Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




lundi 30 mars 2009

Eric-Emmanuel Schmitt : Oscar et la dame rose

C'est l'histoire d'Oscar qui a dix ans et qui est à l'hôpital, sa santé se détériore et même si on ne lui dit pas Oscar sait qu'il va mourir. Ses parents lui manquent même s'il ne supporte plus de les voir. Madame Rose est là qui lui rend visite et avec ses mots pour lui, invente des histoires de catcheuses plus drôles les unes que les autres. Et puis elle va conseiller à Oscar d'écrire à Dieu, de lui parler , de lui expliquer , de lui demander.
L'émotion est palpable face à ce petit garçon qui souffre, qui veut vivre, qui ne comprend pas. Il donne une véritable leçon de courage et d'humilité. Le sujet est trop poignant et on ne peut pas rester insensible à cette lecture.
Ecrit comme un conte philosophique, métaphysique sur la souffrance, ce livre nous touche au plus profond de nous.
Les lettres qu'Oscar écrit à Dieu sont absolument magiques.
L'écriture est belle, c'est un court roman, à lire pas trop vite pour en apprécier toute la poésie et l'émotion.
Une belle phrase du texte afin de ne pas oublier Oscar : " Il s'est éteint ce matin, il a fait ça sans nous, il voulait nous éviter la violence de le voir disparaître. C'était lui en fait qui veillait sur nous".

vendredi 27 mars 2009

Marlen Haushofer : Le mur invisible

C'est un livre extrêmement bouleversant et profondément perturbant, où la nature devient la seule et dernière compagne possible.
Un mur invisible apparaît soudain suite à une catastrophe dont on ne saura rien mais dont on devinera toute la violence inouïe, et isole
ainsi dans un chalet de montagne en Autriche une jeune femme. Toute vie est figée derrière ce mur glacée et transparent. Au début il surprend et effraie, ensuite la narratrice essaie de l'oublier pour faire la seule chose dont elle ne se savait pas capable, survivre en cherchant de quoi manger. Dans cette nature hostile, seule avec quelques animaux, bloquée par ce mur invisible elle va s'approprier l'espace, le temps et la forêt et trouver dans cette maison un refuge au monde menaçant et silencieux qui l'entoure.
Ce livre est particulièrement dur, dur envers cette humanité capable de créer les pires fléaux. L'homme est lâche et méchant. La femme le sait, alors elle donne toute son énergie dans le travail et découvre son amour infini pour les animaux rescapés comme elle. Vache, chat, chien deviennent ses amis et elle comprendra grâce à eux que l'homme ne mérite ni pitié, ni compassion. Maintenant seule, elle réalise ce qu'est la vie quand un être dépend de soi, elle s'engage au nom de ses compagnons de naufrage, pour sauver cette bribe d'humanité.
L'écriture est claire et limpide comme ce mur qui se dresse effroyable pour nous rappeler combien il est risqué de s'aventurer au delà.
Le récit est le journal de survie tenu par la narratrice, chaque nuit, chaque jour elle dépasse les limites de l'angoisse et de la peur, chaque jour elle explore son environnement, chaque jour elle continue au delà d'elle même. Rester à tout prix active pour empêcher le passé de revenir est son seul combat.
Récit terrible et troublant qu'il est difficile d'oublier facilement. L'idée que la vie, le monde ne tiennent que par les envies des hommes, et qu'une femme dans la plus profonde des solitudes peut recréer une certaine vérité de l'humanité est assez fascinant.


