où chaque jour est un enfer, il erre, clodo alcoolique parmi les exclus du rêve américain. Il porte en lui à jamais la souffrance et la mort des Six millions.  Dans ce livre décalé parfois déjanté à l'outrance, il n'est au fond question que de ça. La Shoah racontée encore et encore, dans un humour plus noir que jamais, pour ne pas oublier.
L'auteur nous rappelle aussi Bukowsky,dans sa grande solitude et son rejet de la société,  par ses dialogues vifs, colorés où la vulgarité cache une fêlure profonde.
La construction du roman est tout à fait hors norme et originale. Commencé comme l'épopée d'un immigré sur le sol américain, le récit devient le témoignage de ceux qui ne voudront jamais oublier l'horreur et termine  par les premières pages du livre écrit par le héros : " Le nazi et le barbier". Véritable ouvrage de l'auteur paru aux Editions Attila, qui raconte par la dérision la shoah vue par un personnage diabolique et lamentablement dangereux.
Un livre très émouvant et politiquement très incorrect ! savoureux!



lundi 6 août 2012

Paul Auster : Le livre des illusions

Ecrit à la première personne ce livre ne donne pourtant pas la parole à Paul Auster mais à David Zimmer, universitaire et écrivain. Anéanti par la mort de sa femme et de ses enfants dans un crash aérien, David sombre dans l'alcool et la dépression. Il s'en sortira grâce à la rédaction d'une biographie d'Hector Mann, artiste du muet disparu curieusement en 1929. Quand son livre paraît, David retrouve la trace d'Hector d'une façon insolite et apprend son véritable parcours à travers le récit que lui fait Alma, témoin de la vie cachée d'Hector.
Paul Auster nous sert ses thèmes de réflexion favoris avec talent et virtuosité : quelle est notre réalité, le fil rouge entre illusion et réalité, notre angoissante recherche de la réalité, la rédemption par l'écriture et la création, le lien entre l'écrivain et ses héros, la mort, la séparation.
Dans une construction littéraire menée admirablement, les récits s'emboîtent et se répondent. Comme dans un jeu de miroir, le lecteur est attiré et retient l'image qui ressemble le plus à sa réalité sans perdre de vue que tout peut être illusion.
Un texte dense, intense où chaque mot précise sans fioriture les réflexions essentielles et philosophiques de l'auteur et nous mène dans une intrigue haletante jusqu'à la fin.
Histoire dans l'histoire, personnages dont les vies se croisent, se mêlent et se répondent renforçant ainsi l'errance des âmes perdues de ses héros.
Un formidable clin d'oeil au cinéma muet et à une époque révolue avec un hommage brillant à Chateaubriand  et toujours la narration unique des héros de Paul Auster.

dimanche 5 août 2012

Yoko Ogawa : La piscine - Les abeilles - La grossesse

Avec ces trois nouvelles, Yoko Ogawa invite le lecteur à pénétrer dans son univers étrange et inquiétant qui a fait  toute sa renommée littéraire.
Trois courts romans intimistes qui explorent la cruauté, la méchanceté de personnages emprunts d'une certaine dose de  naïveté perverse.
Les phrases ébranlent, les mots frappent et rendent le malaise persistant. L'écriture distanciée et froide rend la lecture inquiétante et les chutes en suspens augmentent la tension et le malaise.
Les personnages d'Ogawa possèdent un sentiment d'irréalité par rapport à leur quotidien. Un quotidien décrit d'une manière simple et efficaces avec une telle précisions qu'il en devient angoissant.
Dans La Piscine, l'héroïne raconte sa vie dans un orphelinat catholique que ses parents dirigent. Jalouse, elle  envie ses camarades de classe qui eux seront adoptés un jour. Elle voue une admiration amoureuse pour un jeune orphelin tout en martyrisant une petite fille qui vient d'arriver. Elle recherche une pureté dans des sentiments jamais avoués et un sadisme forcené envers cette enfant qui lui fait confiance. La chute est d'autant plus cinglante qu'elle arrive en un très court dialogue impitoyable.
Les Abeilles emporte le lecteur dans une université désertée où un directeur unijambiste sans bras assiste depuis la disparation d'un élève à l'anéantissement de l'institution. Une ancienne étudiante qui vient d'y inscrire son cousin décide de lui rendre visite. Elle sera reçue par l'étrange directeur et sera perturbée par un bruit insolite qu'elle n'arrive pas décrire. Anéantissement, mort tout est bizarre et pourtant d'une grande beauté.
La Grossesse raconte les neuf mois de grossesse d'une jeune femme vue par sa jeune soeur. Comme dans un journal intime, elle note touts les inconvénients de la maternité, l'inutilité d'être enceinte, la vie de couple de  sa soeur. Quand elle se rend compte que  sa soeur mange de plus en plus, elle lui confectionne une confiture spéciale qui peut mettre en péril la vie de son bébé. Hallucinant de perversité.
Par sa concision et sa parfaite simplicité dans la description  des troubles de la personnalité, Yoko Ogawa nous transmet des perles littéraire incomparables.

