je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

vendredi 24 septembre 2010

Alice Ferney : La conversation amoureuse

Dans ce roman Alice Ferney nous raconte dans style très élégant les relations de couples et particulièrement celles d'une passion amoureuse. Une histoire d'adultère très classique. C'est à dire, l'homme éternel séducteur et prédateur et la femme amoureuse, très amoureuse.
Plusieurs couples se préparent à passer une soirée ensemble. Enfin les hommes devant un match de boxe et les femmes entre elles. Pauline, mariée , et Gilles en instance de divorce n'accompagnent pas leur conjoint respectif à cette soirée. L'auteur nous raconte leur rencontre, leur première soirée et leur conversation amoureuse.
Les mots sont là, le trouble naissant, le jeu de la séduction, le plaisir à venir. Dans une écriture lumineuse Alice Ferney nous relate une histoire tout simplement incorrecte. Elle donne la voix, l'émotion à la transgression, aux interdits.
C'est un livre qui trouble beaucoup par la justesse des mots, l'émotion intime nous est dévoilée et analysée aussi bien chez l'homme que la femme.
Il nous montre combien le quotidien use le couple, la passion et la vigilance qu'il faut pour sublimer le désir perdu et rendre lumineux l'amour en fuite.
C'est aussi une façon de concevoir le couple. Un homme et une femme que tout sépare vont se découvrir dans le secret d'une rencontre. Dans cette conversation amoureuse ils se diront ce que la société leur interdit, à savoir que la passion peut arriver à tout moment, que le désir qui couve à un âge mûr est plus fort peut être que celui de la jeunesse.
C'est aussi un instant magique celui où l'inconnu devient un homme ou une femme que l'on va aimer.
Le texte est très beau, le peu de dialogue rend les silences plein de promesses. C'est bien aussi de se dire que dans la vie même si des chemins sont pris, l'aventure est là.

dimanche 12 septembre 2010

Olivier Adam : Un coeur régulier

Dans son dernier roman, Olivier Adam nous sert une fois de plus une histoire difficile de quête et de renaissance, de mal être, de suicide, de survie aussi.
Sarah ne se remet pas du décès (suicide ?) brutal de son frère adoré dont elle avait été si proche, son double même. Elle s'en était pourtant éloignée ou plutôt son rôle d'épouse et de mère avait rendu le comportement destructeur de son frère incompréhensible. Nathan était un rebelle fragile et traînait avec lui tous les maux que la société inflige aux plus faibles . Il n'avait adhéré à aucun système, à aucune vie, à aucun amour sauf celui pour sa soeur. Il a tout vomi, tout rejeté . Au bout de toutes ses nuits de malheur et d'angoisse, il a cherché la lumière. L'alcool, la dérive, l'insomnie finissaient de l'anéantir un peu plus.
Sarah, elle, n'a pas voulu se poser les mêmes questions. Elle a avalé, de travers mais elle a digéré : mariage raisonnable, vie bourgeoise, enfants corrects et mari gentil.
C'est en partant pour le Japon, sur les traces de son frère que ce dernier voyage avait pourtant apaisé, que Sarah va enfin se retrouver.
Olivier Adam sait trouver les mots au bord du coeur pour traduire la souffrance de ces personnes que la vie broie. Il nous dépeint une société implacable qui ne supporte ni faiblesse ni retenue.
J'ai aimé le portrait de Nathan à travers le récit de Sarah. Présent et souvenirs alternent. Les lignes sur leur enfance sont d'une grande émotion. Deux petits animaux en quête de chaleur et d'amour qui n'ont fait qu'attendre une caresse. Les mots toujours en attente, l'amour au bord des larmes, la douleur à n'en plus finir et la renaissance que l'on espère pourtant.
J'ai juste été un peu déçue par l'épisode sur le Japon. Les personnages m'ont paru trop dans l'abstrait et ne m'ont pas autant touchée que l'histoire de Sarah et Nathan. La description des paysages japonais m'a semblé froide.
Mais le style, la narration si caractéristiques à l'auteur nous chavirent dans ce récit d'une souffrance décrite avec des mots d'une grande beauté.