samedi 21 mars 2009

Philippe Deblaise : Au sommet des grands pins

J'ai eu la chance de rencontrer récemment Philippe Deblaise, auteur et libraire spécialisé dans les manuscrits d'équitation à Saintes, et il m'a très gentiment dédicacé son dernier livre "Au sommet des grands pins". Plusieurs de ses ouvrages parlent équitation et manuscrits anciens, alors voilà son premier roman écrit en dehors de son univers familier.
L'histoire est celle d'un écrivain, le narrateur, qui a du mal à trouver la gloire avec ses livres. Oui le problème c'est ça, il aimerait une reconnaissance, il aimerait être un vrai écrivain. Mais il le sait , il a du mal à écrire et puis il n'écrit pas vraiment bien. Bon le voilà face aux angoisses réelles d'un écrivain, l'absence de talent, la lueur géniale ne brille pas. Un jour il dédicace à une belle jeune femme un livre dont l'auteur porte le même nom que lui, elle s'est trompée de personne mais ne le lui dit pas. Alors voilà, l'angoisse le torture davantage quand il découvre que son homonyme écrit beaucoup mieux que lui et possède un véritable talent. La suite est très subtile, elle nous entraîne dans une sorte d'errance avec cet écrivain qui se fait passer pour un autre et qui fait tout pour le rencontrer. On se doute bien que cela va mal finir, il y en a un en trop. L'auteur talentueux ne veut plus entendre parler de succès, de livre, désabusé par la vie , il semble arrivé au bout de tout. Les autres personnages sont tout aussi désespérés et très diaboliques, femmes ou hommes. Comme toujours, la raison arrive trop tard et le narrateur paiera très cher sa recherche de reconnaissance et de gloire.
A t-on le droit d'aller si loin dans son envie de réussir, peut on dissiper ses angoisses en usurpant le talent d'un autre, tout est il vraiment permis? Peut on faire illusion?
Les questions se bousculent et les réponses entraîneront le narrateur vers une fin sans gloire.
J'ai beaucoup aimé le style, les descriptions de la Charente Maritime, de Royan et ses plages sont très belles. L'auteur aime sa région et on le sent. Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point les pins pouvaient offrir un tel spectacle, c'est assez remarquable.
C'est un bon livre, un bon thriller avec un dénouement assez brutal.



lundi 16 mars 2009

Jeanne Benameur : Une heure, une vie

Jeanne Benameur écrit beaucoup pour la jeunesse, et je voulais connaître ses mots pour lui parler. Je viens donc de terminer ce roman et l'univers de Benameur est là avec les sentiments à fleur de peau, avec les mots qui sont là guérir les maux et puis à la fin ce soleil timide qui nous incite à y croire, à se dire oui on va y arriver !
L'histoire est celle d'Aurélie, jeune adolescente qui va bien et qui voit son monde, ses repères voler en éclat quand ses parents lui annoncent le plus calmement possible qu'ils se séparent. Pas de porte qui claque, pas de cris, ni pleurs. Rien. L'amour s'en va comme ça. Et elle ne comprend pas. Comment peut on ne plus s'aimer ? Pourquoi ? Elle est triste, bascule dans le vide où les couleurs ont disparu. Elle est triste à en être malade, elle veut dire les mots, elle veut être consolée.
Alors dans le train qu'elle prend pour rendre visite à son père, Aurélie s'invente et raconte et se raconte des vies, des histoires où elle est une héroïne malheureuse. Ses mensonges marchent, les voisins compatissants la consolent, elle se sent soulagée jusqu'à la prochaine histoire !
Mais un jour elle fera une belle rencontre et voilà c'est là le soleil de Benameur, et Aurélie n'aura plus besoin de raconter des mensonges, elle sourira à nouveau.
Jeanne Benameur trouve les mots pour dire la désespérance de cette enfant, le vide crée par une décision (sage) d'adulte, le manque de mots aussi. C'est vraiment très beau !