Chet Raymo : Le nain et l'astronome

Franck Bois est un écrivain de 43 ans et il vient de sortir son premier livre, une autobiographie qui obtient un énorme succès. Issu de ses souvenirs, son roman raconte l'histoire de sa mère la très belle, Bernadette. A la fin de la guerre, elle essaie de fuir la France aidée par des GI  à bord d'un bateau américain.  Elle leur  offre sans retenue sa jeunesse et sa beauté. Sa fuite s'arrête dans une petite ville d'Irlande où elle mettra au monde un enfant difforme et monstrueux, Franck.
C'est un roman sur la solitude, l'abandon, l'isolement d'un petit enfant mal aimé. C'est aussi la découverte de la vie et la beauté du monde à travers l'observation des étoiles. Cadeau immense que lui fera un des amants de sa mère et donnera ainsi un sens à sa vie.
Des amants, sa mère en aura beaucoup. Ils aideront l'enfant à rompre sa solitude en lui offrant, chacun à sa façon, affection et attention. Sa mère si belle et si indifférente ! Elle porte en elle une fêlure dans laquelle elle sombrera, ultime épisode tragique de sa vie, laissant Franck encore plus seul. 
Et puis il y a les femmes  dans la vie de Franck.  Malgré son physique repoussant, il a vécu souvent au milieu d'elles, si proches et si lointaines. Il y a beaucoup de sensibilité et d'émotion quand il les évoque. Il y a le désespoir absolu de se faire jeter par elles, de se réfugier dans l'alcool et les étoiles.
Franck s'échappe dans ce ciel immense et d'une beauté glaciale, et  la sortie de son livre l'obligera à remettre en question son existence.
Très beau lire sensible qui mêle fiction et science, entre rire et émotion, le nain astronome nous accroche par son approche des mystères du monde et on aimerait observer un coin du ciel avec lui.
Partager ses moments de pure émotion céleste.
Un sujet original avec des personnages très éblouissants et la découverte d'un auteur talentueux, Chet Raymo. Il est un éminent professeur de physique et d'astronomie, ce qui rend son récit captivant.

lundi 2 juillet 2012

Edgar Hilsenrath : Le nazi et le barbier

Edgar Hilsenrath né en Allemagne en 1926 est un rescapé des ghettos. Toute son oeuvre évoque cette période. Ecrit dans les années 60, ce livre est paru aux Etats Unis et traduit dans de nombreuses langues. Il connaît un succès considérable et confère à  son auteur une renommée. En Allemagne, le livre est boycotté en raison de la manière dont il bouscule les consciences par sa vision burlesque et complètement décalée de la Shoah. Les allemands n'acceptent pas de tourner en dérision bourreaux et victimes ! surtout de la part d'un écrivain juif !  Ce n'est qu'en 1977 que le roman paraît enfin avec un succès teinté de scandale. Voilà pour l'histoire du livre.
C'est  l'histoire  de Max Schulz, aryen pure souche, bourreau sans état d'âme de milliers de victimes, ni regret ni remord,  anti-héros opportuniste qui finit dans la peau d'un Juif combattant pour la liberté du nouvel état d'Israël !
Max Schulz est barbier, un métier, que le père de son ami juif Itzig, lui a appris. Mais quand Hitler prend le pouvoir, il adhère complètement à ses idées et devient un nazi convaincu. C'est au camp de concentration où il est affecté qu'il trouve sa vraie nature : assassin, tueur, bourreau de milliers de juifs y compris son ami Itzig. Tout est bien  quand on est du bon côté. Aussi quand la guerre se termine et que les nazis doivent payer, il fuit pour sauver sa peau. Sans aucun scrupule, il prend l'identité de son ami Itzig et embrasse la cause sioniste. Il devient un farouche défenseur du peuple martyr comme il l'a été du Reich qui devait durer 1 00 ans. C'est un bourreau impitoyable, sans coeur, cynique qui veut uniquement sauver sa tête. Surtout ne rendre aucun compte à personne et tout faire pour rester du bon côté. Même devant Dieu, il trouve le moyen de ne pas être jugé. Le lecteur risque même de le trouver sincère et repentant, mais .... n'y arrive pas.
L'auteur, à travers un texte percutant et sous l'apparence d'une comédie, nous interroge sur la culpabilité et le salut.
Le rythme est fort et tenace et le livre devient inoubliable par le fait qu'il raconte la Shoah vue par un bourreau mais écrit par un Juif. C'est absolument fort par les situations cocasses et l'attitude impitoyable de ce Max Schulz alias Itzig.
A lire.

