je veux encore rouler des hanches,

je veux me saouler de printemps

je veux m'en payer des nuits blanches

à cœur qui bat, à cœur battant

avant que sonne l'heure blême

et jusqu'à mon souffle dernier

je veux encore dire "je t'aime"

et vouloir mourir d'aimer

Barbara

lundi 25 octobre 2010

Blandine le Callet : La ballade de Lila K.

C'est le roman d'une quête, une ballade à une voix, celle de la narratrice, Lila. Le lecteur se trouve plongé en 2090 dans un futur organisé et aseptisé vu par le regard de cette toute jeune femme.
Lila nous raconte son histoire à la première personne sur un rythme vif, le lecteur vit son quotidien.
Quand elle avait 4 ans, Lila a vu surgir des hommes en noir un matin pour arrêter sa mère. Elle garde l'image d'une robe rouge et une sensation de douceur la saisit à son évocation. Placée dans un Centre, elle doit tout réapprendre : se nourrir, parler, se reconstruire physiquement et moralement et surtout oublier son passé.
Dans un quotidien formaté où tout est sous surveillance, elle rencontrera pourtant des personnages qui l'aideront dans son parcours initiatique. Intelligente, caustique et surtout très belle, Lila continuera par tous les moyens à retrouver sa Mère et ses souvenirs d'enfance.
Dans une société qui interdit les livres car trop dangereux (?), qui impose des séances de plaisir mécanique obligatoire, Lila est déterminée à comprendre et avoir confiance en elle.
Dans un Centre qui ressemble à la DDASS, dans un Paris où les libertés sont bafouées et où règne la censure, avec une banlieue appelé la Zone ( ?....) c'est surtout les scènes de grande sensualité qui sont touchantes. Quand Lila découvre qu'elle est belle, elle ne le savait pas avant. Quand elle découvre tout simplement l' Amour : pour sa Mère, pour ses professeurs, pour l' Autre.
Le futur sert de décor à ce roman à l'écriture nerveuse, vive où les pensées les plus intimes de la narratrice la rendent encore plus attachante. C'est le roman de la recherche de la mère disparue et de son amour pour elle malgré les souffrances endurées. C'est le roman de l'apprentissage au monde, à la connaissance de soi et des autres, à l'amour.


mardi 12 octobre 2010

Philip Roth : Exit le fantôme

Dans ce roman Philip Roth met en scène le retour à New York de son alter ego le plus intime, son double littéraire, le romancier de papier inventé il y a 30 ans, Nathan Zuckerman. Ils ont vieilli ensemble. Qu'il soit le héros principal ou un personnage secondaire, il est la voix de Roth dans ses livres. Il connaît ses doutes, ses certitudes sur la vie, les amours, la maladie et surtout ce douloureux et difficile exercice qu'est la vieillesse. Sa vision du monde et des autres reste toujours marquée d'humour et d'intelligence.
Nathan Zuckerman maintenant septuagénaire est un écrivain brillant et reconnu. Il s'est retiré depuis 11 ans dans le Massachussetts où il vit en solitaire, rangé des amours, de la vie même. Opéré d'un cancer de la prostate, il doit revenir à New York pour se faire soigner et espère ainsi retrouver vigueur(il est impuissant) et dignité (il est incontinent).
Il retrouve vite ses repaires dans la Grosse Pomme, malgré le traumatisme post 11 sept. et la réélection de Bush. Il fait la connaissance d'un jeune couple d'écrivains, d'un journaliste ambitieux et d'une ancienne connaissance, une femme qu'il avait connu dans sa jeunesse. Il est pris d'un désir fou pour Jamie la jeune épouse.
Et si tout était à nouveau possible ? L'espoir et le désir sont là intacts.
Le livre offre la vision de Roth sur le monde littéraire, politique de son pays. Il nous raconte son épopée à travers le temps par son héros. Le monde a changé, lui aussi au seuil de la vieillesse , il subit la dégradation physique, la mémoire s'abîme. Un profond sentiment de vide s'empare du lecteur.
Exit, l'écrivain flamboyant se retire. Reste l'écriture de Roth, superbe, maîtrisée sans apitoiement, l'humour est toujours présent pour déjouer le désespoir. Roth est un éternel révolté, contre son pays, sa politique, la bêtise. L'écriture lui impose de survivre même si tout semble lui indiquer la fin du chemin.