dimanche 15 mars 2009

Daniel Mendelssohn : L'étreinte fugitive

Je n'avais pas lu "Les disparus" de Mendelssohn, livre paru en France avant "L'étreinte fugitive" édité il y a déjà 10 ans aux Etats Unis et qui fait partie d'une "trilogie" dont le troisième volet sera écrit très prochainement par l'auteur qui s'installe en France pour cette raison.
Ecrit d'une manière directe et sans artifice, l'auteur nous raconte sa passion pour la Grèce (et les Grecs), la culture Gréco-latine, l'histoire de sa famille et son identité juive, New York et les garçons. Côté ombre et côté lumière.
Sa quête d'identité, ou plutôt ses identités, plonge dans ses zones d'angoisse et de solitude.
Ce récit est très subtilement construit, sur la base des mythes à travers les textes grecs anciens ( Catulle traduisant un poème de Sapho, la tragédie d'Antigone, Apollon..), les histoires intimes et familiales se mêlent et construisent leurs propres mythes.
Homme à multiples identités, Mendelssohn nous entraîne non pas dans une histoire d'amour mais une histoire de désirs. Avec la découverte de son homosexualité et sa difficulté de l'assumer dans les années 70-80, son désir pour les beaux garçons dans un New York aux allures de fêtes décadentes, ses voyages culturels agrémentés toujours de rencontres et de sexe, rencontres brèves, nombreuses faites uniquement de désirs , à la recherche de l'étreinte fugitive, l'auteur nous montre sans fausse pudeur une facette de sa personnalité.
A la recherche de ses origines, du poids du passé dans la fuite du présent, il nous raconte l'histoire des morts de sa famille. La tante morte une semaine avant son mariage, si jeune et si belle crée le mythe familial qui va habiter l'auteur et devenir son Graal.
Habilement mené le texte alterne histoires personnelles et mythes anciens avec une réflexion sans excès sur l'homme profond qu'est l'auteur : un écrivain, homosexuel, universitaire brillant et père aimant d'un petit garçon.
Sa façon à lui de concilier et conserver ainsi une harmonie qui lui convient est de cloisonner ces vies. Il a plusieurs facettes il veut pouvoir les vivre, sans souffrir et sans faire souffrir.
Un beau témoignage très bien écrit.

vendredi 6 mars 2009

Marcus Malte, un jardin de fleurs vénéneuses....

Garden of love, grand prix littéraire des lectrices ELLE 2008, est le premier livre que je lis de Marcus Malte et j'ai été littéralement hallucinée par cette écriture et cette histoire. Ouf ça fait quand même du bien quand ça s'arrête. Impossible de quitter le roman, pourtant tout est glauque et on a l'impression de sombrer dans l'alcool.
Pour ceux qui aiment bien comprendre tout de suite, je leur conseille de ne pas lire ce livre. Il faut se laisser porter par l'histoire de ces personnages si troublants, si dérangeants. Rien n'est clair au départ même à la fin mais tout se rejoint.
Un ancien inspecteur de police, paumé revenu de tout, reçoit un manuscrit dont le titre fait référence à un poème de William Blake, Garden of love. Cent pages qui le ramènent des années en arrière et le mettent face à sa propre vie et ses drames, ses dérives. Tout y est. Même si l'auteur est anonyme, les indices le mettent sur la piste.
C'est alors un formidable et haletant récit sur la schizophrénie, le double, le mensonge, la vérité.
La part d'ombre que chacun porte en soi, on croit comprendre mais chaque chapitre dévoile et reprend l'intrigue en y ajoutant autant de doute, de peurs et d'horreur.
Un jeu de vie et de mort où chacun essaie de croire et de faire croire.
C'est un livre facile à lire, peut être plus difficile à comprendre, il est déroutant, dérangeant.
Je ne le considère pas comme un polar, mais plus comme un roman, roman dense où chaque mot frappe avec précision.
La toute première scène est à couper le souffle, l'écriture est froide nette et précise.
A lire absolument.