mercredi 27 juin 2012

Chris Womersley : Les affligés

Australie 1919, à Flint,  dans un petit village mis en quarantaine comme le reste du pays, la grippe espagnole fait des ravages. La Grande Guerre est terminée et  Quinn est de retour chez lui . Dans le nord de la France, il a participé à des combats d'horreur qui l'ont meurtri psychiquement et physiquement. Défiguré, pratiquement sourd, il a eu les poumons détruits par le gaz moutarde.
10 ans plus tôt, il a fui son village et sa famille à la suite du drame qui a bouleversé sa vie à jamais : le viol et le meurtre de sa petite soeur, Sarah. Il connaît le coupable et pourtant il a fui la peur au ventre dans un vide absolu.
Il revient non pas pour se venger mais pour accomplir son deuil et  échapper au poids de la culpabilité de n'avoir pas pu protéger sa soeur.
Sur le chemin, il rencontre une drôle de gamine, qui croit à la magie et surtout à son innocence. Une certaine complicité naîtra entre eux lui permettant ainsi d'aller au bout de sa quête de vérité. 
L'auteur nous emmène sur les pas d'un homme qui ne croit plus dans l'humanité. Il a fait la guerre et a subi l'injustice. Le titre " Les affligés" est très évocateur. Les personnages sont marqués par la fatalité et le malheur. Les lieux sont hantés par des souvenirs douloureux et la rédemption semble impossible. Une impression de fin de monde.
Si l'écriture est âpre elle sait être évocatrice et l'auteur installe un vrai suspense entre imaginaire, fantastique et policier. Histoire universelle de vie, de mort, d'amour filial, de guerre, de vengeance et d'expiation. 
Le rythme haletant nous tient jusqu'au bout dans une intrigue où secret et manipulation entraînent les personnages dans des tourments infinis.  

samedi 23 juin 2012

Roopa Farooki : La petite boutique des rêves

Delphine est française, installée à Londres, elle est mariée à Jinan,  un brillant avocat et leur fils Lucky, passionné de football. Autour d'elle gravitent Zaki son beau-père terriblement  charmeur, Portia la flamboyante petite amie de son fils et  ses amies, chacun avec sa vie et sa part de rêves. Avant d'être mariée à Jinan, elle a eu une aventure avec Zaki et ses sentiments deviennent confus quand elle renoue avec lui.
Un chassé-croisé de personnages haut en couleurs dans une ville de Londres où chacun se perd dans les tourments de son coeur.
L'auteur met humour et légèreté dans un roman où les sentiments ont la part belle. L'alternance des époques et des personnages narratifs donne un rythme agréable au récit.
Chacun court après son rêve terrifié à l'idée d'être pris au piège de la vie.
L'amour toujours..... un bon roman pour l'été.

