Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mardi 27 décembre 2011

Hunter S. Thompson : Las Vegas Parano

Paru en 1971, le livre de Hunter S. Thompson, représente ce que la culture et la politique américaine de l'époque ont produit de plus corrosif et de déjanté. Sur fond de musique rock, le road movie délirant des deux héros dans Las Vegas à bout de souffle se transforme en épopée complètement hallucinogène. Un journaliste, Raoul Duck, accompagné de son avocat Dr Gonzo, est envoyé par son journal couvrir une course de buggy dans le désert californien. Ensemble et bourrés d'acide, de LSD, d'alcool, de substances plus ou moins planantes ils vont errer dans la ville frôlant crise de nerf et totale paranoïa dans un trip sauvage. De bars en casino, ils déboulent au congrès du procureur sur les drogues qui les plongera dans une recherche effrénée et perdue du rêve américain.
Leur quête est une façon de dénoncer cette société matérialiste et surtout de montrer Las Vegas, symbole clinquant et décadent du mythe américain : "Non, ce n'est pas une bonne ville pour les drogues psychédéliques. La réalité elle-même y est trop déformée."
C'est la nostalgie d'une époque révolue, celle des années 60, et une critique acerbe de la politique de Nixon avec l'évocation de la guerre au Vietnam. Un pavé lancé à la face d'une Amérique puritaine et bien pensante.
C'est aussi la fin d'une époque, celle des illusions de tous ces hippies qui croyaient qu'avec de l'amour, des chansons et un peu (beaucoup) d'herbe , la vie continuerait ainsi.
Le style de l'auteur explose dans ce roman par le ton, l'écriture hachée, rythmée, vulgaire et détonante. Avec férocité et humour, l'auteur constate sans concession, comme ses héros, la mort du rêve américain.


lundi 19 décembre 2011

Colum McCann : Les saisons de la nuit

Colum Mc Cann est un écrivain irlandais, établi désormais à New-York. Dans ce roman il raconte l'histoire d'une famille afro-américaine à travers le 20ème siècle.
Dans les années 1910, des travaux gigantesques sont menés dans la Grosse Pomme. Nathan Walker, jeune noir de 19 ans, fait partie de ces travailleurs qui creusent sous l'East River le métro qui reliera Manhattan à Brooklyn. Avec d'autres immigrés italiens, irlandais venus tenter leur chance dans le pays de la liberté, il se retrouve confronté à la dure réalité de ceux qui ne seront jamais reconnus socialement.
Dans les années 1990, Treefog vit dans les sous-sols, tunnels et autres trous de New-York avec d'autres sans abris, compagnons de galère, exclus d'une humanité qui leur hurle sa plus totale indifférence. Exclus de leur passé, de leur vie parfois pour rien, juste un mauvais pas dans une ville qui les oublie dans ses entrailles.
Sous terre, dans un froid glacial ils mènent une vie dont les codes sont impitoyables où l'alcoolisme, la drogue, le racisme, la violence, la misère sociale sont les seules valeurs que la très démocratique Amérique leur concèdent.
Ce sont les histoires de deux bâtisseurs, Nathan et Treefog. D'abord parallèles elles vont d'une façon prévisible se rejoindre donnant au roman une intense profondeur. Nous suivons les traces de ces hommes et femmes, dans un univers où les règles sont dures, qui conservent une authenticité lumineuse.
A ces exclus, ces sans abris, foule anonyme d'un New-York clinquant qui s'aveugle de toutes ses utopies, l'auteur donne la parole en leur dédiant ce roman.
A toutes ses vies mises au ban de la bonne société, entre parenthèses d'une certaine morale et d'une dignité bafouée, à ces hommes et ces femmes de l'ombre, ce livre est leur reconnaissance.
C'est l'épopée d'un siècle finissant bâti sur les ruines d'une liberté en faillite.
Un roman d'une grande puissance qui à travers les vies de ces hommes constate l'essoufflement de ce rêve américain.


dimanche 18 décembre 2011

Haruki Murakami :1Q84 (2)

Le livre premier mettait en place l'histoire et présentait aux lecteurs les héros de cette odyssée. L'alternance des chapitres entre Tengo et Aomamé se poursuit dans le deuxième livre. Murakami continue l'aventure en nous faisant pénétrer subtilement dans le monde parallèle de 1984 celui de 1Q84 où brillent deux lunes.
La Chrysalide de l'air, le roman écrit par Fukaéri et remanié par Tengo devient la réalité. Aomamé en tuant le leader de la secte entre dans ce monde parallèle. Les Little People, personnages inquiétants sans forme véritable, incarnent le Mal et mettent l'univers en péril.
Murakami nous sert une science fiction en utilisant les thèmes qu'ils affectionnent particulièrement : l' imaginaire et le surnaturel avec beaucoup de sensualité.
Certains passages sont vraiment très beaux, comme le voyage en train, Tengo lisant la nouvelle sur la ville des chats, la visite qu'il rend à son père plongé dans le coma et le long monologue où il lui raconte sa vie.
Malgré quelques révélations, l'histoire conserve des zones d'ombre. Si Murakami a donné quelques clés pour poursuivre cette aventure, le mystère demeure.
A suivre.
Un petit bémol, beaucoup trop de répétitions et de longueurs.


lundi 28 novembre 2011

Haruki Murakami :1Q84 (1)

1Q84, un nom de code, un titre imprononçable pour le dernier roman de Murakami. Il emmène le lecteur dans l'univers cher à l'auteur un voyage assuré dans son monde initiatique .
Prononçons alors, 1984. Année dans laquelle se situent l'histoire ou plutôt les histoires. Dans une rétrospective nullement nostalgique, Murakami installe ses personnages. L'histoire d'une année particulièrement violente, où une secte prend possession des corps et des âmes et des petites filles sont violées et anéanties au nom de doctrines assassines par un gourou halluciné.
C'est dans une fêlure du passé que les deux jeunes héros de 29 ans vont se glisser.
Aomamé, enseigne les arts martiaux, vit seule et pratique le sexe comme moyen de rester en bonne santé. Elle sait aussi tuer d'une façon nette et précise les hommes trop violents avec leurs femmes.
Tengo, lui est professeur de mathématiques, célibataire il entretient une relation sexuelle avec une femme mariée plus âgée que lui. Il devient le nègre d'un éditeur en récrivant le roman d'une toute jeune fille de 17 ans, lui donnant ainsi une gloire truquée.
Les deux personnages partagent la même abnégation, une sensibilité exacerbée, un goût commun pour les lumières invisibles. Ils vont évoluer au rythme de leur vie sur des voies parallèles, poussés par le souffle romanesque.
Murakami évoque les femmes battues et humiliées, l'enfance souillée, la cruauté des hommes face à plus faible qu'eux mais surtout l'indicible qui peut surgir. Il raconte ses visages qui ne peuvent plus sourire, la souffrance qui habite les corps. Il donne à ses héros la possibilité de franchir le miroir et de transformer leur solitude en liberté.
La création de personnages appelés les Little People, fées ou elfes , gentils ou méchants rend le texte nerveux et inquiétant.
Une écriture subtile sert un texte où l'auteur comme toujours sonde l'homme, ses maux et ses silences.
Fin du premier tome.....

jeudi 17 novembre 2011

Norma Huidobro : Le lieu perdu

Norma Huidobro, écrivain argentin, place son roman vers les années 70, dans une Argentine meurtrie par sa plus dramatique histoire. Le lieu perdu, c'est un village, Villa del Carmen, écrasé par le soleil, figé dans une chaleur étouffante. Beaucoup de ses habitants l'ont quitté pour tenter leur chance , vivre une autre vie dans la grande ville si attirante de Buenos Aires. Comme Matilda.
Rien ne se passe dans le village, le temps est arrêté, la parole est rare. Certains n'ont jamais voulu le quitter. Comme Marita. Ses journées sont rythmées par son travail au restaurant de sa grand-mère, ses visites à Nativita , vieille femme qui cuisine des tamales et surtout les lettres qu'elle reçoit de Matilda. Les lettres de la ville, de la vie.
C'est la raison pour laquelle, Ferroni agent travaillant pour les militaires, arrive au village. Il veut récupérer ces lettres, pour savoir où se trouvent Matilda et son fiancé, tous deux recherchés par la dictature.
Dans un lieu perdu, au confins de tout, sous une chaleur que rien n'atténue la tension monte. Ferroni est un tortionnaire cruel et implacable. L'immobilisme de ce village le rend impatient, méchant. Des visions d'enfance le hantent face aux maisons, aux portes fermées dans une sorte de souvenir hallucinatoire.
Marita sent aussi le danger et tient tête au policier dans un dialogue réduit au minimum.
A sa naissance, sa mère est retournée au village. Mais la grand-mère l'a chassée et élève sa petite fille la mettant face à l'absence de sa mère.
Les personnages se racontent dans des monologues (surtout pour Ferroni) et une narration en boucle accentuant ainsi le temps qui n'arrive pas à s'écouler et les secrets douloureux.
C'est un roman très poignant, très fort comme ses femmes déterminées, luttant pour vivre, dans un lieu d'une très grande solitude où les âmes se perdent .
Mémoire, temps, secret de famille, silence donnent à ce livre écrit dans un style épuré une force surprenante.



