Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




vendredi 28 décembre 2012

Tierno Monénembo : Le terroriste noir

 En exergue de son livre, l'auteur cite Senghor : "On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat inconnu, Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme".
C'est un vibrant témoignage d'honneur et de mérite que rend Monénembo à ces hommes appelés  "les tirailleurs sénégalais", même s'ils venaient d'ailleurs, et  qui ont combattu au côté des français.
Hommage au peuple peul à travers l'histoire vraie  et émouvante du jeune Addi Bâ, originaire de Guinée, capturé à la bataille de la Meuse. Il s'échappe du camp, et mort de faim et de froid dans la forêt vosgienne, il est recueilli par une famille.
Soldat "nègre" pris en plein coeur de la débâcle de 1940, il évoque nos colonies mais aussi l'inconnu. D'abord méfiante, la population l'épie, le surveille mais bien vite son charme, sa gentillesse opèrent et font de lui un des leurs.
Il s'engage dans la lutte contre l'occupant et fédère les prémices du premier réseau de résistance.
Trahi, l'histoire n'a pas mis de nom sur son dénonciateur, il sera, avec d'autres, torturé et exécuté.
La France qui a longtemps occulté cette part de son histoire, lui rendra hommage dans une cérémonie en 2003.
S'emparant de cette histoire, l'auteur crée une fiction en établissant un dialogue entre son neveu et Berthe, jeune fille au moment de la guerre, gardienne de la mémoire d'Addi Bâ, de son parcours.
Truffée de patois vosgien, la conversation prend des allures de conte africain. La tradition orale donne un souffle poétique à ce récit, lui donnant ainsi une dimension de légende.
Dans village traditionnel, anéanti par la guerre, Addi Bâ apporte chaleur et action au coeur de ses hommes et femmes. 
Tirailleurs sénégalais, fervents défenseurs de la France, morts loin de leur pays, de leur culture, Hommes qui nous ont aidé à vivre.
Roman historique brillant, il émeut par son ton où Afrique et France parlent la même langue.




Joël Dicker : La vérité sur l'affaire Harry Québert

Récompensé cette année,  par deux prestigieux prix  littéraires, celui de l'Académie Française et le Goncourt des Lycéens, le roman de ce jeune auteur (27 ans)  étonne par son style, son rythme et sa construction littéraire.
Thriller romanesque, époustouflant, même un peu éreintant à la fin, il nous entraîne aux Etats Unis, dans une petite bourgade où la disparition dans des conditions glauques, d'une jeune fille de 15 ans bouleverse la population dans les années 1970.
En 2008, confiant de son premier succès littéraire, véritable best seller, Marcus vit sur cette notoriété de fin de course. Le doute l'envahit, l'inspiration l'a quitté et il se retrouve avec l'angoisse de l'écrivain, la page blanche.. 
Il se tourne alors vers son seul ami, Harry Québert, écrivain reconnu, qui lui a tout appris. Mais Québert est rattrapé par cette affaire de disparition, puisque c'est dans son jardin que l'on retrouve le corps de la jeune Nora.
Accusé de meurtre, il entretenait à l'époque une relation avec cette jeune fille et c'est la chute d'un homme dans une Amérique très puritaine.
Marcus n'aura de cesse de prouver son innocence et de mener une enquête qui sera la matière de son nouveau roman.
A la fois, réflexion sur l'écriture et  le rapport entre l'écrivain et la fiction, le livre reflète une certaine image de l'Amérique avec des clichés un peu faciles. La jeune fille travaillant au dinner et qui ne quittera jamais la ville, le jeune écrivain dont toutes les filles sont (bêtement) amoureuses, le flic Noir antipathique mais au fond si humain.... L'histoire d'amour est platoniquement décrite  et l'auteur nous sert des dialogues vraiment niais . 
La personnalité de Nora est saisissante quand on connaît son côté obscur. Celle de Québert est plus décevante justement par son absence de personnalité.
Par ses rebondissements incessants jusqu'à la toute dernière ligne, ce livre retient l'attention du lecteur qui n'a qu'une envie, connaître la vérité. Habilement construit, il entretient un vrai suspens.
Le lecteur voit naître un livre et assiste à une histoire dans l'histoire. C'est un clin d'oeil à l'Amérique et aussi un hommage à ses auteurs et sa littérature.
C'est l'histoire d'une fidélité en amitié mais aussi d'une trahison, toutes les choses ne sont pas bonnes à dire et  encore moins à écrire. Un écrivain se doit-il d'écrire la vérité ou de la transformer en une fiction très commerciale ?
Qu'est ce qu'un bon livre ? Un livre que l'on regrette d'avoir terminé, voilà ce que dit le narrateur.
Alors ? à lire...

