je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

lundi 6 décembre 2010

Frédérick Busch : Nord

Jack, ancien policier militaire, est devenu vigile dans un complexe hôtelier où il fait alors la connaissance d'une avocate en la sauvant d'une mauvaise rencontre. Elle lui demande de chercher son neveu disparu dans le nord de l'état de New York. Un endroit que notre héros connaît bien, il y a vécu les plus tragiques périodes de sa vie, en perdu sa femme et sa petite fille. Une région où l'hiver est toujours sur le point d'arriver ou de finir. En acceptant cette mission, Jack se retrouve face à son passé, à ses souvenirs, à ses questions restées sans réponse.
Le dernier roman de Frédérick Busch, décédé en 2006, mêle enquête policière et drame psychologique.
Les personnages, hommes ou femmes, ont été marqués par les coups que la vie distribue souvent.Comme Jack, ce sont des écorchés vifs que le lecteur croise dans ce retour au pays, au passé qui continue de hanter toujours.
C'est un roman noir au suspense soutenu, la description des souffrances psychologies ou physique sont faites avec beaucoup de sensibilité. L'auteur sait très bien nous plonger dans l'ambiance de ces paysages nord américains assez désolés, rudes où le climat difficile isole et façonne, les coyotes hurlent, le whisky devient un compagnon quotidien. L'envie de partir ailleurs tenaille les êtres noyés dans un désespoir climatique et affectif.
En enquêtant sur ce jeune homme disparu, Jack habité par les morts de sa vie retrouvera les traces de son passé, une dernière fois, pour enfin continuer la route.
Dans une écriture sensible et sensuelle, l'auteur offre un dernier livre emprunt d'une grande émotion.

Robert Goolrick : Féroces

Robert Goolrick est un écrivain américain, c'est aussi mon coup de coeur et découverte de cette rentrée littéraire.
J'ai commencé ce livre avec beaucoup de plaisir dans la description de cette famille drôle, originale, intelligente, aimant la fête et les cocktails et fréquentant la société sudiste de Virginie. Nous sommes dans l'Amérique des années 50 et l'auteur évoque ses parents et son enfance.
La description de ces années est teintée d'une couleur au charme passé, le lecteur sourit des extravagances de ce couple. Ils boivent un peu trop c'est vrai, aiment les soirées mondaines et les bons mots et ils sont si beaux , si brillants. Bien sûr ils ont du mal à joindre les deux bouts mais ils sont gais et tout est possible pour eux.
Il y a de l'humour dans l'évocation des années passées et l'écriture est puissante, intimiste, élégante, violente parfois dans le constat.
Puis le ton se fait plus grave et dans un souffle et des mots d'une grande beauté le lecteur est saisi par le témoignage, par ce long monologue insoutenable.
Sans se rendre compte chaque fête, chaque ivresse, chaque mot nous emmènent vers le mal, vers l'effroi. La révélation est implacable par la justesse de chaque mot.
L'écriture reste belle, elle devient douleur, elle percute, elle assomme. Sans cri mais avec une haine pour ses ignobles géniteurs, Goolrick nous raconte pourquoi il écrit, comment il s'en est sorti.
Il a vécu une enfance dévastée, a failli mourir mille fois et il porte sur la vie un regard désabusé et sur sa famille celui du petit garçon qu'il n'a jamais été.
Ce que je trouve "féroce" c'est que justement ses parents sont tout sauf féroces. Ils sont alcooliques, ils sont pauvres, tristes, perdus et tout simplement pitoyables dans une Amérique qui ne supporte que les apparences.
Une autobiographie qui se découvre à la fin et une fois refermée qui nous laisse KO.


dimanche 21 novembre 2010

Maylis de Kerangal : Naissance d'un pont

C'est l'histoire de la construction d'un pont autoroutier ainsi que celle des hommes et femmes associés à cette prodigieuse entreprise. Le chantier se situe quelque part en Californie, dans une ville imaginaire Coca, un trou perdu. En reliant les deux rives du fleuve, la construction du pont met en scène des destins, des enjeux politiques et économiques, des luttes sur fond de bouleversement de l'écosystème et de la future condition de vie des Indiens vivant dans la forêt.
Jusqu'à son inauguration, le lecteur découvre la naissance du pont, ses forces et ses faiblesses et côtoie les protagonistes au coeur de leur vie dans ce qu'il y a de plus intime.
C'est un sujet très original, le pont servant de décor à ce roman avec tous ces héros aux personnalités fortes, rares et attachantes qui convergent vers leur destinée. Venant des quatre coins du monde, ingénieurs, grutiers, architectes, spécialiste du béton...tous vont se croiser, se déchirer, se soutenir pendant cette construction.
La description des paysages est très aboutie, et la forêt avec son dégradé de vert, d'ombre et de lumière est très envoûtante. Que ce soit au sommet de la grue, dans les entrailles du pont la vue de la ville est remarquablement bien décrite.
Prix Médicis 2010 pour ce roman, Maylis de Kerangal possède une écriture vive, nerveuse, précise aussi organisée que ce chantier gigantesque.
Beaucoup de termes techniques précis ainsi que la description des origines de la ville peuvent lasser mais l'auteur sait nous captiver par son style et son rythme et l'histoire reprend vite.