Jim Harrison : Une odyssée américaine

Jim Harrison, surnommé par ses fans "l'ogre du Montana", nous invite dans ce livre à prendre la route avec son héros Cliff. Ce dernier, 62 ans, ancien universitaire reconverti depuis longtemps en fermier, vient d'être quitté par sa femme. Plus triste par la mort de sa chienne que par son départ à elle , il décide de partir et de traverser les Etats Unis. Espérant trouver un second souffle, retrouver les racines même de ce pays si controversé et donneur de leçons, il est rejoint dans sa folle équipée par une ancienne étudiante. Une relation complètement déjantée naît entre eux basée sur le sexe, la bonne bouffe et des dialogues d'une grande vulgarité. Cliff se lasse ( et nous aussi) de se faire envahir par cette femme accro au téléphone portable et surtout complètement nymphomane.
Amoureux de la nature, des grands espaces de l'Ouest américain, des femmes et de cette véritable identité indienne oubliée par l' Amérique bien pensante , Jim Harrison reprend ses thèmes favoris : l'amour de la liberté, la critique de la société trop futile et aussi la vie qui peut se reconstruire à tout âge.
La description des grands espaces nous émeut toujours, la reconnaissance du peuple indien dans la volonté de Cliff de rebaptiser les états qu'il traverse du nom d'une tribu peut être prometteur et intéressant.
J'ai pourtant été déçue par trop de clichés (le fils cinéaste branché homo), des attitudes et des mots qui s'obstinent dans trop de grossièreté.
Et puis la fin représente un cliché de trop, l'épouse infidèle quittée à son tour revient et demande au mari de bien vouloir rentrer lui aussi....
Dommage j'avais beaucoup aimé Dalva, et ce road-movie était si tentant et aurait pu représenter une vraie quête. Elle devient uniquement une partie de jambes en l'air.

samedi 2 octobre 2010

J.M. Coetzee : L'été de la vie

Dans son dernier roman, l'auteur du Prix Nobel de Littérature 2003, nous livre une autobiographie fictive et avec une pudeur magnifique nous dévoile ses échecs et sa profonde tristesse. Coetzee entame le récit de ses confessions imaginaires puisqu'il est mort. En effet, un jeune biographe désire raconter la vie du grand écrivain disparu en s'appuyant sur des notes concernant les années 1972-1975. Elles marquent son retour d'exil et seront les plus décisives. Il vit à cette époque dans une maison délabrée du Cap avec son père. Il est seul avec d'énormes problèmes d'adaptation dans un pays marqué par l'apartheid.
Afin de réaliser sa biographie, Mr Vincent va rencontrer 4 femmes et 1 homme qui d'après les notes de l'auteur ont comptés dans sa vie. A travers ces entrevues, les anecdotes nous brossent le portrait d'un jeune homme égoïste, peu sensible, insignifiant et froid. Quant aux femmes, elles n'ont pas succombé au charme de ce pathétique amant. Finalement c'est la description d'un homme ordinaire et sans talent. Que ce soit sur le plan personnel et intime que professionnel, il n'a jamais été brillant. Voilà comment se présente Coetzee. Si le lecteur est surpris, il est ému par son courage à se dévoiler de la sorte. Mais ce qu'il faut voir au delà de ses secrets, de ses manques, c'est la préparation de cet homme dans l'été de sa vie, si triste fut-il, à son oeuvre littéraire à venir. Il brosse le portrait d'un pays qui se décompose et d'une politique qui met en place un système impitoyable de cruauté. Il nous donne les clefs pour comprendre la profonde désillusion même si le combat des Noirs est légitime. Avec le coeur sec comme le Bush, il raconte son amour pour les paysages sud-africains et pour un passé enfui.
Mémoires d'un naufragé mais aussi récit d'un auteur brillant qui sait manier avec talent la part de fiction présente dans toute existence. Coetzee se raconte et il aime le faire avec la fiction.