Julio Cortazar : La porte condamnée

Extrait du recueil "Fin de jeu", ce petit livre réunit 4 nouvelles. Assez pour nous plonger dans l'univers fantastique de Cortazar. Fabuleux écrivain, poète et nouvelliste argentin, mort à Paris en 1984. En tout cas assez pour donner envie, si on ne le connaît pas, de poursuivre la découverte.
La porte condamnée, la nouvelle éponyme, met en scène un narrateur dans un vieil hôtel de Montevideo. Chaque nuit, il entend pleurer un bébé dans la chambre à côté la sienne et dont la porte a été condamnée. Pourtant il n'y a d'enfant ni dans la chambre, ni dans l'hôtel et pourtant chaque nuit les pleurs le réveillent.
Avec ses nouvelles, l'auteur distille une littérature de grande qualité qui happe le lecteur. Avec minutie et précision, il nous promène dans une réalité acceptée qui va être franchie d'autant plus facilement qu'il n'utilise aucun effet "spécial". La déformation de l'espace, du temps est très présente et donne ainsi une force à l'univers fantastique de l'auteur.
Dans "La nuit face au ciel", le narrateur se retrouve dans lit d'hôpital à la suite d'un accident de la route. le récit vacille et le lecteur avec, entre la réalité anonyme d'une chambre d'hôpital et les terribles cauchemars du narrateur où il se retrouve victime des guerre Aztèques. La réalité est fracturée quand le lecteur saisit la nouvelle dimension du cauchemar.
"Les ménades" invite le lecteur à une fin de concert surréaliste, et le narrateur assiste malgré lui à un déchaînement de passion qui dépasse largement le cadre musical. Un pas est franchi et un nouveau monde s'ouvre.
La narration devient fascinante par la force de l'ambiance où l'inattendu devient fantastique.
Un édifiant jeu de miroirs où le lecteur quand il l'a accepté, participe au fabuleux.






Tristan Egolf : Le seigneur des porcheries

La première phrase de ce livre est hallucinante par sa puissance littéraire et hurlante de vérité. Surtout lire tous les mots pour absorber ce tumulte jusqu'à la lie car tout y est annoncé. Comme une prophétie.
Tristan Egolf avait 24 ans quand il a écrit ce roman. Refusé par de nombreuses maisons d'éditions américaines, c'est en France et d'une façon tout à fait romanesque qu'il trouve un éditeur.
Tristan Egolf est mort, il s'est suicidé en 2005. L'ouvrage prend alors une autre dimension.
C'est dans une Amérique rurale inhumaine et enfermée dans son ignorance profonde que grandit John le héros, surdoué (autiste ?), le Seigneur des Porcheries. Même exclus, il fera tout pour survivre dans ce monde, avec une volonté peu commune. Mais, la petitesse d'esprit, la méchanceté des détenteurs de morale anéantiront la chance qui aurait due lui être donnée.
Le dégoût pour cette Amérique foncièrement injuste qui méprise les plus faibles et ne leur donne aucune possibilité, s'exprime ici de manière acérée et impitoyable.
Le récit se partage en deux périodes. La première relate l'histoire de John, de sa naissance dans un bourg dont le nom a une existence uniquement pour ses habitants, de sa place dans la ville de Baker qui lui sera toujours refusée et de toutes les difficultés rencontrées. Il raconte surtout la solitude d'un enfant devant l'incompréhension et l'horreur de la bêtise humaine quand elle est combinée à l'alcoolisme et la bigoterie du Mid-West américain.
La deuxième partie explique la revanche de John sur ces habitants de Baker, d'abord involontairement, elle sera ensuite organisée et finira dans une explosion d'évènements d'une force spectaculaire incroyable.
Ecrit dans une langue virtuose, chaque mot, chaque phrase percute. C'est drôle très drôle et pourtant c'est le pamphlet le plus audacieux contre l'hypocrisie de la société américaine et le constat de son échec démocratique.
D'une grande qualité littéraire, c'est dans un style vif à l'humour corrosif, au langage cru mais non dénué de finesse que l'auteur nous dépeint le portrait d'une Amérique agonisante qui n'arrive plus à faire croire à son rêve.


vendredi 11 novembre 2011

Carole Martinez : Du domaine des murmures

Avec ce deuxième roman, l'auteur a obtenu le Prix Goncourt 2011 des Lycéens. Une plongée mystique dans le 12ème siècle, ses épopées médiévales, ses chansons de geste, sa religion , ses ribaudes et la cellule d'Esclarmonde emmurée vivante.
En 1187, cette jeune femme de 15 ans refuse le mariage et demande à être enfermée dans une cellule attenante à la chapelle du château paternel. Femme rebelle qui n'a eu d'autre choix que s'offrir à Dieu pour échapper aux hommes. Sa voix traverse les siècles pour nous raconter son histoire.
Par une petite ouverture à barreaux dans le mur, elle peut encore apercevoir le monde. Les villageois lui rendent visite et surtout déversent leur malheur, leur doute, leurs mensonges.
Mais Esclarmonde, n'est pas seule dans sa cellule, cet évènement bouleversant prendra des allures de miracle.
Devant l'incrédulité des gens et le pouvoir du clergé, Esclarmonde utilisera sa position de Sainte pour ordonner, dicter, commander tout en respectant sa promesse de recluse.
C'est un véritable conte servi par une écriture intense et profonde qui nous emporte loin de la cellule de l'héroïne et nous fait vibrer au rythme des récits de femmes dans une époque réservée aux hommes.
Malgré quelques lenteurs, surtout dans les guerres de croisade vécues par les illuminations d'Esclarmonde, et une fin un peu trop longue, le récit pour le lecteur à l'âme mystique conserve une très belle qualité romanesque.

Téa Obreht : La femme du tigre

C'est le premier roman de cet auteur née à Belgrade en 1985. L'histoire se situe dans un des pays Balkans, se relevant difficilement de plus d'un siècle de guerre. La dernière a coupé le pays en deux. Natalia et son amie, toutes deux médecins, passent la frontière pour soigner les enfants d'un orphelinat.
Au cours de son périple, Natalia apprend la mort de son grand-père. Lui reviennent alors les souvenirs de cet homme, médecin lui aussi, dont la personnalité et l'humanisme illuminent toujours son existence. Elle retrouve les traces de son enfance et revit les souvenirs des histoires qu'il lui racontait.
Autour de deux personnages s'est construit la vie de cet homme. La femme du tigre et l'homme-qui-ne-mourra-pas. Légende ? réalité ? contes pour enfants ?Le folklore coloré et superstitieux fascine et fait peur, encore.
Natalia, dont la vie est pourtant ancrée dans la réalité, ne peut ignorer cette magie qui guide encore la population. Des personnages victimes de la guerre, de toutes les guerres et qui assistent impuissants à la mise en place d'un monde qui les ignore.
Elle écoute, assiste et nous fait voir d'une façon subtile et intelligente l'histoire dramatique de tout un pays et la guerre, fléau universel, qui amène hommes et frères depuis toujours, à se massacrer.
Ecrit d'une façon poétique et envoûtante, l'auteur nous emmène loin dans l'imaginaire, à travers des contrées nouvelles. Le ton onirique du roman est accentué par le fait que Obreht ne nomme ni les faits, ni les lieux. En gommant le réel, elle accorde plus d'importance aux combats personnels, aux histoires de ces hommes et femmes dans un quotidien tout simplement humain.
L'auteur rend un bel hommage à son grand-père , à l'importance des mythes et des croyances et à un monde disparu comme les êtres chers disparaissent à leur tour.