dimanche 23 décembre 2012

Jérôme Ferrari : Le sermon de la chute de Rome

Récompensé par le Prix Goncourt 2012, le livre de Jérôme Ferrari peut intimider par son titre ambitieux et profond. S'inspirant du sermon que Saint-Augustin prononce pour rassurer ses fidèles,  en 410, devant Rome, assiégée, par les Barbares et courant à sa chute. "Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt"
Saint-Augustin comme fil conducteur d'un texte bref et sombre où le lyrisme de l'auteur sert une histoire magnifiquement pathétique et universelle.
Un roman qui retrace sur près d'un siècle,  à partir d'une photo jaunie, le destin d'une famille corse à travers les souvenirs du  grand-père, Marcel.
De retour au pays, deux jeunes garçons reprennent, dans un petit village retiré de l'île de beauté, un bar en faillite. Abandonnant leurs études, ils se consacrent  avec succès à leur commerce et font de cet endroit un lieu de rencontres et d'échanges. Tout brille, vibre, vit et  s'amuse avant la violence des armes et des hommes.
En parallèle, Marcel raconte sa vie ratée faite de  rêves oubliés avec les colonies comme voile nostalgique, comparant un peu sa famille en décomposition, à l'empire colonial.
Jérôme Ferrari sait parler de l'instant où tout s'effondre et bascule sans que rien ne puisse retenir la chute.
Les personnages sont parfois cocasses et les situations possèdent un humour à fleur de peau. Le lecteur sent pourtant venir le vent d'une tragédie inéluctable.
Les phrases, longues et sinueuses, prennent des envolées lyriques quand l'auteur rappelle Saint-Augustin.
Histoire de mondes en perdition  sur une île où la famille reste un lieu refuge,  où l'on se retrouve pour mieux se perdre.





dimanche 16 décembre 2012

Gwenaëlle Aubry : Partages

     En 2002, à Jérusalem, pendant la seconde Intifada, le destin de deux jeunes filles, l'une palestinienne et l'autre juive, sera scellé dans une bouffée ultime de violence et de haine.
    Gwenaëlle Aubry donne la parole à ces deux adolescentes dont les silhouettes, se mêlent, se frôlent. Les regards se croisent dans un subtil et douloureux jeu de miroir au point de confondre l'une avec l'autre et se perdre aussi.
    Le conflit israëlo-palestinien, évoqué ici par l'auteur, nous montre une intimité qu'aucune actualité ne pourra dévoiler, raconter. Celle de Leïla et Sarah, 17 ans,  emportées dans la tourmente d'un combat millénaire, celui que se livrent leurs ancêtres, légitimes communautés de ce pays divisé à jamais.
    Sarah, , née à New-York, est  juive d'origine polonaise. Après les attentats du 11 Sept., elle quitte le pays avec sa mère pour s'installer en Israël. Sarah apprend l'histoire de son peuple, et se rend compte des brimades et souffrances subies par les palestiniens, c'est un pays meurtri par la guerre qu'elle découvre. Mais elle s'identifie à son passé et comprend son Histoire. Cette terre appartient aux Juifs et il est normal de la défendre par tous les moyens.
    Leïla est palestinienne, et a toujours vécu avec sa famille en Cisjordanie, dans un camp de réfugiés. Elle s'évade dans la littérature, rêve de partir étudier à l'étranger. Son peuple vit sans terre, subit l'humiliation, terrorise pour se faire entendre. Sa vie devient une fuite en avant que la violence et la haine embraseront.
    Dans une écriture sensible et tenace, l'auteur nous tient en haleine par ses phrases longues. Emmêlant la vie et le chemin de ces deux jeunes femmes dont les descriptions sensuelles et  charnelles sont remplies de souffrance et de désespoir.
    Elle fait entendre, avec une grande objectivité, les voix de ces deux femmes que tout oppose mais qui se ressemblent tellement.
    La construction littéraire est remarquable et le rythme  haletant jusqu'au bout. La lecture se fait dans le dernier chapitre,  page contre page, dans un  face à face romanesque étonnant. Même attendue la fin est à couper le souffle.