Philip Roth : Indignation

"...La façon terrible, incompréhensible dont nos décisions les plus banales, voire comiques, ont les conséquences les plus totalement disproportionnées." Cette phrase résume le livre de Philip Roth : chance et destinée, morale et indignation. Indignation dont beaucoup des personnages de l'auteur sont imprégnés.
C'est le portrait d'un jeune homme de Newark, Marcus, qui ne se soumet pas. Incapable d'accepter les conventions, il ne se résignera jamais. Eternel révolté, il refusera toutes les tyrannies.
Pourtant le héros est un gentil garçon juif, tout le monde le trouve gentil, même lui. Etudiant brillant, sportif, il aide dur son père dans sa boucherie kascher. Pour fuir son père devenu paranoïaque et l'empêche de vivre, il s'inscrit dans une université de l'Ohio.
A force de rébellion et d'impuissance, il va s'isoler et d'incidents en incidents il sera exclu et partira à la guerre. Le suspense finement mené nous fera comprendre que Marcus, se pensant mort, nous raconte son histoire de l'au-delà. Je n'en dirai pas plus.
Sur fond de guerre de Corée, Roth nous entraîne dans les années 1950 où conservatisme, morale, puritanisme pèsent sur la société.
Il décrit l'intolérance qui règne dans les universités à cette époque en imposant les offices religieux, en surveillant la liberté des étudiants et sauvegardant coûte que coûte les apparences.
C'est aussi l'histoire d'une peur, celle de la guerre. C'est aussi l'histoire d'une Amérique qui ne se lasse pas de donner des leçons et qui envoie des jeunes de 20 ans mourir à la guerre.
Comme d'habitude Roth fait subir à son personnage une libido intense et sa rencontre avec Olivia, Reine de la fellation, n'arrange rien. Les descriptions des samedis soirs arrosés où les étudiants en érection essaient d'aller au bout de leurs désirs, sont affreuses et drôles. Le sexe toujours présent, pour cet auteur qui reste quand même un éternel libertin.
Les scènes de vie de cette famille juive et de la boucherie kascher sont pittoresques et se lisent avec beaucoup de plaisir.
C'est un roman vif, intense et cruel sur l'impact des choix personnels à un moment donné de l'histoire mondiale. Si Roth écorche et bouscule l'Amérique et son hypocrisie puritaine des années 50, il nous montre avec force comment une vie peut sombrer dans la tragédie.

lundi 27 septembre 2010

Philippe Claudel : L' Enquête

Le dernier roman de Philippe Claudel raconte, à travers une enquête inquiétante, la déshumanisation des personnes. Un homme surnommé l'Enquêteur a pour mission de se rendre dans une entreprise pour comprendre la cause des suicides du personnel de plus en plus nombreux. Le lecteur ne peut que penser à l'actualité en lisant ces pages d'une description féroce. Mais ce n'est qu'un prétexte et c'est au coeur de la folie et de l'irréalité que Claudel nous entraîne.
Aucun nom n'est donné aux personnages de cet hallucinant roman. Seulement des fonctions : le Guide, le Vigile, la Géante, le Psychologue...., aucune identité. Aucune situation géographique hormis une ville inconnue, une entreprise gigantesque qui fait tout, voit tout, organise tout, même la fin.
Au début du roman, le lecteur sourit et rit des mésaventures que rencontre l' Enquêteur : pas de taxi, il ne connaît pas la ville, il est perdu, cherche un hôtel, il neige... Au fil des personnages rencontrés le malaise augmente et le lecteur rit mal. Tantôt sympathiques, tantôt agressifs ils évoluent dans un univers incompréhensible et obéissent à des codes que l'enquêteur n'arrive pas à comprendre pas. Toutes les situations sont irréalistes. Le lecteur assiste impuissant à la déchéance de cet homme qui refuse cette incompréhension. Même en gardant sa lucidité de sa réalité il sombrera dans l'oubli de son identité, et dans la folie qui va le gagner malgré sa résistance.
Fable cauchemardesque qui n'est pas sans rappeler celles de Kafka, elle nous interroge sur l'anonymat de l'homme dans une société impitoyable qu'il s'est évertué à construire.
L'homme annihilé par un monde qui devient de plus en plus impitoyable et surtout incompréhensible.
Claudel nous sert une écriture subtile et percutante pour nous entraîner dans des zones sombres, celles des frontières.
Impossible de lâcher ce livre, il se lit d'une traite et ensuite on ne peut oublier cet homme et sa déchéance.

Audur Ava Olafsdottir : Rosa Candida

Avec son premier roman l'auteur nous emmène sur les traces d'un héros, ordinaire et bien sympathique. Jeune homme de 22 ans et tout jeune père par accident, Arnljotur, quitte son vieux père et son frère jumeau autiste et son île de lave. Il part afin de restaurer une très vieille roseraie située dans un monastère sur le continent. Il fera de ce voyage un parcours initiatique lumineux et cherchera des réponses à ses doutes. Amoureux de la nature en général et des roses en particulier, il nous entraîne dans une vie de candide attachant où rien de spécial ne se passe. Les personnes qu'il rencontre font ressortir toute la beauté de la vie dans ce qu'elle a de plus simple, de plus vrai et de bon.
Les soirées passées avec un moine féru de cinéma lui permettront d'aborder les questions sur la vie, la mort, l'amour et d'apprendre ainsi à se connaître.
L'absence de repaire de lieu et de temps laisse le lecteur dans une atmosphère de conte tout à fait original.
Les descriptions de la nature, des plantes sont d'une grande poésie et confèrent à ce roman une infinie douceur.
C'est une lecture apaisante mais ce n'est pas vraiment ce que je recherche et ce que j'aime quand je lis.