Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




dimanche 12 septembre 2010

Jean Mattern : De lait et de miel

Le titre m'a interpellée, je le trouve très beau et le livre d'une grande sobriété tout en délicatesse.
Sans complaisance, un vieil homme arrivé à la fin de sa vie raconte à son fils par bribe ses souvenirs. Il lui demande de retrouver Stefan son ami, violoncelliste, quitté brutalement sur un quai de gare. C'était en 1944 à Timisoara en Roumanie et l'Histoire les avait rattrapés.
Le narrateur dans une grande retenue nous explique leur fuite de Timisoara, atteint du typhus il a failli perdre la vie, ensuite au moment de l'insurrection hongroise en 1956, il choisira l'exil et partira pour la France. Rapatrié comme d'autres Roumains du Banat d'origine française, il arrive en Champagne où il rencontrera Suzanne, réfugiée hongroise. Elle deviendra sa femme pour la vie et le départ d'une autre existence.
Il lui promettra une vie "de lait et de miel" mais un drame les marquera à jamais.
Amoureux fou de sa femme, il ne confiera rien de ses souvenirs, des pertes qui le hantent, des misères et des souffrances de son pays. A jamais il se sentira étranger.
Avec beaucoup de pudeur, Jean Mattern nous sert une saga familiale marquée par la guerre et l'occupation . L'écriture sobre nous décrit la vie de ces gens taiseux dont les silences et les secrets composent une mélodie mélancolique sur fond d'exil déchirant.
J'ai trouvé intéressante cette page d'histoire d'Europe de l'Est et de ces roumains d'origine française que le Général de Gaulle avait fait rapatrier.
L'émotion et la réflexion accompagnent la lecture de ce roman sur l'exil qui habitera à jamais ces hommes et ces femmes, et l'amitié qui résiste à la séparation , à l'absence. Dire ce qui a été tu pendant toute une vie, sans excès, avec une grande sensibilité et trouver enfin les mots qui libèrent.

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