Jean Mattern : De lait et de miel

Le titre m'a interpellée, je le trouve très beau et le livre d'une grande sobriété tout en délicatesse.
Sans complaisance, un vieil homme arrivé à la fin de sa vie raconte à son fils par bribe ses souvenirs. Il lui demande de retrouver Stefan son ami, violoncelliste, quitté brutalement sur un quai de gare. C'était en 1944 à Timisoara en Roumanie et l'Histoire les avait rattrapés.
Le narrateur dans une grande retenue nous explique leur fuite de Timisoara, atteint du typhus il a failli perdre la vie, ensuite au moment de l'insurrection hongroise en 1956, il choisira l'exil et partira pour la France. Rapatrié comme d'autres Roumains du Banat d'origine française, il arrive en Champagne où il rencontrera Suzanne, réfugiée hongroise. Elle deviendra sa femme pour la vie et le départ d'une autre existence.
Il lui promettra une vie "de lait et de miel" mais un drame les marquera à jamais.
Amoureux fou de sa femme, il ne confiera rien de ses souvenirs, des pertes qui le hantent, des misères et des souffrances de son pays. A jamais il se sentira étranger.
Avec beaucoup de pudeur, Jean Mattern nous sert une saga familiale marquée par la guerre et l'occupation . L'écriture sobre nous décrit la vie de ces gens taiseux dont les silences et les secrets composent une mélodie mélancolique sur fond d'exil déchirant.
J'ai trouvé intéressante cette page d'histoire d'Europe de l'Est et de ces roumains d'origine française que le Général de Gaulle avait fait rapatrier.
L'émotion et la réflexion accompagnent la lecture de ce roman sur l'exil qui habitera à jamais ces hommes et ces femmes, et l'amitié qui résiste à la séparation , à l'absence. Dire ce qui a été tu pendant toute une vie, sans excès, avec une grande sensibilité et trouver enfin les mots qui libèrent.

jeudi 2 septembre 2010

Linda Lê : Cronos

Le dernier roman de Linda Lê plonge le lecteur dans l'effroi de la déshumanisation organisée et orchestrée par deux hommes : le Grand Guide et son ministre de l'intérieur, Karaci, surnommé la Hyène. A la suite d'un coup d'état, ils ont installé une dictature sanguinaire et transformé le quotidien en enfer.
Dans la ville de Zaroffcity, une femme, l'épouse malgré elle de Karaci, nous fait partager sa vie de solitude, de peur, d'humiliation. A travers un récit épistolaire, elle raconte à son frère, artiste en exil, son combat, sa résistance, sa lutte pour sa dignité.
Dans un huis clos étouffant et dramatique, l'auteur nous sert une écriture d'une grande virtuosité. Les mots ont quelque chose de suranné et pourtant l'horreur semble actuelle.
Tout est dit dans la première phrase tant elle résume l'histoire politique : "le soldat frappe à coups de crosse l'homme qui serre le livre contre lui." A mort, les intellectuels, les artistes !
Les lettres écrites par Una sont belles, tristes, les portraits d'hommes et de femmes martyrisés et assassinés par son mari vont l'amener à prendre possession de son destin.
Elle ne se résignera pas et malgré la paranoïa de son mari, son obsession de la sécurité elle rencontrera des résistants, entrera dans l'organisation d'une lutte contre le pouvoir.
C'est un livre déchirant sur la solitude, l'abnégation, l'espoir quand plus rien ne le permet.
Ne jamais se résigner, même quand les bourreaux sévissent.
Ne jamais éteindre la plus petite étincelle qui demeure en chacun de nous. Linda Lê nous décrit des dictateurs grotesques de cruauté et pathétiques, la finesse et la délicatesse emportent les derniers mots de cet admirable roman.