samedi 6 novembre 2010

Michel Houellebecq : La carte et le territoire

Prix Goncourt 2010 pour ce roman sorti sans agitation et pour lequel l'auteur surprend pas son excès de modération. Sans putes, sans partouzes, sans sexe et sans provocation il n'en reste pas moins un livre très visionnaire. Servi par une écriture fluide, recherchée et compréhensible, le roman offre un ton plus désabusé et certainement plus sombre.
La construction littéraire est originale et surprenante. Autant de tiroirs à ouvrir, autant de jeux de miroirs vont permettre à l'auteur de réaliser un autoportrait saisissant, parfois comique, parfois surprenant en tout cas plus humain.
C'est l'histoire de Jed, artiste qui devient célèbre après avoir rencontré et perdu une jeune femme russe, Olga. Il deviendra ou essaiera de devenir l'ami de l'écrivain Houellebecq, retiré en Irlande rangé et revenu de tout pour disparaître complètement. Le lecteur croise la route du père de Jed, d'un inspecteur de police sans enfant mais père d'un bichon. Enfin tout l'univers de l'auteur est là. Il aborde comme un sociologue tous les problèmes de notre société d'une façon magistrale : l'art, l'argent, l'amour (jamais là quand il faut), la vieillesse, la fin de vie, la solitude enfin tous les murmures de la vie.
Si l'on croise des "people"après tout pourquoi pas ? Ils sont vus partout par des millions de personnes.
C'est un livre sombre avec un humour un peu acide parfois, Houellebecq le confirme , comme ses héros qui représentent des portraits de l'auteur (Jed, le père même le chien "Michou") il est loin du monde et de ses griffes. Il se veut plus calme (crise de la cinquantaine ?) et n'attend plus rien.
J'ai préféré le ton plus percutant et dérangeant de son roman "Les particules élémentaires", c'était un livre très audacieux.




vendredi 5 novembre 2010

Sofi Oksanen : Purge

Prix Femina Etranger 2010, Sofi Oksanen débute son roman Purge en 1992. Avec l'effondrement de l'Union Soviétique, l'Estonie fête le départ de l'armée russe. D'abord annexé par l'Allemagne en guerre, le pays subira à partir de 1940 plus de 50 ans d'occupation communiste soviétique. Une vie sous surveillance où les mots n'existaient pas pour dénoncer les souffrances physiques et psychologiques subies.
A travers le destin de deux femmes nous comprenons peu à peu le prix de l'existence de ces épouses, mères, filles dans la tragédie de l'histoire. L'écriture est perspicace et devient un véritable suspense que le lecteur suit jusqu'au bout.
Aliide, vieille femme devenue la mémoire de l'ancienne Estonie, nous entraîne dans les secrets de sa vie. Elle s'est adaptée à l'histoire pour cacher son histoire de coeur. Trahison, mensonge, silence, accusation, les conditions de vie sont dures et insoutenables. Sa rencontre avec Zara, jeune russe échouée dans son jardin, fuyant son proxénète lui apportera un nouveau souffle.
Un lourd secret de familles lié à cette période de l'occupation soviétique les unira malgré elles.D'abord réticente, Aliide aura une largesse d'esprit dans son écoute et revivra alors des souvenirs dramatiques. L'histoire d'amour qu'elle a ratée a été source d'actes de collaboration. Terrible et douloureux dilemme.
Si le livre retrace la tragédie de l'Estonie pendant ses années les plus sombres (1940-1990), il interroge aussi et pose de bien embarrassantes questions. Comment en effet vivre dans un pays occupé ? Jusqu'où peut-on aller sans se compromettre ? Trahisons, actes de collaboration qui peut ou doit juger une fois les occupants partis ?
Ce livre est un témoignage bouleversant sur la condition des femmes dans un pays occupé et un récit remarquable sur l'histoire de l'Estonie.