lundi 2 mars 2009

Paris-Brest : un gâteau empoisonné

Je viens de découvrir Tanguy Viel et son dernier roman "Paris-Brest" et j'ai été assez subjuguée par son style très intimiste, très fort avec un sens de l'intrigue assez perspicace.
La roman se déroule à Brest, ville de béton passant de la laideur à la beauté, c'est la Bretagne avec sa mer bleu gris comme le ciel, c'est aussi la province avec les codes de sa bourgoisie.
Un univers étouffant et pesant, où les non dits poursuivent le narrateur. Louis, le fils aîné, est parti à Paris pour fuir, oublier cette famille haïe et adorée à la fois, et revient trois ans plus tard avec dans sa valise des pages de thérapie. Il a terminé de raconter l'histoire familiale. Mais a- t- on le droit même quand on est un écrivain de faire du mal à des êtres de chair pour exorciser ses fantômes ?
L'histoire est une histoire de famille où les protagonistes sont tous plus détestables dans leur faiblesse, leurs envies, leur impuissance les uns que les autres y compris le narrateur.
Le moteur ? l'argent bien sûr, qui fait ressortir en chacun le côté le plus sombre.
La grand mère à la fin de sa vie héritière d'une fortune estimée à plusieurs millions, la fille fière petite bourgeoise frustrée, mère et épouse sans aucune sensibilité ni amour, le mari dirigeant du club de foot de Brest et ancien escroc, le plus jeune fils à l'homosexualité refoulée, l'aîné attiré par tout ce qui est en dehors du cercle familial composent cette galerie de personnages familiale sur le déclin. Chez ces gens là, on n'aime pas les pauvres et on le prouve. Aussi quand la grand mère emploie une femme de ménage Madame Kermeur, la mère se méfie, en plus si le fils Kermeur est l'ami de Louis on doit se protéger.
Aussi drôle que tragique, ce livre nous dépeint une société de province étouffée par les carcans de l'apparence, du quand dira-t-on avec la description du cercle de la marine où les pseudos bourgeois doivent être vus. Mais c'est le cercle familial qui étouffe et détruit le plus. Là, tranquillement on se haie, on se détruit avec les silences et les absences.
Et puis il y a l'oeuvre littéraire, son rôle, sa fonction. Exorcisme, passion, règlement de comptes ? Avec l'auteur-narrateur,à travers ses mots répétés, ses fins de phrases reformulées nous assistons et prenons part à l'écriture de son ouvrage familial.
C'est un livre très attachant par sa difficulté d'être.
Et on se rend compte que le linge sale ne se lave pas en famille, surtout pas.




dimanche 1 mars 2009

Le dernier Philippe Djian, faut il lui pardonner ?

Je suis restée très perplexe après la lecture du dernier livre de Philippe Djian "Impardonnables". J'avais vraiment dévoré Doggy Bag, le feuilleton sur papier si drôle, si caustique et époustouflant, écrit sur un rhytme d'enfer. J'ai été fan des aventures de la famille Sollens où chaque personnage est un roman à lui tout seul.
Mais que dire de ce dernier livre ?
Je m'attendais à beaucoup mieux, une histoire de famille très compliquée, une quête tortueuse où les héros empruntent des chemins les plus difficiles.
Certes, l'auteur a vieilli, comme le narrateur il s'est calmé, fait le bilan de sa vie, mais voilà ça ressemble à du Djian mais en moins bon. Dommage, certaines phrases sont percutantes, sulfureuses et on se dit ça y est ça va repartir, mais non il s'écoute ou plutôt il se regarde écrire.

L'histoire alors ? Celle d'un écrivain, la soixantaine ancien romancier à succès. Il a vécu une tragédie 15 ans plus tôt, sa femme et sa fille sont mortes dans un accident de voiture. Il a refait sa vie dans le pays basque et là pour une raison qui reste un peu obscure, il ne veut plus parler à sa deuxième fille. Sa deuxième épouse le délaisse plus ou moins , il se lie d'amitié avec un jeune homme complètement déjanté, seul personnage intéressant et peut être profond, qui deviendra après avoir été un pseudo détective, l'amant de sa femme. Voilà il n'y a pas de rebondissement, les mots s'enchaînent et ne nous surprennent pas.
L'écriture, dans le style hâché, reste fluide mais les retours dans le passé peuvent lasser. L'univers de Djian que j'avais vraiment aimé dans ces livres est ici très superficiel et entendu.
Les clichés sur l'adultère de sa femme, sur les remords ou le showbizz sont décevants.
Voilà ce livre se lit trop facilement et j'attends autre chose d'un livre.