vendredi 15 juin 2012

Marc Dugain : Avenue des Géants

Dans son dernier livre Marc Dugain s'empare d'un fait divers réel qui bouleversa l'Amérique dans les années 60-70. C'est l'histoire vue de l'intérieur de Kemper, tueur en série monstrueux arrêté et interné en psychiatrie pendant 5ans pour le meurtre de ses grands-parents. Il avait 14 ans. Libéré, il poursuit une hallucinante course meurtrière d'une violence inouïe en décapitant sa mère et une amie de cette dernière.
Kemper devenu Al Kenner dans le livre nous livre d'une manière fascinante l'explication de sa pulsion meurtrière qu'aucune intelligence n'a pu empêchée. Un voyage au bout de l'enfer d'un gamin né au mauvais endroit et qui s'est vu souffrir et mourir par manque d'amour.
Hors norme par sa taille (2m20) et doté d'un QI "supérieur à celui d'Einstein", il possède une prodigieuse  mémoire et surprend très vite par son comportement. Rejeté par sa mère, non désiré par son père il sera élevé par sa grand-mère qu'il déteste.
Dans une Amérique en plein bouleversement  où le mouvement hippie refuse et conteste ses valeurs traditionnelles en essayant de bâtir un monde d' utopie, la guerre du Vietnam donne à ce roman une dimension crépusculaire.
Le roman est construit habilement, le lecteur rencontre Kenner dans sa prison 40 ans après les meurtres.
Schizophrène, il nous emmène sur son parcours, en racontant son histoire où lucidité et folie se mêlent douloureusement.
Le questionnement vient quand on pose le livre :  Kenner serait-il devenu ce monstre s'il avait grandi dans un contexte familial et culturel cohérent ?

lundi 11 juin 2012

Jon Bauer : Des cailloux dans le ventre

Premier roman de cet auteur anglais installé depuis 10 ans en Australie et qui met en scène un narrateur de 8 ans. Petit garçon ordinaire, il vit dans une famille aimante entre un père attentionné et une mère qui donne sans compter son temps et son amour. Elle est si généreuse qu'elle accueille des enfants en difficulté. Famille d'accueil, maison d'accueil, tous ces mots au grand coeur résonnent comme une torture et un fardeau de jalousie et d'incompréhension pour ce petit garçon. Il se sent délaissé, mal aimé, lui aussi abandonné.Les reproches de sa mère sur son manque de générosité et de sollicitude sont poussés au paroxysme lors de l'arrivée de Robert, 13 ans. Robert en manque d'amour et pour qui la mère va déployer toutes les marques d'affection et d'attention pour le rendre heureux.
Incompris, le fils souffre et se perd dans une attitude de violence d'autant plus extrême qu'il se sent démuni et impuissant à se faire aimer. Un drame va casser à tout jamais un dialogue qui n'a jamais débuté et c'est loin de ses souvenirs que le narrateur essaiera de se construire. 20 ans plus tard, il revient dans la maison de son enfance aider sa mère atteinte d'une maladie incurable. Face à cette vieille femme perdue et vulnérable, le passé ressurgira violemment et lui permettra de regarder la vérité en face.
C'est surtout l'histoire de pardon et d'oubli que les êtres perdus dans le vide de leur passé ne peuvent donner.
La famille est au centre de ce roman, une famille où le meilleur comme le pire peut arriver. Parents et enfants, protagonistes d'une même histoire distillent leurs secrets, leur rancune. La famille représente le lieu à fuir pour mieux vivre ou revivre mais où se trouve les réponses de la vie.
L'auteur installe son histoire dans une tension dramatique extrême en alternant mal être, questionnement et humour dérisoire devant certaines situations.
Des cailloux dans le ventre représentent les dégâts infligés volontairement ou parfois par maladresse, en tout cas le livre est assez fort et prenant pour ressentir un poids en le refermant.