samedi 29 octobre 2011

Laura Kasischke : Les revenants

C'est par une scène hallucinante d'un terrible accident de voiture que débute le livre. En manipulant l'espace temps, l'auteur articule d'une façon envoûtante les circonstances qui ont causé la mort de Nicole, petite amie de Craig qui conduisait. En revenant régulièrement sur les lieux de l'accident par les différents protagonistes, l'auteur nous distille un angoissant suspens jusqu'à la dernière ligne.
Le lecteur pénètre dans le campus d'une université américaine et découvre les émois tumultueux de ces étudiants brillants, avenir d'une Amérique brisée par l'insécurité et les fissures sociales.
Vie et moeurs de ces fameuses confréries et sororités aux rituels secrets, messes noires pour jeunes gens effrayés par la mort et lui vouant une fascination obsessionnelle sont décrites avec beaucoup de réalisme. Le bizutage se transforme alors en humiliations toujours tues pour éviter le scandale.
Nicole représentait le symbole de la jeune fille américaine : intelligente, belle, blonde. Pour rejoindre l'élite, elle intègre la plus prestigieuse sororité, Oméga Thêta Tau. Craig, intelligent mais préférant la fumette et dont le père écrivain le pistonne pour rentrer à l'université partage la chambre de Perry. Sérieux et travailleur, Perry connaît Nicole depuis l'enfance. Craig tombe fou amoureux de cette jeune fille très sage et chaste. Les trois étudiants vont ainsi se croiser, vivre ensemble et être témoins de faits surprenants. Nicole devient la petite amie de Craig. Le deuil laisse la place à une réflexion sur la mort et l'image que l'on garde de nos chers disparus et de cet espoir désespéré à vouloir encore les voir.
En remontant dans le passé de ces héros, l'auteur écorne une Amérique bien pensante figée dans une éducation puritaine qui meurtrit sa jeunesse.
Alors la question est : Qui sont ces Revenants, les morts sans doute mais aussi les vivants, tous à la recherche de l'apaisement. Entre le quotidien et l'invisible, ce roman est arrive pourtant à imposer une sensation de thriller à la limite du cauchemar.



Jean-Paul Dubois : Le cas Sneijder

Jean Paul Dubois est un observateur du monde et sait dépeindre des vies combien pathétiques, en y glissant émotion et humour avec beaucoup de cocasserie.
C'est l'histoire d'un héros solitaire et incompris qui s'appelle Paul (comme toujours chez Dubois).
Il est seul rescapé d'une chute vertigineuse d'un ascenseur à Montréal. Il a vécu l''horreur de voir mourir sa fille adorée, Marie, 34 ans, née d'un premier mariage. En sortant du coma il prend conscience de sa misérable lâcheté vis à vis de sa nouvelle femme qui n'a jamais acceptée Marie à la maison. Traumatisé à jamais, il revit sans cesse l'accident.
C'est la chute d'un homme qui ne peut oublier et repasse sans cesse ses souvenirs. Aucune coupe n'est possible dans l'abîme de la mémoire. Face à l'égoïsme et l'ambition démesurée de sa femme et devant la méchante stupidité des jumeaux qu'ils ont eus ensemble, Paul s'isole et s'enferme dans son bureau.
Il deviendra promeneur de chiens, compagnons affectueux qui comme lui regardent la vie sans la quitter des yeux et surtout devient un spécialiste des ascenseurs en accumulant une colossale documentation.
C'est la vie d'un homme qui n'arrive plus à vivre dans une maison sans âme à force de haine et de rancoeur mais juste recommencer une vie simple, authentique et digne. Mais le courage ne suffit pas et Paul devra se taire encore, guetter, accepter pour s'échapper mieux.
Un ton grave et piquant sert ce beau roman avec une écriture fluide et douloureuse. C'est surtout la solitude de l'homme dans une société complètement robotisée et déshumanisée qui fait "de la vie, un sport individuel".


mercredi 12 octobre 2011

Michela Murgia : Accabadora

Un titre mystérieux nous plonge dans une histoire envoûtante en Sardaigne dans les années 50. Originaire de cette île, cette jeune auteure nous dépeint avec beaucoup de charme et même d'ironie, les coutumes ancestrales qui existent dans ce petit village complètement isolé. Habité par de pauvres gens, rudes à la tâche, ce village est un personnage à lui tout seul.
L'histoire raconte la vie de Tzia, une vieille couturière qui n'a jamais eu d'enfant. Selon la tradition, une mère pauvre lui cède sa petite fille Maria non désirée. Elle l'adopte et va lui donner une éducation et beaucoup de tendresse. Coutume acceptée par tout le village, elle devient la fill'anima ( la fille d'âme) de Tzia. Basée sur un grand respect, une relation intense se noue entre elles .
Maria découvre alors que Tzia sort certains soirs, elle se rend au chevet des mourants et les accompagne. Elle est l' Accabadora, la dernière mère. Quand elle apprendra exactement son rôle, elle ne l'acceptera pas et quittera l'île. A son retour, elle aussi se confrontée à la souffrance elle comprendra enfin sa mère adoptive et lui pardonnera.
C'est un livre qui bruisse de rumeurs, de silence, de croyances et de secrets dans une Sardaigne écrasée de soleil. Les femmes sont habillées en noir, les pleureuses accompagnent les veillées mortuaires et les portes restent ouvertes pour recevoir les âmes.
Au delà de l'histoire, ce livre pose des questions sur le devoir, l'attitude devant la souffrance et la mort. L'écriture simple et posée apporte au récit une légèreté apaisante dans ces thèmes si lourds.


lundi 10 octobre 2011

Boualem Sansal : Rue Darwin

L'auteur nous entraîne en Algérie, la Rue Darwin de son enfance dans les années 50-60, dans le quartier Belcourt où vécut A. Camus. Dans une biographie fictionnelle, il dresse le portrait d'une prodigieuse famille et traverse 50 ans d'histoire la plus douloureuse de l'Algérie.
L'histoire commence par le décès de la mère à Paris. Venu d'Algérie, Yaz regroupe autour de la mourante ses frères et soeurs dispersés dans le monde entier. Ils ont quitté le pays après leurs études pour ne plus y revenir fuyant misère, haine et sang. Seul Yazid est resté par devoir envers sa mère, pour les souvenirs aussi et pour l'Algérie.
Yazid est né en 1949, petit fils adoptif de Djéda, une femme puissante mi-mondaine mi-maquerelle qui est à la tête d'un empire financier prodigieux. Sa fortune a été assuré au départ par un bordel lucratif installé au village.
Séparé de sa mère, une prostituée, Yaz devient à la mort de son père l'héritier. Mais l'Histoire est en marche et même si Djéda sait comment gérer et manipuler, elle mourra dans des conditions violentes et mystérieuses. Les évènements, l'indépendance, la révolution balaieront toute une époque et entraîneront la vie de ces hommes et femmes dans un terrible chaos.
Yaz grandira dans un univers fait de mensonges, de non-dit mais aussi d'amour.
Le décès de sa mère lui permettra de connaître la vérité dans une quête identitaire nostalgique et empreinte d'amour pour les femmes qui ont marqué sa vie, pour un pays à jamais aimé et détesté.
L'auteur sert un texte bouleversant par le ton de vérité dans les situations politiques et sociales. Mais, les scènes de la mort de la mère à l'hôpital peuvent sembler trop pathétiques.

samedi 1 octobre 2011

Hélène Gestern : Eux sur la photo

L'auteur voit son premier roman publié pour la rentrée littéraire 2011 et c'est l'occasion pour le lecteur de découvrir ainsi une nouvelle romancière et pénétrer dans son univers.
L'héroïne a quarante ans, s'appelle (aussi) Hélène et souhaite connaître la vérité sur sa mère disparue alors qu'elle était enfant.
Une photo de cette jolie femme souriante et entourée de deux hommes lors d'un tournoi de tennis devient la bouteille à la mer qu'Hélène va lancer. Passant alors une annonce dans un journal, Stéphane lui répondra qu'un des deux hommes est son père.
Tous les deux possèdent en commun un passé escamoté, fait de silence, de non-dits les empêchant d'avancer et réaliser leur vie pleinement.
Ils se lancent dans une correspondance épistolaire qui deviendra au fil de l'histoire et des circonstances très actuelle puisqu'elle sera aussi par mail, sms et téléphone, à la recherche de la vérité.
Le secret de famille est au coeur de ce roman où la nostalgie devient poignante quand Hélène décrit les photos où elle découvre sa mère. D'une façon délicate et un peu surannée, elle raconte alors un passé qui n'est plus, donne des sentiments et essaie de trouver des explications à une absence de toujours. Mais doit-on connaître toutes les vérités ? Avons nous le droit de fouiller dans le passé des absents ?
L'écriture, directe et claire, permet d'approcher les personnages au plus près de leur faiblesse, de leur humanité.
L'histoire reste simple et prévisible et on peut regretter des rebondissements amoureux, des situations trop dramatiques pas vraiment indispensables même si le questionnement est intéressant.