samedi 30 octobre 2010

Philippe DEBLAISE : Mes arbres à histoires

Le dernier livre de Philippe Deblaise est aussi savoureux à lire qu'à regarder. La couverture accroche et nous invite à la découverte.
Les photos de l'artiste de Saintes, Jean Charles Folliet apportent un esthétisme épuré et les illustrations du peintre Jean-Pierre Blanchard complètent chaleureusement l'ouvrage. L'auteur met en scène 15 arbres de la région de Saintonge à travers 15 nouvelles qu'il a voulues purement romanesques.
Amoureux de la nature et très attaché à sa région, Philippe Deblaise rend ici hommage à ces arbres témoins des petites et grandes histoires et qui ont traversé le temps pour nous les raconter.
Une balade dans une forêt où l'imaginaire tenace nous emporte vers des temps malheureusement révolus quand les hommes savaient écouter le langage de la nature.
Du 16 ème siècle à nos jours, Philippe Deblaise nous promène et c'est au pied de ses pins, chênes, acacias, peupliers, qu'il nous conte ses histoires. Ces arbres existent vraiment et si la fiction rencontre la réalité en croisant la route de personnages du coin tels que Bernard Palissy, de Philibert Hamelin pasteur à Saintes, elle souffle au lecteur une véritable nostalgie poétique.
Croqués avec beaucoup d'humour et un certain réalisme, les héros de ces nouvelles sont rattrapés par le temps, l'Histoire, leurs sentiments, leurs envies et rancoeurs et par la nature qui toujours reprend ses droits.
J'ai beaucoup aimé cette promenade dans une région que l'auteur affectionne particulièrement et sait rendre attachante . Ce sont de belles pages à lire et à regarder. Un exercice rare de nos jours où les images remplacent trop facilement les mots.

vendredi 29 octobre 2010

Arnost LUSTIG : Elle avait les yeux verts

Arnost Lustig écrivain tchèque, est né en 1926. De sa douloureuse et terrible expérience dans les camps de la mort, il fera le pilier de ses oeuvres. Ecrit en 2000, ce livre raconte la confession intime et terrifiante d'une toute jeune fille de 15 ans sur l'horreur subie à Auschwitz.
Les livres de Lustig donnent la parole aux femmes, mères, filles, épouses que les nazis ont violées, tuées, massacrées dans une organisation minutieuse et diabolique de destruction totale.
Celles qui ont réchappé à l'enfer, ne sont pas sorties indemnes et ont traîné toute leur vie le poids des humiliations et souffrances subies ainsi que celui de leur survie.
C'est l'histoire d'Hanka, jeune tchèque de 15 ans d'origine juive. Toute sa famille a été assassinée à son arrivée à Auschwitz. Réquisitionnée pour travailler dans le laboratoire du camp au prix de sa stérilisation, elle survivra en se faisant passer pour une aryenne et intégrera le bordel de campagne "232 Est".
A son quotidien fait de privations, d'humiliation, du décompte des hommes qui passeront sur elle, elle s'interroge sur sa légitimité d'être en vie pour avoir renier son identité, ses origines. Héroïsme ou lâcheté ? Pute même de force des allemands n'est ce pas aussi de la collaboration ? Hasard ou volonté ? Dans quel état sort on de telles brutalités et sévices subis ?
Le livre atteint une intensité insoutenable lors d'une scène de "rencontre" avec un officier allemand membre très actif d'une unité mobile d'extermination. Le huis-clos étouffant confronte d'une part la cruauté d'une idéologie mise en place par un pouvoir dément et l'impuissance, la peur de l'autre. Le jeune homme vomissant les juifs et la prostituée moins que rien puisque pute et juive dissimulée. La toute puissance face à l'inexistence. C'est insoutenable. La tension atteint un degré éprouvant à l'évocation de la poésie prisée par le jeune officier pendant cette rencontre écoeurante.
Inutile de raconter plus. L'histoire, les humiliations, le froid, le désespoir, la mort, les rescapés. L'écriture est incisive, sèche. Le lecteur est pris par ce témoignage précis comme un état des lieux. C'est un livre que l'on ne peut pas lâcher. Hanka surnommée Fine dans le bordel nous parle dans un souffle de son calvaire.
Il n'y aura jamais trop de témoignages, il n'y aura jamais assez de récits pour raconter l'horreur. Quelques auteurs ayant vécu la Shoah sont encore en vie, en écrivant ces livres ils veulent transmettre le devoir de mémoire. C'est nécessaire. Alors lisons les, pour ne pas oublier.