mardi 8 mai 2012

Jean-Luc Seigle : En vieillissant les hommes pleurent

Jean-Luc Seigle raconte avec une infinie délicatesse les dernières vingt quatre heures de la vie d'un homme, Albert. C'est l'été 1961, un été qui marque la fin de toute une époque. L'histoire se passe à Clermont-Ferrand,   Albert a cinquante ans, ouvrier chez Michelin, il reste profondément  attaché à la terre de ces ancêtres. Fait prisonnier sur la ligne Maginot, Albert est rentré après 5 ans de captivité en s'enfermant dans un profond mutisme. Il a deux fils, Henri parti à la guerre en Algérie et Gilles passionné de lecture. Il reconnaît à peine sa femme qui se métamorphose en superbe créature  superficielle, éprise de modernité et de vide. En une journée, Albert va faire le bilan de sa vie et c'est vers une fin inéluctable qu'il conduit le lecteur. Le changement du monde se fera sans lui parce qu'il ne s'y reconnaît pas.
C'est un roman d'une grâce inouïe, qui évoque la nostalgie d'un passé rude mais pourtant humain. Les réflexions de lecture de Gilles sur le Père Goriot invite Balzac dans cet été 1961. Les souvenirs de vie dans ces campagnes marquées par le remembrement prôné par De Gaulle sont empreints d'une émouvante nostalgie. L'arrivée du premier téléviseur dans la maison bouleverse à jamais l'horizon familial et culturel.
Mais Albert ne sait pas parler, il n'a jamais eu les mots pour le dire. Il est blessé à mort mais ne peut l'expliquer. Il ressent, il attend cette "balle perdue" qui va enfin trouver le chemin de son coeur.
Allant à l'encontre de sa femme, Albert confiera Gilles à un maître d'école afin qu'il puisse un jour dire à sa place les mots qui lui ont tant manqué, expliquer la guerre, raconter ses silences. Comment transmettre quand les mots ne peuvent se dire ? 
Un très beau roman à tiroirs qui nous parle du passé, du présent et laisse supposer le futur. Un livre qui nous interpelle sur les silences qui font si mal et la vie quand elle n'est que désespoir.




mercredi 25 avril 2012

J.M. Coetzee : Au coeur de ce pays

Prix Nobel de littérature en 2003, l'auteur sud-africain, J.M. comme il aime signer ses oeuvres nous livre une plongée dans l'abîme, la barbarie à visage humain. Dans une écriture d'une redoutable efficacité, sèche et bouleversante il nous raconte l'Histoire de son pays à travers des personnages ancrés dans une profonde solitude.Ce sont  la haine, le racisme, la violence et la peur qui annihilent tous sentiments et toute vie et conduisent à la folie.
En Afrique du Sud, Magda vit dans une ferme isolée dans le veldt, loin de toute civilisation,  avec son père veuf tyrannique, et les serviteurs noirs. Reflet du temps des colonies, d'une famille d'afrikaners vivant au bout du monde dans une campagne hostile, reflet d'un temps qui a existé et brisé tout espoir.
Le livre est construit en 266 chapitres, des monologues à travers lesquels la voix de Magda se fait entendre. 
Elle évoque sa vie remplie de rien, son isolement qui la ronge, son ignorance des hommes et de la vie et raconte  ce père tyrannique qu'elle aime quand même, d'une façon glauque. Elle évoque ce père aimant les femmes et qui va mettre dans son lit, l'épouse de son serviteur, Anna. La haine est rentrée dans la maison, la violence ne quittera plus le livre.
Les fait reviennent de façon lancinante, avec des versions différentes, ils alternent en fonction du degré de lucidité de Magda. Le lecteur n'arrive plus, comme elle, à voir la vérité.
Son récit est-il vérité ou  est ce le délire d'une femme ayant tout perdu  y compris la raison ?
Allant au bout de sa solitude, de son amour halluciné, de sa jalousie morbide, elle se perd dans une vengeance terrible à l'issu de laquelle elle deviendra une victime folle éperdue d'amour et de haine. Un livre dur qui cogne et éprouve le lecteur.  
Coetzee avec talent ne dénonce pas simplement l'abominable système de l'Apartheid avec ses bourreaux et ses victimes mais raconte la tragédie absolue vécue par des hommes et des femmes rongés de haine,  de peur et d'incompréhension. 

mardi 24 avril 2012

Katarina Mazetti : Mon doudou divin

Wera est pigiste dans un journal local  où elle a épuisé tous les sujets possibles. Aussi, quand elle tombe sur une petite annonce à la supérette du coin proposant un stage de Béatitude sur plusieurs semaines, pour trouver une foi, un Dieu, un mode de vie, des questions mais pas forcément des réponses, elle pense tenir un scoop. Elle s'y inscrit et rencontre des personnages aux parcours différents, tous en quête de spiritualité et d'un nouveau départ.
Elle sympathise avec Madeleine, qui porte un sac à dos au contenu mystérieux et très lourd. Ah le fameux sac à dos !! 
En alternance, l'auteur donne la parole à Madeleine et à Wera. Chacune décrit les journées au domaine, ferme sinistre où les participants doivent élaborer chacun une sorte de conférence pour expliquer les chemins parcourus sur la quête individuelle, le recherche intérieure.
Tout y est pourtant, les secrets, l'étude des caractères des différents personnages, la vie à la campagne, l'absurdité d'une certaine modernité et un peu d'humour.
Mais les passages sur les explications philosophiques sont souvent longs et superficiels, c'est un peu décevant parce que le thème de la quête spirituelle reste fascinant.