jeudi 29 septembre 2011

Paul Auster : Sunset Park

C'est dans une Amérique plongée dans la plus grave crise financière en 2008 qu'évoluent les personnages du dernier roman de Paul Auster vers la recherche du bonheur et de l'amour.
Rien ne sera plus comme avant et sept ans après la disparition des Twin Towers, l'Amérique s'essouffle et voit son rêve américain devenir une utopie pour cette jeunesse en manque de repères.
A travers l'histoire de Miles Heller c'est le traumatisme vécu par ses jeunes, victimes d'une société cruelle à force de manquements.
Miles, 28 ans, est employé par une société travaillant pour le comptes des banques. Il est chargé de vider les maisons abandonnées par les anciens propriétaires lors du scandale des "subbprimes". Les objets laissés sur place dans leur départ précipité sont autant de traces de vie détruites. Miles les photographie.
Une histoire amoureuse avec une trop jeune fille le ramène à New-York, ville qu'il a fuie quelques années plutôt en raison d'un drame. Le raconter ne serait pas bien.
C'est alors l'occasion pour lui de retrouver Ring Nathan son vieil ami de toujours et peut-être renouer aussi avec ses parents laissés sans nouvelles depuis 7 ans.
Avec deux jeunes femmes Nathan squatte une maison abandonnée à Brooklyn, Miles les rejoint et la maison deviendra le lieu de tous les possibles.
Paul Auster saisit une galerie de portraits d'hommes et de femmes, tous acteurs et victimes de certitudes bafouées et d'avenir compromis. Avec ou sans famille ils demeurent des écorchés vifs, en quête d'amour, se réchauffant de nouvelles illusions, de promesses à venir.
Dan un style méticuleux d'une incroyable perfection, l'auteur dresse le bilan d'une Amérique crépusculaire où l'homme se doit de rester debout pour survivre.

Philip Roth : Le rabaissement

Dans son trentième roman paru en France, Philip Roth nous entraîne sur les pas d'un comédien vieillissant, à bout de souffle. Autrefois célèbre et adulé, Simon Axler, 65 ans, "a perdu sa magie". Impossible pour lui de remonter sur une scène, il ne peut pas, ne peut plus. Ce n'est pas le trac, c'est tout simplement qu'il ne porte plus ses personnages. Quitté par sa femme, hospitalisé à la suite d'une sévère déprime, il se retire dans sa maison loin de New York. Refusant les propositions de rôles que son agent artistique lui transmet, il se voit fini pour le théâtre peut être même fini tout court.
Mais arrive alors une jeune femme de 40 ans qui va lui montrer que la vie peut encore lui réserver d'autres surprises, comme le sexe. Lesbienne, elle essaie de combler ses déceptions amoureuses dans une relation hétéro avec David. Leur liaison et surtout la fin va l'entraîner dans son dernier rôle.
Et voilà Philip Roth qui une fois encore faire tourner le manège de ses thèmes de prédilection. La vieillesse, la séparation, avec l'être aimé ou avec son corps, la mort et surtout le sexe à dose non homéopathique. Mais comme toujours chez Roth si le sexe devient cynique, malsain, provocateur et drôlement grossier l'écriture reste élégante et précise.
Même si ce n'est pas le meilleur, ce court roman est un condensé de style romanesque subtil.

mardi 27 septembre 2011

Delphine De Vigan : Rien ne s'oppose à la nuit

Dans ce roman Delphine De Vigan rend un très bel hommage à sa mère, Lucile. C'est aussi l'histoire d'une déchirure que l'on suivra jusqu'au bout. C'est par son suicide que débute le récit lui donnant ainsi une grande force.
Mais c'est avant tout l'histoire d'une famille, remplie d'enfants, de cris, de rires et où règnent des secrets. Lucile au milieu d'une grande fratrie reste une petite fille mystérieuse, fragile et belle.
Atypique et fantasque,l'univers familial sera marqué par la mort d'un des enfants, les grands parents de l'auteur vivront alors leur première fêlure. D'autres malheurs suivront.
La vie de Lucile s'est construite dans une famille qui savait garder le silence et masquer les non-dits par une véritable fantaisie apparente. Une mère comblée par les multiples maternités et un père destructeur et autoritaire feront d'elle un personnage en fuite. Elle sera rattrapée par ses troubles bi- polaires qui la conduiront régulièrement en hôpital psychiatrique.
Sans pathos ni mièvrerie, l'auteur fouille dans la mémoire familiale. Elle se met en scène dans le récit questionnant sa légitimité à écrire en faisant le bilan de cet héritage qui est le sien.
Un récit très émouvant qui fait revivre à jamais l'image d'une mère adorée et inaccessible qui a décidé de "mourir vivante".









lundi 26 septembre 2011

Paul Harding : Les foudroyés

Un homme va mourir dans huit jours, le lecteur le sait dès les premières pages. L'échéance macabre est annoncée régulièrement. Georges est allongé dans un lit médicalisé chez lui, entouré de sa femme, de ses enfants et petits enfants qui le veillent.
La passion de sa vie était l'horlogerie, d'ailleurs il agonise au milieu d'horloges qui tout au long du livre marquent le temps qui passe et ne revient plus.
Les souvenirs de Georges se mêlent à ses hallucinations. Il revoit son père Howard, vendeur en carriole, poète, rêveur mais aussi épileptique. Le lecteur le suit dans ses pérégrinations à travers le Maine. D'une sensibilité à fleur de peau, il entretient avec la nature une relation sublime. Les descriptions sont très poétiques et éblouissantes. Les couleurs se mêlent et sa rencontre avec l'ermite confirme au lecteur le caractère d'exception de cet homme.
L'auteur fait vivre la terre et grâce à ces pages remarquables et ouvre ainsi le roman en quittant la salle à manger où meurt Georges.
C'est une histoire familiale, la rencontre avec des hommes remplis de désespoir poussé à l'extrême.
Mais c'est aussi une histoire sur la transmission, sur ce qui reste une fois que le temps a passé.
La construction littéraire peut être un peu déconcertante. L'absence de chronologie, les flash back incessants rendent parfois la lecture difficile. L'auteur ne tranche pas entre les souvenirs ou les hallucinations.
Les scènes de nature sont très belles et certains passages représentent des histoires étonnantes : la maison du docteur déplacée, la tirade sur la vente, l'incendie de la maison.
Premier livre de Paul Harding, après des difficultés d'édition, il a obtenu en 2010 le Prix Pulitzer.

samedi 24 septembre 2011

Maria Ernestam : Les oreilles de Buster

La première phrase happe le lecteur par son ton à la fois étrange et violent : "J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à exécution".C'est Eva, la narratrice qui raconte son désir de tuer sa mère.
Elle vit dans une petite ville calme de Suède avec Sven, ses amis dans une routine très banale.
Pour ses 56 ans, elle se voit offrir par sa petite fille un carnet. Elle décide d'écrire son journal intime en y confiant son quotidien et surtout sa jeunesse. L'amour a coloré sa vie des teintes les plus sombres . D'abord celui de sa mère, une très belle femme aimant la fête, les hommes, le vin mais n'éprouvant pour sa fille que la plus cruelle indifférence. Elle lui apprend l'amour-propre mais ne lui donnera jamais l'amour maternel. Tyrannique, odieuse, égoïste elle lance chaque jour sa méchanceté, sa hargne à détruire sa fille . Blessée à jamais, Eva se reconstruira pourtant mais en bannissant ses sentiments et en s'éloignant de sa mère.
L'écriture devient thérapie et Eva analyse avec minutie et sans violence sa relation destructrice avec sa mère. Le lecteur souffre avec elle mais la comprend.
L'auteur a su entrer par une écriture harmonieuse et sensible dans les secrets familiaux, dans les relations très compliquées entre les êtres ainsi que toute la complexité d'aimer.
L'amour d'Eva pour ses rosiers et la description des roses donnent à ce roman une luminosité et une douceur particulières.
C'est véritablement un coup de coeur.

jeudi 25 août 2011

Claudia Pineiro : Les veuves du jeudi

Avec Claudia Pineiro, écrivain argentin, nous pénétrons dans une banlieue ultra chic de Buanos Aires à Altos de la Cascada. C'est une résidence très sécurisée pour riches avec golf, tennis, piscine, parc et un règlement intérieur dicté par la bienséance. Accrochés à leurs privilèges, ils ne regardent pas ou plus au-delà des murs, et n'imaginent pas un instant que leur monde est en chute libre.
A la manière d'une enquête, le livre nous entraîne dans un univers glauque où seules les apparences comptent. Les veuves du jeudi sont quatre femmes se réunissant le jeudi soir pendant que leurs époux passent la soirée entre hommes.
Le livre débute par la découverte de trois corps dans une piscine. Une des quatre femmes prend la parole. Curieusement elle raconte non pas l'accident mais la vie de cette société à laquelle elle appartient.
Agent immobilier, Virginia connaît toutes les maisons et ses habitants, elle possède même des fiches !
Elle nous fait découvrir la vie de ces familles derrière des façades clinquantes et un luxe affiché.
Dans une Argentine en pleine crise, l'auteur analyse une société décalée et dépassée ne vivant que dans le paraître, pataugeant dans une hypocrisie lamentable et un vide total de sentiments.
La vérité est effroyable.
Ecrit d'une manière fluide, l'auteur laisse la parole à plusieurs protagonistes. Le style reste bien rythmé et fluide même si parfois le lecteur peut se perdre dans les différents intervenants.







