Non, je n’oublierai jamais la baie de Rio

La couleur du ciel le long du Corcovado

La Rua Madureira, la rue que tu habitais

Je n’oublierai pas pourtant je n’y suis jamais allé



vendredi 16 novembre 2012

Maurice Pons : Les Saisons

Ecrit en 1965, ce livre "cultissime"  regroupe un cercle de lecteurs, amateurs et passionnés qui ne se lassent pas d'en parler.
"Les Saisons", un titre léger qui résonne de  ritournelles et déjeuners sur l'herbe, un récit rythmé par le climat, les amours et autres délicieuses perspectives.
Il n'en est rien. Lecteurs, préparez-vous. 
C'est l'histoire d'un homme, Siméon. Venant de nulle part, il débarque dans un bouge infâme où vit une population à la limite de l'humanité. Vulgaires, mutilés, attardés, sales, méchants, pathétiques, ils sont les exclus d'une société  disparue.
Ils vivent là, pire que des bêtes, se nourrissant de la seule denrée qui pousse, la lentille. En soupe, beignet ou alcool répugnant, ils s'en abreuvent.
Les conditions de vie sont insoutenables. Les saisons alternent, mais c'est quarante jours de pluie diluvienne , suivis de quarante jours de gel d'une intensité effroyable.
Pourtant, Siméon est sûr d'avoir enfin trouver son paradis. Il s'est échappé d'un enfer de chaleur où il était prisonnier dans une cage. Il a vu mourir sa soeur. Il a vécu la torture, les sévices, les brûlures du soleil. Alors la pluie ne peut qu'être bonne.
Se présentant  aux villageaois comme un artiste, il se déclare écrivain. En effet, il va écrire sa vie, son expérience.  Témoigner dans l'écriture sera pour lui le seul moyen d'endurer les misères, de résister à l'indifférence .
Mais malgré sa bonne volonté, il sera toujours considéré comme un étranger et mis à l'écart. Il souffrira mille maux dans son coeur et dans son corps et dans un ultime geste de survie, il partira dans le gel bleu, entraînant avec lui, tout le village dans un exode sans retour.
Les personnages semblent sortis d'un bestiaire fantastique. Croll, géant truculent et répugnant, qui inflige à Siméon des traitements d'une brutalité infinie, Louana, gamine délurée avec une tête bizarre et les autres, tous les autres sortis des nuits de pires cauchemars.
L'écriture est délicieuse, récit singulier. Hypnotique, à la limite du fantastique et du conte baroque, l'humour donne le ton à la tragédie humaine.
J'ai trouvé , malgré la dureté du récit, une certaine poésie lumineuse dans le portrait de Clara, jeune femme frêle à la robe rose légère. Malgré la pluie, le gel, le froid elle illumine le coeur de Siméon et lui inspire ses plus belles phrases
Le rose lumineux d'une humanité qui refuse de mourir.

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