Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mardi 8 mai 2012

Jean-Luc Seigle : En vieillissant les hommes pleurent

Jean-Luc Seigle raconte avec une infinie délicatesse les dernières vingt quatre heures de la vie d'un homme, Albert. C'est l'été 1961, un été qui marque la fin de toute une époque. L'histoire se passe à Clermont-Ferrand,   Albert a cinquante ans, ouvrier chez Michelin, il reste profondément  attaché à la terre de ces ancêtres. Fait prisonnier sur la ligne Maginot, Albert est rentré après 5 ans de captivité en s'enfermant dans un profond mutisme. Il a deux fils, Henri parti à la guerre en Algérie et Gilles passionné de lecture. Il reconnaît à peine sa femme qui se métamorphose en superbe créature  superficielle, éprise de modernité et de vide. En une journée, Albert va faire le bilan de sa vie et c'est vers une fin inéluctable qu'il conduit le lecteur. Le changement du monde se fera sans lui parce qu'il ne s'y reconnaît pas.
C'est un roman d'une grâce inouïe, qui évoque la nostalgie d'un passé rude mais pourtant humain. Les réflexions de lecture de Gilles sur le Père Goriot invite Balzac dans cet été 1961. Les souvenirs de vie dans ces campagnes marquées par le remembrement prôné par De Gaulle sont empreints d'une émouvante nostalgie. L'arrivée du premier téléviseur dans la maison bouleverse à jamais l'horizon familial et culturel.
Mais Albert ne sait pas parler, il n'a jamais eu les mots pour le dire. Il est blessé à mort mais ne peut l'expliquer. Il ressent, il attend cette "balle perdue" qui va enfin trouver le chemin de son coeur.
Allant à l'encontre de sa femme, Albert confiera Gilles à un maître d'école afin qu'il puisse un jour dire à sa place les mots qui lui ont tant manqué, expliquer la guerre, raconter ses silences. Comment transmettre quand les mots ne peuvent se dire ? 
Un très beau roman à tiroirs qui nous parle du passé, du présent et laisse supposer le futur. Un livre qui nous interpelle sur les silences qui font si mal et la vie quand elle n'est que désespoir.




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