mercredi 3 août 2011

Agota Kristof : Le grand cahier

Premier volet d'une trilogie paru en 1987, son auteur est décédé en Juillet 2011. Immigrée hongroise, elle vivait en Suisse depuis 1956 et écrivait dans sa langue d'adoption.
Ce livre est l'objet d'une importante polémique en 2000, quand un jeune professeur le fait étudier à ses élèves de 3ème. Evoquant la 2ème guerre mondiale, au programme de l'année, l'ouvrage comporte des passages très violents, crus à caractère sexuel que les parents d'élèves n'ont pas tolérés.
L'histoire est celle de jumeaux, Lucas et Klaus. C'est la guerre, la ville devient dangereuse et leur mère les accompagnent à la campagne chez leur grand-mère maternelle.
Une grand-mère, affreuse, sale et méchante qui leur mènera la vie dure et à laquelle ils opposeront toujours une attitude soudée et unie.
Ils pendront en main leur éducation, une bien étrange éducation qui va les endurcir oubliant ainsi le peu d'enfance et de naïveté connus, afin de ne plus souffrir. Tout sera noté dans un grand cahier.
Avec froideur, détermination et sans remord ils organisent leur apprentissage de la vie et participent à des actes inouïs de violence. Consignés avec une précision diabolique, les jours se succèdent et le lecteur suit l'évolution mentale de ces 2 garçons.
L'écriture met la distance par son style simple et puéril. Les chapitres sont courts et le "nous" utilisé montre bien combien l'union de ces jumeaux est forte et atténue l'immoralité des faits.
Certains passages, s'ils ne font pas l'apologie de la zoophilie ou de la pédophilie, restent très dérangeants et très crus.
C'est un livre qui porte un regard d'enfant sur le monde d'adultes dépassés par leurs guerres, toutes leurs guerres. La fin est d'un cynisme à couper le souffle.










mardi 2 août 2011

James Salter : American Express

Onze très belles nouvelles composent le sixième livre de James Salter. Toutes ont en commun une chute à laquelle le lecteur ne s'attend pas. Les destins de grande solitude de ces hommes et de ces femmes ne possèdent ni début ni fin véritable. Salter nous décrit avec beaucoup de distance et de minutie, les tranches de vie qui sont beaucoup plus importantes qu'elles n'y paraissent.
L'écriture sublime de l'auteur nous laisse approcher sans pouvoir les saisir, des personnages se mouvant dans un univers souvent froid et glauque.
L'humanité y est désespérante et sans issue et les hommes se ressemblent tellement dans leur abîme qu'ils donnent froid dans le dos.
Le ton est donné et chaque nouvelle nous propose avec un mélange de mélancolie, de froideur et d'émotion une variation sur le temps.
Une chambre d'hôtel à Vérone, un oiseau mort dans sa cage, une jeune fille au pair un peu trop effrontée, un accident de cheval sont les thèmes sur lesquels Salter va développer sa mélodie.
Dans Crépuscule, la grande solitude de Mrs Chandler devant son plombier qui retourne chez sa femme est résolument dramatique.
"...C'était une femme qui avait un certain style de vie. Elle savait donner des dîners, s'occuper des chiens, entrer dans un restaurant......D'incomparables habitudes, pourrait-on dire. C'était une femme qui avait lu, joué au golf...qui avait de jolies jambes. C'était une belle femme dont personne ne voulait plus".

lundi 1 août 2011

Elisabeth Brami : Les heures secrètes

C'est un joli roman que nous offre cet écrivain plutôt habitué à la littérature jeunesse bien que je n'apprécie pas trop les étiquettes. L'auteur avec beaucoup de sensibilité dépeint les sentiments et les existences d'adultes qui ont eu de belles occasions manquées et qui se souviennent.
Comme Pierre, libraire à la retraite, il se trouve vieux et usé. Récemment veuf, il se sent responsable de la mort de sa femme, Régine. Les enfants sont grands et vivent loin de lui.
Régulièrement, il rend visite à Léa, sa belle-mère âgée de 90 ans, placée dans une maison de retraite. Une grande complicité les a toujours uni, peut être même plus qu'une complicité. Jamais ils ne sont avoué ce lien si fort entre eux. De confidences en confidences, ils vont pourtant enfin arriver à exprimer ce qu'ils ont toujours tu. Trop tard, le temps perdu ne reviendra pas et cet aveu bouleverse cet homme et cette femme.
Sur les conseils de Léa, Pierre va essayer de continuer la vie et ce qu'elle entraîne de regrets, de mensonges, de mélancolie mais aussi d'amour.
Un très belle leçon de respect de la vie, des autres et de soi sert ce texte limpide et audacieux qui donne à la vie l'émotion et le rêve possibles.

jeudi 21 juillet 2011

Antoine Blondin : L'humeur Vagabonde

C'est une vraie découverte de lecture. Un petit poche acheté dans une brocante qui m'a interpellé par son titre et sa couverture un peu désuète.
Ecrit en 1955, ce livre fait partie de l'oeuvre assez mince d'un homme de talent pourvu d'une humanité assez rare.
C'est un livre où il est question de départ où la vie se conçoit comme une vaste salle d'attente de trains qui arrivent mais parfois trop tard.
Tel Rastignac du 20ème siècle, le héros Benoît Laborie quitte sa Charente natale, femme et enfants pour "monter" à Paris. Il promènera ses espoirs et son absurdité distante avec une fantaisie désespérée dans un Paris d'après guerre.
Nous le suivons à la découverte de la Ville qui se veut victorieuse alors qu'elle a tout perdu. De la gare aux Tuileries en passant par le Père Lachaise, les stations de métro et une garde à vue au commissariat nous assistons à la triste épopée de cet homme. La fin annonce que la vie n'a pas vraiment d'échappatoire, la solitude est grande comme les nuits. Devenu figurant de cinéma, Benoît, prendra encore des trains mais virtuels.
250 pages de pure délice parce que Blondin donne la parole aux taiseux, aux anti-héros, aux ratés et trouve de la poésie dans le manque et le besoin.
Juste pour le plaisir la dernière phrase : " Un jour, peut-être, nous abattrons les cloisons de notre prison ; nous parlerons à des gens qui nous répondront ; le malentendu se dissipera entre les vivants ; les morts n'auront plus de secret pour nous. Un jour nous prendrons des trains qui partent."

mercredi 20 juillet 2011

Laurent Gaudé : Les oliviers du Négus

Quatre nouvelles composent le dernier livre de Laurent Gaudé. La superbe couverture (merci Actes Sud) invite à un voyage, un voyage très mystérieux.
L'Italie, la mort, la guerre, les mythes, les Enfers, thèmes chers à l'auteur sont servis par un style d'une grande force poétique et emportent le lecteur aux confins du fantastique et du réel.
Ce n'est pas facile de raconter des nouvelles sans risquer de dévoiler une histoire construite d'une manière brève. Les personnages sont des héros hors du commun. Prenant conscience de la fin inéluctable d'un monde, d'une époque ou de leur vie ils font face aux évènements avec parfois une certaine sérénité parfois avec un désespoir infini.
De la Rome antique à nos jours, la mort est déclinée dans chaque texte. Annoncée, refusée ou retardée elle est le fil conducteur des dernières pensées, des regrets, de la nostalgie et des jours heureux à jamais enfuis.
Que ce soit Zio Négus un vieil homme qui vient de mourir dans un village italien, détesté par tous et qui malgré sa vie d'ermite nous raconte avec fièvre l'histoire d'un empereur... Un centurion romain vient prendre la relève d'un autre centurion qui avait défendu pendant trois ans un fort au confins de l'empire romain. Parricide, détresse, peur accompagnent cet homme.
"Le Golem" créature crée par la terre pour se venger de l'homme qui la meurtrit depuis la nuit des temps. L'histoire se passe pendant la guerre 14-18, les hommes contre les hommes, les hommes contre la vie.
Et puis la dernière nouvelle celle d'un juge italien dans un pays gangrené par la mafia. L'histoire s'inspire du meurtre du juge Falcone. La mort est annoncée, et le lecteur vit avec le juge ses derniers jours.
Oeuvre très forte qui donne à réfléchir. C'est impitoyable, violent, dur et tragique. C'est la vie.
Les phrases de Laurent Gaudé portent puissamment peut être d'une façon un peu trop excessive.
Mais le talent littéraire est vrai et l'émotion très grande.
Le talent littéraire est incontestable.