mercredi 18 avril 2012

Philippe Besson : Une bonne raison de se tuer

Los Angeles, 4 novembre 2008, Obama va être élu Président et deux existences tragiques vont se croiser durant cette journée, très particulière et hautement symbolique.
La vie de Laura Parker et Samuel Jones, racontée sur une journée par Philippe Besson dans une écriture très visuelle saisissant la  désespérance au plus juste . L'histoire de deux personnes qui ne se connaissent pas mais qui ont été toutes les deux anéanties par la vie.
Laura, est une jeune femme divorcée. Depuis 2 ans, elle vit seule, ses enfants sont grands et surtout indifférents. Elle a été congédiée de son mode de vie matériel, maternel et conjugal par son mari qui lui a demandé de quitter la maison. Elle aimait sa vie même si elle était ennuyeuse, elle ne sait rien faire d'autre que s'occuper de la maison, des enfants. Elle est inutile, fragile, en danger. Transparente. Elle traîne son vide au travail et cache ses abîmes derrière des sourires et un style un peu guindé.Elle n'est pas désespérée, elle suffoque.
Samuel, divorcé, artiste, bohème comme ceux  qui traînent à Venice Beach, une autre façon de vivre le rêve américain, père en détresse. Il enterre son fils Paul, aujourd'hui. Suicide.Tout l'accable, les remords, le doute, la culpabilité. Rien ne pourra lui donner un soupçon de réponse ou d'explication.
Philippe Besson passe d'une histoire à l'autre, d'un drame à l'autre, d'un abîme à l'autre et analyse avec une précision de metteur en scène les gestes, fait passer l'émotion dans les silences et les absences.
Le récit est poignant dans les moindres détails, l'auteur nous dépeint une cité des ange à couper le souffle dans sa lumière, ses couleurs, le vent, la mer, tout n'est pourtant que murmure devant la tragédie humaine.
Laura a fait le choix de se suicider, elle connaît l'endroit, elle l'explique, Samuel lui voudrait des réponses, un moyen de continuer. Ces deux-là vont se croiser, peut être se reconnaîtront ils ? En tout cas le lecteur en reconnaîtra certains. Ceux qu'on croise comme Laura et qu'on ne remarque pas, on aura un frisson devant, cette vie soit disant moderne et qui fait souffrir souvent , les mots souvent tus, les conversations manquées, les rencontres improbables.



vendredi 13 avril 2012

Steve Tesich : Karoo

Steve Tesich fut romancier et scénariste, reconnu et récompensé aux Etats Unis. D'origine serbe, il s'exile à Chicago en 1957 et décède en 1996. Karoo est son deuxième roman, paru à titre posthume en 1998, première oeuvre publiée en France. C'est la découverte d'un écrivain et d'une écriture au style féroce et corrosif comme son héros, Karoo.
Saul Karoo, dit le Doc travaille dans l'entreprise du cinéma, il est le spécialiste et le génie de la réécriture de scénarios. Alcoolique, fumeur, trompeur, menteur, mauvais mari, mauvais père, mauvais tout, il traîne son obésité et sa mauvaise santé dans une vie vide de l'essentiel.
Incapable de s'énivrer pour oublier, il continue à boire sans limite et à fumer pour conserver l'apparence confortable que les autres ont de lui, à entretenir le mensonge comme nécessité et habitude de vie.
Fuyant l'intimité des autres et particulièrement celle de son fils adoptif, il n'éprouve aucun sentiment, comme les scénarios sur lesquels il travaille il a construit sa vie à la façon d'une mauvaise fiction.
Au milieu de ce néant, quelques bribes de réalité arrivent lui rappelant ainsi tous les chemins qu'il a ratés et tous les buts qu'il n'atteindra jamais. Clown grotesque qui arrive à toucher le lecteur.
Pour une fois dans sa vie, il va décider de monter un plan sentimental et familial afin de réunir la femme qu'il croit aimer et son fils adoptif. La tragédie qui en résultera dépassera de loin la dernière "tragédie américaine" vu et corrigé par ses soins.
Absurdité de la vie, dérision de la société américaine, manipulations vaines, les thèmes sont développés dans un rythme vif et un ton cruel. Humour noir, lucidité effroyable, l'Amérique est un monde impitoyable.





