je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

mercredi 19 mai 2021

Colombe Schneck : Deux petites bourgeoises



Colombe Schneck avec beaucoup de délicatesse dresse le portrait de deux jeunes bourgeoises parisiennes, Esther et Eloïse.

Elles se connaissent depuis 1977, en sixième. Elles fréquentent la même institution scolaire, l'Ecole Alsacienne et répondent aux mêmes codes, partagent les mêmes vacances ultra protégées, sont snobs parce qu'elles ne le savent même pas.

Bref, des petites filles à papa, bourgeoises depuis plusieurs générations, même si le parcours de leurs parents est différent.

Elles gravitent dans la même sphère et ont du mal à voir qu'ailleurs existent d'autres gens.

L'auteur nous plonge dans les symboles de la bourgeoisie mais nous raconte surtout l'amitié entre deux jeunes filles, leurs interrogations sur le passage à l'âge adulte, sur les tempêtes qui secouent leur famille et leur couple.

Bourgeois ou pas nous vivons à l'intérieur de nous les mêmes angoisses, les abysses. L'amitié, l'amour, la maladie et  la mort que l'on ne peut accepter concernent tout le monde.

Colombe Schneck le fait avait beaucoup de nostalgie avec un style bien à elle et grâce à ces jeunes femmes nous traversons toute une époque politique et sociale.

C'est léger et grave à la fois, une belle lecture.

Colombe Schneck - Deux petites bourgeoises - Editions Stock - Parution Avril 2021 - 148 Pages - 17 €


mardi 11 mai 2021

Nancy Huston : Arbre de l'oubli

 


Magnifique roman choral, Arbre de l'oubli, nous montre avec les mots de Nancy Huston toute la difficulté d'une destinée.

Avec beaucoup de subtilité et de sensibilité, l'auteur donne vie à deux familles, l'une juive les Rabenstein, l'autre protestante les Darrington. Sur trois générations et avec des points de vue différents, elle aborde avec intelligence beaucoup de thèmes et de questions.

Que ce soit la filiation, la quête d'identité, le fait d'appartenir à une famille, l'esclavage, le racisme et tout ce qui touche à une vie emporte le lecteur dans  l'ombre et la lumière de personnages ancrés dans leur quotidien et touchés par l'Histoire.

La complexité et l'originalité de la construction narrative impliquent davantage le lecteur dans l'histoire des personnages, de l'enfance à l'âge adulte avec les doutes et les failles qui les habitent.

A travers des voix différentes, des lieux et les époques qui changent, un style et un ton différent, Nancy Huston nous explique toute la difficulté de s'affranchir du passé pour construire son chemin.

Joël Rabenstein, brillant anthropologue et Lili Rose sa femme née Darrington, profondément athées ont eu une fille Shayna, jeune métisse, par procréation pour autrui.

Ils n'auront de cesse de se libérer de leur passé et croyance familiale tout en étant concernés par les événements de leur époque.

Un grand roman qui se lit avec beaucoup d'attention et dont l'écho très actuel nous poursuit une fois la lecture terminée.

On aurait aimé faire un bout de chemin avec Shayna , jeune femme lumineuse.

Un livre ambitieux qui interroge et nous montre combien la littérature est nécessaire.

C'est l'occasion de lire ou relire "Lignes de faille" de l'auteur auquel m'a fait pensé "Arbre de l'oubli".

Nancy Huston - Arbre d'oubli - Editions Actes Sud - Parution mars 2021 - 320 Pages - 21 €


mercredi 5 mai 2021

Kate Quinn : La chasseresse



L'auteur nous plonge dans un passionnant roman à travers l'histoire de trois personnages confrontés aux horreurs de la guerre qui, après le procès de Nuremberg, décident de retrouver les criminels nazis enfuis.

Ian, journaliste anglais a été confronté à la mort de son frère, assassiné par la maîtresse d'un haut dignitaire nazi. Coupable de tortures et de meurtres d'enfants, elle a réussi à fuir et devient la cible que Ian et Tony jeune juif américain traquent avec acharnement.

Nina va les aider, elle a eu affaire à cette femme, surnommée la Chasseresse. De nationalité russe, Nina a fait partie d'une escadrille de femmes pilotes chargée de bombarder les sites allemands.

Une nuit son avion s'écrase en territoire ennemi. Obligée de se cacher sa vie ne tient qu'à un fil, elle rencontre cette femme, s'en sortira mais ne l'oubliera pas.

Ensemble ils retrouvent sa trace qui les conduit aux Etats-Unis, à Boston après la guerre.

A Boston où Jordan jeune américaine, passionnée de photos et d'une folle envie d'indépendance , fait la connaissance de sa nouvelle belle-mère. Une jeune femme dont personne ne connaît le passé.