mardi 19 juillet 2011

Martin Suter : Allmen et les libellules

Avec son dernier roman, Martin Suter nous sert les mésaventures de son nouveau héros Allmen, aristocrate ruiné, dévoreur de livres et gentleman cambrioleur à l'occasion.
L'action se passe en Suisse et l'histoire nous entraîne dans l'univers des oeuvres d'art qu'affectionne particulièrement le héros et à la poursuite de cinq coupes Art Déco signées Gallé qu'il aura la chance d'approcher et même de dérober.
Le style balance entre polar et comédie de moeurs aux multiples rebondissements. Une galerie de personnages, allant de truands sans état d'âme dans le milieu des antiquaires à la bourgeoise décalée et très audacieuse en passant par le serviteur guatémaltèque philosophe, détaille une certaine peinture sociale de la bonne société suisse. Suter a l'art et la manière d'égratigner dans ses romans ces richissimes excentriques névrosés et désaxés.
En créant un héros récurrent issu de cette société, il aura l'occasion de poursuivre des aventures aussi palpitantes que rocambolesques.
Le ton est vif, c'est bien mené. Un roman de détente pas désagréable.


lundi 18 juillet 2011

Claire Keegan : Les trois lumières

Avec un récit assez bref (100 pages environ), l'auteur nous offre une jolie balade dans son Irlande natale. A la manière d'une nouvelle, le texte sait rester très poétique et laisse un sentiment très fort sur l'univers rural et social où "la parole n'est une nécessité en aucune circonstance".
Avec un très grande délicatesse Keegan décrit des personnages taiseux et pourtant si lumineux dans leur silence.
C'est l'histoire d'un couple de fermiers irlandais qui pour un été accueille une petite fille. Sa maman à nouveau enceinte ne peut s'en occuper. Le père la dépose le temps d'un café chez les Kinsella et c'est là que la magie de l'écriture opère.
A travers les yeux d'une petite fille, seule et délaissée, nous captons et effleurons l'essence même de ce qui va lier ce couple en souffrance et cette enfant. Une affection sincère, un intérêt immense et un amour profond l' accompagneront dans son apprentissage de la vie.
Le caractère rude des héros dans une Irlande de contes et légendes mais aussi de misère sociale apporte au récit une troublante inquiétude.
L'histoire en elle-même est simple mais la beauté qui s'en dégage et la fin si poignante font de ce livre une véritable découverte de lecture.

lundi 20 juin 2011

Bret Easton Ellis : American Psycho

Ecrit dans les années 1990, ce livre dépeint toute la violence, la sauvagerie et la folie de la nation américaine à travers le portrait d'un serial killer en apparence bien sous tout rapport.
Avec ce pamphlet contre le rêve américain, Bret Easton Ellis a connu un douloureux succès de scandale. Honni dans son pays et menacé de mort, il reste à jamais marqué par la création de son personnage très dérangeant à la fois séduisant et horrible.
Patrick Bateman est un jeune homme beau, très élégant, sportif . Il vit dans un quartier branché de New-York, c'est l'image typique du golden boy très chic des années 80. Tout le monde l'aime.
C'est son journal intime que le lecteur tient dans les mains et avec lequel il va suivre sa vie pendant un an.
L'auteur nous montre son talent littéraire, en nous donnant dans la première partie du livre le portrait d'un homme aussi beau que vide. Il ne pense qu'à la mode, à son physique, à ses dîners, aux filles, à l'argent. Mais on sent que ce n'est pas son vrai visage. Petit à petit Ellis nous plonge dans la conscience de Bateman, dans ses pensées les plus noires, dans la vie d'un psychopathe. Le dérapage et la tension sont à la hauteur de sa cruauté.
C'est très fort. On aimerait le détester, le trouver lassant mais le ressenti est au delà des normes.
Malgré les tortures, viols, meurtres auxquels nous assistons, le récit glisse vers un humour brillantissime (noir, évidemment) rendant les situations surprenantes et dérangeantes.
Roman culte d'une époque il reste contemporain pour les problèmes de fond exposés.





vendredi 17 juin 2011

Siri Hudsvet : Un été sans les hommes

C'est l'histoire de Mia une poétesse rousse et frisée, délaissée par son mari Boris un scientifique renommé qui vit une passion torride avec une jeune femme. Détruite, Mia quitte alors New-York pour se ressourcer auprès de sa mère dans le Minnesota. Avant, elle a fait une sérieuse déprime qui l'a conduite en hôpital psychiatrique.
Si le thème n'est pas très nouveau, l'auteur nous plonge avec une infinie subtilité dans les pensées les plus profondes et les plus secrètes de cette femme remplie de douleur. A sa manière et sans condamner elle va essayer de continuer, de se reconstruire. Avec beaucoup de courage, elle accepte le temps qui passe et qui abîme, comprend les errements et les erreurs.
Mais c'est surtout avec beaucoup de justesse et d'intelligence que l'auteur aborde tout le questionnement sur la femme, la féminité. Elle fait un constat qui touche à chaque fois et entraîne la réflexion.
Les femmes qu'elle rencontrera cet été, sont toutes assez touchantes à leur manière. Les "vieilles" amies de sa mère à la maison de retraite, sa jeune bimbo de voisine, les jeunes filles à qui elle donne des cours de poésie vont l'aider dans son parcours de reconstruction. A travers ces femmes elle abordera les différents âges de la vie avec beaucoup d'humour pour cette humanité au fond si fragile.
C'est l'occasion aussi de très belles citations poétiques, la narratrice Mia, intervenant dans le récit.
Il faut prendre son temps pour lire ce livre, les messages sont distillés avec beaucoup de subtilité et les réflexions sont nombreuses.


Bret Easton Ellis : Moins que zéro

Chef de file du Brat Pack, courant littéraire américain des années 1980, Bret Easton Ellis est devenu avec ce roman le symbole de toute une génération gavée de clips et de drogue. L'auteur avait 21 ans quand il l'écrit.Paru aux Etats-Unis en 1985, le livre dissèque sans complaisance, sans état d'âme, la société de jeunes très privilégiés. Ellis décrit dans un style très documenté et très authentique le vide et la platitude leurs vies.
Le lecteur suit la vie de Clay, 18 ans, gosse de riche, de retour à Los Angeles pour les vacances scolaires de Noël. Il retrouve son ex petite amie, Blair. D'autres sont là aussi, une quantité de garçons et filles, une liste de prénoms interchangeables. Ils sont pareils, aussi vides et seuls derrière leurs lunettes noires et les vapeurs d'alcool, la fumée de cigarettes et les vertiges de la cocaïne...
Clay se pose pourtant des questions sur le sens de sa vie. Il sait qu'elle n'en a pas. L'auteur saisit l'intime, l'errance, l'inconsistance, la chute, les nausées, le désespoir vertigineux.
L'argent à profusion, l'indifférence des parents, le manque de repère, la recherche de l'extrême dans les plaisirs comme dans les excès donnent à ce livre la dimension d'un documentaire. Il est bouleversant dans la mesure où tout est pris dans l'instantané sans analyse, sans apporter de réponse.
Un constat effrayant pour ces jeunes, aucun espoir, juste la perspective du pire.
L'écriture est incisive. Dans une suite de dialogues percutants, le lecteur se retrouve face à ces jeunes insipides au comportement trop remuant.
Aucune empathie mais pourtant la description de leurs milieux familiaux, de l'argent, de l'accès facile à tout, du manque de tout aussi fait qu'on peut les comprendre.