vendredi 6 avril 2012

Haruki Murakami : 1Q84 Livre 3

Le dernier volet de la trilogie 1Q84 met fin à l'aventure initiatique de nos deux héros, Tengo et Aomamé, qui  se cherchent depuis dès années et se rencontrent dans une nouvelle dimension.
Pendant plus de 1500 pages, Murakami nous a servi ses thèmes favoris, à savoir l'imaginaire et les mondes parallèles, la solitude, la banalité du quotidien, la recherche du désir et la musique incontournable et essentielle dans son oeuvre.
Désormais, sous la clarté des deux lunes, 1984 a cédé la place à 1Q84. Les "Little People" tissent des Chrysalides de l'air et les Précurseurs  poursuivent Aomamé afin de venger leur chef assassiné.
Tengo, le Gost writer de la Chrysalide de l'air est au chevet de son père mourant dans la Ville des Chats et Aomamé, la tueuse à l'aiguille, se terre dans un appartement en lisant Proust.
Un nouveau personnage arrive, Ushigawa, un ancien avocat rayé du barreau au physique monstrueux,  mandaté par les Précurseurs pour retrouver Aomamé.
Chaque chapitre donne en alternance la voix aux trois personnages instaurant une distance avec l'évènement. Leurs analyses intimes très détaillées apportent les réponses aux questions posées dans les tomes précédents.
L'écriture est fluide et le style romanesque entretenu par des références littéraires et musicales très fouillées, et surtout la marque de Murakami celle de créer une ambiance littéraire incomparable.

mercredi 4 avril 2012

Metin Arditi : Le Turquetto

Elie Soriano juif, fils d'un marchand d'esclaves,  né à Constantinople, dit le Turquetto, peintre de génie victime de l'obscurantisme de l'Inquisition, élève du Titien, fabuleux artiste imaginaire( ou pas) sous la plume de Metin Arditi,  nous transporte dans l'histoire tourmentée du 16ème siècle.
Dans le Grand Bazar  coloré et animé de Constantinople vers 1519 ,  le Turquetto en observateur découvre la vie et surtout sa passion pour le dessin. La situation religieuse du pays, l'oblige à fuir à Venise où il se fait passer pour chrétien. S'ouvre alors, un parcours exceptionnel qui lui permet de peindre et d'être reconnu.
Mais Venise est corrompue et l'Inquisition fouille et enquête, pour échapper à la mort il s'enfuit à nouveau et retourne à Constantinople. Ses oeuvres seront détruites. Fin d'un destin.
Metin Arditi dresse le portrait dans homme pris dans la tourmente d'une époque impitoyable. Un destin artistique que les codes et l'hermétisme des religions et la corruption des hommes ont anéanti.
Les descriptions des villes et des palais, des marchés, des hommes et des femmes qui occupent les rues sont dépeintes avec beaucoup de sensualité colorée.
L'auteur fouille avec précision l'histoire et nous permet en suivant les traces de ce héros d'aborder des thèmes très actuels comme la politique, la religion et l'art. Un monde qui vacille quand les artistes sont persécutés et l'art occulté.

lundi 2 avril 2012

Antoine Choplin: Le héron de Guernica

L'histoire se situe, en avril 1937 dans un petit village paisible du pays basque espagnol. Le jeune Basilio, enfant du village, se partage entre famille, amis, bals du samedi et marché et les marais où il peint les hérons, le plus fidèlement possible.
Seulement, l'Histoire  en 1937 marque du sceau de la barbarie le petit village et Guernica rentre à jamais dans la mémoire comme le symbole de la haine, de la violence absurde des hommes.
Alors qu'il peint un héron, le jeune peintre en herbe est dérangé par les bombardiers allemands venus aider Franco à donner une leçon aux Républicains.
Témoin de la violence de l'attaque, avec le curé du village, il assiste à la fin d'un monde et à ce qui  annonce les prémices de la 2ème guerre mondiale. Il  capturera les traces de l'anéantissement  et de la destruction de son village et de ses habitants par des photos prises au moment de l'assaut.
Monté à Paris, Basilio a pour mission de rencontrer le grand peintre espagnol Picasso qui expose son fabuleux tableau, et la magie opère....
Tout au long du livre, Antoine Choplin dépeint avec grâce et délicatesse le monde tranquille dans lequel vivaient des hommes et des femmes. Les chapitres sont courts, lumineux et les questions que se pose Basilio sur sa recherche d'authenticité et de vérité dans la façon de peindre ses hérons sont touchantes.
Les descriptions des images de guerre, des photos prises par le jeune homme sont intenses et montrent de la nécessité de témoigner.
La rencontre avec Picasso est un très beau moment, pour ce jeune homme épris de sincérité, devant la toile du maître qui en restant  Paris a su rendre l'inimaginable et l'indicible dans une représentation abstraite.
Un beau livre qui nous plonge dans la guerre, la mort, et questionne sur l'utilité de l'art et sa façon universelle  de témoigner, de transmettre. 