Leurs chemins vont se croiser et la trame romanesque est certes très bien menée avec un suspense croissant.

L'histoire de ces femmes pilotes est unique, surnommées "les sorcières de la nuit",  montre que pendant les guerres les femmes ont su défendre leur pays.

Beaucoup de thèmes sont évoqués ici grâce aux personnages attachants portant des blessures profondes et vraies, comme Nina  pilote et femme sublime et téméraire.

Nous tremblons pour elle au fin fond de la Sibérie au bord de ce lac d'où émergent les pires légendes auprès d'un père alcoolique et violent.

Mais aussi pour le peuple russe qui souffre des injustices du parti qui  surveille et oblige les dénonciations.

Nous sommes confrontés à une Amérique d'après guerre soucieuse de combattre les communistes et oublier la guerre qui est maintenant finie que de traquer les nazis en fuite.

Un magnifique roman qui nous emporte au cœur de l'Histoire. A lire absolument.

Kate Quinn - La chasseresse - Editions Hauteville - Traduit de l'Américain par Agnès Joubert - 704 pages - 19.50 €

jeudi 22 avril 2021

Emuna Elon : Une maison sur l'eau



 Entre Jérusalem où il vit  et Amsterdam où il est né, nous suivons les traces de Yoel Blum célèbre écrivain israélien venu justement dans sa  ville natale pour la promotion de son dernier livre.

En visitant le musée de l'holocauste, il découvre sur un court film de l'époque, sa mère tenant dans les bras un bébé qui n'est pas lui.

Commence alors pour lui une quête de la vérité sur sa famille, sur ce qu'il ressent depuis son enfance, sur ses peurs, ses angoisses et sa difficulté à dévoiler ses sentiments.

Sa sœur restée en Israël lui donnera quelques pistes sur ce passé dans ce pays où ils avaient promis tous les deux, à leur mère, de ne jamais retourner.

Une histoire bouleversante et éblouissante dans une ville ravagée par la guerre où les Juifs sont poursuivis, spoliés et déportés. L'histoire de cette famille s'inscrit dans l'incohérence absolue qu'engendrent les massacres des Juifs dans les pays occupés par l'Allemagne nazie.

La force et l'originalité de ce roman est la proximité des années de guerre dans une ville qui perd tous ses repères comme les familles juives qui y vivent, et les chemins empruntés dans cette même ville de nos jours par un écrivain à la recherche de son histoire familiale.

Un paragraphe sur une époque, un interligne et une autre époque prolonge la vie des protagonistes à travers la quête du héros.

Ecrit superbement, malgré quelques longueurs que l'on oublie vite, il  reste  la découverte ou redécouverte d'Amsterdam, une balade prodigieuse de nos jours et dans l'Histoire.

Un coup de cœur énorme pour cette découverte d'auteur, Emuna Elon, traduite pour la première fois en France et qui porte la voix des disparus.

A lire.

Emuna Elon - Une maison sur l'eau - Editions Albin Michel - Traduit de l'Hébreu par Katherine Werchowski - Parution mars 2021 - 336 Pages

samedi 10 avril 2021

David Zukerman : Iberio



Mercedes Montalvo a quitté l'Espagne pour fuir la misère et un père violent et alcoolique et une mère battue, qui enchaîne les grossesses. Elle a seize à peine quand elle gagne Paris son bébé sous le bras.

Commence alors la galère, les petits boulots et la vie d'une mère célibataire dans une ville où elle ne connaît personne.

Une vie qu'elle consacre à son enfant Iberio, "pour qu'il n'oublie pas d'où, il vient", une vie sans homme faite de travail. Mercédès est consciencieuse, et elle décroche une place de concierge dans un immeuble  du 16ème.

Y vivent un peintre célibataire à la gloire déclinante, un médecin coureur de jupons, une vieille voisine un peu trop curieuse. Un petit monde pour lequel travaille Mercedes et qui respecte cette jeune femme travailleuse, sérieuse et courageuse.

C'est le quotidien d'un immeuble huppé où l'art s'invite dans la personnalité d'un peintre revenu de tout sauf de l'amour éperdu qu'il éprouve pour la trop jolie concierge.

C'est aussi l'amour absolu d'une femme pour son enfant et d'un secret de famille.

Le secret est révélé à la fin et donne un peu plus de consistance au personnage de Mercédès et à ses choix de vie, rendant le récit plus palpitant.

Un roman sympathique mais sur lequel je suis restée parfois en dehors malgré des personnages fouillés, des thèmes intéressants, comme la création artistique.

L'histoire reste une succession de faits anecdotiques, mais c'est juste  mon avis.