jeudi 2 juin 2011

Nicole Krauss : La grande maison

En nous ouvrant les portes de La Grande Maison, l'auteur nous perd dans un labyrinthe romanesque où les personnages se racontent, se croisent, s'échappent se perdent et se retrouvent avec, pour trait d'union, un antique bureau.
C'est l'histoire de ce meuble, monumental bureau, 19 tiroirs de différentes tailles dont un est fermé à clef . Nous suivons son passage de maison en maison , de famille en nouveau propriétaire, objet de mémoire et de douleurs.
De Budapest sous l'occupation nazie au New-York des années 1990 en passant par Jérusalem et Londres, l'empreinte de ce meuble curieux sert de fil conducteur aux portraits et destins de ces personnages.
Nicole Krauss dans une construction littéraire complexe, nous déroute et nous charme. Huit chapitres dont les titres sont identiques, sauf deux, quatre histoires alternent et se recoupent. L'auteur nous entraîne dans une expérience de lecture fascinante.
L'idée de mémoire est importante dans ce livre. C'est un acte volontaire. L'écriture devient un refuge pour se souvenir.
Les héros sont marquants, les chapitres deux et cinq nous racontent avec beaucoup de force, le message d'un père à un fils. Tous les mots qui n'ont jamais été dits. L'amour y est violent. Les autres personnages se sont ratés parfois, les secrets ont été trop lourds. Les relations entre ces êtres sont complexes mais toujours délicates. Les femmes sont murées dans leur silence.
Le secret de La Grande Maison est révélée à la fin, c'est la mémoire millénaire du peuple juif.
Un peuple qui vit avec la mort chaque jour, qui ne veut surtout pas oublier.
L'écriture de Nicole Krauss est toute en finesse, avec un souffle parfait et un ton juste.
Il faut savoir se perdre dans une lecture, se laisser porter, ne pas vouloir de réponse, enfin pas tout de suite.









jeudi 12 mai 2011

Siri Hustvedt : Elegie pour un américain

Grâce à ce livre j'ai découvert Siri Hustvedt, épouse de Paul Auster, elle est un écrivain tout à fait remarquable. Avec beaucoup de finesse et un talent précis, elle analyse les secrets de ses personnages, creuse les sillons de la vie et de la mémoire.
Pourtant au départ, le ton et le rythme surprennent par l'obscurité qu'ils dégagent et la lecture de ces histoires familiales se fait avec quelques difficultés. Il faut dire que les secrets de famille sont très anciens et les personnages très nombreux.
Puis petit à petit on se laisse prendre par leurs confessions, leurs échecs, leurs espoirs, cet enracinement familial.
A la mort de leur père, Lars Davidsen, professeur d'histoire, Erik et Inga se plongent dans le passé de leur famille d'origine norvégienne. Il découvre par le biais d'une lettre d'une inconnue un secret caché par leur père. Finalement ce secret n'a pas une grande importance.
L'auteur nous plonge dans la vie trépidante de New-York et l'évocation du 11 septembre à travers le traumatisme vécu et raconté par Sonia, la fille d'Inga. New-York ville multi-culturelle sert de décor à des héros attachants.
Ces personnages sont à un moment douloureux de leur vie, divorcé ou veuf, ils questionnent le passé pour trouver des réponses à leur présent.
Roman moderne, grave qui interroge sur la mémoire, l'identité, sur ce que chacun laisse. Chaque histoire trouve sa place dans ce puzzle littéraire et sert ce récit magnifique.

jeudi 28 avril 2011

Iain Levison : Arrêtez-moi là

Sujet brûlant que celui de l'auteur au regard de l'actualité. Ce livre paru en mars 2011 est tiré d'une histoire vraie. En 2002, une fillette disparaît de son domicile. La police arrête un suspect, un chauffeur de taxi qui a raccompagné la mère, et ne le lâche plus. Accusé de kidnapping et de meurtre, abandonné de tous, cet homme ordinaire capitule face à la famille riche, à la police acharnée et à la presse qui réclame un coupable. La machine est en route...
Comment la vie bascule quand on se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment.
Une histoire vraie qui décortique sans complaisance le système judiciaire américain où face à une administration qui n'écoute pas et broie sans état d'âme, la présomption d'innocence n'existe pas.
Tout est dit. Sur un ton qui donne des frissons, avec une bonne dose d'humour noir et de cynisme, qui rend le suspense haletant.
L'auteur dénonce les avocats pourris, l'impact des séries américaines, l'incompétence de la police et de ses dérapages et surtout les médias qui traquent, exagèrent et racontent n'importe quoi.
Un système démonté, une société américaine dont les excès donnent le vertige.
Comme d'habitude cette triste histoire sera récupérée comme il se doit par l'argent, le puritanisme tout à fait américain qui nous fait croire que dans tout malheur il en sort quelque chose de bon.
Ce livre est très intéressant par la démonstration évidente qu'en Amérique (peut-être ailleurs), il ne fait pas bon d'être quelqu'un d'ordinaire, sans argent, sans relation.
L' écriture rend le récit de ce chauffeur de taxi passionnant par son déroulement au jour le jour. Le lecteur sombre comme lui dans le cauchemar absolu et atteint les limites de la folie et admet l'acceptation comme unique salut.





mercredi 27 avril 2011

Eduardo Sacheri : Dans ses yeux

Premier roman de cet auteur argentin dont l'adaptation cinématographique a été récompensée par l'Oscar du meilleur film étranger.
Buenos Aires 1968, l'Argentine aborde une des pages les plus noires de son Histoire. A cet époque Benjamin Chaparro, jeune juriste se voit confier l'enquête d'un meurtre.
Liliana institutrice, jeune mariée et enceinte est sauvagement violée et assassinée dans son appartement. Chargé d'annoncer la mort au mari, Moralès, Chaparro est bouleversé par ce drame . Il le rencontrera plusieurs fois et à travers des photos il écoutera l'histoire de cet homme et de sa passion amoureuse pour Liliana, la femme de sa vie.
Un meurtre d'une violence inouïe qui restera impuni et marquera à jamais la vie les protagonistes de cette tragédie. Benjamin à la vie sentimentale un peu cahotique, est amoureux en secret d'une collègue. Cet amour est magnifié par les mots de l'auteur, les regards échangés, les instants magiques autour d'un café, tout ce qui est beau quand on ne dit rien. L'auteur suggère, nous laisse découvrir.
Pour oublier, Benjamin s'investit totalement dans cette enquête. Emu et touché par le chagrin du mari et son histoire d'amour avec Liliana, il fera tout pour découvrir la vérité.
Mais l'Argentine est en plein conflit, dénonciations et tortures s'intensifient et Benjamin sera confronté aux accusations à l'exil et à la solitude.
25 ans plus tard, au moment de sa retraite, Chaparro souhaite écrire cette histoire.
Ce livre n'est pas seulement un polar, il donne une critique pertinente du pouvoir judiciaire et de la dictature militaire en Argentine à cette époque. L'auteur appréhende avec beaucoup de subtilité l'obsession qu'elle soit dans la vengeance ou dans la passion amoureuse.
C'est un très beau livre qui laisse un sentiment de profonde tristesse.


samedi 9 avril 2011

Philippe Besson : En l'absence des hommes

C'est le premier roman écrit par Philippe Besson. Il nous a permis de découvrir un auteur tout en sensibilité et émotion au style incomparable.
C'est l'histoire d'un très jeune garçon Vincent. Il a 16 ans en 1916 et découvre l'amour dans les bras d'Arthur, jeune soldat de 20 ans, fils de sa gouvernante. En parallèle il noue une amitié très intimiste avec l'écrivain Marcel Proust, 45 ans et une réputation sulfureuse.
C'est aussi l'histoire des deux hommes de sa vie qui chacun à sa manière le fera grandir.
Philippe Besson rend ici un très bel hommage à Proust , à son écriture si romantique. Les pages racontant la première rencontre, le premier baiser entre Vincent et Arthur sont lumineuses et ne jouent pas l'excès ou la mièvrerie.
A l'insouciance de Vincent l'auteur oppose la gravité d'Arthur, aux frivolités de la vie mondaine il montre l' horreur de la guerre dans les tranchées.
Pendant 7 nuits, le temps d'une permission, Vincent et Arthur vivront des moments d'une intensité éblouissante.
Ensuite vient le départ et l'incertitude du retour et le texte devient épistolaire. Arthur envoie des lettres du front d'un terrible réalisme tout en constatant la force de son amour pour Vincent.
Proust devient alors le confident et les lettres adressées à Vincent sont remplies de sagesse et d'élégance.
Le style de Besson est très vif et répétitif au début, comme l'impatience de ce jeune homme face à la vie qui l'attend. Puis il devient fluide, sensuel à mesure que l'amour grandit.
La tragédie arrive et la fin est surprenante, mais il reste de cette lecture une lumineuse leçon d'amour.