dimanche 18 mars 2012

Kent Meyers : Twisted Tree

Kent Meyers, auteur américain,  a grandi dans une ferme du Minnesota et  vit actuellement dans le Dakota du Sud. Les grands espaces, les fermes, les bisons il connaît. 
Magnifiquement construit, son livre parle d'histoires intimes, de solitude, de culpabilité et de regrets avec une infinie sensibilité et des détails éblouissants.
Sur l'autoroute 91, un tueur en série assassine avec une violence extrême de toutes jeunes filles anorexiques. Il fait leur connaissance sur internet. Il sait tout d'elles, le reste suit. Sa folie meurtrière l'amène à Twisted Tree, petite ville du Dakota Sud, traversée par une route, silencieuse au milieu d'une nature sauvage. Des paysages à couper le souffle, sans rien à perte de vue. Haylay Jo est une de ses victimes.
Meyers va donner la parole aux habitants de la ville, mettre à jour les drames vécus, parfois cachés et les bonheurs, des hommes et des femmes  prisonniers de leur contrée.Les mots sont lourds, les confessions remplies de regret et de nostalgie. La violence n'est pas loin, l'amitié non plus, parfois l'amour illumine. A travers leurs histoires, le lecteur croise Haylay Jo, petite fille, prometteuse qui s'était perdue depuis longtemps.
Les mots ont manqué pour la réconforter. Ainsi va la vie à Twisted Tree.
Loin du rêve américain, ils forment une communauté humaine aux relations douloureuses et complexes dont les codes et la morale ne sont pas toujours exemplaires.
Un livre intense, où les voix entendues parlent encore longtemps.

Grégoire Delacourt : La liste de mes envies

Grégoire Delacourt dans un roman frais et original nous interroge sur nos envies et sur l'argent qui peut faire le bonheur ou pas. Jocelyne est mercière à Arras alors qu'elle se rêvait styliste à Paris.Elle aime les livres et tient un blog sur son métier où elle donne des conseils de dentellière et de vie aussi. Mariée depuis de nombreuses années à Jocelyn, elle a eu trois enfants, dont un décédé très jeune. Elle mène une vie simple et heureuse à force de volonté et de sagesse.Loin des rêves, elle a su créer une vie remplie et vraie.
Jocelyn n'est pas le prince charmant  mais il lui a dit les mots qu'elle attendait.Malgré des passages douloureux dans leur vie, ils s'en sortent bien, complicité et amour remplissent leur vie. 
Quand elle gagne 18 millions, au loto, elle sent que sa vie va être bouleversée. Que peut on faire avec tout cet argent ? Les sentiments des autres et surtout  ceux de son mari seront ils toujours authentiques ?
Alors avant d'encaisser le chèque, elle fait la liste de ses envies et constate que le pactole devient source d'angoisse et de mal être.
L'auteur, dans une écriture vive et efficace, sert  une histoire drôle, fraîche et pourtant dramatique avec une fin assez originale dans la lecture d'e-mails. Un style poétique et très moderne donne une profondeur aux portraits de ses héros ordinaires.
Les personnages sont attachants dans leur quotidien, leurs illusions et leurs rêves. Jocelyne est éblouissante de sincérité dans ses rapports avec les autres. Les passages où elle rend visite à son père sont lumineux. Elle est capable, parce qu'il perd la tête, de lui inventer une nouvelle et belle vie..toutes les six minutes.
Avec un bel hommage à "Belle du Seigneur", l'auteur nous invite à nous questionner sur le sens du bonheur et sa dernière phrase nous montre combien son livre est loin d'être léger : "Je suis aimée, mais je n'aime plus".