David Zukerman - Iberio - Editions Calmann-Levy -  Parution Mars 2021 - 450 Pages -18.90 €


jeudi 1 avril 2021

David Vann : Komodo



     Tracy quitte la Californie pour une semaine avec sa mère, invitée par son frère Roy sur l'île de Komodo en Indonésie. A 45 ans elle est mère de jumeaux de 5 ans et cette semaine loin des charges familiales est la bienvenue. 
     Il faut dire que depuis la naissance de ses enfants, elle n'a plus une minute pour elle et se consacre exclusivement à eux. Son mari présenté comme un parfait égoïste ne l'aide pas, alors elle est débordée, fatiguée, et sombre dans un terrible burn out. 
     Une semaine exotique pour essayer de reprendre le souffle perdu et voir la vie d'une façon plus positive.
     Mais rien ne se passe comme prévu et les vacances exotiques se transforment en règlement de compte, décharge d'agressivité et de frustration.
     C'est son frère qui en fait les frais, lui  qui semble si libre et sans contraintes.
     Toute conversation démarre au quart de tour et la charge mentale subie par Tracy est trop forte.
     Entre dépression et folie, Tracy voit ses émotions lui échapper et sa famille est trop choquée par son attitude pour la soutenir.
     Alors, Tracy passera-t-elle de l'autre côté ? A lire bien sûr.
     Des thèmes chers à l'auteur. La famille, l'amour, la haine, la folie jamais bien loin et la tempête qui couve.
     Pour les amateurs de plongée, David Vann nous invite à des sorties en mer inoubliables. Les fonds sous-marin grandioses et la sensation de plénitude est ressentie réellement. Tout semble simple et pourtant le danger est là à chaque instant.
     L'auteur nous plonge dans le mental d'une femme, d'une mère à bout de nerfs, dépassée. C'est vrai l'arrivée d'un enfant en plus ici de jumeaux, change complétement la vie et la réaction de chaque femme est différente.
     Un petit bémol, Tracy est une femme qui a besoin d'être aidée, aimée, comprise mais j'avoue que je n'arrive pas à comprendre cette agressivité, cette non maîtrise de soi.
     La maternité est abordée d'une façon sombre et négative qui fait froid dans le dos parfois.
     Mais c'est ça aussi l'écriture de David Vann, il bouscule, il franchit la ligne.
     Un roman qui nous emmène loin sur le globe et dans notre âme.

David Vann - Komodo - Editions Gallmeister - Traduit de l'américain par Laure Derajinski - 304 pages - Parution Mars 2021


mercredi 24 mars 2021

Delphine de Vigan : Les enfants sont rois

 


Delphine de Vigan dans son dernier roman traite des conséquences de la téléréalité et du monde virtuel sur une famille et des ravages comportementaux sur les enfants qui en sont victimes 

A travers les parcours de Mélanie et de Clara, deux jeunes femmes ayant vibré à la toute première téléréalité avec Loana mais à des degrés divers et dont les chemins vont se croiser, l'auteur nous dresse un constat implacable de la société accro aux réseaux sociaux.

Mélanie, elle, a toujours rêvé de gloire et de paillettes. Aussi quand elle se rend compte du vide de son existence, elle décide de mettre en scène dans la vie de tous les jours, du lever au coucher, ses enfants, sa famille devenant trop rapidement des stars sur Youtube.

Enfin Mélanie existe, enfin elle est aimée, enfin elle est vue. Suivie par des milliers de fans sa vie quotidienne est devenue un véritable rêve et une vraie réussite professionnelle.

Jusqu'au jour où Kimmy est enlevée.

Clara chargée de l'enquête découvre le monde parallèle de la téléréalité, de Facebook et autres réseaux sociaux et découvre  l'argent que génèrent les vidéos postées par Mélanie. Un monde creux, vide d'émotions vraies qui kidnappent les enfants dans une fausse réalité en les rendant accros.

Un roman qui dresse un constat terrible de ce que la société a mis en place de plus nocif et toxique. L'intérêt de l'enfant n'existe pas sur les réseaux sociaux, c'est de la maltraitance  sans aucune surveillance ou lois pour encadrer cette situation.

C'est un livre très bien documenté, l'auteur nous plonge véritablement dans le vide sidéral d'un quotidien celui de Mélanie, jeune femme toujours à la recherche d'amour, de reconnaissance et d'argent. En suivant une enquête trépidante, le lecteur arrive dans les années 2030 où l'intelligence artificielle a bouleversé la vie mais le plus terrible c'est que c'est maintenant que ça se passe.

On ne lâche pas un instant ces enfants victimes d'une société qui devient folle et maltraités par des parents irresponsables.

Delphine de Vigan - Les enfants sont rois - Edition Gallimard  - Parution Mars 2021