lundi 28 mars 2011

Pete Dexter ; Spooner

Pete Dexter met en scène la vie d'un anti-héros, Spooner dont la naissance a eu le malheur de faire mourir son jumeau représentant ainsi pour sa mère l'imposteur. Spooner n'aura de cesse de chercher sa place dans la société ou des explications sur la vie et comment avancer.
Comme Garp dans le cultissime roman de John Irving en moins catastrophique, Spooner ne comprend pas les règles imposées par l'éducation, la société de l'époque (le roman débute en 1950). Il tentera d'y échapper en allant au devant de toutes les anecdotes d'une vie simple mais qui prendront avec lui des dimensions très chaotiques. Rebelle, incontrôlable, en désaccord profond avec son temps, il a une vision personnelle du monde qu'il ne peut pas appliquer.
Largement autobiographique, ce roman est touchant par la relation de Spooner avec son beau-père. Ancien officier de la marine, cet homme calme et toujours présent tentera de le comprendre, de l'aider et surtout de l'aimer. Toute sa vie il essaiera de le sortir de situations qui auraient pu l'entraîner dans le tourment.
Dans une très belle et riche écriture, Dexter nous offre à travers une histoire aussi drôle que poignante un regard sur l'Amérique qui a cru en ses valeurs et en son rêve et que les années 60 allaient anéantir.

dimanche 27 mars 2011

Antonio Lobo Antunes : Mon nom est légion

Pendant toue une nuit un gang de jeunes adolescents âgés de 12 à 19 ans se livrent à des actes de violence.
Chargé par sa hiérarchie de mettre un terme à toute cette violence, un policier fatigué et usé par la vie, établit un rapport et met en place les moyens pour en terminer avec eux.
A travers les notes qu'ils rédigent, il va livrer tout au long de la nuit, ses réflexions sur sa vie, son couple, ses échecs, la vieillesse, la mort.
S'immisce aussi dans ses interrogations, l'histoire de ces jeunes issus de banlieues défavorisées.
C'est leurs paroles que le lecteur va entendre tout au long de ce douloureux récit.
Témoignages d'une vie de solitude, absente d'amour où la violence s'est installée depuis le début :cris de douleur et de haine, cris de détresse d'un monde à l'agonie.
Exclus par les blancs unis dans un racisme d'une force inouïe, nègres, métis, laissés pour compte, tous ceux que la vie n'a pas compris, vont à travers ce rapport révéler le néant de leur existence.
Dans une écriture poétique, l'auteur donne un souffle et un rythme à chaque intervenant.
La noirceur côtoie la lumière dans un texte surprenant par sa construction.
Par son style énigmatique, l'auteur souhaite changer l'art d'écrire et voudrait que le lecteur oublie ses expériences antérieures de lecture. Exercice très difficile mais important pour s'approprier le message d'Antunès.



lundi 7 mars 2011

Eric Faye : Nagasaki

Lauréat du Prix du Roman de l' Académie Françoise, ce petit livre est d'une puissance surprenante.
Tiré d'un fait réel survenu en 2008 au Japon, il met en scène un japonais de 57 ans troublé par la sensation d'une présence chez lui. D'abord certains objets changent de place, ensuite la nourriture disparaît. Son monde réglé par le travail, les horaires, les collègues et surtout par la solitude et le manque évident d'inattendu explose. Quand il constate qu'une chômeuse habite sa maison à son insu depuis 1 an, le doute et l'inquiétude s'insinuent dans sa vie.
L'intruse sera arrêtée, jugée après avoir été filmée par une webcam installé par Shimura-san.
C'est un livre qui intrigue par la fiction frôlant le réalisme mais surtout par la réflexion qu'il apporte sur la solitude dans un monde impersonnel où l'individu n'a pas d'histoire.
Le récit de l'homme traquant l'indésirable comme un chasseur alterne avec ses doutes et sa honte devant la dénonciation, la remise en question de la notion de maison, le poids du passé.
Le rapport de police nous fait découvrir le parcours de cette femme, comment les accidents de la vie transforment en laissé pour compte. Le lecteur en sait plus sur cette femme et la recherches de ses origines.
Les mots de la fin appartiennent à cette femme et c'est là toute la magie de ce texte. En dire plus ne serait pas charmant.
L'écriture d'Eric Faye est nette, précise et rapporte bien l'ambiance japonaise. Le travail, le bruit, l'intérieur et son espace sont décrits avec beaucoup d'authenticité comme le rappel du poids de la mémoire dans ce pays.





dimanche 27 février 2011

Véronique Olmi : Cet été là

Véronique Olmi situe son dernier roman pendant le week-end du 14 Juillet en Normandie. Trois couples d'amis depuis des années se réunissent là pour passer une parenthèse dans leur quotidien usé par le temps. Cet été là est celui des bilans où l'on sent dès le début que ce sera le dernier.
Comme dans un film de Claude Sautet, l'auteur raconte une histoire simple, les relations de couple, les rires autour d'un dîner, le soleil, la mer, la fin d'une époque. Le couple à la réussite professionnelle et financière éclatante dont l'amour et l'intimité se sont envolés, un autre couple toujours étonnamment amoureux et l'éternelle célibataire présentant toujours sa dernière conquête.
Dans cet été qui s'annonce, un élément perturbateur dévoile les non-dits et les silences enfouis. Les révélations dénoncent l'amertume et les doutes et souffrances.
Dans une prose nostalgique, Véronique Olmi détaille avec beaucoup d'enchantements et de vérité, les sentiments, les regrets et la vie qui reste à venir.
Les couples se déchirent, broyés par le temps parce que l'immuable n'existe pas. Mais la vie c'est ça justement, le mouvement, alors il n'y a pas à hésiter.

dimanche 13 février 2011

David Vann : Sukkwan Island

Pour cet ouvrage David Vann a reçu le Prix Medicis Etranger en 2010. C'est l'histoire de Jim, complètement égoïste et paumé, divorcé il est père de deux enfants et vit actuellement séparé de sa dernière compagne. Il décide alors de tout quitter pour partir sur l'île de Sukkvann où il a acheté une cabane. Loin de tout et coupé de la civilisation, cette année d'isolement lui permettra de faire le point et de se reconstruire. Dans son aventure il emmène son fils Roy, 13 ans.
Dans un retour à la nature absolu avec pour seul lien avec les hommes une radio, le père et le fils vont essayer de se connaître et d'aller au bout de cette expérience unique.
Le décor grandiose tant par sa beauté que son hallucinant isolement entraînent le lecteur dans une situation difficilement soutenable.
D'autant plus que Jim se révèle très vite minable, aussi bien dans son rôle de père que celui d'homme.
La nature le rattrapera violemment par son implacable puissance et le lecteur sombre alors dans un huis-clos où la folie est présente du début à la fin.
Une atmosphère violente où l'on sent que la raison va basculer. Les scènes de chasse, de construction d'abris, les journées de pluie, de froid basculent dans l'irréel.
Servi par une écriture sèche, nette et efficace, l'ouvrage détaille bien la personnalité de ces pères (et mères) irresponsables qui voient dans leurs enfants des partenaires à qui tout peut être dit.
La première partie finit avec une phrase d'une violence extrême et laisse présager du délire dans lequel plongera ce père.
C'est un livre sombre, noir où les quelques passages lumineux nous broient tant le ton reste haletant. Roman du manque, de la défaillance, de l'immaturité qui laisse un certain malaise.



Jonathan Coe : La vie très privée de Mr Sim

Jonathan Coe renoue avec l'humour et l'ironie pour son dernier livre qui nous raconte l'histoire de Mr Sim (comme la carte), un anti-héros en grande difficulté dans sa vie très privée.
Depuis sa naissance non désirée Maxwell Sim est un vrai perdant, sa femme vient de le quitter, sa fille se moque de lui , il est en pleine déprime et ne travaille plus. Prêt à trouver des réponses à ce mal être, il va se confronter à des situations desquelles il ne sort pas vraiment brillant. De retour d'Australie où il est allée rendre visite à son père pour un ultime échange, il rentre à Londres et se voit proposer un poste de commercial dans une entreprise de brosses à dents écologiques.
C'est le départ pour une prospection dans le nord du pays et pour lui l'occasion de retrouver les lieux de sa jeunesse.
Dans un récit à la première personne, ce héros sans aucune superbe nous narre ses erreurs, ses manques et ceux de ses proches. Au rythme de ses souvenirs et de lettres retrouvées, de récits d'un certain navigateur et d'apparitions de personnages décalés, nous entrons dans l'univers de solitude de Mr Sim.
Jonathan Coe nous distille avec beaucoup d'humour les ratés de la société anglaise où l'être humain est désespérément seul. Seul avec Internet qui le relie pourtant au monde entier, seul avec tous ses amis de Facebook, seul avec son portable, seul avec son GPS à la voix rassurante.
Le livre nous interroge sur les moyens de communication mis à disposition et la solitude qui envahit malgré tout nos vies. Une certaine société codée où le Net viole et surveille notre vie privée et où l'écologie devient une nouvelle valeur marchande.
Autant de thèmes, de pièces de puzzle servis par une écriture vive, nerveuse, balançant entre le conte et la vérité. Mais l'écrivain reprend le dessus et nous réserve une belle surprise avec une fin aussi littéraire que talentueuse.