samedi 21 août 2010

Claudie GALLAY : L'amour est une île

Le dernier roman de Claudie Gallay entraîne le lecteur dans l'été du festival d'Avignon en 2003, l'année de la canicule et de la grève des artistes. La ville, les touristes, les artistes et surtout les protagonistes de ce roman nous envoûtent tandis que la chaleur nous écrase.
C'est l'histoire d'un texte, celui de Paul un jeune auteur mort quelques années plus tôt et qui tient le rôle de poète maudit. Odon, directeur de théâtre, le monte sur scène. Nous rencontrons aussi Mathilde, l'ancienne mais toujours présente passion d'Odon devenue une comédienne célèbre, Marie la jeune soeur de Paul qui vit pour et dans sa mémoire.
Les personnages sont durs, parlent peu, avancent dans la vie avec leur fardeau. Le lecteur sent que la vérité n'apportera pas l'espoir. C'est une tragédie que l'on sent venir. L'avenir est sans couleur. Ils vont se croiser sans rien lâcher de leur passé.
Mais le récit nous sert surtout la passion, celle des mots, du théâtre, de l'amour fou.
Ecrit à la manière de petites scènes, l'écriture est sèche vive et pourtant fournie.
Nous déambulons dans Avignon, les détails sont magiques et l'atmosphère du festival vraie.
La chaleur devient vite étouffante comme le suspens que Claudie Gallay distille finement tout au long de l'histoire.
J'ai aimé la rencontre avec ces personnages très attachants mais aussi les hommages rendus à Gérard Philippe, Jean Vilar et ces autres artistes connus.
Une très belle histoire d'hommes et de femmes remplis par la passion mais qui n'arrivent pas à être heureux.

vendredi 20 août 2010

Laurent Gaudé : Ouragan

Le dernier roman de Laurent Gaudé emporte le lecteur en plein coeur du cyclone Katrina qui a dévasté la Louisiane en 2005. Sans jamais le nommer, il nous décrit des scènes apocalyptiques et touche par touche met en scène les personnages de cette histoire. Ils vont se croiser, se déchirer, se reconnaître, mourir. Une chose est sûre, plus rien ne sera pareil.
Les protagonistes de cette aventure nous plongent dans le chaos et le désespoir. Laurent Gaudé insiste sur la défaillance des systèmes de sauvetage, cette population oubliée, humiliée, souillée qui porte le Noir comme couleur de désespoir et de fierté.
Joséphine, 100ans et plus, a fait de sa négritude son emblème d'existence et de résistance, Rose jeune mère peu aimante et que la vie et les hommes ont maltraitée, Kenau son ancien amour qui revient lui dire les mots oubliés, des prisonniers abandonnés qui s'évadent, un révérend mystique complètement allumé qui voit dans cette catastrophe la main de Dieu et d'autres encore.
Tous au sein de ce cataclysme de la nature, vont montrer leur part cachée. Dans une nuit d'enfer, ils vont chercher le chemin de la vérité, à travers la violence, les regrets, les chagrins ultimes, ils essaieront de donner un sens à leur existence, des réponses aux questionnements de la vie.
Comme le dit Sandor Marai en exergue du livre : "Les questions sont : Qui es-tu ?, qu'as-tu fait ?...A qui es tu resté fidèle ?", ces pauvres héros essaieront à leur manière d'y répondre.
Laurent Gaudé avec une plume magnifique nous fait entrer, au rythme des éléments qui se déchaînent, dans une profonde analyse humaine. Le lecteur est pris par cette écriture forte, même si au début la mise en place des personnages peut sembler difficile. Le roman reste très puissant.



jeudi 12 août 2010

Erri de Luca : Le jour d'avant le bonheur

Dans son dernier roman, l'auteur nous entraîne à Naples, sa ville natale et nous la décrit aussi sensuelle et caressante que violente et impitoyable. Le narrateur, un petit garçon de 13 ans, nous raconte son histoire. Celle d'un petit orphelin de l'après-guerre, dans une ville qui n'a pas toujours été glorieuse mais qui a su garder sa fierté. Elevé par un concierge, Don Gaetano, qui lui apprendra la vie plus que les livres qu'il dévore, plus que l'école. La vie avec des mots simples, voilà ce que lui donne cet homme si attaché à lui.
Passant du conte initiatique au roman d'une vie, nous sommes touchés par les mots, remplis de lumière et d'absolu. L'auteur évoque les tourments de l'amour, les doutes de l'adolescence et le besoin de connaître ses origines. Nous suivons avec beaucoup d'émotion, ce petit garçon dans l'apprentissage des codes d'honneur et de vie. Depuis la loge de concierge il observe le monde, et les rencontres qu'il fera marqueront sa vie d'homme. Aidé par Don Gaetano qui voit tout, il apprendra. Sa rencontre avec une veuve et ensuite une jeune fille très particulière le conduira sur les chemins du plaisir et de l'amour.
Erri de Luca nous décrit les paysages napolitains avec beaucoup de magie, à la manière d'une confession il nous émeut sur ce récit initiatique d'un homme qui essaie de panser la blessure d'être fils de personne.