Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




samedi 7 septembre 2013

Valentine Goby : Kinderzimmer

   Le livre débute dans une classe de lycéens avec l'intervention de Françoise, rescapée du camp de concentration de Ravensbrück. Elle raconte pour que l'oubli n'arrive jamais.
   Mais les souvenirs l'envahissent et elle redevient Mila la résistante, toute jeune femme, arrêtée en 1944 et mise dans un train avec 400 autres. Passionnée de musique et enceinte, elle arrive au camp et découvre l'innommable, l'inconcevable.
   Le quotidien est décrit, dépouillé, détaillé dans les plus petits gestes de survie de Mila et de ses compagnes d'enfer.
   Les mots frappent, happent, salissent pour dire la violence, la peur, la faim, le froid, les coups. De l'Apppell à 3 h 30 dans la nuit, la glace, la neige au coucher dans des châlits grouillant de  la pire des vermines, Mila découvre une nouvelles existence, apprend un nouveau vocabulaire, des codes qu'aucune civilisation ne pourra jamais écrire.
   La solidarité, infime et fragile, réchauffe et permet de rêver, la Marseillaise murmurée et les recettes de cuisine récitées sur le ton d'un humour désespéré permettent à ces femmes la traversée de l'horreur.
   Mila accouche et découvre la Kinderzimmer, la chambre des enfants. Dans un autre lieu, un autre temps c'est l'évocation de tendresse, d'amour et douceur infinie. Ici, Mila est confrontée à  l'autre réalité, celle du camp, des bébés de trois mois pas plus, ils sont vieux déjà, à bout et en manque de tout.
   Avec cette naissance, c'est un peu de la normalité d'avant qui entre dans le camp, un espoir ténu.
   L'écriture de Valentine Goby est remarquable, elle prend le lecteur par la main et lui dit regarde, c'est toi Mila.
   Avec elle, nous apprenons la langue du camp, les mots pour décrire l'abject, la façon de se tenir droite pendant l'Appell et chantonnons aussi pour vivre. Nous sentons, suffoquons les effluves    crasseuses et morbides.
   L'expérience est dure, elle râpe, elle brûle. Le livre devient par ce jeu de syntaxe brillant, ces mots scandés, ces descriptions sans concession, une aventure littéraire.
   Le camp vu par des femmes, par leur corps transformés et mutilés.
   Difficile et impitoyable témoignage où l'oubli ne peut advenir.



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